DAME DU LAC
CHANT PREMIER
LÂCHASSE.
Eiapfc da Nord, toi cpd fos long-temps né^Kgée snr Fehneâtt magique don^ l'otobrâge protège là soarce dé Saint-Fillan ) la brise faisait encore yibrer parfois tes cordes harmonièiiBes ) lorsque I0 lierre jaloax est venu les entourer de ses festons de verdure.. • Harpe des ménestrels I qui réveillera tes accords enchanteurs? i*esteras-tu long-temps muette an milieu du frémissement du feuillage et du murmure des ruisseaux? ne feras-tu donc plus sourire le guerrier et pleurer la jeune fille?
Aux temps antiques de la Calédonie , tu mêlais toujours aux chants de léte tes sons mélodieux , alors que le lai d'pn amour malheureux y ou l'hymne de la gloire , attendrissait les cœurs les plus forouchesy et donnait du courage aux plus timides! Quand le ménestrel se taisait, tu faisais entendre tes accords inspirateurs, et tu captivais l'attention des jeunes beautés et des fils de la vaillance ; car tu célébrais aussi les charmes de la châtelaine et les exploits de la chevalerie I
Réveille-toi , harpe du Nord! quelque inhabile que soit la main <iui ose errer sur tes cordes inagiques; réveille-toi , quoique je
328 LA DAME DU LAC. ca. i.
puisse à peine te rendre le faible échtf de tes concerts des anciens tetops I Je ne saurai tirer de tô! que des sons sans art , périssables et indignes de tes nobles accords ; mais qu'ils fassent palpiter un moment le cœur de celle qui m'écoute , ce ne sera pas en vain que tu m'auras inspiré ! . . . Harpe du Nord, enchanteresse, réyeiUe-toi I
Le cerf s^était désaltéré le soir dans le ruisseau de Monan, près de l'image tremblante de la lune; il s'était réfugié, pour y passer la nuit, dans l'épaisseur des coudriers solitaires de Glenartney : mais à peine le soleil venait-il d'allumer son flambeau sur la crête do Benvoirlich , que lea aboiemens de la meute , les cors et le galop des coursiers retentirent dans le lointain.
Gonune un chef qui entend crier la sentinelle : — Aux armes , voilà l'ennemi I — le monarque agile des forêts s'élance de sa couche de bruyère ; mais avant de commencer sa course rapide, il secoue la rosée de ses flancs , et , semblable au guerrier dont la tète superbe est armée d'un cimier, il lève fièrement le front, et agite le bois rameux qui la couronne. Ses yeux plongent un moment dans la vallée ; ses naseaux interrogent la brise , et il écoute le bruit plus rapproché de la chasse : puis soudain, voyant pari^tre les premiers limiers de la meute , il franchit d'un bond le taillis , et, traversant l'espace en liberté, va chercher les bruyères sauvages d'Uam-Var.
La meute l'aperçoit , et redouble ses aboiemens que répètent les échos du vallon et des cavernes : la montagne répond au bruit confus de mille sons divers ; la voix de cent limiers ardens , les pas précipités de cent coursiers , les joyeuses fan&res des cors et les cris des chasseurs, fatiguent incessamment les échos du Benvoir- . lich. Le daim fuit à l'approche de ce tumulte; la chevrette se tapit sous la feuillée; le faucon jette un regard surpris du haut de son aire , jusqu'à ce que ses yeux perçans aient perdu la trace du tourbillon qui balaie la vallée. Le bruit s'affaiblit de plus en plus ; à la voix mourante des échos succède un vaste silence qui règne au loin sur la haute montagne et dans la forêt solitaire.
nr.
Cette guerre champêtre trouble, mais avec moins de fracas,
LA CHASSE. 32d.
les sommets dVam-Yar \ et la cayerne où la tradition racontç qa^on géant fit jadia sa demeure ; car, avant qne cette montagne escarpée f lit gravie , le soleil était parvenu an milieu de son cours joarnalier, et plusd'un hardi chasseur avait été forcé de «'arrêter poar laisser respirer son coursier haletant : à peine une moitié de la meute avait suivi les traces du cerf, tant l'uccès difficile de ces hauteurs avait amorti l'ardeur impétueuse de ses ennemis.
