‹ Œuvres de Walter Scott (volume 4)Chapitre 78 sur 134 · INTRODUCTION AU CHANT SIXIÈME · texte numérisé non relu

INTRODUCTION AU CHANT SIXIÈME

peux coitàtalter tant de trésors de science amassés par tes soins , à toi qni ponrrais en citer œnt fois dayantagç f Tes richesses ne sont pas comme celles de ces gens, non moins ayares dé leurs ]rm» qne Francbemoiit de ses trésors , et qni , dans Tespace de cent ans , n'auraient pas même prononcé trois lettres: ik trouTentdansleim ouvrages le même plaisir que la pie dans la perle qu'elle a cachée ; tes livres I ouverts comme ton cœur, offrent à tous et les secrets •t les plaisirs de la. science. Cependant » de tous ceux qvi en font usage, qui pourrait en jouir comme toi? Mais silence ! j'entends le son «lointain du tambour;, le jour de la Bataille de •Flodden est arrivé. Adieu, cher Heber ; longue vie, bonne santé, et abondante moisson littéraire.

CHANT sixième;

On était à la Teille de grands éTènemens ; il coarait chaque joar des bruits difiërens sur la situation des deux armées. La froideur de Douglas inquiétait le fier Marmion y semblable à Timpatient coursier qui respire de loin le combat ; il n'y ayait plus d'espoir qu'avant le jour décisif le héraut de Jacques revînt de Therouenne, où le roi d'Angleterre avait été se joindre à ses alliés.

La triste Clara partageait les actes pieux de l'épouse d'Augus^ car la bonne comtesse, sans jamais oublier la pompe de son rang , ne cessait de prier le ciel' et tous les saints pour ses fils. Elle allait et venait de la chapelle à son oratoire. Cette vie grave et sérieuse était peu faite pour distraire Clara; cependant , comme Marmion ne la persécutait pas de sa présence dans les intervalles de ses dévotions , elle supportait patienmient l'ennui de ses longues prières ; mais les heures qu'elle passait dans la solitude étaient celles qui adoucissaient surtout les blessures de son cœur. , ' II.

J'ai dit que le rocher de Tantallon s'élevait à pic sur les bords de l'Océan. ^

Du c6té des flots , un rempart repoussait les attaques de la tempête ; on y remarquait surtout une tourelle carrée dont la porte gothique était ornée d'un bouclier de pierre, avec les armoiries de Douglas grossièrement sculptées, le cœur sanglant en champ, et les trois mulets au chef Ml y avait encore dans cette tour un es-

'. LetDovglas aTai«iit pour annoiries lecteur sanglant, qni rappelait celui de Robert Broce l'un de leurs ancêtres avait été chargé de porter à la TerrC'Sainte , et les trois mulets (poissons)

qu

au chef de Vécu.

290 MAIUnON. CH. Vi.

calier étroit conduisant à la balustrade d'an parapet qui s'étendait en demi»cercle autonr da château. Suspendu sur les yagiies mugissantes, et irrégalier dans sa constructioUy ce parapet offrait tantôt un circuit étroit, et tantôt une large plate-forme; c'était ici un bastion et là une demi plnne.. Duxûté de la terre, des portes de fer et des fortifications dKfaiJiaient Papprodie de la citadelle ; mais il n'en était nuljbesoin du côté de la mer, où les flots et les écueils auraient défié les assaiUans les plus hardis. Un profond silence régnait sur ce parapet.

Aussi Clara s'y rendait^dk laooircaa pour y rêyer à ses malheurs et écouter les cris de la mouette. Semblable à un spectre de Jiuit , elle s'avançait sur la balustrade et contemplait tristement la plaine souleyée des flots. Le rocher et l'Océan lui rappelaient le eloitre de Withby, paisible demeure ({u'eUe nederait j^us uffmr, car elle avait déposé, par les ordres de Dougla»^ la guimpe, h ▼oile et la robe des bénédictines. Il n'était pas bien, avait dit le comte, de porter hors du monastère les Têtemens d'une novice.

