L'àriel de la Tempête de Shakspeare
24i INTRODUCTION AU CHANT QUATRIÈME.
4a Devon, et doût nous trouvons Tabsence si longue; le tendre R**.* et un autre encore que je ne puis nommer/xar la délicate sensitive ne repousse pas avec plus de crainte une indiscrète main, que lui une louange méritée. Une gaieté franche présidait à nos fêtes; le souci en était exclu, et se dépitait à la porte ; non que quelque gravq discours ne vîçit parfois captiver aussi notre attention, comme, par exemple, sur ce qu'on exige d'un coursier pour être bien fait, sur son jarret, sa croupe ou sa crinière ; car, semblables à ce fou de Tom S notre principale affaire était de monter à cheval et de faire la guerre au gibier. Tels étaient nos plaisirs dans cet heureux temps, et quoique Tâge mûr nous ait un peu changés, et nous fasse accorder moins d'importance à la chasse et aux ruisseaux, cependant ne perdons pas l'espoir de renouveler . ces douces occupations. Cette pensée seule inspire ma muse, et le •hevalier Marmion va se mettre en marche.
j. Voye» la ingr^ie du Roi Lear,
J'ai dit qa'Eostace entendit nvec-joie les premiers chants de ralouette. Réveillés par le coq matinal et les fiinbres des cors, les archers de Marmion et 'ses varlets acconrent à l'écnriey en sifflant gaiement ; mais bientôt on les entend se plaindre de tous câtés du désordre de leurs équipages. Les uns réclament leurs armes perdues, les autres vont chercher querelle a rhôlèlier. — Par les reliques jLe saint Becket I s'écrie Tun, je crois que quelque fourbe d'Ecossais m'a volé ma lance I Le jeuqe Blount , second écuyer de Marmion , s'étonne de trouver son cheval couvert de fange et de sueur : il menace le palefirenier, qui jure par tous les saints qu'il l'a ôrillé la veille avec soin. Pendant que Fécuyer s'impatiente , le ^eux Hubert pousse des cris de surprise et de terreur ! — Blount I dit-ily camarades I au secours I Bevis se meurt sur sa litière; comi&ent annoncer a.Marmicm la perte du coursier qu'il aime tant ! Ils voient en effet avec douleur le pauvre Bevis haletant et près d'expirer ! Un des vassaux, qui croit avoir deviné le secret de tous ces prodiges , s'écrie tout à coup : — Conmient tous ces malheurs ne nous seraient^ls pas arrivés , avec un guide comme ce maudit pèlerin ? il nous eût mieux valu suivre , a travers les broussailles et les marais, la lanterne du moine Rush ^
I. Ce personnage est nn diable vagabond ou esprit follet qui, iin certain jour, se fit recevoir marroton dans nn monastère, et joua mille tonrs aux moines. C'était une espèce de Robin Bon-Enfant iao6»n GoodfeUow) , ou Jacqnes-la-Unterne : c'est à ce malicieux démon que fait allusion le paysa» M MilloD, lorsqu'il dit :
Un esprit est venti la pineer par derrière p Son amant a suivi la lanterne du frère.
^'^loirê du frère RusA est aujourd'hui très rare, et pendant quelque temps rexiatmce d« cet
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Fitz-Eastace, qai deyinait seulement la canse de ce désordre, sans trop la comprendre , imposa silence à ses compagnons , car il connaissait Thamenr bizarre de son maître. Il alla, le trouyer avant de se mettre en route , et le yit plongé dans une sombre rêyerie. Il lui raconta ce qvi arrivait, mais simplement comme 8^il ne se doutait de rien. Lord Marmion l'écouta avec une froide indifférence, sans témoigner la moindre surprise, comme si on ne lui parlait que d'accidens ordihaires en voyage, et il ordonna aux trompettes de sonner le boute-selle.
Le jeune Henry Blount paya la d^ense de Fauberge, et, en jetant l'argent sur la table, il dit à l'hôte écossais : -^ Maraud, ta mériterais bien de ne pas toucher un shilling : vois-tu dans quel état se trouve mon cheval ; des Esprits l'ont fait galoper toute la nuit , et Tout laissé tout couvert d'écume. J'espère qu'une armée anglaise viendra bientôt conjurer tous les diables de l'Ecosse, elles forcer à coups d'épée de retourner bien vite dans leur asile de Fenfer. Quant à cette maison, je me; souviendrai qu'elle en est pleine I — Grand merci, répondit Thôte, qui regardait en souriant l'argent qu'il recevait; grand merci, messire écuyer, et si vous êtes du nombre de ces Anglais qui doivent venir se livrer aux épées d'Ecosse, je souhaite que celle qui vous percera soit bien aiguisée et vous épargne une longue agonie. — Leur entretien en resta là, car Marmion avait déjà fait donner le signal du départ. Lç pèlerin continua de leur montrer la route, et ils' voyagèrent toute la matiti^.
Ils traversèrent les bois de Hnmbie et de Saltdun , dont les sentiers leur offraient un, doux tapis de gazon. La route était variée: ici la vue pouvait s'étendre sur des vallons et des collines; là les arbres, se rapprochant de nouveau, entrelaçaient leurs rameaux en voûtes de verdure .
