BALLADE
Yaillans chevaliers et belles dames , prêtez l'oreille anx accords de ma harpe ; je yais yons parler d'amour, de guerre et de prodiges; peut-être 9 au milieu de yotre bonheur, donnerez-vous un soupir à l'histoire du comte Albert et de là tendre Rosalie.
Voyez-vous ce château sur le roc escarpe ? Yoyez-vons cette jeune beauté les larmes aux yeux? Voyez-vous ce pèlerin qpi revient de la Palestine ? Des coquillages ornent son chapeau ; il tient un bourdon à la main.
ni. •
. — - Bon pèlerin, dis*moi, je t'en siq>plie, dis-moi quelles nouvelles
tu apportes de la Terre-Sainte? où en est la guerre sous les
remparts de Solyme? que font nos guerriers , la fleur de notre
noblesse? ^
— La victoire nous sourit sur les rives du Jourdain ; nous avons conquis Gilead , Nablous et Ramah. Le ciel daigne récompenser la foi de nos chevaliers au pied du mont Liban ; les païens fuient ; les chrétiens triomphent 1 —
Une belle chaîné d'or était entrelacée dans les tresses, de ses cheveux ; Rosalie la pose sur la tête blanche du vieux pèlerin : — Bon pèlerin , dit-elle , reçois cette chaîne pour prix des nouvelles que tu as apportées de la Terre*Sainte.
Mais dis-moi, bon pèlerin , às-ta 'yn dans la Palestine le vaillant comte Albert? Lorsque le croissant a pâli devant la croix victorieose, le comte Albert n'était-il pas le premier des chrétiens an
piedda mont Liban?
—Belle demoiselle y l'arbre se pare de Viurdore, le ruisseau pro* mène ses eaux argentées dans le vallon > ce château brave les assaillans , et Fespérance nous flatte et nous «éduit : mais hélas I belle demoiselle, tout ici bas ne fleurit que pour mourir.
vin.
Le feuillage de l'arbre se flétrit, la foudre éclate, et consume les murs des châteaux, le cristal limpide des fontaines se trouble,
et l'espérance s'envole Le comte Albert est prisonnier sur le
mont Liban! —
Rosalie se procure un cheval rapidexomme Féclair ; elle s'arme d'une bonne et fidèle épée ; elle s'embarque pour la Palestine , résolue d'aller arracher le comte Albert à l'esclavage du soudan.
Hélas ! le comte Albert se souciait peu de Rosalie, le comte Albert tenait peu à sa foi et à son serment de chevalier. Une belle païenne avait conquis son cœur volage. C'était la fille du Soudan qui régnait sur le mont Liban.
— Brave chrétien , lui a-t-elle dit, veux-tu obtenir mon amour, ta dois faûre tout ce que j'exigerai de toi. Adopte nos lois et notre culte, tel est le premier gage de tendresse que te demande
Zoléma.
Descends ensuite dans la caverne où brûle éternellement la flamme mystérieuse qu'adorent les Gurdes ; tu y veilleras pendant trois nuits en gardant le silence : ce sera le second gage d'amour que recevra de toi Zuléma.
xni.
Enfin tu consacreras ton expérience et ta valeur à chasser de la Palestine les profanes chrétiens, j'accepterai alors le titre de ton épousé, car le comte Albert aura prouvé qu'il aime Zuléma. —
Albert a jeté de c6té son casque et son épée, dont la garde figu-
rait ane croix ; il a renoncé an titre de cheyalier, et a* renié son IMea y sédnit par la beanté de la fiÙe du mont Liban; il a pria le cafetan yert , et paré son front da turban.
Dès que la nuit arriTe, il descend dans le cayean souterrain dont cinquante grilles et cinquante portes de fer défendent l'accès, n yeille jusqu'au retou» deraurore, mais il ne yoit rien si ce n'est la lueur de la iSamme qui brûle sur l'autel de pierre.
La princesse s'étonne ^ le soudan partage sa surprise ; les prêtres murmurent en regardant Albert ; ils cher cbent dans ses yétemens, et y trouvent un rosaire , qu'ils lui arrachent et jettent aussitôt.
xvn.
Il redescend dans la caveme , et y veille toute la nuit en éooa» tant le sifflement lointain des vents ; mais rien d'extraordinaire ne frappe son oreille ou sa vue ; la flamme continue à brûler sur Faute! solitaire.
Les prêtres murmurent ; le soudan s'étonne de plus en plus pendant qu'ils chantent leurs airs magiques. On cherche encore sons les vêtemens d'Albert , et Ton trouve sur son sein le signe de la croix qu'y avait imprimé son père.