Lenoble cerf se reposait sur la cime méridionale de la montagne, au pied de laquelle s'étendaient au loin les beaux domaines variés deMenteith ; ses yeux parcouraient avec inquiétude les eaux, les prairies , les bruyères et les marécages , cherchant un dernier refuge, et indécis entre Loch-Ardet Aberfoyle, Mais plus près de loi est un taillis de saules, dont le feuillage se balance sur le lac Achray, et se marie aux rameaux bleuâtres des pins qui couronnent les rochers du Ben-Venu : l'espoir lui donne une vigueur nouvelle ; il glisse sur la bruyère d'un pied dédaigneux , vole vers Tonest dans sa fuite rapide, et laisse loin derrière lui la meute harassée.
n serait trop long de dire quels furent les coursiers qui renoncèrent quand la chasse se précipita à travers Cambus-More, et les cavaliers qui tordirent leurs rênes de rage à l'aspect des escarpeffiens du Benledi ; quels furent ceux qui se ralentirent sur la bruyère de Bochastle, et n'osèrent traverser les eaux débordées du Teith ; car deux fois, ce jour-là, le cerf intrépide passa hardiment d'une nve à l'autre. Il n'y eut guère que quelques traîneurs qui , le suivant de loin , atteignirent le lac de Yennachar ; et lorsque le pont de Turk fut dépassé , le chef des chasseurs se trouva seul.
11 est seul; mais dans son infatigable ardeur, il ne cesse de presser son cheval du fouet et de l'éperon : épuisé de lassitude, couvert d'écume , souillé de noire poussière, le cerf est devant lui, près de perdre haleine dans ses derniers efforts. Deux noirs li- ""^ers de la race de Saint-Hubert *, fameux par leur courage et
ï. TIam.VaT ou Yaigh-Neor est une montagne sitoée au nord-est du village de Callender, dans le
^mtede Menteitb; elle tire son nom, qui signifie ia grand» eai'êraê, d'une espèce de retraite parmi
«•rochers, où la tradition prétend qu'un géant faisait jadis sa demeore. Plus récemment cette ca-
wne était devenue le refuge d'une troupe de voleurs et de bandits , qui n'en ont été expulsés que
'«PW» une quarantaine d'années.
'• « Les chiens que nous appelons les chiens de Saint-Hubert sont ordinairement tout noirs* * <Iuoiqae la rbœ en soit devonne si mêlée de nos jours, qu'on en trouve de toutes les couleurs r
890 LA DAMë du lac. ch. i.
leur titèsM sanA égale y leserretit dépits, et sont sur le point de Tatteindre ; à peine si la portée d'un trîdt les sépare du fii^tif qa'ils poorsoNent snr l'extrême rire da lac > entre le précipice et les broossâiUes tonfines.
▼in.
Le chassetir, rema^qoant ialtantenr dé la inontagne eiFëtroitè lisière qni borde le lac ^ espère que le cerf va être réduit atix abois devant cet énorme rempart ; triomphant d^à de sa proie, mesurant dé Poeil le lùjis qni otuci son firbiit , il rebtieille iônt sM sôoffle p6ni- sohner la motif et tire ioh bontean de chasse pour poi'ter le déifier toup à l'animal àbattn ^ : ihais, au moment où il foiid sur Itil comme la fondre , et lè bras levé , ... lé cerf rnsé évité le choc ; -^ tournant du côté opposé 9n rocher, il ^'élancé dan^ niie rayine pl'ofonde i et , disparaissant aux yeux dxi chasseur, va ée f éfagier dans le défilé étroit des Trosachs ' : 1& , blotti dans un taillis épais qhi laisse tomber sur sa tête les gouttes de la rosée et àes flenrs sativagës, il ehtendlesliinitrà déçds trà^pér de leurs aboiemens lëè fochelrs , qui Répondent sehls à leur voix mènà^alife.
