‹ Œuvres de Walter Scott (volume 4)Chapitre 90 sur 134 · L'ILE · texte numérisé non relu

L'ILE

elle fit un geste d'adiea ; et le cheyalièf répâlk soayent dans la suite que le prix d'un tournoi , décerné par une dame brillante d'attraits et de parore, n'ayait jamais autant émn son oœ^ que oi simple adien muet.

Guidé par un fidèle montagnard et accompagné de ses deox limiers y Fitz-James soit à pas lents les détours des hauteurs : la jeune fille ]'épie encore de loin d'un air distrait; mais, quand elle .eut perdu de Tue la figure noble de son hftte, sa conscience lui adressa un rq)roche secret.

— Et tonlialcolmy yaine et ingrate Hélène!.. • sedit*elle; — Ualoolm n'aurait pas écouté comme toi y en réyant, les doux accens de la langue du sudl Halcolm n'aurait jamais attaché ses regards sur d'autres pas que les tiens I

— Sors de U réyerie, Allan-Bane 1 s'écria Hélène en s'adressant au Vieux ménestrel^ auprès de qui elle était assise ; sors de ta rêyerie 1 Je yais donner à ta harpe le sujet d'un chant héroïque, et fenflammer par un noble nom : célèbre la gloire de Grœme !

A peine ces mots étaient-ils échappés de ses lèyres, que la timide Hélène rougit de pudeur ; car le jeune Halcolm Grœme était regardé comme le héros de son clan dans tous les châteaux de FEcosse K

yu.

Le ménestrel fit yibrer les cordes de sa harpe... Trois fois des préludes guerriers retentirent sur les bords du lac ; trois fois cette harmonie martiale se perdit en tristes murmures*

Le yieillard croisa ses mains flétries, et dit à Hélène:— -Vainement, ft noble fille des héros I yainement tu m'ordonnes de célébrer ce clan généreux, toi qui fus toujours obéie par ton yieux barde! Hélas ! une main plus puissante que la mienne a accordé ma harpe et commandé ses sons ! Je touche les cordes des chants de gloûre ; elles répondent par des accens de douleur et de deuil. La marche triomphante des yainqneurs se perd dans Thymne lugubre des funérailles! Oh! si du moins ce son prophétique n'annonçait que

X. L'ancienne famille des Graham poMédait des donraines considérables dans les cantons de Dambirton et de Stlrling. La mesure nous a fait, presque une loi d'écrire ce nom d'après la prononcia* tion écossaise. 11 est peu de familles qui puissent prétendre à plus de renommée historique; trois célMïres héros des annales d'Ecosse lui assurent l'immortalité Le premier fut sir John the Grœme, fidèle compagnon d'armes de Wallace, et mort à la bataille de Falkirk en 1^98; le second de ces grands hommes fut le marquis de Montrose, dans lequel le cardinal de Retz TÏt se réaliser l'idéal qu'il s'était formé des héros de l'antiquité. Malgré la sévérité de son caractère et la rigueur avec laquelle il exécuta la terrible mission des princes qu'il servit , je n'hésite pas à nommer comme le troisième John Or»me de Claverhouse, vicomte de Dundee , dont la mort héroïque dans le sein de la victoire doit atténuer la cruauté c|u'il montra enfçrs les non-eonformistes pendant les règnw de Charles II et dr Jaoqnes II. '

S40 LA DAME DU LAC. ch. u.

nia fia proobain^f n, c^mme le diaaknt les biurdes mes «lusêtres, cette barpei qui Fésonna jadis sous les loams de saint If odan S a la vertu ^ prédire la destinée de sOn naître» j'acoque sans regret l'angnre fatal au seol ménestrel.

Mais» Mlasl chère Hélène » ce fat ainsi qu'elle gémit la veille de la mort de ta piense mère : tels fqrent les sons qu'elle rendit lorsque » eberobant à répéter nu lai d'amour ou de Tietoire » je fos épouvanté moi-même de l'entendre troubler la fâte et sQfupirer tristement malgré moi dins le obâteau de Bothwell » ayant que les Douglas i proscrits ot condamnés » fussent bannis de letur terre natale ^# Ab 1 si quelque malheur plus omel doit emkNre frapper la maison de mon seigneur, ou si ces accords plaintifs manaOent la belle Hélène d'une affliotion nenTelle» harpe funeste» aucnn burde n'oseï^ plus demander à tes cordes des aoeenft de triomphe en d'allégresse. Après nu dernier obant de douleur en harmonie ay ec mon désespoir » tu couvriras de tes f r agmens dispersés le tombeaa de top maîtrel —

Hélène répondit , pour le consoler :

— Vénérable ami ! calme ces craintes de l'âge. Tu connais tous les chants que la harpe ou la cornemuse répètent depuis la Tweed jusqu'à la Spej i £sut-il donc être surpris si parfois des sons inattendus se confondent dans ta mémoire » et mêlent Fhymne fimèbre aux airs du triomphe ?

