‹ Œuvres de Walter Scott (volume 4)Chapitre 18 sur 134 · HAROLD · texte numérisé non relu

HAROLD

— Ecoutez I écoutez-moi I belles dames! Je ne célèbre pas de hauts fidts d'armes ; c'est par des chants tendres e|t mélancoliques qu'il faut pleurer l'aimable Rosabelle.

Amarrez votre barque , brayes matelots! Et vous, charmante dame y daignez yous arrêter! Reposez-vous dans le château de Ravensheuch , et ne vous hasardez pas aujourd'hui sur cette mer orageuse?

La vague noire est bordée d'une écume blanchâtre ^ là mouette se réfugie sur les rochers solitaires; les pécheurs ont entendu l'esprit des eaux dont les cris prédisent le naufrage.

La )Eiuit dernière y le devin de la côte a vn une belle dame enveloppée d'un linceuil humide. Restez à Ravensheuch ^ ! Pourquoi traverser aujourd'hui cette mer orageuse?

Ce n'est point parce que l'héritier de lord Lindesay ouvre un bal ce soir à Roslyn ; c'est parce que ma mère est seule dans son château.

Ce n'est point parce qu'on y court la bague, et que Lindesay y brillera par son adresse ; c'est parce que mon père ne trouvera pas de bouquet à son vin, s'U n'est versé par Rosabelle.

Pendant cette nuit horrible, bn vit briller sur Roslyn uneflamme surnaturelle. Elle s'étendait plus loin que celle des feux qui servent de signaux, et elle était plus rouge que les rayons brillans de la lune.

EUe se réfléchissait sur le château de Roslin , situé sur le sonomiet d'un roc , et jetait une lueur de pourpre sur le taillis de la vallée. On la Voyait des bosquets de chênes de Dryden et du fond des cavernes de l'Hawthomden.

On croyait voir en feu cette chapelle orgueilleuse' où les Che£s

X. Grand et fort chAtean, maintenut en mines, sitné entie Kirkald^ et Dytart. Il fut eonféré à sir 'William. Saint-Clair, comme one légère compensation du comte d'Orkney, par Jaoqnes III, en 147 '• Il appartient à sir James Saint*Glair Erskine (comte de.Resslyn], représentant de là famille.

a. Irfi belle chapelle de Rosljn est encore assex bien consenrée. Elle Ait bftiie en r446 par 'William Saint-Clair, qni avait Unt do titres, dit Godscroft, qn*nn Espagnol en aorait éfé fatigué. On dit qu'elle paraît tout en feu quand on de ses descendans est sur le point de mourir. Cette superstition est sans doote d'origine nonrégienne , car plusienr* sagas parlent des tombes de fen du nord.

de Roslyn reposent sans cercueil^ Farmiiredefer de chacpie baron lai serrant de drap funéraire.

On croyait voir en fea la sacristie, et jusqu'à Faute! même. La flamme semblait jaillir des colonnes scn^tées en feuillage, et des trophées d'armes des anciens gnerriers.

Bastions, murailles , tourelles, tout semblait embrasé. Cest ce (fà arrive encore quand le destin menace les jours d'un descendant de la noble Camille Saint-Clair.

Vingt barons de Roslyn sont enseyelis dans l'orgueilleuse chapelle ; c'est sous laToAte sainte qu'ik reposent. Hais la mer couvre l'aimable Rosabelle.

Chaque Sain^Clair fut inhumé à la lueur des cierges, au son des cloches, avec les prières des fionérailles; les mugissemens des antres de la mer et la voix menaçante des vents furent le chant de mort de l'aimable Rosabelle. —

Les chants d19arold avaient tant de douceur que les convives s'aperçorent à peine que l'obscurité se répandait dans la salle ; quoique le jour fût encore éloigné de sa fin , ils se trouvèrent en* veloppés d'une ombre mystérieuse. Ce n'était point un brouillard ni la vapeur que le soleil tire des lacs et des marais ; les sages n'avaient pas annoncé d'éclipsé ; et cependant les ténèbres s'épaississaient tellement, qu'on pouvait à peine voir la figure de son voisin, et même sa propre main quand on retendait. Une secrète horreur succéda aux plaisirs du festin et glaça tous les cœurs. La noble dame elle-même fut presque effrayée , et sentit que l'esprit du mal planait dans; les airs. Le méchant nain tomba, la face contre terre , et murmura en tremblant : — Trouvé I trouvé l

tiouvé r

Tontàcoup un éclair fendit les airs obscurcis, — un éclair si vif , â brillant, si terrible, que le château sembla tout en feu. Un instant, un seul instant , il rendit visibles toutes les solives du plafond , les boucliers suspendus aux murs, et les trophées d'armes sculptés sur les colonnes. La foudre brilla sur la tête des convives et tomba sur lepage renversé ; les roulemensdu tonnerre effrayèrent les plus braves et firent pâlir les plus audacieux. La cloche d'alarifle sonna d'une mer à l'autre ; sur les murs de Berwick et sur ceux de Carlisle, la sentinelle , saisie de terreur, se hâta de courir à ses

sa LE LÂI DU DERIflËit MENESTREL.

