CE POËME ROMANTIQUE
PAR L'AUTEUR
A MARMION
Peu de mots suffisent ponr exprimer ce qae j'ai à dire snr ce poëme. Déjà j'ai expliqué dans Ifintroduction da Lai èa demUr Ménestrel les circonstances relatives à ma yie littéraire qui me firent renoncer aux espérances d'une profession honorable pour les ressources plus précaires de la littérature. L'emploi de sheriff de Seikirk imposant l'obligation de résider, je quittai l'agréable cottage que j'habitais sur les bords de l'Esk pour les rives plus charmantes encore de la Tweed, afin d'obéir à la loi qui exige que le sherifiF réside dans le ressort de sa juridiction, au moins un certain nombre de mois. Nous trouvâmes ime retraite délicieuse en devenant le locataire d'un ami intime qui, de plus^ était mon cousin-germain , le colonel Russel , dont le manoir d' Ashesteil était inoccupé tandis qu'il servait dans l'Inde. L'habitation répondait à nos besoins et à l'exercide d'une hospitalité limitée. Placée dans un site d'une rare beauté , près d'une rivière dont les sinuosités &- Torisent ce qu'on nomme lé genre anglais, elle est environnée de bois venus naturellement et de colUnes aboadantes en gibier. Qoantaux relations sociales, nous demeurions , suivant la touchante expression de l'Ecriture, a au milieu de notre peuple. » Et, comme nous n'étions qu'à trente milles de la capitale, nous pouvions recevoir quelquefois nos amis d'Edimbourg, et nous passions dans cette ville la durée des sessions d'été et d'hiver, c'est4-dire cinq ou six mois de l'année.
Une circonstance importante cle ma vie marque pour moi cette
ëpoqae. Je reçus des espérances qui, Tenant d^nne sonrcedont la bonté ne poavait être révoquée en doute, étaient de nature à me délivrer de Fanxiété que j'avais ressentie quelquefois , et que ne peut s'empêcher d'éprouver l'homme qui voit les principales perspectives de sa famille reposer sur la durée incertaine de sa propre existence, surtout s'il se trouve dépeadre de la faveur du public, qu'on dit être fort capricieux , quoiqu'il soit juste d'ajouter que pour moi il ne Ta pas été. M. Pitt avait exprimé à mon ami particulier, l'honorable William Duud^^ maintenant lord-clerk-register d'Ecosse, le désir qu'une occasion convenable se présentât de m'ètre utile, et comme mes vues et mes souhaits avaient plutôt pour but l'avenir que le présent, l'occurrence désirée ne tarda pas à s'offrir. Un des principaux clerk^ de session , ainsi qu'on les nomme ( fonctionnaires qui occupent un poste important et jonissentd'honoraires considérables), éprouva, après un service de plus de trente ans, le besoin d'une retraite motivée par l'âge et la surdité qui en était la suite. Les lois qui existaient alors antori- «aicnft les titulaires de ees «Mploisà traiter avec leurs snccessears, «oit pour une somme d'ai^gmit, d'-ordinaire assez forte, soit pour un partage des éaolumens de la place dorant leur fie. Mon prédécesseur, €pk avait resdn d'éminens services, ehobit œ damier aunde, et stipula qu'il conserverait le traitement de l'emploi et que j'en aurais la survivance, à condition d'en remplir les fonctions tout k temps de son existence. M. Pîtt étant mort dans l'intenralle, le nÛBistère fut dissous et remplacé par celui qui est ceniin tons le nom de Fox et GrenviUe. L'affaire émit si avancée qne ma €om« BÛssion était an secrétariat, signée par Sa Majesté; mais, par je V0 sais qud ouUi, les int^êts de mon prédécesseur n'y étaient pas aesurés comme il est d'usage «i pareil cas. Ainsi , qnoi<}n'il ne restit plus qu'à acquitter les drwts , l'honneur ne me permettait pas de retirer cet acte, puisque si j'étais mort lepranûer, le gentleman auquel je succédais aurut perdu les honoraires qu^il devait eonserver. J'eus rbonnenrd'avon* une entrevue à ce sujet avec le ewBte Spencer qui, de la meilleure grâce possible, dmna les ordres nécessaires pour que la eonmaission ttt rédigée dans les termes où elle aurait dû l'être d'abord ; ajoutant que l'acte ayant reçu ^ sanction royale, il regardait comme juste oe qu^ aurait accordé avec plaisir comme faveur.
