‹ Œuvres de Walter Scott (volume 4)Chapitre 96 sur 134 · L'ILE. 35S · texte numérisé non relu

L'ILE. 35S

moi? Rends grâces à ce toit hospitalier, à Douglas et à sa fille, si je retarde encore ma yengeance.

Grseme s'élance snr Roderic avec la promptitude da léyrier (pi atteint sa proie. — Je le jare par mon nom, £t-il^ ce Chefbarbiure ne devra la vie qn'à son glaive.

Leojrs mains cherchent à saisir la dague on Tépée ; un coipl^^t à mort allait terminer cette scène de foreor ; mais Douglas, dont la force et là stature étaient celles d^ géant; , se jeta cpâtre les dçnx rivaux : — Arrêtez 1 dit-il ; le premier qui frappe se d^clar^ mop ennemi ^ ! Insensés ! ne rougissez-vo^s pas de cette violence firénétiqne ? Qaoi donc I Douglas est-il tombé 3i bas, que sa fille fBOJt If prix d'un combat aussi déshonorant?

Confus l'un et l'autre, ils lâchent prise, mais à regret, se regardant d'un air farouche, le pied en avant et Vépée à deoû tirâ& ^ fourreau. ^ .

Avant que le fer eùl^ brillé , lady Marguerite avait u^m b maa» teau de Roderic, et Malcohn: avait entendu la VMX 4'fiâàfte aem^ blable au cri plaintif d'un songiB fiiapste.

Enfin Roderie laisse retomber S09 épée duos h fiNinraw, et dégnise s» rage par des mots pleins d'ironie.

-*-<.Qae Malcolm demeure ici justpi'ail matin ; ce serait être inbor main que d'exposer son teint délicat à l'air froid du h nait t û pourra 4emain aller dire à Jacques Stnart que Bâdme Mmca défendre ce lac et ces montagnes, mais qu'il n'ira pna gromir, ^vec lès hommes IU»*es de son dan , Le pomcpeu .corf;^ d'un prince dont il se croit l'égal. Si le monarque veut cooMitm mv lui-même le dan d'Alpii^e , Maleolm lui dira quelles MWt Me mr ces et les passages qui mènent id... Sfalise { a{i^odiie«««

C'était î'écuyer ; il accourut à Tordre de sou Chef»

' — Malise, continpa Roderic, 4onne un saof*Qondni{; à Grsewus.

Le jeune Mjalcolm répondit avec une calme assurance.

— Ne crains rien pour t<m a^ile seer^.

Les lieux qu'un ange daigna embellir de sa présence aostl: aae«éa» quinqoe des bandits &ï fassent leur s^our. Réserve te^ insoltaiM courtoisie pour ceux qui ont pe^ d'être tes ennemis» Les sentieFe des montagnes seront aussi sûrs pour moi pendant la nuit qu'en

I. L'antear doit s'escaser ici de f 'étarf Wjffmfnit.mm M MaVeir« noe ligne entière de la tra(;édie de Douglas :

« Le premier qai frappe se déclare mon ennemi. » ~

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plem joar^ quand Roderic lui-même et ses plus braves yassanx Tondraient s'opposer à mon passage.

BraTe Douglas!... aimable Hélènel je ne Yonsdïs pas adieu; il n'est pas sur la terre de retraite assez retirée ponr que noos ne puissions nonsyreroir un jour... Toi aussi , Chef du clan d'Alpine, je saurai te retrouTer. ' —

n dit, et s'éloigne de cette demeure rustique.

Le vieux Allan le suivit jusque sur la plage (tel fut l'ordre de Douglas) . Le vieux barde lui apprit que le farouche Roderic venait de jurer que, dès le lever de Taurore, la croix de Ceu parcourrait les vallons» les ravins et les bruyères de la contrée ; Graeme serait menacé des plus grands périls s'il rencontrait ceux qui devaient se réunir à ce signal, n serait plus sûr pour loi de débarquer à l'extrémité la plus haute du lac; Allan s'offrit de le conduire luimême dans Fesquif .

