‹ Œuvres de Walter Scott (volume 4)Chapitre 81 sur 134 · DE CETTE FONTAINE · texte numérisé non relu

DE CETTE FONTAINE

Clara remplit le caaqae , revient en coorant an lien ou elle ayet Marmion, et y tronve avec plaisir et surprise nn «loine fu foatenait sv ses deux genoux la tête du chevaUer» C'était «n pieux solitaire que le zèle conduisait au milieu des combats pov ppnaoler lea mourans et bénir les morts*

Lord Manmon ae ranima en sentant la fraieheur de Peau «ir aes lèvres ; et comme Clara se baissait pour lui humecter le {root: — Est-ce la main de Clara, dit-il , ou celle de la malbeureuse Constance 4ont je sens la douce impression ? Puis , ^u par le soavenir de ses torts, il répondit au moine : — Ne me parlez pasle repentir et de prières : je dois penser à la seule Constance j je n^ai que quelques instans; daignez , bonne Clara, écouter loes dernières paroles.

— Hélas! dit Clara, ne vous occupez plus que de votre ame; vous revenez trop tard à Constance , elle périt à Tlle-Sainte.

Lord Marmion tressaille à ces mots, et se reljbve comme iHIne sentait pl«s ses blessures ; cependant ce mouvement convnlsiftût couler de son mn des torrens de sang. *^ Elle n'est plusl il n^^'

tait jdeno que trop vrai ! s'écrie-tril ee noir présage ne m'anit

pas trompé. Je ne demanderais au démon chargé de sa veogeaice q[ue de m'acôorder un seul jour ; Fineendîe An akmastère , et les eris des.prltres égorgés sur leurs aptels , lui paieraient ce court

retard; mais hélas 1 ma vue se trouble Maudite iott la lance

écossaise qui m'a percé le sein ; et doublement maudît mon hns troip faible pour parer le coup de la mort ! Voilà le juste prix de ma trahison.

U retombe privé de ses sens et soutenu, par le moine trenblAdt*

Clara s'efforoe, mais en vain , d'étancher sa blessure; le prêtre répète toates les saintes oraisons de l'Eglise; Marmion s'écrie qa'Un'entend que la Toix d'une femme qui répète sa^s cesse :

Je vois là futle et répoairante Et j'entendt m toîz expiniite

— Eloigne-toi, spectre fatal, dit lemçjne; ne viens point troa- Uer les derniers momens dn pécheor I Regarde, mon fils^ regarde

ee signe de la grâce divine ; penseà la foi et à l'espérance J'ai

soayèDt prié an lit de la mort, j'ai vn souvent les âmes des pé^ cheurs quitter ce monde de misère ; mais je n'ai jamais vu d'agomeaiissi cruelle 1

Le tomultede la bataille , qui avait cessé un mopaent, redouble tootà coup ; le cri de Stanley parvient aux oreilles de Marmion ; une lamière passagère éclaircit ses traits et brillé dans ses yeux à demi éteints ; sa main mourante agite au-dessus de sa tète le tronçon de son épée, et il s'écrie ; — Victoire 1 courage , Chéster 1 eonrage, Stanley!

Ce furent les derniers accens de Max:miou.

Cependant rapproche des ombres de la nuit ne ralentit pas la breur des combattans; les guerriers écossais se serrent en désespârés autour de leur prince^ Où sont donc maintenant ces phalanges victorieuses ? où sont Huntley et Home ? Que ne peuventils entendre ce clairon sonore répété par les échos de Fontarabie , ^ retentit à l'oreille de Gharlemagne lorsque la vallée de RonceYaax vit succomber le brave Roland, OUvier et tous. ses plus fameux paladins ? Ce clairon avertirait les clans de la Calédonie de renoncer au pillage pour décider une seconde fois en leur faveur la fortune chancelante. L'étendard royal flotte encore dans la plaine de Flodden , et les preux , orgueil de notre patrie , wearent pour le défendre.

Vains r^retsl Ifdssant le carnage snr leurs traces , les soldats de notre aile gauche s'écartent du côté de la croix de Sibylle.

