‹ Œuvres de Walter Scott (volume 4)Chapitre 28 sur 134 · A LADY ANNE HAMILTON · texte numérisé non relu

A LADY ANNE HAMILTON

Lorsque la noble raoe.des HanoiltoiiBhalHtait les toars gothiques de Gadyowy la mosicpie , les chants , le yin et de joyeux banquets en bannissaient rennm.

CSiacpie voûte prolongeait les sons mélodievx de la harpe i et Fécho répétait les pas légers de la danse et les chants inqpirés des ménestrels.

Mais les tours de Cadyow tombent en mine ; ses voûtes, que le lierre revêt d'un manteau de verdure , ne retentissent plus que des «ifflemens de Taquilon et de la voix mugissante de FEvan.

Vous m'ordonnez de célébrer par le chant d'un ménestrel la gloire oubliée de Gadyow, et de réveiller par les sons de ma harpe les échos sauvages de la vallée.

Vous ne craignez point de détourner vos yeux de la pompe des cours et des tableaux rians du plaisir, pour soulever le voile de l'oubli et contempler Fume solitaire et négligée. «

J'obéis y noble ch&telaine ; les murs écroulés vont se relever à vos ordres... Silence 1 nous sommes sur les rivesdeF£van;le passé revient s'offrir à nos yeux... fe présent disparaît.

Aux lieux où naguère les ruines tapissées de verdure se confondaient avec le taillis qui couvre les rochers , des tourelles fantastiques se couronnent de créneaux sur lesquels flottent desbanmeres féodales.

Aux lieux où le torrent s'irritait de trouver sur son passage le faible obstacle des boissons et desarbastes entrelacés i on bastion en briques bitve ses flots mogissans , et des remparts entourent une citadelle.

Il est nuit ; le donjon et la tour projettent leurs ombres Tadllantes sur les eaux de FEvan, et le feu des sentinelles écKpse la faible lumière de la lune.

Mais déjà la flamme pâlit; l'orient se colore : la sentindle fiatigoée descend de la tour ; les coursiers hennissent ; les limiers sa« loent l'aurore par leurs aboiemens, et le chasseur se prépare i partir.

Lepont-Ievis s'abaisse... chaque poutre gémitj chaque chaîne se tend y lorsque les cavaliers piquent de l'éperon leurs coursiers et leur lâchent les rênes.

A la tête de la troupe est le noble Chef des Hamiltons ; tous ses gens le suivent gaiement ; son coursier est plus rapide que le vent des montagnes*

Les chevreuils bondissent et s'élancent de l'épais taillis, le daim fiiit dans la plaine; car le cor des guerriers les a réveillés dans leurs repaires.

Quel est ce mugissement qui retentit dans là forêt antique d'Evandale, dont les chênes comptent des milliers d'années? A frine si l'on distingue les fanfares sonores des chasseurs.

C'est le roi de tes forêts , 6 Calédonie, c'est le taureau des montagnes qui accourt, à travers le feuillage, semblable à la foudre.

Il roule des yeux enflammés à l'aspect des chasseurs, frappe le sable de ses cornes noires, et agite sa blanche crinière.

Dirigé par une main sûre , le javelot atranspercé les flancs de l'animal sauvage ; il se débat encore au milieu des flots de son sang ; un gémissement douloureux termine ses soufErances. Sonnez, sonnez sa défaite.

Le soleil a parcouru la moitié de sa carrière, les chasseurs ap* paient leurs lances inoccupées contre les troncs noueux du chênes les légers nuages de fiimée qui dominent la vo&te du feuillage in* diqaent le lien où les vassaux préparent le festin.

Le Chef vit avec orgueil tous les hommes de son clan étendus sur la bruyère, mais ses yeux cherchèrent vainement le plus vaillant de tous ceux qui portaient le nom dflaniilton..

— Et pourquoi donc Bothwdlhaugh n'est^il pas avec nous, lui qiû partage tous nos phâsirs comme tons nos dhagrias? pourquoi

£26 LE CHATEtE DB CJkTnOW.

ne -vieMtnL pas- praidre part à notée .clMMe et s'asaeoir à notre

jrepaa eliampètre ?

Le fimuchaClawde i^pondit avec le toft^déTère^pdistiagiiait k seigneur orgueilleux des tonrs de Pasley : — Ta ne yerras plus le gnerrierqnetadenandeBi ni à nesjoyeox toàtim, nia nosi^asses luuNUes»

Il y a peu de temps que les coapes s'eafdksaieQt encorr joacpfaa bord dans Woodhooaelee, lorsque» fatigué des travaux de la guerre, Bothwellhangh revenait gaiement dans ses foyers.