Le chasseur suit ses chiens , et lès encourage pour leur faire retMdtéf létir proie. Mais tëut à coup son noble couréiéf s'àbàt dans 16 talion ; le cha^àëdr impatient veut en tdh l'éxcltéi- dti geste, de Fépéroh et dès renés : tous ses tiravaux sont finis ; lé j[)ààYre
« ok iàilt ce» Aîeua dont les «"bbcè ée Saint-Hnbert on^ tov^onrs confte^ré lar riee bn 'uémoire « de le«r i>«troo, ooi ét«it an cbatfew aum! bien que uént Enstace^ d'oà noMponfoos croin «c'qil'dTëc lâ g^rflce oe Dieu tons les Bons cnmsseurs les sniTronf en paradis.
« P«iv en mepir è »•& iiqct, ke «lûau de Stiatt-B^^eri «nt «W difperséâ dans le» f rongea m « Bainaot, He la Lorraine, de la Flandre et de la Bourgogne; ils sont hauts de taille, et cependant « }mn javibM «ont co«irt«a et baMciu Ua ne «ont pas tf es légen à la «crane , quoique dooés d'in « odor^ des plus fins, suivant de loin le gibier, ne craignant ni l'eau ni le froid, et préférant 4f les bdtes qui fcentnt oDaiise le renard, parce qn'ile ne se croient ni assec de titesfeé ai saste « « courage pour chasser les animaux doués d'une agilité plus grande. Les limiers de cette couleor « sont en général estimés, surtout ceux qui sont d'un noir parfait, mais je ne me suis jamais tonae « fl'en élever moi-m|me. CjBpendaqt j'ai eu entre les mains le livre qu'un chasseur devait i un « pfrincè de Lorraine, grand amateur de la chasse, et en tête duquel était une devise que ledit chas- « seilr donnait à son limier, appelé SonjUard, qui était blanc ; , ■
'-— « Je tire mon origine de la race du grand saint Hubert ; j'eus pour père Sonyllard, chien a une « vafta rave. — «
if D'où nous pouvons présumer que ces chiens peuvent être accidentellemeDt de coalenr « bhncfae. » {Le m6* Jiri de ià VimeHêt tradftit pour l'naoge de toos les geutilshottaei « Londres; i6ix.)
X. Quand le cerf était aux abois, le chef des chasseurs avait la tâche périlleuse d'aller loi porter le coup delà mort. A certaines époques de l'année c'était une tiiche vraiment dangereuse, la bUoore faite par les. bois du cerf étant réputée venimeuse, beaucoop plus même que la blessure faite ptf > défeiMes d'un sanglier, coriitee le disent deux vers anciens, dont voici le sens :
« Si tu es blessé par un cerf, tu es sur le chemiin de ta bière; mais la main du barbier guérit la « blessure ctù sanglier : ainsi ne t'efifiraie pas. »
Quoi qu'il en soit, cette dernière opération de la chasse n'était pas sans danger t et le ^V'^ ^J da^a U nota prcoédente indique toutes les précaotiona k pfendre pour te défaire da cerf *• rien riaquw.
a. Le terme trosachs signifie un terrain rude et âpre.
LA tuAsiÈ. HH
miatél «9t tolùbë p^vùt né {^Ins serelevtfr! Bmit{yaî^là pitié et sèi regrets, lé chasseur se lanieiite dinâ.snir soii coarsier etpiraiit: — Je ne prâsa» guère > quand pour la première fois je goidais ta fiiogae nmssante sur lés rires dé la Sdne ; Je be pensas guère , 4 non in^MiipàraMe eMilrsier ! que tés n^etaibres agiles sétriraient As pAlUM à r aijglè dès montages dIScosse ! Mài&£te Adit là chàs^ë! MMKt ttift le joui* qtd me prive dé t(A , ô hion courëie^ fcliéri 1
B Mkiie dti t6t pour ta^fe¥ ses ehiens d'une yiine potbrstiité :' ks Cthiétrii reViéttbeht d'thi pas raléntî et inégal; ib se pressent k m ^iëêè , tràtbiint là quetxe et baisant VoreîUe. Péiidànt que les' derniers sons du cor se prolongent dans la ravine , le hibou 'bnéssaille et se réyeiUe; Taigle répond par ses ciis; lés échos se ren- TOitot tbuÉ kM staè , ^ V^ssemblent UéntBt k là Voit loîntiidhe d'aÉ <ûinmgé!6.
