INTRODUCTION AU CBANT TROISIÈME
ces (i9fneeê àa poète , un tsansport pins noble l'iiiq[i^e qnelq«6» fois; alors ton indulgente amitié veut bien excuser tontes seç er« lenrs; et souvent tu m'as dit: — Si tu veux consacrer tes MrtnnuyM de loisir aux rêveries poétiques» renonice à ton humeor inconstante^ et ya puiser aux vériti^les-sonroes. boite les grands maîtres ; oeiH temple avec une noUe ^vie le lanrier immortel qui couronne leurs moDumens ; du fond des tombeaux , leur voix pourra se faire entendre encore au barde timide , et Ini donner des leçons. Cboisîa parmi eux un guide illustre , suis les routes qo^ils ont frayées f et ne Ta pas, sur les traces des ménestrels des temps barbares , l*é^ garer dana des sentiers inconnus.
-- Crois- tu donc que notre siècle ne saurait pas aussi t'ofirir de» sQJets classiques? Le monument révéré de Brunswick ne peut-il donc t'inspirer quelque noble élégie ? Quoi I pas un vers, une larme» un soupir» quand la valeur s'immole pour la liberté. O héro» de ces temps glorieux! lorsque» brillant d'un éclat sublime et bravant à la fois la belliqueuse Antricbe » la Russie, la France et TEorope liguée » l'astre de Brandebourg parut à l'horizon» tu ne voulus pas vivre pour le voir s'éclipser à jamais dans les pkinea diéna. Héros Infortuné 1... il ne t'hait pas donné de changer les arrêts du destin» d'étouffer Thydre dès sa naissance» de briser la Terge destinée à châtier la terre coupable... Héros infortuné I ta n'eus pas le pouvoir de sauver la Prusse» en ce jour où » trop pré» somptueuse» elle se précipita sur un champ de bataille , armée de lâ^Iance , mais oubliant le boucli^ 1 Non , Û t'était réservé d'unir en valu la valeur à la prudence : tu auras cru indigne de tes che* veux blancs de supporter cette dernière injure» la ploa cruelle de toutes y celle de voir les royaumes partagés, les écussons abattus» et la légitimité prostituée à un usurpateur; d'être témoin des ou* tf ^es dont chacun de tes enfans fut abreuvé » et des malheurs que tu n'aurais pu adoucir. Le ciel» dans sa clémence, avait destiné A une vie honorable une notort pins honorable encore. Ah J quand ^s viçisaitndes inévitables des temps auront fait luire sur la Germanie le jour de la vengeance; quand le désespoir, embrasant tous les coeurs d'un enthousiasme digne d'elle» ^ura réveillé quel* ^e nouvel Arminius » avant, de frapper les premiers coups, il ^^> ce vengeitr de ses droits» aiguiser sonépéesur latoinbede Brunswick.
"^Ou célèbre un de ces héros croisés, indomptables dans les fers eomme sur la brèche , toujours les mêmes et sur la terre et sur les
flots » qu'ils tiennent en main la lance , les rênes on la rame , ppnrya qu'ils courent à ces remparto que le féroce musolinan défend contre leurs phalanges inyincibles. — Célèbre celui dont la voix, semblable an tonnerre, alla réyeiller le silence des mers glaciales, quand le Russe et le vaillant Suédois se firent un jeu de la mort aa milieu des flots qui les engloutissaient. Ou bien encore chante ce guerrier qui y sur les rives d^Alexandrie, arracha d'une mainmonrante les lauriers du vainqueur.
— Fais revivre l'antique gloire de notre théâtre , si tu peux ôbtenir le sourire de la muse tragique; rappelle-nous les accords sublimes qui s'échappaient jadis de cette harpe suspendue sur les rives sacrées de FAvon. Après deux siècles de silence, une enchanteresse hardie , brûlant d'un noble enthousiasme , a osé détatacher ce trésor des branches pâles du saule, et faire entendre à ces bosquets isolitaires le récit de la haine de Montfort et des amours de Basile : les cygnes de TAvon, réveillés par ses chants inspirés, ont cru que leur Shakspeare vivait encore ^.
