XIV
Mannion, dont Fintrépidité nc: se démentit jamais dans le péril , ^''^^VttDn, dont l'oif neilsefftt révolté contre le regard mécontent ^^ ^ , et dont l'aceent d'autorité réduisait au -silence le soldai Ib pins bardi ; Mavmion' resta muet, cédant à une terreur invokmf t^ et ne i^onva auenne réponse^ aosablé par les jiaroles du P^lsnii et par le remords.
C'sst ainsi que lorsque la conscience d'un oi^e .ronge seorèleiiient le cœur^ il faut peu de chose pour dompter le courage ;le mot ï^'on ignorant prononce au hasard eon&>jBd.le plus sage» et l'esprit d'mi vil eaelave suffit pour faire haisaer les yeux aux princes les Plns.fiera,
, ^troubkdeMannion n'était pasrsanamotif.C^étaitlui qui avait u\ré CSimstance» non qu'il crût que la tombe, dût se ièrmer sur sa. ^ctime : niais fatigué du désespoir d'une amante n^ligée qui Passait tour à tour des prières aux reproches; indigaé doison ^^t^tuat snr la vie de Qara., c'était Maianion lin-mêmn qui avait
% UtinuMMSTareOle «itiasiieifAr l«»BbMMh omam* le {i»<Mg» Aeii amt Wwm a^.
282 MARMION. ch. m.
renda sa fugitive à l'Eglise, ne prévoyant pas le sort qu'on loi préparait y mais espérant qa'on lai ferait expier ses torts dans jm cloître lointain. Pour lai , favori de Henri YIII , il craignait peales f cadres de Rome ; il savait qp^k ce tribonal For jastifie les criminels. Marmion lai-méme avait introduit secrètement les prêtres qui vinrent s'emparer de la victime. Ses gens crurent que leor seigneur laissait son page favori à cause de sa jeunesse; on si qaelqn'nn avait conçu des soupçons , il se gardait bien d'en parler. MaÛieitr à l'impvudent vassal qui eût osé se mêler des secrets du maître!
Jusqu'à présent sa conscience s'était assoupie. Il pensait qae Constance resterait en sûreté, dans le doître; mais sa romance chérie et Tétrangé prophétie du pèlerin forent eomme un présage sinistre qui révdlla ses remords, et qui lui rappela maints exemples de la vengeance monacale. Constance trahie et abandonnée se représente à son esprit, belle et tendre conune au jour où, vaincue par ses séductions, elle s'échappa, pour le suivre, da -séjour paisible du couvent. Il croit la voir dans tous ses attraits, rougissant de pudeur, muette, hésitant entre le ciel et son cœur, jusqu'à ce que l'amour, triomphant de ses larmes, lui fit cacher ses terreurs et sa honte dans les bras de Marmion.
— * Hélas 1 pensait^il, combien Constance est changée depuis que des années de crime et de déguisement ont donné tant d'assnranceàce front jadis si timide, et à ces modestes regards! La pndeur ne colore plus ses joues; elle a perdu sa candeur virginale et tontes les grâces de son sexe. Et c'est là mon ouvrage ! c'est à moi qu'elle a sacrifié son repos sut la terre et son bonheur dans l'autre vie I
— Plût an ciel ! dit-il encore en rembrunissant de pins en pins les couleurs du tableau qu'il avait devant les yeux , plût an ciel que ma main eût respecté cette rose sur sa tige ! ou , pourquoi l'objet qu'on aime perd-il si tôt les charmes qui avaient sédnit nos cœurs? La paisible solitude du cloître est devenue pour Constance une étroite prison, et son ame altière va se révolter contre ses fers et son étroite cellule. Que les lois monastiques vont lui paraître sévères, et sa pénitence cruelle!... Et c'est moiqni suis le coupable ! La voilà abandonnée aux veilles et à la discipline... peut-être même...! — Deux fois Marmion se leva, prêt à crier à ses gens de monter à cheval, deux fois le sonvaiir des
ordres de son aonyerain arréu ce tranq^ort, comme uie hnmide Tapenr éteint soudain nue flamme naissante ; deux {ois il chercha à se rassurer» en se répétant à lui-même : — N'ai*je pas ordonné qu'on respectât sa vie en ht gardant étroitement] ils n'ose* raient, pour toute leur île» arracher une seule boucle de ses chereux.
xyuu P^^ndant que le repentir et l'amour renaissant déchiraient le oœor de Marmion, comme on Toit deux ouragans ravager à la fois le lac Yennachar, Fhftte un peu bavard, qui avait entendu le pèlerin, et qui aimait à placer son mot, prit la parole en ces ternes:
•—Révérend pèleriui les gens pieux qui , comme vous, visitent les pays lointains, apprennent souvent l'art de deviner Favenir , paranmot, parunsîgne, ou parla connaissance des astres. Mais il y a près d'ici un lieu où un chevalier, qui «n vrai paladin mé* priserait la peur, pourrait apprendre son sort futur , si toutefois ks légendes de nos aïeux n'ont pas abusé le hameau.