Je n'ai jamais vu M. Fox ni pour cette afhire ni pour aucune autre, je ne lui ai jamais adressé la moindre sollicitation , sentant
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faien qa'ime semblable démarche serait prise pomr l'expression 4'<^im<mfi poUtiqnes eontraires à celles qne f ai toujours professées, Ea sa qualité de rfmple particulier, il n'y a pas d'homme anqndi j^eosse été plus fier de youer an sentiment de recomiaissance si j'aTais été assez heureux pour lui en deroir .
l'obtins par cet arrangement la snrriTance d'un emploi qui répondait pleinement à mes désirs ; et comme la loi qui autorisait ce genre de traité entre un fonctionnaire et son successeur fut changée cinq oa six ans après, et pourvut d'une autre manière au sort des andois magistrats, mon coDègue profita très à propos de l'occafion pour accepter la retraite offerte et me kdsser la jouissance enti^ des émolumens de la place.
Mais quoique la certitude de succéder à un emploi important semblât m'assuref un refuge pour la vieillesse, elle ne put me soustraire à l'influence des vents contraires qui troublent si souvent le voyage de la vie; ce fat en vérité un de ces incidens désagréables qu'on ne peut ni prévoir ni éviter, qui accéléra la publication de cet essai poétique. J'avais formé la prudente résolution d'y consacrer plus de temps qae je n'en avais accordé jasqalei à mes autres prodactions , et de ne mettre nal ei|ipressement à me replacer au rang de ceux qui cherchent à acquérir une renommée Sttêraire. En conséquence, plosieurs passages d'un poêmé, qui reçut enfin le nom de Mannion, furent revus avec beaucoup de soin et d'attention par un individu qui, d'ordinaire, ne prodiguait pas le travail.
Je ne suis pas juge compétent pour décider si l'ouvrage méritait ou non cette préférence, mais il peut m'étre permis de dire que l'époque ou je l'écrivais est au nombre des plus heureuses de ma vie; si bien qu'à présent encore je me rappelle avec plaisir quelçaes-uns des sites où certains morceaux ont été composés. Douce impression , due, sans doute, aux introductions placées au début de chaque chant, sous la forme d'épitres familières adressées à mes amis les plus intimes, et remplies d'allusions trop nombreuses peut-être sur les occupations et les amusemens de ma solitude ; — caiBerie que pourront pardonner ceux qui se souviendront que j'étais alors jeune, plein de confiance, heureux^ et qne « le cœur tout entier a'éebappait par la bouche. »
Le maOïear qui frappa dans ce mAim temps un proche parent, qui était aussi mon ami, changeala prudente résolution que j'avais bnnée d'eotoorer de grandes précaotiona l'entrée de ce poëmedana
le moDde , et rendit une prompte publication sinon nécessaire an moins convenable. Les éditeurs du Lai du dernier Ménestrel j encouragés parle succès de cet ouvrage, offrirent d'eux-mêmes mille livres sterling de MarnUon. La transaction, n'étant pas secrète, donna à lord Byron , qui était alors en guerre ouverte avec tous ceux qui noircissaient du papier, un prétexte de me comprendre dans sa satire intitulée : EngUsh bards and scotch Reviewers^.
Je n'ai jamais pu concevoir conmient un arrangement entre un auteur et son libraire pouvait, s'il satisfaisait les personnes intéressées, encourir la censure d'un tiers. Je n'avais employé aucnn moyen inusité ou peu généreux pour renchérir la valeur de ma marchandise ; je n'avais pas cherché un seul instant à conclare un traité plus avantageux, tnais j'avais accepté sur-le-champ ce que je considérais comme l'offre bénévole de mes éditeurs. Ces Messieurs, au moins, ne pensaient pas avoir été lésés dans nne affaire qu'ils avaient, il est vrai , réglée à leur propre volonté. La vente du poëme surpassade beaucoup leur attente, à un tel point qu'ils voulurent absolument enrichir les œuvres de Tauteur d'un présent , que ne peut jamais refuser un jeune maître de maison écossais : un muid d'excellent vin.
