‹ Œuvres de Walter Scott (volume 4)Chapitre 17 sur 134 · Bière douce · texte numérisé non relu

Bière douce

3. John Grahaiiie, second fils de Malice, comte de Monfeitb, communément surnommé — • Sohn 2 répée )>rillante, — ayant été disgracié à la cour d'Ecosse, se retira avec une grande partie de set Hnos et de ses naseaux sw les fn»ârtièl«» d'ikaglcicnre» dans wm paitie îfa'om hmm^H --• le Territoire contesté'— parce qne les deux nations ▼oisines s'en disputaient 1a pOMMIwa» tti l^fUMitMll en ce lieu, et Tod 7 troaTe encore aojoard'hai de lenn dvceadans.

qui perdait, il gagnait toajonrs, et il enlevait les troupeaux sur les

frontières d'Ecosse comme sur celles d'Angleterre. Le ménestrel

commença ses chants sur un mode simple, tel que le lui inspirait

lani^ture.

ALBERT GRAMB.

— Il était une belle dame anglaise ( le soleil brille sur les mars de Garlisle) qui voulait épouser un chevalier écossais, car l'amour sera toujours le maître du monde.

Ils virent avec gaieté les premiers rayons du soleil levant qui brillait sur les murs de Garlisle; mais ils farent plongés dans la tristesse avant la fin du jour, quoique l'amour fût toujours le maître du monde.

Le père de la dame lui donna un collier et des bijoux, tandis que le soleil brillait sur les murs de Garlisle : son frère ne lui donna qu'un flacon de vin, car il ne pouvait souffrir que l'amour fût le inaitre du monde. •

Elle avait des terres, des bois et des prairies dans les lieux où le soleil brille sur les murs de Garlisle, et il jura de la faire périr, plutôt que de voir un chevalier écossais en devenir le maître.

A peine avait-elle goûté le vin ( le soleil brille sur les murs de Garlisle ), qu'elle tomba morte entre les bras de son fidèle amant , car l'amour était encore le maître du monde.

L'amant perça le cœur du frère dans les lieux où le soleil brille sur les murs de Garlisle. Ainsi périsse quiconque voudrait séparer detix amans I Que Tamour soit toujours le maître du monde I

Il prit ensuite la croix dans les lieux où le soleil brille sur les mursde Garlisle, et il mourut pour l'amour de sa dame en Palestine ; ainsi l'amour resta le miuitre du monde.

Maintenant, ô vous amans fidèles ( le soleil brille sur les murs de Garlisle)! priez pour l'ame de ceux dont l'amour a causé le trépas, car l'amour sera toujours le maître du monde ^.

A peine Albert finissai^il son simple lai, qu'on vit se lever un barde d'un port plus imposant , et qui était célèbre à la cour du fier Henri par ses sonnets et ses rondeaux. Long-temps, Fitztraver, tu fis entendre les sons argentins de ta harpe sans conni^tre de

z. Ce soleil qm Mlle, dans chaqae.stance» sur les murs de Carliste, forme le refrain d'one ancienne baUade trds conjrae en Ecosse.

OiANT SIXIEME. 81

rival : l'aimable Sarrey aimait ta lyre. Où n'a pas pénétré la renommée de Sarrey? A Tame de feu des héros il réunit le génie immortel da barde; son amonr, célébré par sa propre lyre, fat le noble amoor d'an cheyalier ^

Fitztraver et Sarrey parcoarorent ensemble des climats lointains; et souvent, quand venait la nuit avec les astres étincelans qoi l'accompagnent, assis dans un bosquet d'oliviers, ik chantaient Tamie absente de Sarrey. Le' paysan d'Italie, s'arrétant pour les éconter, croyait que des esprits descendus du ciel étaient rassemblés autour de la sépulture de quelque saint ermite et faisaient entendre une divine harmonie ; tant le concert de leurs voix et de leors harpes avait de douceur quand ils célébraient les charmes de Géraldine.