Les boucles de sa blonde chevelure flottaient de nouveau smr la neige de son front ; un riche manteau , orné de broderies, desoeiif dait jusqu'à ses pieds , en frange d'or. De tons ses saints ornemeiis, elle n'avait conservé qu'une cnûx en mbia^ et souvent ses yeax s'attachaient sur soa bréviaire, recouvert d'un brillant velonn. C'eût été une a{q;iarition faite pour inspirer laorainte, que de renp contrer dans ce lien solitaire^ aux pâles rayon» de l'aïuNNre, sa dans les. ombres du crépuecnle, une Comme parée avec twutde magnificence, son livre à la main, la croÛL su^ndne à sott. coltier, et la tristesse peinte dana^toua ses traits. Un seir Fitz-Bostaee errait près de là avec son arc,, pour exeroer son adresse sur la mouette et le corbeau ; il reconnut Clara immobile et silenciense; et ,'Surpris de son aspect extraordinaire,.il jura par la vierge Marie qu'on aurait pu la prendre pour une fée trahie par^amour, on pour une reine enchantée, car jamais-femme n'avait eu des qppi* si sédnisans»

Un soir elle aperçut ,. à la clarté de k lune, la voile lointaine d'unûavire qui glissait rapidement sur les flots. — Hélas ! di&elle en soupirant , ce vaisseau transporte peut-être la sainte prienre dans ce cloître regretté où sa règle paisible sait concilier la charité avec le devoir. Heureuse demeure, où la piété éclaire le cœnr

dNuie homère eéksle, et rà les saintes sœurs, rsries en extase, contemplent dans de mystérieases visions notre divine patronne planant snr nn rayon de gloire, et souriant à celles qui la prient. Ah J pourquoi n'a-t*il pas été donné i mes yeux moins purs de voir cette sainte protectrice ? Serait-ce parce que mon cœur, flétri par des regrets coupables, ne pouvait pins ni s'enflanuner, ni s'attendrir; ou tontes mes affections se seraient-elles éteintes avec celui ^d en flit le premier 'objet ? Cependant , sainte prieure, je n'étais point ingrate pour vos bontés; vous me trouviez toujours docile à t6s ordres ; ah ! quel changement aujourd'hui! Clara est devenue la tictime des caprices et de l' orgueil d'un tyran ï Mais ^ avantpen, Mârmioa apprendra que Clare, comte de Gloster, a transmis à sa fiHe, orpheCne et sans appui, sa constance dans l!inf5rtune et sa haine pour l'oppression. Le rejeton d'un tel arbre peut se briser, mais pGer. •• jamais I .. •

Mais que vois-je ?... Pourquoi cette armure dans ce Geu? —

En effet, elle distingue à quelque distance un boucher, un cas<iae et une cuirasse qui avait été percée par le fer d'une lance.

— Hélas ! dit-elle, tu fus une faible défense contre le glaive dn

vainqueur, armure teinte encore de sang I C'est ainsi, ô Wil-

ton !•.... que, niFacier de ta cuirasse, ni ta vertu pure comme le diamant, ne suffirent pas pour protéger ton noble cœur au jour detes disgrâces. —

EBe lève les yeux avec douleur... Wilton lui-même est devant Clara.. . Hélas ! elle aurait pu croire que ce n'était que son ombre, dépouillé comme il le lui parut de toutes les grâces de la jeunesse. Une joie inconnue depuis long-temps et la surprise donnaient d'ailleurs quelque chose d'étrange à son regard. rTattendez pas de moi, nobles dames qui me lisez, n'attendez pas que je puisse vous décrire cette scène de reconnaissance; quel peintre habile oserait i^^acer les oonleurs de l'arc-en-ciel , s^ n'était donné à son pinceau de se servir de couleurs célestes 7 II est encore plus difficile au poète de vous décrire toutes les sensations d'tm amour qui passe du espoir aux transports du bonheur 1... La surprise, la pitié, la doolràr, la joie, et Fe^rance qui nous offre Pavenir sons un jour ^ vmt , se succèdent tour à tour dans les eceurs des deux antans, et eèéeai entn la vietoire à rameur. Je le dirai en peu èemots le ^^de Witlott, q^il ne oonmença qu'aprte de nombreux soupirs,

292 MARMION. ce. ti.

qa'aprçs mille questions affectueuses , et des russes non moins tendres.

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