Le poëme se termina avec trop de précipitation pour qu'il me fût possible d'adoucir, sinon de faire disparaître quelques-unes des imperfections les plus frappantes. La nature ies/autes de Mar^ mion, tout en ayant dans les temps féodaux des exemples qu'on pourrait citer, manquait néanmoins de spécialité comme trait distinctif de l'époque, un /aux étant le vice d'un âge industriel plutôt que celui d'un âge fier et belliqueux. Ce défaut si grave aurait dû être effacé ou pallié. Cependant je laissai l'arbre tel qu'il était tombé. Je me souviens que mon ami, le docteur Leyden, alors en Orient, m'écrivit à ce sujet une vive remontrance. Mais j'ai toujours cru que les corrections, quelque judicieuses qu'elles fussent en elles-mêmes, produisaient un mauvais effet après la pu-
I. Le dernier qni parait, s'aTançant fièrement snr «on courtier, est le hantain Marmîon an eaaqaa d'or , tantdt forgeant des actea, tantôt le premier dans les combats, être mixte, demi-félon et demicbtoralier , propre à figurer avec grâce an gibet on an cbamp d'honneur, mélange biiarre de grsiidenr et de bassesse. Et crois-tn, ScottI pouvoir an gré de ta fantaisie imposer an goût pablic ton roman suranné , parce qne Murray , d'accord avec Miller , apprécie ta muse, juste nne demi-oon* ronne par ligne? NonI quand les fils de l'harmonie s'abaissent à un tel trafic» leurs couronnai se flétrissent et leurs lauriers se fanent. Il abj nre le nom sacré de poète , celui qui met son cerreau à la tortare pour le gain et non pour la gloire ; puissent-ils toujourS'traTailler en vain pour l'infleiible Vammon , et contempler avec r^ret cet or qu'ils ne peuTont acquérirl Qne tel soit le prix , la jiute récompense de la muse avilie et du barde mercenaire 1 Pour un tel acte, nous méprisons le fil* ▼énal d'ApoUoQ , e^ nons disons «a long — > « Bonsoir à MamioD. a — GBnTret de Byron, i836, Tol. 1er, page 12s.
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blication. Un auteur n'est jamais condamné d'une fiiçon pins iriré- Tocable que sur son propre aveu ^ et il peut espérer trouver des apologistes et des partisans ^ tant qu'il n'a pas déserté sa propre cause. Aussi n'étais-je pas porté à offrir à la censure l'appui de mon opinion personnelle. Par une faveur de la fortune, la nouveauté k sujet y et , s'il m'est permis de le dire, quelque force et quelque Tivacité dans les descriptions , servirent à compenser de nombreuses erreurs. Ainsi la seconde expérience, tentée sur la patience dn public, en général la plus périlleuse, — car il est alors enclin à juger avec rigueur ce qu'il a peut-être accueilli la première fois ayec une imprudente générosité, me fut favorable. J'eus le bonbeur de franchir l'épreuve avec succès; le registre des ventes m'a prouvé que trente-six mille exemplaires ont été imprimés entre 1808 et 1825, sans compter un nombre considérable vendu depuis cette époque. Je n'ajouterai rien de plus sur MamUony etj dans quelques lignes précédant la Dame du Lac^ le dernier de mes poèmes qui ait obtenu un éminent succès , je continuerai la tache fue je me suis imposée touchant rorigine de mes productions.
AbboUford, atril it3«.
AVERTISSEMENT
Il esl rare qu'an aatanr ne mette pat me teeoiide foia la biea- ▼eiUance dli pablie à Fëprenre , quand il a été déjà honoré de ses mifrageB. CSependant on doit Ûen aappoter qae l'autenr de Mainioii ^rovTe qnelqoe inqvlétttde snr ce seeond essai , a'ipMfant paa qn'il liaqoe de compromettre tonte la répnutioA qae son pre^ mier poëme * peut lai avoir méritée ; ce non^d ouvrage est fondé snr les aventures d'un personnage imaginaire ; mais il est intitalé Poëme de la bataille de Flodden-Fidd^ parce que le sort du héros se lie à cette mémorable défiiite et aux causes qui ramenèrent: l'auteur s'est proposé dès le début de faire connaître à ses lectears la date de l'époque de son récit , et de les préparer aux moearset aux usages du temps. Un récit historique, et encore moins une épopée , étaient loin de son idée lorsqu'il conçut le plan de ce poëme romantique; cependant la popularité qu'a obtenue le Lai du (kf nier Ménestrel fait espérer au poète que le public accueillera avec plaisir cet essai destiné à retracer les mœurs dés temps delà féodalité, dans un cadre plus large , en les rattachant à un récit romanesque plus intéressant.
Le poëme commence aux premiers jonrs d'août et finit à la bataille de Flodden-Field I le 9 septembre 1513r
MARMION
AU CHANT PREMIER