XV

0 Fitztraver, quelle langue pourrait exprimer, les regrets qui déchirèrent ton cœur fidèle quand la sentence de l'ingrat Tudor ordonna la mort de ce Surrey dont les chants sont immortels ! Fitztraver méprisa la colère du tyran ; sa harpe invoqua la justice et la vengeance des cieux. Il rienonça à la cour, abandonna les bosquets verdoyans de Windsor pour les tours de fer de Naworth, et, fidèle au nom de son ancien maître, alla chercher un autre Howard, devint le favori de lord William et le ch^ de ses ménestrels.

FITZtRAVXR.

^ C'était la veille de la Toussaint ^, et le cœur de Surrey battait vivement. La cloche qcu sonna minuit le fit tressaillir, en lui annonçant Theure mystérieuse à laquelle le sage Cornélius lui avait promis de lui faire voir, par la pfiissance de son art, la dame de ses pensées, dont il était séparé par le vaste Ocâm : le sage l'avait assuré qu'il la lui montrerait sons sa forme naturelle , et qu'il lui fierait connaître si elle l'aimait encore, et à elle pensait tODJours à lui.

1. Le Taillant etittfortanéHeorj Howard, comte de Sorrey, était sans eonfraditle cavalier le pins accompli de son temps. Od ^nve dans ses sonnets des beautés qai feraient honneur à nn siècle plus polioé. U fat. décapité en x54C^». victime de la basse jalousie de Henry VUI, qui ne pouvait •oaiïrir prés de son trdae un caractère si brillant.

Dans les voyages- du comte, le célèbre alchimiste Corneille agrippa lui fit voir, dit-on, dans un miroir, l'aimable Géraldine à qui il avait consacré sa plume et son epée.

2. D'après une superstition écossaise , la veille de la Toussaint est le jour le plus propre aas «pparitiona de spectres oa de funtdmttf ct«iiz opéntions msgiqocs.

JS2 LE LAI DU DERMÉÏl »IÉ«ESTREL.

• xvri.

Le magicien conduisit le vaillant cheyalier sous les voûtes d^me salle où régulent de soBobres ténèbres ; la faible clarté d'un cierge béni brillait seule devant on graqid miroir, et découvrait lés instrumens mystérieux de Tart magique , VAlmageste, une croix ^ im autel y des earadères cabatistiqmB 6t des tafonnuis. Cette ia- •mière était pâe, tremblante , incertaine comme «elle ^i éclaire le lit de l'homme qaéla sép«h!8re réclame.

Ma» bientôt nne vive ciairté j»lHt dn grand miroir, et le 00 y vit se dessiner des objets vagues et sans forme/ tels qoe ceux que noos présentent les rêves. lis se fixèMstpewà.pea, et ofibrirent à ses yeux un grand et bel appartement ; 4a pâle famar de la lime unie aux rayons d'une lampe qui brûlait près d'une couche fiirmée des belles soies d' Agra , en éclairait une partie ; le reste demeurait dans rofascnrilë.

Ce speetadfe était Jbean; maia qu'elle -était plus l)eUe encore la dame qui repesait sur cette couche des Indes i Des cheveux nom flottaient âor son eou d'alb&tare, et la pâleajr de ses jones char* mantes annonçait la mélanqoiie de Famôur. NégligemmiNil fum-" verte d'une longue robe blanche ^ elle appuyait la léte sur ;mte. de ses mains, et lisait d'an air pen^ snr des tàUéttes -d'ivoire, des vers qui semblaient pénétrer au fond de son ame. Ces vers étaient des ^chants d'amour de Surrey; cette beauté enchanteresse était lady Géraldine.