«nnea ; 6t , qiwuid to c«liM siio«éda à «ell« MAYiila^ le page avait dispara ^

ZXYI,

Les uns eatmdir^ot wieToi^L dans la grande saUe de Brankscwe» ' et les autres Tirent ce que toua n'aperçurent fm* G/Hte voix, ter» riUe cria d'un ton de ouutre : -^ Yiena» Gijipin I *^ Et à Tendroit q/ae le tonnerre ayait frappé, ou le page a'étail jel6 par terre» tes nns virent an bras , les antres une mein , quelqnea autres les plis d'une robe flottante. Les convives tremUadas priaient em siknoe, et la terrenr était peinte sur toes les. Cronta. Mais parmi ces gms' riers effrayés, nul ne l'était comme Deloraine.. Son sang était ghcé , sa tâte en fen , et l'on craignit qu'il n'eût perdu la raison pour toujours. Il était: pâle , ne pouvait parler, avait l'air égaré, et ressemblait à ce soldat, dont on conte l'histoire, qui parla an spectre-chien dans l'île de Man ^. £n&n il dit en frissonnant, et à mots entrecoupés , qu'il avait va , et vu de ses yeux , on vieillard couvert epune aumusse et tTun baudrier travaillé en Espagne ^ comme un pèlerin tPtmtremer^ , — Je sais, dit-il> mais ne me demandez pas comment, que c'est le magicien Michel Scott.

Frappés d'horreur, les convives écoutèrent en frémissant ee récit merveilleux. Pas un mot n'était prononcé, pas un son ne se faisait entendre. Enfin le noble Angns éleva la voix, et promit par un vœu solennel à sainte Brigitte-de-Douglas , de faire on pèlerinïige à l'abbaye de Melrose, pour apaiser l'ame de Biichel. Chaque guerrier, pour rétablir la paix dans son cœur troublé, adressa aussi ses prières à quelque saint, les uns à saint ^odan, les autres à sainte Marie-des-Lacs; ceux-ci à la Mainte Croix-dé- Lilléy ceux-là à Notre-Dame-des-Iles : tons prirent leur patnm à témoin qu'ils entreprendraient tel ou tel pèlerinage, qu'ils feraient sonner les cloches, qu^ls ordonneraient des prières pour le saint de l'ame de Michel. Tandis qu'ik prononçaient ces vœux, on dit que la noble dame épouvantée renonça pour jamais à employer le secours de la magie.

Je ne parlerai pas de la noce qui eut lieu peu de temps apies ; je

x# Voyes la note 5 sar le chant II.

:t% L'ancien châtean de Peel-Town , dansl'ile de Man, est entouré de quatre chapelles mainteaut en mines. Il y avait autrefois un passage qui conduisaH d'une de ces chapelles dans le corps-o^r garde de la garnison. — Voyez |ur le Manihê'Dog une note portant ce titre dans Pfveril ék Pic, ^

34 Voyes la ataace six da chant 11 -^

GHANT ÂKIEHE. S?

ne Toas dirai pas combien de fils yaiUanfty combien d'aimables filles conronnèreat l'amour de la flear du Teviot et de l'héritier de Craitftonn^ Après lue scène ai terrible^ il serait inutile de Tovloir. Iffodoire des sons d'allégresse. Il oonyient mieux de parler du j|oar marqué par la pénitence et la prière, où la troupe des pèlerins se rendit solennellement dans le saint temple de Helrose.

Chacun d'eux marchait les pîeda nus y le corps couvert d'un sac, et les bras croisés sur la poitrine. Dans tout ce long cortège ou aurak eu peine à enèendri» le brut, de leurs pas , le mtxk de leurs ▼oîk; à pttne osaîfiBt*ils respirer. Yaiufieur o» aurait cheiebé «n eux Paûr if^posant ^ le port nufftial; leur gloire était éclipsée^ knr orgueil dNittu » leur illustiediosa ouUié» D'un pas kntp et dansu preiwid oiknee, ils s'ayaneèreut :vtfsl'a«lel sacré, et as prosiernèreiit humUement. Sur la tâte des guerriers suppliaus flottaient les bannims des auciens béree; sous, leurs pieds étaient lasceudrcsde leurs pères; et autour d'eux les saints et 1^ mari> tyrs, dans leurs niches , setublaiisnt ka regarder d'un air sévère.

Gouyerts d'étoSès blandtes ecuune k neige, de soapnlaii^s el dscapuchoBs auirs , les saints pères «rriyèrent sur deux rangs en procession solennde par une des ailes.de l'église. Us portaieni descierges, des missek et l^hostie consacrée ; une sainte bannière arec le nom du rédempteur luttait devant eux. L'abbé, couTert de sa mitre, étendit k main sur les pèlerins agenouillés devant hi, knr donna sa bénédiction en fidsant sur eux k signe de la erû; il pria le ckl dekur accorder sagesse dans kurs châteaux et succès sur le champ de bataiUe^ On célébra la mbsae, on fit des prières, on chanta un requiem pour les morts, et on sonna toutes les cloches pour le salut de leur ame. Pour terminer l'office, l'hymne d'intercession s'éleya yersle ciel, et les yoûtes de l'église retentirent des sons de Torgue qui accompagnait le chant ma» jestnenx du Dics ùre, dks Ma. S'il m'est permis de finir par des vers sacrés un lai léger et frivole, voici ce que cbantaient les

saints pères :

xjxi.

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