Ces paroles excitèrent la curiosité des gens de Marmion ; car le ^aire aime toiqours le merveilleux.
Le chevalier accorda firoidement à l'hftte la permission depour- ^vre; et l'Ecossais ccmimença gaiement son récit.
CONTE DE UHOTE.
— Un grand clerc pourrait vous dire combien d'années se sont ^contées depuis qu'Alexandre (troisième roi de ce nom martial ] <^npait le trône d'Ecosse, et à quelle époque il vint trouver sir ^Ho, alors seigneur de ce village. Le lord de Gifford était brave ^tûme oncques chevalier le fat, et jamais enchanteur n'opéra de cnarmes plus pnissans à l'henre de minuit. Son nom vit encore ^8 quelques vieilles ballades, qui le désignent sous le titre de «Midateur de la caverne des Esprits ^. Je voudrais bien,' lord chc-
Bonis? ^A^^ °°* '*^^^ tonterraine dans l'ancien chAtean de Qiffbrd, on Octter (car il çorte cea deux ^iiD i' ^"'^* construction a été attribuée à la ma^e depnis nna époque très reculée. — Sir Da*
tu HARMION. GH. m.
Tftikrt qu'on plut tong séjoiir dans ce hunata vous pemlt d'aller miter cette cayeme.^ Bile est vaste , profonde , et sitnée sous les voiites du chatean. En yoyant ia manière dont le roc est taillé ; et la iorme desarches , on dême faoileBient qne jamais la main d'un homoM ne fat eauJoyée a cette constmction. Toat fot lV>%yrage des enchantemens ; et j'ai ouï raconter par mon grand-père qne les clainenrs efirayantes et le carillon de ces artisans de Tenfer , qui tfaTaiUaient sons les ordres dn magicien Hngo, ressemblaient à la Yoix mngissanle des Yigves qni luttent dans les caTerHes de Aubar*
Le roi Tint tronver le lord Gifford dans son château ; il était teMrmenté par l'ineertitudey ear il avait rassemblé ses troupes mur 1^ côtes, ayant appris que les4iavireades Norwégiens et do» Dv mis agitaient leurs ramesa l'emhmielrare de la Clyde; le redovtdrie Hacon avait réuni soQStees lianniàresles guerriers de UNer* BiégHi, qni, fiers de leur force gigurtesque^inenaçaBeiit l'Ecosse et
les îles de Bute^ dlàrcau , de Gumngliam obdol^^ ^ •
JUmi Gififord entendit dn fond de sa cavemele cor d'Alexandre; il parut à la vue dn roi, sans se donner le temps de quitter soa étrange et effrayant costume ^. Son manteau était doublé de peaux de renards blancs; anr son Iront chautieetridés'âevait un bo»* net terminé en pointe, tel qne les clercs disent qu'en portaientles magiciens de Pharaon ; sur sa chaussure on remarquait des croix et des emblèmes magiques ; le pentacle ' figurait sur sa poitrine; sa ceinture, foite depareh«nin*vierge, ou , comme d'antres le prétendent, avec la peau d'un homme mort, était ornée de signes planétaires en mouvement direct ou rétrograde, en trin-aspect on en conjonction ; enfin il tenait à la main son épée nue.
Ses fréquentes communications avec l'enfer avaient sillonné son
dm kâitlar mimêUk êpmti mèênrmims, mptr» mtnjtf tmutrmenu, magmù Hrrtvm sptâîo pntét^u* qui 0omnuutiur no-Hall mpptUmtus êft, » Lib. X, cap. si. ^ Sir D«nd.coqifetw« «•• ^^i^^ ^ GMmrd^ôitaroir été on homme tcèt sa^e ou un graBd despote.