Les vents emportèrent ses conseils ; Malcolm inattentif roulait les plis nombreux de son plaid autour de ses armes, et se dépouillait de ses vêlemens pour traverser le lac à la nage.

Puis s'adressant tout à coup au ménestrel : -^ Adieu , modèle de la fidélité des temps antiques 9 dit-il en lui pressant la main avec amitié; adieu. Ohl'quene puis-je disposer d'un asilel... Mon souverain a la tutelle de mes domaines ; un onclç commande mes vassaux : pour résister à ses ennemis etpour aider ses amis, le pauvre Malcolm n'a que son courage et json épée. Cependant » ç'il est un seul Gr me fidèle qui.aime encore le Chef de son nom^ Douglas cessera bîenlôt ^d'errer dans les montagnes; et avant que cet orgueilleux bandit ose... Dis. à Roderic que je ne lui dois rien , pas même un esquif pour me transporter loin de son île. *

A ces mots, il se précipite dans le la'c, tient sa tête élevée andessus de l'onde, et s'éloigne fièrement. Allan le suit des yeux dans le trajet.

L'habile nageur, guidé par la clarté de la luùe, fend les flots avec la rapidité du cormoran. Arrivé sur l'autre plage, il annonce par un cri qu'il est en sûreté ; le ménestrel entend sa voix lointainCi et retourne moins triste vers Douglas.

F» DU CHANT DEUXIEIIE.

Le Temps ne s'arrête jamais dans sonToI rapide. La génération passée , qni berça notre enfance snr ses genonx et amnsa notre erédole jeunesse par les antiques légendes et les merveilleux: récits de ses aventores, est anjourd'hai effacée de la yie. Déponillés de lenrs forces > et semblables aux débris d'an naufrage, quelques vieillards encore attendent sur les bords de la sombre n^er de Fétemité que le reflux de ses vagues les entraîne loindè notre vue. Le Temps ne s'arrête jamais dans' son vol rapide.

Cependant il en est qui vivent encore et se rappellent cette époque où le son du cor d'un Chef des montagnes était un signal reconnu dans les campagnes et les forêts, sur les rochers arideà , au fond des vallons et au milieu des bruyères du désert. Les clans fidèles venaient en foule se ranger autour de lui; chaque famille déployait sa bannière, la cornemuse guerrière appelait aux armes, et la croix de feu circulait au loin comme un météore (/). .

Les doux reflets de l'aube matinale colorent de pourpre l'azur du loch Katrine ; la brise amoureuse de l'ouest caresse de ses ailes le sein paisible de l'onde , et glisse légèrement à travers le feuillage de la rive; un doux frémissement agite à peine le lac, tel qu'une vierge qui dissimule en tremblant le plaisir qui l'émeut ; les ombres des monts n'étendent plus sur son cristal limpide qu'un vpile douteux dont les mobiles et brillans réseaux ressemblent aux vagues espérances et aux- désirs de l'imagination ; le nénuphar ouvre le

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calice argenté de ses flears; la biche se réveille, et conduit son faon dans la plaine étincelante des perles de la rosée ; les vapeurs diaphanes abandonnent les flancs des iftonta^es; le torrent précipite ses flots écnmeox ; invisible dans son essor, Talonette réjouit les airs de ses chants ; le merle et la grive tachetée salaent Tanrore dans les boissons tônfiftis, et le ramier leur répond en roa* coulant ses airs de mélancolie et d'amour.

in.

Nulle pensée de repos et de paix ne peut dissimuler Torage qui gronde dans le sein de Roderic ; armé de sa claymore , il parcourt d'un pas précipité le rivage de l'île ; il'regarde le ciel et porte sa main impatiente sur la garde de son glaive. Cependant ses vas* saux disposaient à la hâte, sous l'abri d'un rocher , la cérémonie qui allait se célébrer, et dont les apprêts étaient entremêlés de rits mystérieux et lugubres.