Lé thaë^éiir se i^etire jpouir réjoihflré ses compagnons ; m^ié 3 téume ëduTént la lête, tant les sentiers qu'A parcourt Itii paràièsèEit éVrtogésl tàht FAispeèt Uiarré de ce^ liétix excité sa sta^seï
Lé séléil èotÉchaiit Jiéroulàit sé!s vagues de pourpre Aunlessus Aé dÈk obâteui* vi0fiéÉ,^i»6tidaitdé iRàhMèt'echaqtiépic de lainbUtàgné ; ttàSé ahMn rayon «e ^ottvàii percer la pirbfondéitf téhëhtéisît Aes tai^ihés. Un doiible sentier serpentait iautotir démiEntè roche pyramidale , dont le sommet sillonné par la fondre s'élânçàlt jusqu'aux nues, et de mainte maiste isolée^ remparts naturels de c«6 pa^ageb; ^éflàUàUés i bette toirr ambitiettise élevée psir Vbr- ^il dttnb k plAfoë de Shihalr. Le^ Irochers étaié^ tisuUék les Ûhâ d&fctme de toarélleSy de ddmes ou dé créneaux; lés iaùbres, cféMisus pltfts fentftstiques encore , irappelàient les coupoles ou léi i^nan^s, lé6 pagodes et les mosqdées de l'at>chitecture oriehtàle. G^ ê£fi(oéè , construits par la nature, avaient aussi léu^ omettons et leurs nobles ban^rés : on voyait leurs âpres sommets déployer, sttr Iteë prédpices, les vertes guirlandes de l'aùbépîne ^cdanfe dé tosée, et la douce baleine du soir ftdsait flotter lé feainagé VaHé dettiHé ailnstes grimpans.
iir.
La nature a prodigué à ces lieux toutes les plantes des mon- ^>^s * ici l'égkHtier embaume l'àir ) là s'éhtréâlSlént le obûOi^ét et Taobépine ; la pâle primevère et la 'fioletle àmecét treuV«t mi
33Î LA DAME DU LAC. ch. i.
abri dans les fentes da roc ; la morelle et la ganteléei emblèmes de Torgadl et du châtiment, groupent leurs sombres couleurs avec les teintes qu'ofirent les rochers battus de la tempête; le bouleau et le tremble mélancolique balancent leurs rameaux à chaque soutSe du yent; plus haut, le frêne et le chêne robustes ont fixé leurs racines dans les anfractuosités de la montagne ; son extrême sommet nourrit encore le pin au tronc déchiré; dont les rameaux se projettent entre les saUlies rapprochées des rochers. Enfin , audessus de ces pics éblouissans de blancheur, et à travers le fenil" lage mobile, l'œil découvre à peine l'azur délicieux d'un beau ciel : l'effet merveilleux dé ce tableau semble le produit d'un songe magique.
xm.
Le chasseur voit briller plus loin , au milieu du taillis , le cours d'une eau paisible, dont le lit étroit peut à peine recevoir la canne sauvage et sa famille ; cette onde se perd un moment sous l'ombragé épais , mais elle reparait bientôt plus abondante, et réfléchit dans son cristal d'azur des rochers immenses et les collines boisées. S'étendant peu à peu sur un plus .vaste espace, elle se divise poor aller entourer d'une ceinture humide deux monticules couronnés d'arbustes , qui , détachés du reste de la forêt , semblent sortir de l'onde comme les tours d'un château au milieu de ses fossés. Les flots, qui grossissent de proche en proche, interceptent toute communication avec la montagne , et forment deux petites îles isolées.
