XXXV
— Que je fasse bie^ ou mal, que ton autel soit sacré ou non, je méprise ton autel et ton culte. L'hymne religieux des saints martyrs , que dis-je ? Dieu lui-même ne me ferait point retirer.
n presse de l'éperon les flancs de son cheval , il sonne du cor, il crie : — En avant I en avant! hallali! mais soudain sur les ailes d'un ouragan disparaissent le cerf, la chapelle et l-ermite.
xxxvu.
Il ne voit plus ni coursier, ni cavaliers, ni meute; il n'entend
LE FEROCE CHASSEUR. U5
plus ni le cor ni les clameurs de la chasse; au bruit des cheraux, aux cris des chiens, aux sons du cor succède un morne silence.
XXXTIU.
Le comté effrayé jette autour de lui des regards effarés ; il cherche en yain à réveiller son cor, il Teut en yain crier, aucun son ne peut être articulé par ses lèyres.
n écoute : aucun aboiement lointain ne lui. annonce ses chisfes fidèles. Son coursier a pris racine sur le sol, et reçoit, immobile, les coups poignans de l'éperon.
Les ombres cependant s'épaississent, et sont bientôt aussi profondes que celles de la tombe; aucun son ne frappe son oreille, excepté le bruit d'un torrent lointain.
xu.
Ce silence solennel se rompit enfin sur la tête humiliée du pécheur, et des flancs rougeâtres d'un nuage sortit comme la fondre une effrayante yoix :
xui.
— Oppresseui^ de Funiyers créé, instrument endurci des esprits apostats ! ennemi de Dieu I fléau du pauvre 1 la mesure de ta coupe est remplie.
XUII.
A ton tour, sois à jamais chassé dans ces bois, fuis à jamais dans cette solitude efEnayante, et que ton sort apprenne à l'orgueil^ lenx que la dernière des créatures est l'œuvre du Très Haut. —
La voix s'est tue ; un livide éclair illumine la forêt d'une flamme jaunâtre; les cheveux du wildgrave se hérissent sur sa tête, et Thorreur glace ses membres.
Une froide sueur découle de tout son corps, un vent d'orage commence à sifSer; et avec un bruit toujours croissant la tempête accourt sur ses ailes.
La terre a entendu le signal. Ses entrailles se déchirent ; de ses crevasses béantes, au bruit de mille cris, au milieu d'un tourbillon de flammes sulfureuses, sortent les limiers hideux de Tenfer.
XLvn.
Qnel est*il cet effrayant chasseur qui les suit ? — Je le devine ,
lO
lijS LE FEROCE CHASSEUR. *
mais je n'ose le dire; son œil brille comme l'éclair nocturne, son coursier a la noire couleur de renier •
Le wildgraye fait à travers broussaiHes et buissons , poussant les cris du désespoir; sur ses traces s'élancent la mente et le chasseur : en ayant! en ayant 1 hallalil hallalil
xux.
Tournant la tète, il aperçoit ayec angoisse la troupe furieuse sur le point de l'atteindre ayec ses dents sanglantes, et dans le trouble de l'eflroi il continue sa fuite.
A jamais durera cette chasse horrible, jusfu'à ce que le temps lui-même finisse ; pendant le jour die a lieu dans les cavernes dé la terre; à l'heure enchantée de minuit elle recommence sur sa surface.
Voilà le cor, la meule et le coursier qu'entend souvent le lab(m« reur surpris par la nuit ; épouvanté , il fait le signe de la croix eu écoutant ces étranges sons.
ui.
Le prêtre veiUant pour prier laisse souvent tomber une larme sur l'orgueil de l'homme et ses malheurs, quand, à l'heure de minuit , il entend le cri infernal de hallali I hallali I
FIN DU TÉROCR CSASSEUR.
Il porto avec loi les b^édictions des nauTiis génies, <px sont des malédictions véritables.
( Cbn» ertaUe/.)
AVERTISSEMENT
POUR hk BiXUUDS SUIVAMTK.
Cwm ballade fdt composée à la demande de M. Lewis pour être inéér^ dans ses Contes mer»eUleax. Elle est la troisième des cpatre qm forment la série consacrée aux esprits élémentaires. Cependant l'apostasie du comte Albert est presqne historique. On Ittdans les Annales des croisades qu'un cheyalier du Temple y ap« pelé Saint-Alban , passa du côlé des Sarrasins et défit les chrétiens dans plusieurs batailles > jusqu'à ce qu'il pérît lui*méme sous les murs de Jérusatem, de la main de Babouin.
lO.