Il Tenait de quitter sa Margu^ite, qvi> à peine déliyrée des douleurs de la maternité» belle et touchante comme une rosie fSk, Mourrissait son enfant nouTeau-né.

Faftal changement I ces jours ne sont plus» les barbares satellites du perfide Murray n'ont fait que passer» la flamme hospitaUère da fey^ domestique est de^unile im inooidie dévastateur.

Quel est ce famâme à demi nu qui eroe avec désespoir sur les bords qu'arrose l'onde mugissante de l'Evan? ses bras tiennœt oa enfant. • . serait-ce la rose pâle dliamilton ?

Le voyageur égaré la voit se glisser à travers le feuillage, fl entend avec terreur sa voix faible et plaintive. — Vengeance! s'éerie«t-elle» vengeance sur TorgueiUeux Murray! Plaignez les malheurs de Bothwellhanghl —

Ainsi parle le seigneur de Pasley; des cris de rage et de doaleur se font entendre au milieu des Hamiltons. Le Chef se relève sondaiti, et tire à demi du fourreau sa redoutable épée.

Hais quel est cet honune cpii franchit avec tant de rapidité les broussailles, le torrent et le rocher? sa maio» armée d'un poignard sanglant» s'en sert pour exciter son coursier harassé de litigne.

Son fcont est pale» ses yeux étinceUent comme ceux d'un hosune poursuivi par une apparition. Le sang souille ses mains» sa cheve^ lure est &ï désordre...

C'est lui y c'est lui » c'est BotbweUhaugh 1

Il abandonne io» ^eoufsieF haletant et près de snocombar ; il brise contre terre sa carabine» fumante encore d'un. meartre récent.

— Il es€ doux, ditijl d'une voix'fareuohe» il est doux d'euteadre résonner le cor dans les ferêt&; mais il est cent fois plus doux ^core d'éoeiiter les âermers soupirs d'un tyraiu

Le rot ^pMBaant des foràts oalédcmienneSy ^ne je vais pere^ '^

^os jofefots, paieevrait ayec fierté les Talions et les oolfines ; nais avec plus d'cnqgaeil encore s'aTânçait le lâche Moiray » an miliea des flots da peuple, dans la yille de Linlitbgow.

JI Tenait en trkmqpfae des frentiàres ravagées , et Knox, onUiant ponr hd l'orgneil de sa déyotim, souriait en contemplant la pompe qoi entourait le tndtre.

Mais la puissance avec tont son orgueil , la pompe ayec tout son éclat, peoYent-dles ébranler le eœnr qoi a joré de se yenger? pevrent^dUes arrêter les projets du désespoir?

J'arme ma carabine, et je^Boisis un poste secret et obscur comme le coup que je médite ; j'attends que les lanciers de l'Ecosse et les tfoheFS de l'Angleterre défilent près de moL

Morton, edieux instrument des assassinats^ s'avance le premier à la tête d'ane troupe armée ; je reconnais les plaids bariplés des chus saayages de Maciarlane, qni agitent leurs larges claTmores.

Je vois Gleneaim et Parkhead, qni tiennent humblement les rênes du coursier de Mnrray ; je Tois Lindsay, dont l'ceil implacable ne fut point énm des larmes de la belle Marie.

Aq miUen d'une forêt de piques surmontées de bannières, flottait le panache du régent ; à peine s'il pouvait faire un pas, tant ses flatteurs se pressaient autour de lui.

Sa visière était haute, ses yeux parcouraient les rangs de ceux ^i l'entouraient ; il brandissait son glaive comme pour donner des ordres à ses soldats.

Cependant la tristesse mal dissimulée qu'on lisait sur son front trahissait un sentiment de doute et de crainte ; quelque démon lui disait tout bas : — Défie-toi de Bothwellhaugh outragé.

Le plomb de la mort vole.., le coursier tressaille... La voix du tomnlte retentit... le panache de Murray vacille , le tyran tombe pour ne plus se relever.

Quel est le ravissement du jeune homme aiiioureux qui entend celle qu'il aime lui avouer qu'il a touché son cœur I Quelle est la joie d'un père qui perce de sa lance le loup dont la dent cruelle a blessé son fils bien-aimél

Mais il fut mille fois plus doux pour moi de voir rouler Torgueilleiix Murray dans la poussière, et d'entendre son ame perfide s'échapper avec un douloureux gémissement.

L'ombre de ma Marguerite errait près de là ; elle a pu contempler sa victime sanglante ; elle a pu faire retentir à son oreille presque iiisensible : —Souviens-toi des outrages de Bothwellhaugh.

Noble ChftteUeraalt , hâte-toi donc , déploie tes bannières ; que tons tes gnerriers s'arment de lenrs arcs. Mnrray ;Ei*e8t plus, l'Ecosse est libre !