— Ainsi ton amitié abusant ta raison voudrait., en me prodiguant des louanges qui ne m'appartiennent pas, prescrire à mes loisirs une tâche au-dessus de mes forces. Mais dis-moi, cher Erskine, as-tu jamais étudié cette puissance secrète à qui tout est soumis, et qui plie à son gré notre ame docile, cette puissance dont la source est inconnue, et qu'on ne peut définir? Que ce soit une impulsion qui , naissant au moment où l'homme s'éveille à la vie, s'unit à tous nos sentimens et à toutes nos facultés, et devient une portion de nous-mêmes plutdt qu'une dépendance de notre être; que ce soit, comme on l'appelle à plus juste titre, la force de l'habitude qui se forme dans nos premières années; cette puissance que tout le monde reconnaît, quelle que soit son origine, gouverne Pâme en reine absolue, et nous retient soùs ses lois par d'invisibles chaînes, quand la raison et le goût réclament en vain leurs droits. Jette les yeux à l'orient : demande à ce Belge du ciel brûlant de Batavia pourquoi donc il .désire si peu de respirer l'air frais de la montagne? Satisfait d'élever ses murailles près des ondes dormantes de ses canaux , il te répondra : — Dès ma jeunesse, j'aimais à voir la voile blanche fuir le long de ces arbres. — Interroge ce berger battu par la tempête, qui chasse devant lui son troupeau paresseux , et dont le manteau déchiré et le front
«. Vis* Joanoa Saillie.
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sanrage rappellent les montagnes dn nord qui Pont tu naître. Il , tnTerse les riantes prairies de l'Angleterre; tontes leurs richesses 86 déploient à ses yenx : eh bien ! demande-lni s'il serait henreox découler ses jours au sein de l'abondance, dansées fertiles plaines qQ^Dcnt de riantes charmilles > qu'embellissent des prairies et des forêts, et qne couvrent d'élégantes chaumières dispersées çà et là. Non , non , il ne laisserait pas pour ces beaux lieux les arides montagnes du sombre Lochaber ; et les beUes prairies de Devon ne lai feraient pais oublier les vieilles cimes du Ben-Nevis et le lac deGany.
Ainsi , tandis que j'imite les accords sans art qui charmèrent mon enfance y ces accords • tout sauvages qu'ils sont, me rappel» lent la douceur de mes premières pensées. Les mêmes sensations qne j'éprouvais à l'aurore de ma vie échauffent ma verve , et in» spirent ses chants d'aujourd'hui. Je vois encore ces rochers qui s'élançaient dansf les nues , et cette tour de la montagne , qui char» msdent l'éveil de mon imagination. Il n'y avait près de moi ni leoTe majestueux digne d'être chanté par la muse héroïque , ni on de ces bocages où les soupirs des brises d'été invitent aux aveux les pins doux à Tamonr ; un humble ruisseau pouvait à peine prétendre à l'hommage de la flûte d'un berger. Cependant un instinct poétique me fut donné par. ces vertes montagnes et le ciel azuré ; c'était un site stérile et sauvage où des roches nues semblaient entassées en désordre ; mais çà et là je rencontrais une verte pelouse formée du plus frais gazon. L'enfant soUtaire connaissait les grpttes où croissait la giroflée jaune et ces endroits où le chèvrefeniUe aimait à se suspendre sur les rochers plus bas et sur une vieille muraille. L'ombrage de ces lieux était pour moi le plus doux de tous ceux que le soleil éclaire dans sa course circulaire , et cette tour chancelante ^ me paraissait le plus grand ouvrage de la puissance humaine. J'écoutais le vieux berger me racontant les exploits de ces maraudeurs du sud, qui portaient leurs ravages jusqae sur les monts Cheviot ; et y riches de butin y reprenaient la ronte de leur demeure qu'ils faisaient retentir du tumulte de leurs eris et de leurs joyeux festins. Je croyais entendre encore le son de la trompette sous les arcades brisées du château , et il me semblait apercevoir de hideuses figures , toutes couvertes de cicatrices , à bavera les barreaux rouilles des fenêtres. Puis , pendant l'hiver,
^- U Tour deSmailholm, dans le comté dèB«rwick, oà se passa l'enfapce de raalear, est située • «BTixondeu mUles de Driborgh-Abbey, oà il est enseveli.