De sombres vs^eors couvrirent pen k peu lasnjfaoe duToûroir, et firent disparaître cette vision délicieuse Tels £uent les nuages que Tenvie d'an soi fit planer sur les plus beaox, jours de mon maîtrq.; Tfrsa$. injaste et barbare,, paisse le ciel vqagcur sur toi et sur les devrniérs de tes desoendans les ^priées féroces de ton despotisme î 'ton lit nnptial ensaiigt^nté , le&aatds q|ie tu dépouillas,^ le sang de Surrey que tu fis couler, et les pleurs de Géi^Jdinel —

Les Chefs- des denx p^iples donnèrent de vifs ajpplaiidiss^nens aux chants de Fitztraver ; le nom de Henry était ocUenx aux Ca* lédoniens , et les An^is étaient encore fidèles à leur ancienne foi. Rose Harold, barde du brave Saint-Clair, -^ dé Saint-Clair qui, étant venu fsdre une visite d'amià lord Home , l'avait aeeraiipagné

GBANT SIXIÈAfE. Bt

ihgmerrt, selera alors avec on air de dignité. HaroIB était né dans ces lieok où la mer, sans cesse toarmentée par les tempêtes, uogit autotir des Oreades (U). CS'est là qne les Saim-Glairs ré^ gnaient autrefois en princes sur les grandes et les petites îles, sur les baies et les détroits. Les mines de leur palais, de ce palais autrefois ton orgueil, maintenant l'objet de tes regrets, ô Kirkwall (£), annoncent encore leur ancienne puissance. Harold regardait souvenl la mer furieuse soulever ses vagues, comme si le bras courroucé d'Odin les eût agitées ; la p&lettr sur le front et le cœur palpitant , il saivait des yeux le navire qui luttait contre le nanfrage ; car tout ce qui était pittoresque et imposant avait des charmes pour ce barde de la solitude.

Sur combien de monumens sublimes Pimagination peut s'arrêter dans ces Hes sauvages? ce fut là qu'arrivèrent, dans des temps bien reculés, les enfans guerriers du fier Lochlin, ne respirant que sanget pillage, et préparant sans cesse de la pâture aux corbeaux : lenrs braves Chefs étaient les rois de la mer ; leurs navires , les dragons de l'Océan. Là de profondM vallées avaient entendu suocessivement les rugissemens des orages et les récits merveilleux des scaldes* Là de hautes colonnes runiques avaient vu célébrer les mystères de l'idolâtrie. Là enfin , Harold avait appris dans sa îeoiiesae les vers de mainte saga antique : l'une célébrait ce serpent de mer dont les repUs épouvantables «itourent le monde de leurs cercles monstrueux ^ , et ces filles redoutables ^ dont les cri^ affireux font couler des ruisseaux de sang sur le champ de bataille ; une autre, ces Chefs qui , guidés dans Tobscurité par la pâle lueur datombeAi, pillaient la sépulture des anciens guerriers, arrachaient de lenrs mains décharnées le glaive qu'elles tenaient encere, faisaient retentir la tombe du cri do guerre , et appelaient les morts aux armes ^. Plein du récit de ces merveilles , et brûlant d'une ardeur guerrière , le jeune Harold vint dans les bosquets de

t- Les ch«fi èe» pirates seandiotYet pyraaient le- titre ât' S^komungtr , on roi de le mer. Les scaldes, dans leur style amponlé, nommaient sonvent les navires — les serpens de l'Océan. •—

l^ jormungandr f ou le serpent de TOcéan , dont les replis entourent la terre, est une des fictions les plus axtravagaates de TEdda. Il fat sur le point d'être pris à la ligne par le dieu Tbor, qui ayait mis pour amorce à son hameçon une tête de bcenf. Dans la bataille entre les démons et les dÏTiaités d'Odifi , qui doit précéder le ragnuraoir » ou crépuscule des dieux, ce serpent doit jouer un grand rôle.

2. C'étaient lea fTétfynêt, fillea infernales dfpéchées du VallialU par Odin pour choisir ceux qui devaient périr daaa 1« combat.

3. Les gnerriers tin nord étaient ordinairement ensevelis avec leurs armes et leurs anfws trésors. Ainsi Angant^rr, avant le combat singnlier dans lequel il perdit la vie, stipula qne s'il snocombait, son épée Tyriing serait enterrée avec lui. Sa fille Herror la retira ensuite de sa tombOé

Roslin : là ^ dans de paisibles Talions , à Tombre des bois yerdoyansy sa harpe apprit à soupirer des sons plus doux ; et cependant ses chants y quoique moins sanyagesy conservaient toujours quelque chose de la rudesse du nord.

Page 1