L'ancien usage voulait qu'avant de foire partir la croix de feu » on n'oufalîât aucun des sombres préludes de cette solennité. La foule respectueuse reculait souvent avec effroi en rencontrant le regard eoiffroucé de Roderic , semblable à celui de Taigle des mon* tagnes, quand ce tjran des airs fond des hauteurs du Ben-VenOi déploie ses noires ailes , étend son ombre redogtée sur le laC) et fuit taire le peuple timide des oiseaux.

nr. *

On voit s'élever un amas de branches flétries de genéyrieret d'arbustes sauvages, mêlés aux débris d'un chêne récemment brisé par la foudre. Brian PErmite , les pieds nus , avec son froc et son capuchon, se tient debout près de ce bûcher . Sa barbe Iiorrible et ses cheveux mêlés rendent plus sombre son visage où se peint le désespoir ; ses jambes et ses bras nus portent les hideuses cicatrices d'inné pénitence fanatique. Le danger qui menaçait son clan avait tiré ce sauvage anachorète de la solitude où il Tivait parmi les arides rochers du Benhàrow {g). Son aspect n'était point celui d'un prêtre chrétien, mais plutôt d'un druide impitoyal)lei sorti de la nuit des tombeaux, et capable de voir un sacrifice hO' main d'un œil serein. Il mêlait, disait-on , plusieurs mots profanes du paganisme. aux prières que murmurait sa bouche. La sainte Croyance qu'il professait ne dpni^ait qu'un caractère plus imposant et plus terrible à ses malédictions.

Le simple villageois n^allait point implorer les prières de cet «atndte; le |)èleritt évitait sa grotte , et le chasseur qui en recoo-

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naissait les alentoni^s rappelait soadain ses limiers; ou, si Phabitant des montagnes le rencontrait dans qnelqne yallon on ravin sotitaire, il implorait la pitié dn ciel et se signait avec on sentiment de lerrenr qui ressemblait à la dévotion.

D'étranges l>ruits couraient sur la naissance de Brian. — Sa mère veillait pendant la nuit près d'une bergerie construite dans one vallée affreuse, où étaient entassés çà et là des ossemensj testes oubliés d'une ancienne bataille et blanchis par la pluie et le souffle des vents. Le cœur d'un guerrier lui-même eût frémi à la vue de ce monument de la guerre. Ici les racines du gazon enchaînaient une Diain qui , jadis armée du glaive , forçait les raiigs A'nn bataillon bardé de fer ; le mulot , bote faible et craintif, avait placé son gîte sous ces os dont l'ample circonférence protégeait naguère comme un bouclier un cœur ignorant la crainte. Là ce reptile qui déroule si lentement ses. anneaux avait laissé son écume visqueuse sur de fragiles ossemens qui déliaient les années; plus loin on voyait aussi le crâne d'un ancien Chef encore couronné â'une verte guirlande , car le liseron s'était plu à remplacer le cimier et le panache par ses campanules purpurines.

C'était dans ce sombre lieu que la mère de Brian avait passé nne nuit, enveloppée dans lés plis de sa mante : elle assura qa'auciin berger ne s'était approché d'elle^ que la main d^aucun chasseur n'avait dénoué son snood ^ ; et pourtant depuis lors Alix ne porta plus le rubaades jeunes vierges pour fixer les tresses de sa chevelure ; sa pudique gaieté s'était évanouie ; sa ceinture virginale devint trop étroite; elle évita depuis cette funeste nuit les temples et les solennités religieuses; renfermant son secret dans son ame , elle l'emporta avec elle dans la tombe ^ et mourut en devenant mère. V '

1^ «a plus tendre enfaiHce, Brian véont fioUtaire an milieu de ^s jeunes compagnons /toujours rêveur et chagrin , ennemi de b joie et de la sympathie , et semblant confirmer par son canustère la labie de sa naissance mystârieiise.