— Ce bois est charmant, dit Fîtz-Eustace, et ressemble à ceux oii les chevaliers errans rencontraient leurs grandes aventures. Une. gente damoiselle, fugitive éperdue, et les cheveux en désordre, venait soudain chercher un refuge à leurs pieds, et le p>*
ouvrage a été révoquée en doota ; cependant un iKUsagede Regisald Scott dans sa ^^^!!^f^^i.^f Sorcellerie, s'y rapporte efpressémeBt; j'en ai moi^ménie tronvé on exemplaire dans la ^'""^ ?^ de mon ami M. Heber ; et d'après M. Beloe. dans ses jiatedolM littémiref, U en existe on ««tre am la précieuse «oHeetion d» marquis de Steffwd»
ladin conrtoift s'empressait d'aller rompre une lance pour elle. Je Yois aussi de ces grottes romantiques i éclairées par on demi-jour mystérieux» comme celles où la belle iaconime témoignait sa reconnaissance an braTe défenseor que le ciel Ini avait envoyé. — < ijnsi parlait Eustaoe» pour distraire lord Marmion , peut-être aussi pour montrer sa science ; car Eustace avait feuilleté près de la croisée du château paternel maints gros volumes de romans imprimés par Caxton ou De Worde ^ . Mais en vain attendit-il une réponse; Marmion gardait un morne silence.
.Tout à coup les échos de la forêt et des collines répètent les sons de plusieurs clairons encore âoignés. Les archers saisiss^ort; leprs annes» mais ils reconnaissent bientôt que ces fanfares n'annonçaient rien dliostile. Prudent toutefois comme on doit l'être dans un pays ennemi, Marmion ordonne à sa troupe de gagner un terrain plus découvert. A quelques stades plus loin , les arbres s'é- (artaient soudain et formaient comme le rempart d'une petite pUine : Marmion fit ranger sas archers en bata^le, et vit bientôt sortir du coté opposé un brillant escadron.
A la tête marchaient les trompettes qui avaient fait naguère reteiitir toute la forêt. Ils s'avançaient sur des coursiers fringans, emportaient un manteau écarlate sur leur veste bleue. Chaque clairon était orné d'une bannière avec l'écusson royal d'Ecosse* Les hérauts et les poursuivans, Bute, Islay, Marchmont, Rothsay, venaient ensuite avec leurs cottes d'armes peintes et brillantes d'.argenty d'or, d'aznr et de gueules ; ils fonnaient le cortège du nâ d'armes. Celui-ci tenait à la main le sceptre héraldique, qqjL, avait souvei^t éteint les plus violentés quereUes de la féodalité*
vu.
C'était un homme d'un âge meyen , d'un aspect noble, grave et sage, conuneil convient à l'ambassadeur d'un roi. Hais ses regards comprimaient aussi la finesse, la pénétration , et quelque chose de cet esprit satirique qui frondait les vices du siècle, et conunençait à miner l'autorité de Rome. Sa toque de cérémonie était cou* romiée par une aigrette de héron ; les housses qui couvraient Son blanc palefroi,pendaient jusqu'à terre; elles étaient brodées tout
X. William Caxton, le premier imprimeur anglais, est né ft Kent en i4ia, et mort en i49ri 'Wpken de .Worde est son successeur immédiat. Leurs livres font à présent les délices des bibliomanes.
248 MARMION. ch. ir.
autour, et on y admirait les armoiries et devises d'Ecosse : le double treschenr^/qu'Achaius porta le preniier, le chardon > la fleur-de-lis et la noble licorne.
Ces riches armoiries éblouissaient tellement les yeux y qu'où pouvait à peine y distinguer le lion blasonné d'où venait le titre du roi d'armés. Une suite convenable à ses fonctions formait sou cortège. Ton nom est encore renommé, et tes vers ont encore des charmes, sir David Lindesay du Mont, lord Lion-Roi-d' Armes [i).
VÏII.
Marmion mit pied à terre aussitôt qu'il aperçut l'envoyé du roi Jacques ; car le noble baron n'ignorait pas que cette marque de déférence était due à celui que le monarque avait couronné de ses propres mains de l'ancien diadème d'Ecosse, après lui avoir oint le front avec le vin sacré, et avoir confié à son doigt l'anneau emblématique.
Après des félicitations mutuelles, le Roi-Lion exposa son message en ces termes :
— Le roi mon maître avait juré de ne plus former d'alliance avec Henry, et de ne plus permettre qu'aucun député d'Angleterre parût à sa cour ; cependant, comme il connaît lord Marmion et qu^il honore sa renommée guerrière , mon souverain aurait cm manquer à la courtoisie s'il avait refusé de le voir. Je suis chargé d'être votre guide et de vous traiter selon votre rang, jusqu'à ce que Sa Majesté désigne le jour oârelie daignera admettre en sa présence la fleur de la chevalerie anglaise.
Quoique contrarié de ce retard, Marmion feignit de s'en consoler. Le pèlerin , son guide mystérieux, voyant qu'il n'était pins nécessaire, voulut vainement prendre congé de lui. L'ordre exprès du roi d'armes était qu'aucun des gens de Marmion ne pût s'écarter. — L'Angleterre, dit tout bas David Lindesay à Marchmont, a bien assez des yeux perfides.delady Héron pour nous espionner en Ecosse. — Mais il donna au chevalier anglais des prétextes spécieux. Les deux troupes réunies suivirent les rives de la Tyne.
Enfin ils arrivent dans ce vallon où le château de Crichtoun s'élève sur les bords delà rivière; c'était laque le Lion-Roi-d' Armes avait préparé un logement digne' de Marmion ; de lavons entendez