Mais aucun sentier ne s'ofifre au chasseur, à moins qu'il ne gravisse d'un pas prudent les saillies anguleuses d'un précipice; les racines du genêt lui servent d'échelle, et les rameaux des noisetiers lui prêtent leur secours ; il parvient ainsi sur l'extrême pointe d'un tocher ^ et de là il découvre le lac Katrine qui se déploie comme une vaste nappe d'or aux rayons du soleil couchant. Tont l'espace que le lac couvre de ses ondes se développe à ses regards avec ses promontoires, ses baies, ses îles, qu'une teinte de pourpre^ fait distinguer au milieu des flots d'une lumière plus vive, et ses montagnes, qui apparaissent comme des géans gardiens d'une terre enchantée. L'immense Ben-Venu s'élève du côté du sud, et
X. ÀTant que la roate actnelle fût pratiquée dans le passage romantiane que rantenr a essaye ici de décrire, il n'y avait aucun moyen de sortir du défilé appelé Trosttchp si ce n'est par une espèce d'échelle failfl arec des braqches et des racines.
La chasse. ââs
projette sur le lac , en masses confuses > ses rocs et ses inégalités sanyagesy semblables aox débris d'un antique univers. Une sombre forêt croît sur ses flancs dégradés , et couronne isa tête chenae d'nn feuillage ondoyant , tandis que, vers le nord, Ben-An^lèye dans les airs son front dépouillé.
L'étranger jette y du haut du promontoire , des regards étonnés et ravis. — Que ces lieux , dit-il, seraient dignes de la magnificence d'nn prince on de l'orgueil de TEglise I Que j'aimerais à Toir sur cet âpre sommet la tour d'un châtelain, dans ce riant Talion la demeure d'une douce beauté, et plus loin , au milieu de cette prairie, les tourelles d'un vieux monastère I Comme le cor résonnerait gaiement sur les ondes de ce lac, pour accuser la lenteur de Faurore! Qu'il serait doux d'écouter chaque soir le luth d'un amant dans le silence de ces paisibles bocages ; et puis, quand la lune baignerait son front dans cette onde argentée, combien serait solennel le bourdonnement lointain de la cloche des matines, dont la voix religieuse irait dans cette petite Ile réveiller un vieil enmte , qui compterait à chaque coup de cloche un grain de son rosaire l... Le cor, le luth et la cloche appelleraient le voyageur à un accueil bienveillant sons un toit hospitalier.
Alors sans doute il serait charmant de s'égarer ici , mais maudite soit la vitesse du cerf I A présent , comme le pauvre ermite que je me figurais tout à l'heure, il faudra bien se contenter pour cette nuit de ce que m'offrira ce taillis épais ; quelque banc de mousse va être ma couche, un vieux chêne mon seul abri. Patience encore 1 la chasse et la guerre ne nous laissent guère le choix d'un asile: une belle nuit passée dans un bois ajoute à la gaieté du lendemain; mais les hôtes de ces déserts sont probablelûent de ces gens qu'il vaut mieux éviter que chercher. Tomber entre les mains des maraudeurs de ces montagnes , ce serait pire ^e de perdre le cerf et son cheval... Me voilà seul;... le son de mon cor attirera peut-être auprès de moi quelqu'un de nos chas- ' sears... S'il allait appeler le danger ?... Allons, n'importe; ce ce n'est pas la première fois que mon épée aura été tirée du fourreau. —
Mais à peine son cor a retenti , que, tournant les yeux vers un ^eox chêne, dont le tronc oblique était fixé au rocher de la petite
P^ LA 13AW DU, \sAC. CH. i.
île^ il Toit an l^éger es^if qui s'en détacbe> et quji 9'^l^çe i^UjA la baie : il est conduit par une jeune fenu^e ; il t^fice ^^ cercle gracieux autour du promontoire, et soulèye Mx^e ys^^e pre3que insea* sible, qui vient humecter les rameaux pendans. du gaide, et ca« resser avec un doux murmure un lit de cailloux aussi blancs que la neige. L'esquif touchait cette rive argentée au moment où le chasseur changea de place, et il se tint caché au milieu ^ la brujcre, pour observer cette Dame du Lac.
La jeune fille s'arrête^ comme si elle opérait entendre encore ^è son lointain : telle qu'une statue, chef-d'œuvre d'un scnlpteqr de la Grèce;, elle reste immobile» la tête levée, Tceil ^e et f oreille attentive ; ses cheveux flottent spr son épa^e ; ses lèvres, sont légèrement entr'ouvertes... On l'aurait prise pour Is^ naïade protec* ûicç àfi ce rivage.
xvin.