— Fuyons, dit le moine à Clara, fa3ron8. Il la place sur son palefroi et la conduit sur les rives de la Tweed , dans la chapelle de Tilmouth : là ils passèrent toute la nuit en prières; et au IiQver de l'aurore Clara vit arriver son eonsin, le lord Fitz-Glare.

. 108 BIARIIION. CE. Ti.

Mais an moment où ils Tenaient de quitter la hantenr , la mêlée était devenue plus sanglante. Les Anglais avaient sondain fidt pleavoir sur leurs ennemis une nouvelle grêle de leurs flèches , et leur cavalerie 9 après plusieurs charges désespérées , était sur le point de rompre le cercle que les Ecossais formaient antoor de

, leur roi. Malgré les flèches qui pleuvaient de toutes parts , malgré les cavaliers qui fondent sur eux comme des tourbillons, les déiènseurs de Jacques offrent toujours une forêt impénétrable de lances, et si un des leurs tombe, il est soudain remplacé par im compagnon jaloux de venger sa mort ; aucun ne songe à une lâche fuite ; chaque soldat de l'immortelle phalange est fier et jaloax de Thonneur de la patrie ; le vassal combat comme le seigneur, Técuyer comme le chevalier ; enfin la nuit couvre de son voile sombre leur petit nombre et leur roi blessé. Ce fut alors que le sage Sorrey fit sonner la retraite. Ses bataillons fatigués se retirent da

' combat, semblables à ces vagues qui roulent dans le sein azoré de l'Océan après avoir balayé une plage déserte'.

Les Ecossais connaissent enfin toutes leurs pertes; leur roi, leurs Gheb, leurs plus braves guerriers, ont disparu du champ de bataille , comme on voit la neige se fondre insensiblement dans la plaine aussitôt que le vent du midi souffle et fait enfler les torrens. Les échos de la Tweed furent frappés toute la nuit du choc continuel des vagues ; elles semblai^it vouloir repousser ces bataillons en désordre qui , fuyant vers la terre d'Ecosse , forent apprendre au loin la malheureuse issue de la bataille et donner le signal du deuil de la patrie; les traditions, les légendes, lesbal-

"lades et les harpes de nos bardes , éterniseront cette fatale jWtnée; long-temps encore le père redira à son fils la bataille et le .carnage deFlodden, ûù l'Ecosse vit briser sa lance et s<m bouclier.

Le j6ur luit sur le penchant de la colline... c'est là , fière Calédonie, que sont étendus ces braves Chefs, ces chevaliers et

ces barons qui furent tcm orgueil Ceux qui leur survivent sont

déjà loin.

Gesse de regarder avec doute ce cadavre mutilé et défigaré; ne tourne point des yeux menaçans vers ce château qui conunande les | frontières du nord, et ne nourris pas la /vaine espérance de voir revenir an jour dans sa terre natale le royal pèlerin errant dans

les climats étrai%ers ^ n fat témoin des revers qu'avait préparés soa imprudence ; f atigné de la vie, il combattit avec détespoir dans les rangs de ses preax et tomba' sur la plaine de Flodden : cette main vaillante qui tient encore après le trépas sa fidèle épée t'indique assez le monarque d'Ecosse,^. Mais qu'il est changé depuis cette nuit de fête 1 •• .

Je me hâte de détourner les yeux et je^poursuis mon histoire.

Je touche à la fin.

Par les soins de Fitz-Eustace^ un cadavre meurtri et criblé de blessures fut transporté dans la cathédrale superbe de Lichtfield. Ce fut là que 9 sous l'aile du sud, un mausolée enrichi de sculptures gothiques porta long-temps l'image de lord Marmion. ( Aujourd'hui vous en chercheriez vainement lès traces , il fut détruit, lorsque le fanatique Brook prit d'assaut cette belle cathédrale'. Loués soient Dieu et le bon saint Chad^ le sacrilège reçut un digne prix de son impiété!) ^

Cétàit là qu'on voyait jadis le brave Marmion, les mains levées vers le ciel et les pieds appuyés sur u!h limier; de riches écussons^ des marbres et des niches ciselées, offraient ses armoiries et le souvenir de ses exploits.