Nous n'ayons guère maintenant de motif de crainte ; nous yi- Yom ici obscurs^ mais en sûreté. Mon père, grand de sa seule yertd , renonçant à ses domaines » à Ses honneurs et à son rang, n'a pas pins à redouter des coups de la fioirtune y que ce chêne da eonrroux des antàns« Les orages peuy^t dépouiller ses rameanx de leur feuillage, mais non ébranler son tronc.

z. Je n'ewftierai point de prparer qoe snnX Modan fit habile à pinœr la liaxpe. Ce taloit n'a Am cependant qal dégrade un saint; cat satnt Donstan en pinçait très certainement ; et sa harpe,

{»articipant à la Térta de son maître , annonçait l'avenir par ses sons spontanés , comme l'attestent es légendes t ' ■

^ tfn Jour ijne saint -Bunstan trataillatt à ses arts mécaniques pour une matrone piene,sa

tt harpe, suspendue à la muraille, fit entendre distinctement d'elle-même cette antienne t

«c ôaudent in eaUs anima sanetorum gui Christi vestigia sunt steuti; et quia pro ejus amon sanguiiu» « suum fuitetunt , idêb eum Christo gardent aternùm. »

« Tous les assistansfort surpris n'eurent plus des yeux que pont regarder cet instrument ex* « traordinaire. »

{ Voyez tes Fies çhàlsleé des sainU tes plus fameux de tjtngteterre, de. t Ecosse et de P Mande, par 1« réréread père Aiérdrae Porter; Douay, i63a, in-4; tom., I , pag. 438;)

3. le texte fait ici allusion à la disgrâce des DongUA, de u maison d*Attgitff pendant U r^gM ^ Jacques y. ( Yoyei l'introduction des Ballades des frontières.)

L*ILB. 347

Poormoi... S31e ifaiTêta à ces mott i et tes regarflg se fixèrent SOT une campanète bleue qu'elle cueillit eu ajoutant :

Pourmoi dont la mémoire me retrace à peine Tiihaged'un temps pins beareicc, je puis bien choisir pour emblème cette simple fleur, amie de la solitude. Elle reçoit la pluie du ciel auësi bien que la rose , fière d'habiter le jardin des rois ; et quand je la place dans mes cheveux , d Âllan ! le ménestrel est obligé de jurer qu*il ne vit jamais couronne si belle 1 —

Elle sourit , et orna ses noirs cheveux de ce diadème des champs.

SoH sonrire, $on doux langage et sa grâce dissipèrent la méiaiicoUe du vieux l)arde. Allan-Bane la contemple avec le r^rd pieux de ces anachorètes qui voient venir à eux un ange pour les consoler. Les regrets de son cœur fier et tendre firent enfin couler ses larmes y et il répondit :

— O la plus aimable et la plus tendre des filles I tu connais peu quel rang et quels honneurs tu as perdus ! Que ne puis-je vivre pour te voir orner la cour d'Ecosse, Où t^appelait ta naissance! pour y Toir mon élève chérie attirer tous les yeux par la légèreté de ses pas» faire soupirer les cœurs de tous les braves , et inspirer toos les ménestrels jaloux de célébrer la dame da cceur san*

< XI

— -Toîlà sans doute de beaux rêves t s^écria la jeune fille ( avec un ton l%er , mais en laissant échapper un soupir) : cependant la mousse qui tapisse cette roche vau( pour moi un trône et un dais spleudide ; je ne foulerais pas avec plus de gaieté les tapis de la cour que ce gazon émaillé de fleurs ; mon oreille serait moins ravie d'écouter les accords du ménestrel royal que les tiens; et, quant aux amans d'une noble extraction qui fléchiraient le genou devant * mes charmes, toi-même, barde flatteur, tu avoueras que le Î9r rouche Roderic me rend ici un humble hommage. Le fléau des Saxons, l'orgueil du clan d'Alpine, là terreur des rives du lac Lo^ mond , retarderait, à ma prière , une expédition dans le comté ifï Lennox. • • pendant Un jour entier.

xn.

Le vieux bavde reprit soudain un air grave i

— Tu as mal choisi, dit-il à Hélène, le sujet de tminnoceat

Page 1