Non , jamais le ciseau grec ne créa une Nymphe, une Naïafet on une Grâce d'une taille plus élégante, d'uD^ aspect plus ravissent I L'ardeur du soleil avait légèrement bruni ses jo\ies; ^exe^ cice de l'aviron , qui était un jeu pour elle, les avait teintes cl'on brillant incarnat , et découvrait aussi les mouveinens plus, rapide» de son sein d'albâtre ; aucune leçon de l'art des Grâces n'avait ac^ coutume ses pas à une mesure réglée, mais jamais démarche ne fut plus facile, jamais pied plus léger ne ifoula la rosée sur la bruyère fleurie : on çn retrouvât a peine la tr^ce sur le gazon. On reconnaissait dans son langage Taccent des montagnes; m^ le son de sa voix était si doux et si séduisant , qu'on respirait à peine en l'écoutant parler.
Tout annonçait en elle la fille d'un Chef; son snocd^ de satin, son plaid de soie et son agrafe d'or. lUrement on vit an snood se perdre au milieu d'uae ai;^ abondante chevelure, dont les noires boucles le disputaient à la couleur des ailes du corbeau ; rarement un plaid arrangé avec un soin modeste couvrit un sein ainsi boaa; jamais agrafe n'en assujettit l^s plis sur un cœur plus tendre.
11 suffisait d'observer le regard d'Hélène pour y deviner tonte sa bon^ et sçs vertu^. Le cristal azuré du lac Katrine ne réfléchit pas plus purement la verdure de ses bords , que les yeux ingéBai d'Hélène n'exprimaient son innocence. On y distinguait tonr a
z, ^b>lMUk4[m9 portant U»Ti«f es écoisaiMi.w-iejB^kttf, le ninteta de tartâii.
tour les transports de sa joie, ^ bienveillance pour rinfortane, ramo^r filial, la snppUantç prièrçi d'une do\ice piété, p^ \^ nçble indigi^atioi) qp'inspire aux enfa^ç du Nord le r^cit d'^q outrage. Vu seul sfsntinie^t était dissimulé pspr çllç i^yec uqe fierté yirgigin^le, çans ri^ perdrç de sa pureté- <i« M-^pt beaqin ^e le Qommer ?
l^Pfttieqte du silence qui a succédé w^ 90QS 4u çor, flélèneélèye )ayoix. — ^on père!... s'écriç-t-elie ; et lç,s r<>çl^Çf9 ^'^l^utour seiobleint 9e plaire à prolonger la Coupeur dç. ses ^ccens. E^e écoute; point de réponse. — Mjailcolm , serait-ce toi? aj outa-f -elle: mais ce nom fut prononcé d'une yoix si timi^^^ qfK% ^e p|it être saisi par Fécho.
— 4^ s\4s un étranger, dit \p chass^^r e^ quittant V9iu)>^ag9 des i^qisetiers parmi lesquels i} s'était c^cl^é. La ieu^ fiUe^ ^lar- ^^7 éloigmi son léger esquif du nyage par l^l 9lO^YeI^ent rapide del'ayiron; e^, quand elle se vit à ui^ç certaine distance, elle croisa plus étroitement le plaid qui cachait ^on sein. TÇe\ le cygne effrayé recule à rapproche d'un ennen^i, et ^lérisse ^es pluines de ses ailes.
Bélèiie, se voyant en sûreté, s'arrêta, cfierç^ant ^ calmer sa surprise et son émotion , et considéraiit Vé^'Auger, dojat respect e\ lé yisage ^'étaient poipt de ceux qui font fa^r les jeunes ^es.
Les années, avaient légèrement impr^né sur ses( traits la noblç pavité de l'âge mûr, mai^ sai^s éteindre encore le feu çt la francliise de la jeunesse* On y voyait le charme 4' une humeur enjouée, l'act^yité d'une ame toujours prête à ei^treprendre, et l'audace qui ^écute : il était facile de deviiier q^e $,es yeux vifi^ devaient êtrç %a\ement prompts à s'euflammer pour ^amo^r, qu h hi^et du feu plus terrible de la colère.