Hélas I en dépit de ces magnifiques sculptures et des oraisons

1. Allusion aux înœvtitndes sur le sort de Jacques après la bataille de Flodden.

a. Il n'y a nul doute que le roi Jacques n'ait péri au combat de l^odden, II fut tué, dit la curieuse Gazette de France , à une longueur de lance dû comte de Sorrey. La même relation ajouteqo'auenn indÎTidn de sa difiaion ne fut fait prisonnier, quoique beaucoup fussent tués, circonstance qui confirme leur résistance désespérée- Les historiens écossais rapportent bon nombre de conter absurdes qui dreulèrentà cette époque. La voix populaire accusa Home non-seuleme;it de.n'avotr pas soutenu le roi, mais de l'avoir entraîné hors du champ de bataille et assassiné. Ceci fut' rappela à mon souvenir par l^histoire peu authentique d'un squelette enveloppé dans une peau de bœuf et entouré d'une chaîne de fer* qu'on prétendait avoir été trouvé dans le puits a'Home- Castle; et pour laquelle je ne pus jamais recueillir une meilleure autorité que celle du sacristain., de la paroisse, qui, dit-on, avait dit , « que si te puits itfiit cure', semblable découverte ne P étonnerait pas. Home était le diambellan du roi , son favori ; il avait beaucoup à perdre (au fait il perdit tout) à la mort de ce prince, et ne pouvait y rien gagner ; mais l'inaction de l'aile gauche qu'il com-^ mandait, après la défaite de sir Edmond Howard, le fait d'être revenu de cette fatale journée samblesaure et chargé de butin, suffisaient pour appuyer toutes les calomnies qu'on pouvait répandre contre lui. D'autres versions donnaient encore nn tour plus romanesque .an destin du roi t on affirmait «{ue Jacques, las- du trdne après le ctrnage de sa noblesse massacrée autour de Ini > était parti en pèlerinage pour obtenir l'absolution de la mort de son père et de la violation du serment fait à Henry. On objectait aux Anglais l'impossibilité où ils étaient de montrer le ceinturon de fer du roi,, ^oiqu'on put présumer qu'il ne le portait pas le jour c)n combat. Ils produisaient la preuve plus évidente, de l'épée et de la dague de ce prince, qui sont dépotées h Londres, Stowe a recueilli des détails répirgnaHS «or la manière indigne dont furent traités les restes de cet infortuné monarque;. une colonne non sculptée marque l'endroit où Jacques fut frappé , et' s'appelle encore la Pierve da'Roi.

3. L'assaut delà cathédrale de Lichtfield, qui avait été fortifiée par le roi, eut lien dons la guerre cîrilej Lord Brook', qui commandait les assaillans avec sir John Gill, fut atteint par une balle de. mousquet qui traversa la visière de son, casque : les royalistes remarquèrent qu'il avait été tué par un cotip parti de hi cathédrale de Sa{nt>Cbad, le jour de $aint-Cbad, et qu'il avait «té blessé à l'œil, lui qui avait dit qu'il espérait voir les ruineà de toutes les cathédrales d'Angteterre. La belle église dont il est ici qioestlon souffrit considérabhemeit en «elto oocasivn et eu j^lusiçura autres; la tour principale fut détruite par le feu des assiégcans.

«■ 310 MARMIpN. CH. t^.

pifoaoneées par les prâtrcya ^ le chevalier Harmion Ji'était point en CQ liea 1

.Un berger des forêts d'Ettrick avait suivi son séignenr à la bataille de Fiadden ; c'était un* de ces fleurs que les harpes plaintives de, rjEcosse pleureut encore comme arrachées de benne henre à leur tige natale : blessé à mort , ce berger aperçut la croix de Sibylk ^ s'j traâna,, et il rendit sou dernier soupir à côtédnnoble Harmion.