iSB- INTRODUCmOn AV. CHAIfT TROISIEME, attûor da fbyêr» le^réeks, UoilkgaiBy tantôt tmtoB^ qû abff<« geumtkslieiarQB, mapiackiwit des itMei dlammr^ des attraits deidames^ dM channea de» magiciens , des ez}doits des obéra» liersy des vieloires de Wallaee et de Bmce, et de ces derniers oombats on nos otana d'Eeosae , sortia eonune im tarr«it des Highknds> avaient repoussé les rangs des Habit»*Roages. Etendu tout de mon long sur le plancher, je rencayelais ceb guerres ftsi faisant batttie mes cailloux contre mes coquilles. Une seconde fois k lion dé la Galédonie mettait en déroute les baiaiUons du sud.
Je pourrais , en cherchant une vaine illusion , peindre toutes oea figures pleines de bonhomie , qui venaient faire cercle autour du foyer du seir. C'était ce vieillard à cheveux blancs qui demes* sait dans, ce manoir couvert en ohaume , sage sans avoir rien ap« pris>. simple et bon comme un véritable Ecossais ; sonceil , encore vif etperçant , attestait ce qu'il fût dans sa jeunesse , et ses déâsîons terminaient las différends des voisins i satisfaiu d'une jus* tice qu'il:ne'leur faisait point acheter. C'était notre vénérable mi« nistre, hôseasttdu et familier dont lea mœurs et la vie étaient à la fois odka. du savant et du saint. Hélas I souvent mes jeux bruyans et mes espiègleries ont interrompu ses discours; car j'étais un petit mutin volontaire « capciciettXy l'enfant gâté d'une bonne aïeule ; mais , tantôt fâcheux «> tantôt excitant le sourire, j'étais toujours souffert , aimé et oaressé.
Elevé comme je le fus, peux^tu donc exiger de moi l'ouvrage eompassé d'un poète classique^ Non^ Erskine, non; laisse la hruyere aauvago fleurir sur la colline; cultivé, si tu veuxjles tulipes , taille tes vignes ; mais laisse le chèvrefeuille errer à soi gré y et l'églantier croître en liberté.. Non> cher ami i non ; puis^ que tu asr daigné quelquefois enoourager mes chanta par tes louanges^ que ta critique édairée a daigné corriger une pensée triviale ou un vers inutile , éeo^te-UMÛ airec ta bontés accoutuméet et danvHe poète, épargne l'ami. Permets à mea vers d'errer en liberté, ooDunelabrise, les nuages et les ruisseaux.
LHOTELLERIÇ-
Marmion poursiiiTit son voyage pendant nne longue journée. Le pèlerin le eondtûait piff les montagnes y dans des sentiers qui tra* ▼eraont é^étraili^ yaUée» oà serpentent des misseaax bordés de tealeanx nains. Us é^vitaîant learontes de la plaine , de pear des marandeors de Merae, qoi, dans bnp soif du pSlaffe, enraient pu mettre obstacle à lenr passage*. Souvent ils apercevaient le daim qoiy de la ciaie d'an mont» regaidiiit défiler leseavaUers; le soqdebmyèm s'échappait de son nid sur «m «flts^cankmr de jais ; le cerf ,, s'élan^gant d'one touffe de gmâta , it^attendait pas la flàelte aieiirtrière ; et lorsqu'ils pénétrèrent dans- le sentier pierreux de la montagne^ le ptarmigan anx ailesblanobespria soudain la faule. Depuis kmg4etnps le soleil avait fourni la xamàé de sa oarriens krsqn'ils parvkirent anx hauteurs de Lammemnoor : de là , m dirigeant vers le nord» ikapecçnreati àr^ttréeda bnuit, le ]iamea.a et les:tonrs de GiSord.