Ses membres robustes étaient faits pour les jeui^ di;^ courage et
les périls ^e la gnejrre ; quoiqu'il fût vêt^ çn ^p)e çhassçur, et.
sa&s autre ^rme que son épée, tQut sofi ^^piçct auupnçfiit une ame
hante et une fierté martiale, comme s'il eût porté le casque d'ui^
'baron et nne brillante armure.
Au-dessus do la nécessité où il $p trouvait de demander l'hospUalité, il parla, avec une aisance ns^turelle et la plus aimable courtoisie, de l'accident qui l'avait amené dans ces Ûeux ; cepen- ^^^ le ton flatteur de sa voix et son geste modeste semblaient plutôt accoutumés à douner des ordres qu'à supplier.
â36 LA Dame do lac. œ. i.
La Jeune fille regarda an moment l'étranger ; et, rassurée enfin, elle lui répondit que les châteaux des montagnards étaient ton jeun ouverts aux voyageurs égarés. — Ne croyez pas , ajouta-t-eile, que vous arriviez dans cette île solitaire sans y être attendu; ce matin même, avant que la rosée cessât d'humecter la verdure, une couche a été préparée pour vous. La cime pourprée de cette montagne nous a fourni le ptarmigan et le coq de bruyère. Nous avons tendu nos filets sur le lac, afin que vous trouviez ici votre repas du soir.
— J'atteste le ciel , aimable insulaire, reprit l'étranger, qne vous êtes dans l'erreur; je n'ai aucun droit à ce bon accueil, destiné à l'hôte que vous attendez : le hasard seul m'a conduit dans cette solitude ; j'ai perdu ma route, mon coursier et mes conupagnons: voilà, je vous assure, la première fois que je respire Pair de ces montagnes. En voyant les bords pittoresques de ce lac et la beauté qui me parle, je suis tenté de me croire avec une fée dans le pays des enchantemens ( a ^ ).
xxiu.
— Je crois sans peine, reprit la jeune fille en ramenant son esquif vers le rivage, je crois sans peine que vos pas n'avaientjamais foulé jusqu'à ce jour les rivages du lac Katrine; mais hier soir le vieil Allan-Bane prédit votre arrivée ; c'est un barde à cheveux blancs , dont l'œil prophétique eut une révélation de Fayenir. Il a vu votre coursier gris-pommelé tomber sans vie sous les bouleaux; il nous a dépeint avec exactitude votre taille et yos traits, votre costume de chasseur en drap vert de Lincoln, ce cor de chasse orné de glands de soie, la riche poignée et la lame recourbée de votre glaive, votre toque surmontée d'une plaine de héron , et vos deux limiers si noirs et si farouches. C'est loi qui a commandé que tout f&t prêt pour recevoir un hôte de noble race; mais je n'ajoutais guère foi à sa prophétie, et j'avais cra que c'était le cor de mon père, dont Técho du lac m'apportait le son.
L'étranger sourit. — Puisque je viens en chevalier errant, annoncé par un véridique prophète, et destiné sans doute à quelque entreprise hardie, il n'est point de dangers que je ne brave avec
X. Voyex àla fin àe ce poème tes appmdiets auxquels il est renvoyé pfer des lettres itsliqno*
LAdHASSE. 33T
joie ponr nn senl regard de ces beaux yeux; permettez-moi , en attendant, de diriger moi-même smrl^ lac TOtre barqne enchantée. Lajeone fille dissimula nn sourire malicieux en voyant l'étranger entreprendre on exercice inaccoutumé, car c'était pour la première fois sans doute que sa noble main saisissait Taviron ; cependant il l'agita d'pn bras yigoureux, et la nacelle glissa rapidement sur Tonde. Les deux limiers suivent à la nage, tenant la tête haute, et se plaignent en aboyant. La rame ne troubla pas long-temps le cristal azuré du lac ; d^à l'esquif touche aux rochers de l'île ; il e$t amarré au rivage.