X. Bd «a63,]Iaeon, roi de Horvége^ vint da«a le goUe de la Gljide «rec «n îvm^M» *i"2^ ment, et fit une descente à Lai^. dans le Ayrshire. àlexandre III fut \ sa rencontre, et le de» le 2 octobre. Hacon se retira ans Oreades, ou il monmt quelque temps après la disf rtce qu'sTsiei» «snyée ses armes. Il existe encore près du champ de baUille un nand nombre de tombeaux; Y"^' sienn d'entre ma. ayint été tmreHs, on les a trouTés, comme ^ordinaire , remplis d'ossepeo» « d'oNMsIwMratm.
tt. Ui«n«ti«ieM, es«M r«B eail, étiient X^ biitires d«ns le choix et U forme de lenn tC-
S. U pentacle «gt «n^pMce de linge fin , pliée ^ nninfère à pvésenter cinq coins . pour coRtfpondre aux cinq sens , et oonTerte de canctèrea m jstérieox. Les ma^idèna déploient le pentacle v» leadéa^M qailà éroquent, l«iw{tt*iU »«t rébelles et obstinés, et qu'il» rrfusent doie somnetu»
L'HOTELLEiOE. Mi«
TJsage de rides extraordinaires ; les yeiUes et le jeAne aytAÎenl des» séché son corps ; son regard se troublait à la vue de la Imnière dea eienx, comme peu accoutumé à cette clarté : ses propres serrip tenrs osaient à peine lever les yeux sur loi dans ce costume , car la tradition raconte qu'il se monUcait rarement ainsi à la dtarti dn soleil.
— Je connais y dit-il d'one yoix raaque et easaée, je eonnaia I0 motif qui amène mon prince en ce lien ; épargnea-vons la peins de m'en instruire , mais sachez qne tous attendez yainement de moi les secrets de l'arenir. Cependant si yotre bras .est fonne» et que Yotre cœur soit brave, le courage ponrra plus que ma science*
Les démcms fiers et chagrina des moyennes régions de Vw$ qui voyagent sur les nnages orageux 9 savent 'lire Faveiùrdanis une étoile fixe on errante , mais ils n'accordent lenrs secours iqn'à aae force snpérienre à la leur. C'est un- de ees dénmis qM dev» aièrement j'ai venin. oonsnlter. Quoique le charme dont j'avaîa bit nsage soit , selon moi, capable d'^lw ironUer Teii^r jusque dans ses abîmes les plue (Assura > le déqiDn rebelle s'obstîna dane son silence. Mais vous, qui ignorez votjne privilégia » yens qni na« qnîtes dans cette nuit de honte pour l'enfer» où. les tombeaux e|i" tf ouverts et la voix des mourans proclamèrent jsa défaite, vetru yalear obtiendra ce qui est refusée ma science h
-* Grand merci, r^Mmdit notre vailbuoft mi : je te demande seulement de me mettre en.présenee de^eet adversaiie, et je te jnre par cette épée, présent de itiehaicd Cosur-de^Uon , ^ue je sanrai forcer le démon àm'obéir. -^
Le magicien remarqnala conlenanoeAssur^du^m» ^ ciontiaw de la sorte, charmé de son courage.
— Le sajQg de Malcolm vient de parler. Yens partirez dfiei jt l'heure de minuit ; arrivé sm-.la colline <pe ;failà , v»us trouverez une muraille oircnlaii e qui en eeuronoe lesommet ; il y a maeentrée dn coté du sud : arrâtez-vous , sonnez du eer, et le iénfmph raîtra sous la .forme de votre pins emel ennemi; mettez votm lance en arrêt , piquez yotre cheval ide Vépmm , fondez sur J» £mtftme en invoquant saint George j^^il. est désecyosiné^ voue :1e
1. C'«»t «n attiflie ie foi ptrvi le ip«i^, ff «eiui pf$i vmt »^ 1er janr ée Ilo«l, ou lit^oiâffia'
uint, peovent voir les esprits, et même leur commander. Les Espagnols attribnent les regards ^•rés de lenr Philippe II aax désagréables Tisions an^qaellea ce privilège Tarait fowoia.
m ttAftMIÔN. CH. lu.