Personne né les invita à recevoir l'hospitalité dans le eh&tean. Le seigneur de Gifford venait de partir pour le camp du roi d'Ecosse. Restée seule» la prudente châtelaine n'avait garde d'où* vrir son manoir à des inconnus » amis, on ennemis f. à une heure si avancée.
En traversant le village » Marmion aperçut une porte ornée d'un flacon et d'un rameau » et il y arrêta «on cheval. L'hôtellerie semblait, viatte», qiioîqiae peu él^^anjte. Ua joyeux foyer et un bon repas promettaient d'y bien délasser sa suite.
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Les cavaliers sautent en bas de leur selle , le bruit des éperons retentit dans la ba^-cour ; ils vont attacher leurs chevaux dans récurie , demandent du fourrage , du feu et le souper : leurs cris divers se font entendre dans toute la maison. L'hdtellier empresse, mesurant sa peine sur l'écot qu'il espère , semble se midtiplier pour être partout.
Bientôt la flamme du foyer permet d'examiner toute l^ôtellerie ; dans un coin , aux soliveaux enfumés du plancher, est suspendu le trésor des provisions d'hiver. On y remarque des oiessoland et maints oiseaux de mer desséchés, des jambons de sanglier et des quartiers de venaison savoureux.
L'arche de la* cheminée s'avançait en vaste circonférence; des ustensiles de ménage étaient rangés en ordre tout autour, et plos loin, les murs étaient ornés de lances, de boucliers, et de toutes les .armes d'usage en Ecosse.
Harmion occupa la place d'honneur sous le manteau du foyer, sur un siège en bois de chêne; etil vit bientôt les gens de sa suite vider gaiement les pots de bière brune que l'hftte actif tirait de vieux vaisseaux alignés le long du mur ^.
Les guerriers ne sont pas ennemis de la joie, et rient volontiers d'un bon mot. Marmion daignait aussi dire le sien et prendre parfois sa part de gaieté. Jamais homme ne fut plus fier avec les grands; mais, en vrai- capitaine, élevé dans les camps, il avait l'art de gagner le c()eur farouche des soldats. Ils suivent volontiers un chef tour à tour bouillant et affable, franc et généreux, aimant le vin et les ménestrels, intrépide sur la brèche et galant avec les dames. Un' capitaine de cette humeur conduira ses partisans des champs brûlés de l'Inde aux glaces de k NouveUe-Zemble;
Le pèlerin, appuyé sur son bourdon, se tenait debout en faceda chevalier. Son capuchon ne voilait qu'à demi la maigreur de son visage soucieux. Il contemplait Marmion, qui^ impatient de ce regard attentif, essaya de lui faire baisser la tête en fronçant le sourcil; mais vainement son regard sévère rencontra celui du pèlerin, qui ne cessa de l'observer.
X. On troiiTe la description d'oiia auberge d'Ecosse, an seiziioie siècle, 'dans radmirable conte de Dunbar, Ut Mointt dt Btrwick,
yi.
Les éclats de rire de la troupe devenaient moins fréqnens ; car pins les archers et les écnyers remarquaient le yisage sombre et la barbe épaisse de leur guide mystérieux , plus ils oubliaient leur gaieté. Bientôt on morne silence régna dans la salle, et ne fut plus interrompu que par les chnchotemens de quelque yarlet qui , se penchant à l'oreille de son camarade, lui disait d'une Toix basse :
— Sainte Vierge! yit-on jamais un pareil homme! Quelle paiear! C!omme son œil étincelle lorsque la lampe vacillante va éclairer son capuchon! Comme ce regard s'attache sur notre maître I Non vraiment, pour le plus beau cheval de lord Marmion, je ne voudrais pas endurer cet aspect chagrin et sombre.