L'étranger porta ses yeux autour de lui sans . pouvoir reconnaître aucun chemin , ni rien qui indiquât que ces lieux fussent habités, tant le taillis était touffu : mais la vierge des montagnes loi montra un sentier secret , dont il fallait gravir les détours sinueux à travers le feuillage ; il aboutissait à une étroite prairie, qae le bouleau et le saule pleureur entouraient de leurs rameaux inclinés ; c'était là qu'un Chef avait construit une demeure rustique pour loi servir d'asile aux heures du danger ^ •
C'était un bâtiment assez vaste, mais d'une architecture et d'une distribution bizarres, pour lequel l'artiste avait employé tous les matériaux qui s'étaient trouvés sons sa main. Dépouillés de leurs branches et de leur écorce, grossièrement équarris par la hache, le chêne robuste et le frêne s'élevaient en hantes murailles. Des feuilles , de la mousse, et l'argile, avaient été mêlées ensemble pour interdire tout accès au souffle des vents. Déjeunes pins entre-croisés servaient de soliveaux, et supportaient la toitore, formée de touffes de bruyère flétrie et de roseaux desséchés. Da c5té de l'ouest, et vis-à-vis de la pelousie, on voyait un portique soutenu par des colonnes naturelles ; c'étaient les troncs verts des ib de la montagne, auxquels la main d'Hélène avait entrelacé le lierre, la vigne d'Ida, la clématite, cette fleur chérie qui porte le beau nom de berceau des vierges , et tontes les plantes dont la tige vigoureuse pouvait supporter Tair vif et pénétrant du lochKatrine».
I. Les Chefs celtes dont la TÏe était assaillie par des périls contimiels. aTAÎent communéinent dans u partie la pins recalée de lears domaines quelqoe retraite, comme une tour, une careitie oa une demeare rustique. Ce fut dans une semblable retraite que Cbarles^Edouard se cacha après la malheureuse bauille de CuUoden.
s. Les botanistes ont reproché à l'auteur d'aToir yu la clématite dans l'île d'Hélène < où jamais "^^ plante ne se rencontre.
SjQ lA DAME DU LAC ch. i.
Elle s'arrêta un instant sons ce péristjlei et dit gaiement à r^tranger*
^ Recomm^dez-Tons an ciel et à yetre dame ayant d'entrer dans le château enchanté,
XXTIIf
— Aimable gnidci je yoaa suis; youa êtes ma proyidenoe, ma confiance et mon espoir, répendit-il.
1} franchit le seuil i et le hruit d'un acier menaçant frappe 8oa« 4ain aen or eillOi Son front brille de la flamme du courage ; mais il rougit bientôt de ses yaines alarmes en aperceyant sur le plaU" cher la cause du bruit qn'il yenait d'entendre; c'était une épée nu^ ^ 4'était échappée de scm fourreau suspendu néglig^nment sur un boiçi de cerf; car des trophées de guerre ou de chasse décoraient toutes les murailles : ici un bouclier^ un cori une baohe d'armes, un épieu, desépéeaS des arcs et des faisceaux de flèches» étaient mâles uni. défenses du sanglier; d'un autre côté» U tête 4'un lovif semblait encore grincer des dents ccmme lorsqu'il bt percé du coup mortel ; et la fourrure rajée d'un chatrpard ornait la tête de l'élan , ou s'étendait cMome un manteau sur les wnm d'un bison.
Des bannières usées , et conseryant les traces noir&tres du saag, des peaux tigrées de daims formaient» ayec la dépouille de h loutre et du marsouin» la tapisserie extraordinaire de cette salle rustique* «
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L'étranger promenait çà et là des regards surpris ; il releyaeneuite l'arme qui était tombée. Peu de bras auraient en la forée de la manier. — Je n'ai connu qu'un mortel» dit«il en l'examinant i qui fût capable de se senrir d'une telle épée dans les batailles.
Hélène soupira» puis elle prit la parole en souriant t
— Vous yoyez» dit-elle» l'épée du cheyalier gardien de oette demeure; ce fer est auiei léger pour sa main qn'nne baguette de coudrier pour la mienne. La haute staturede mon pèreserait digne des jours de Ferragns et d'Ascabart (b); mais en l^absence da géant, ce château n'est habité que par des femmes et des servi** teurs chargés d'années.
Là maîtresse du château snryint ; c'était nnedamed'un âge mûr,
t. 9rôêd'smrdp l'ép^ écos0«ûe , «ne esp^e de daymore*