Tons les guerriers conrent à lenrs conrsiers ; lenrs clameurs sauvages se mêlent anx sons bmyans de lenrs cors : — Miïrray n'est pins y s'écrient-ils , FEcosse est libre... Arran, prépare ta lance...

....• Mais le channe magique qui avait abnsé le mén^etrel a cessé... Je ne vois pins les fers étincelans des piques ; les «ris de guerre expirent avec la brise, on#e perdent dana le miirmnre de l'Ev^n solitaire.

Les sifflemens du merle ont remplacé les fanfares sonores du cor, et les tours créifielées d'Evandïde sont de nouveau cachées sous le l(erre.

Au lieu, de ces Chefs armés pour la vengeance et excitant lenrs clans an carnage, je n'aperçois plas qu'une noble beauté , qni dirige avec grâce les rênes de soie de son coursier.

Puissent la paix et le plaisir sourire long-temps aux dames qui daignent écouter le ménestrel! qu'elles embellissent long-temps de leur présence les rives fleuries d'Evandale.

NOTES

Hotk i**'. — A la tétâ de la troupe.

Le chef de la famille des Hamiltons, à celle époque» était Jacques, comte d'Arran, duc de GMtellerault^ en France , et premier pair d'Ecosse en iSôg : il k{ nommé par la reine Marie son lieutenant-général en Ecosse , avec le titre singulier de ion père adoptif.

Note a. -» Ze taureau des montages.

laCaledonià oUmfrequens erat silvestris quidam bos , nunc 'vero rarior; qui, eohre eàndidissimo , jubam densam et demissam instar Uonis gestaty trucuhntus ac férus , ab humano génère abhorrens , ut quœeumque homines vel manibus con» treetdrunt , o^/ halitu per/laverunt , ab iis multos post dies omnino abstinuertnt. Ah hoc taata audaeia kmc boçi insita erat, ut non soUim irritatus équités furenter prostemerety sed ne tantillum lacessiius omnes promiscue homines comibus ac uagulis peteret y ac canum , qui apud nos ferocissimi sunt, impetus pUuie contem^ neret, Ejus carnes cartilaginosœ , sed sapons suavissimi», Erat is olim per illam '^lutusimam Caledonia sylvam frequens / sed humana ingluviejam assumptus, trihus tantum lods est relîquus, Strivilingii, Cumbemaldiœ et Kincamiœ, (Lbsl^ us , Scotàœ deseripûô , p. x3 .)

Non 3. — Lord'Claude Hamilton,

C'était le second fils du duc de Gbàtellerault , et Tun des plus fidèles partisans de la reine Marie. Il est l'ancêtre du marquis d'Abercom«

lïoTE 4. — Woodhouselee»

Cette baronnie, située sur les bords de l'Esk, appartenait à Bothwellhaugh. Les niines de la demeure dont sa femme fut expulsée d'une manière si brutale qu'elle en mourut après avoir perdu la raison , subsistent encore dans un petit vallon du côté de la rivière. La crédulité populaire les fait encore babiter par lady Botbwellhaugh , qu'on confond cependant avec le spectre de lady Anne Bothwell , dont la complainte est si répandue : ce spectre est si jaloux de sa propriété , qu'une partie des pierres de l'ancien édifice ayant été employées à rebâtir ou & réparer la maison qui a rem^ placé ^oodbouselee, il a cru qu*il avait le droit de se faire voir dans cette nouvelle

habitation/ Il n*y a pas long-temps qu'il a causé de grandes frayeurs aux domestiques. Il y a pourtant quatre milles des ruines de Tanden Woodhouselee au npu- Teau ; mais les fantômes iraient réclamer leur bien au bout du monde : celui-ci ap- * parait toujours Têtu de blanc , avec un enfant dans ses bras.

NoTB 5. — Sa nuUn armée iRun poignard sanglant.

Birrell nous apprend que Bothwellbaugh étant poursuivi de près , et n'ayant plus ni fouet ni éperons, tira sa dague et en piqua son cheval par-derrière : ranimai, excité d<f cette sort^ , sauta un fossé , ce qui sauva le meurtrier.

KoTK 6.'<^ J'arme ma carabine,

\ On conserve encore à Hamiiton la carabine qui servit à tuer le régent.

Note 7. — Sesflatuurs se pressaient autour de lui,

John Knox avait averti le régent du complot par des avis répétés. On prétend que Murray savait même dans quelle maison le meurtrier l'attendait. Égaré ptr cet entêtement fatal qui conduit l'homme à sa perte , il crut qu'en pressant son ckefal devant la maison désignée , il éviterait le danger. Mais k foule donna, sans le vonkÙTy à Bothwetthaugh le temps d'exécuter son assassinat.

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