I^s pillards dépouillèrent les morts et les mutilèrent, c'est aioû que le cadavre de l'humble berger fut pris pour celui de Forg;aeilleu baron et occupa sou mouument*

xxxvu.

Il serait plus difficile de désigner la place où fut creusée la tomk ignorée de IMiarmiou. On l'ensevelit au lieu même où gisait soa corps sans vie ; mais, toutes les marques eu ont disparu^ La maia destructricedu tenq;» a repiversé la sunple croix de Sibylle Grey, et brisé sa fontaine de pierre : cependant la source jaillit encore d% la petite colline et y forme un faible ruisseau. L'étranger s'y arrétei souvent pour parcourir d'un œil curieux la mémorable plaine de FlQddeQ..L<es jeunes bergers y vont chercher le jonc et le glaïeul , s'étendent àl^abri du noisetier, et y tressent leurs goûrlai»des S4P% se doujter qu'ils^ sont assis sur le tombeau qui a re^ les dépouilles mortelles du vaillant Marmion.

O vous qui rwieeiitrez celte humble edtine, obannrasi-y un le* ligieux silence et rentrez dans vos. cœura.

Si jama«^, égarés par une tentation perfide , vous avez quitté te bon sentier pour le mauvais , ah ! craignez de prononcer un jugement présomptueux sur la tombe modeste de Marmion ; contentez* vous de dire :

-**^U mourut en brave chevalin et f épée à la main , pour dé^ fendre les droits de FAngleterre*

xxxvm»

Je n'écrijs; pas pour ces esprits lourds qui ne pourraient racon» ter sans moi que , dans la fatale mêlée do Flodden , Wilton (ut le plus intréi»âe des chevaliers anglais ; que, lorque le courageux Sorrey eut son çJbeW. tué sous lui^ ce fut Wilton qui lui donna te sien; qu'enfin ce fut Wilton surtout qui, avec son épée, éclaircit les rangs des Ecossais opiniâtres •.•;. Quoique HoUinshed et Hall n^en fassent aucune mention, Wilton fut l'ame de la bataille. Après la tietoire, il justifia sa fidâilé ; ses fieCs et son rang l«i

forent rendus, ^t il orna le vieux bouclier de ses pères des devises nouvelles conquises par lui dans la plaine de Flodden.

Je ne chante pas non plus pour la simple et jéuiie fille , qui a besoin qu'on lui dise en termes précis que le roi et la famille de la belle Clara consentirent à couronner sa constance. Faut*il donc qae je lui raconte la fête nuptiale pour qu'elle s'en fasse un tableau ? Dirai-je que le cardinal Wolsey donna la bénédiction aux deux amans, que More , Sands et Denny firent les bons mots de la noce, qae le roi Henry tira les rideaux du lit , que Catherine détacha la jarretière de sa propre mainl Pendant long-temps, depuis cet hyménée , c'était dirç assez à deux jeunes époux , que de leur soabaiter l'amour de Wilton et de Clara.

€moi an (ecUnr.

Pourquoi prolonger un récit déjà terminé ? Pourquoi chanter encore sur nia harpe , si ce n'est pour dire adieu aux lecteurs bien- Yeil^ans qui ont bien accueilli le ménestrel ?

0 TOUS, graves politiques , si vous avez daigné lire ces fruits de mon loisir , je vous souhaite une tête ferme , des mains pures», un génie perçant et le cœur patriote... de Pitt. Héros , recevez une goirlande sur vos fronts , et que ée soit la main de celle que voiis préférez qui la pose.

Que puis-je souhaiter aux dames aimables , si ce n'est un chevalier Adèle ; et aux amans sincères, si ce n'est une tendre amie ? Sages studieux, puissiez- vous trouver des trésors de science ; et Tons, vieillards, un doux coussin pour reposer votre tête en che-^ ▼eux blancs! ^ ' .

Pour toi, bon écolier, si mes vers ont occupé l'heure de tes récréations , je te souhaite un travail facile et d'agréables vacances ; à tout le monde enfin je souhaite une bonne nuit,, d'heureux songe» et un doux sommeil.

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