forcerez à l^otift instruire de ce qae yoqs désirez sayoir ; si le cœur Tenait à vons manquer dans le combat... je ne réponds pas de votre yie. —
Dès qne la cloche eut sonné minnit, signal de son départ, le roi partit seul y monté sur son cheval et bien armé. ArriTé à Feu* mnte déserte de Pancien camp... Seigneur chevalier, yoos pourrez le voir à main gauche en sortant du village ; j adis les Pietés marquèrent la tranchée de leur sang; à l'entour le terrain est noir et aride ; mais l'espace intérieur est tapissé d'une fraîche verdure: nos enfans connaissent bien lé lieu ; c'est là qu'ils cueillent les pre* mières fleurs sauvages du printemps ; mais malheur an voyageur égaré qui y pénètre pendant la nuitl La portée d^nn trait mesure assez bien la largeur de l'enceinte où y par conséquent, on peat prendre carrière. Quatre brèches y donnent entrée, aux quatre régions du ciel : le roi entra par celle du sud , s'arrêta , et sonna bravement du cor. Alors -il vit s'avancer contre lui , du côté iu nord, le roi d'Angleterre, qui, dans ce temps-là, combattait en Terre-Sainte, à plus de mille lieues. Ses armes étaient celles de la Grande-Bretagne , le léopard brillait sur son écu, c'était le coursier syrien, c'était la taille d'Edouard. En effet, l'Ecosse a reconnu long -temps après que ce prince était son plus cmel ennemi.
xxnr.
Cette apparition fit d'abord tressaillir notre monarque ; mais son noble cœur surmonta toute crainte ; ils s'élancèrent l'un sur l'autre. Au premier choc , le chevalier &nt&me roula dans la poti^sière avec son cheval ; un éclat de sa lance perçi la visière d'Alexandre et le blessa légèrement. • • Alexandre santé à terre , et menaçant le démon vaincu avec son épée, il le force de lui apprendre quelle sera l'issue de sa campagne. Alors il vit les plaines glorieuses de Largs couvertes d'ossemens gigantesques, monument de la défaite des Danois. Il se vit lui-même an plus- fort de la mêlée, agitant sa hache d'armes, et renversant de son char l'orgneillenx Hacon , pendant qne les noirs corbeaux du Danemark planaient au-dessus de ces rois fantastiques.
On dit aussi que , dans cette nuit mémorable , Alexandre vit plos avant encore dans l'avenir , et qu'il apprit les victoires promisesa nos descendans contre les peuples du nord ; il vit une ville royale
s. Copenhague.
livrée aux flammes; sea palais et ses tours embrasés, éclairant le ciel de la nuit des torchesde l'incendie, pendant qae les Tainqaeora condoisaient les vaisseaux en triomphe. Voilà de quoi consnlter les clercs érudits; pour nons antres villageois, cela passe la portée de notre intelligence.
Satisfait de ces heureux présages, le roi se mit à la tête de ses armées : il combattit et vainquit les Danois; mais tous les ans, quand revenait la nnit de son étrange combat avec Fesprit, lo sang coulait de sa blessure , et lui causait une légère douleur ; lord Gifford lui disait alors en souriant : — Quelque brave que vous ayez été , voq& portez la peine d'avoir tressailli.
Depuis long-temps le roi d'Ecosse dort dans l'église de Dnmfer» Une; que Notre-Dame protège son repos. Mais la lice est encore ouverte sur le sonunet de la colline^ pour tout paladin qui ose se hasarder contre le &nt5me,(A). Plusieurs chevaliers se sont présentés , ils ont tous payé cher leur témérité ; il n'y a que Wallace et Gilbert Hay, comme le rapporte la légende, qui soient sortis vainqueurs d'un tel combat.
YiHlà tonte mon histoire.. —
Les qnaighs ^ étaient profonds et la liqueur forte ; les auditeurs de l'aubergiste auraient taàt sans doute de longs et savans commentaires; mais Marmion fit un signe, et ses écuyers se retirèrent avec leur maître. Les autres hommes de sa suite, fatigués de la route et de leurs libations d'ale, s'étendent autour du feu; leurs boucliers et leurs carquois leur servent d'oreillers , et bientôt ils s'assoupissent d'un profond sommeil. La flamme mourante des tisons à demi consumés tantôt éclaire le groupe, tantôt le laisse dans Tobscurité.
xxni.
Fitz*Eustace s^était couché à part sur le foin d'un vaste grenier. Les rayons de la lune tombaient par intervalle sur son manteau yert, dans les pUs duquel il s'était enveloppé. Comme on rêve à son âge , il rêvait d£ la chasse à travers les forêts et sur les bords des ruisseaux; il rêvait de faucons on de meutes, de tournois, de bagues, de gants, ou peut-être de l'amourd'une belle, soDge plus doux encore !