H passait des nuits «ntièrës au tslair de la lune > confiant sa mé*

'.^ Le ruban des filles écossaises, appelé sn»od, était un emblème de U TÎrgimté. que fes feoma^ "**""' kit le jpalheur de iMurdre>te8

permis 4e fiort«r Iaso^qA*

.. r^-»^..» porter la coiffe. Les vieilles ballades écossaises font soayent de malioiQ|»f|Mli«Upr wons à cette circonstance.

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laneolie aux bois et aux ondes^ jusqo'à ce qae, dans son délire, ajoutant foi lui-même à tout ce qae la crédulité saperstideose racontait de son origine , il en Tint à chercher son père fantastique dans les sombres Tapeors et les météores. Vainement les cloîtres loi oaTrirent leors charitables asiles poor adoucir sa bizarre destinée ; Tainement les lirres de la science loi commnniqnèrent leurs trésors ; il n'y troura que de nouveaux alimens pour nourrir la fièvre de son imagination , et il lut avec avidité tout ce qui avait rapport à la niagie» aux secrets cabaUstiques et aux enchantemens: ses sombres méditations augmentèrent son orgueil sans rassasier sa curiosité. Enfin , l'ame eu délire , et le cœur déchiré par de mystérieuses horreurs y il alla cacher son désespoir dans Is^ grotte obscure du BenharoWy et renonça aux habitations des hommes ^.

vn.

Le désert lui offrit d'étranges visions , qui eussent été dignes de Fenfant d'un spectre* Aux lieux où les torrens luttent contre de noirs rochers, il contemplait les flots écumeux, jusqu'à ce que ses yeux éblouis vissent apparaître le démon des eaux. Pour lui le brouillard des montagnes prenait la forme d'une magicienne nocturne ou d'un hideux fsuitôme ; le vent sauvage de la nuit apportait à son oreille les voix plaintives de la tombe; les champs de bruyère devenaient des théâtres de futurs combats, oii la mort moissonnait les rangs des guerriers ^. Cest ainsi que cç prophète soUtaire ^ séparé de tout le genre humain , se créa un monde imaginaire. Un reste de sympathie le tenait encore lié aux mortels. Sa mère y seul parent qu'il pouvait réclamer, appartenait à l'antique clan d'Alpine. Depuis peu , il avait entendu , dans ses songes

T. Bv adoptant Ui légende concernant la naissance dn fondateur de1'ég;1ÎMde Kilmalie, l'aotearâ «ssB;^é de retracer les effetii qa'ane «embUble croyance devait prodoire, dans an siècle barbare, sur celai qa) l'eatendait raconter. Il est probable qu'il devait devenir i|n fanatique ou un imposteur, ou platdt le niélan^ de ces deux caractères, qai existe plutdt que l'un oo l'autre séparénaent. Osas le fait, les personnes ëjtaltées «ont fréquemment plus jalouses de graven dans le cœur des autres la croyance en leurs ▼isionn, qu'eHes ne sont elles-ttémes convaincues de leur réalité ; de même qa'il est difficile à l'imposteur le plus de sang-froid de jouer lonç-tèmp« le rdle d'enthousiaste sans croire Ini-iuéme un peu ce qu'il veut persuader. IDétait naturel- qu'un personnage tel que Fermite Brian ajoutât foi aux superstitions des montagnards. Cette stance VI fait allusion k quelqpes-uoes de ces superstitions locales. ' ' ,

a. La plupart des .grandes familles de l'Ecosse étaient supposées avoir nn génie tutélaire, on pla* tôt domestique, qui leur était attaché exclusivement, s'intéressait à leur prospérité, et les avertissait par ses cris plaintifs quand quelque malheur les menaçait. Celui de Gre xf s'appelait ilf«9r.^ea/' iaeh , et lui apparaissait sous la forme d'une jeune fille qui avait un bras velu. Un autre Grant de Bothermnciu avait fîisai à ses ordres un de ces esprits, nommé Bodmekan'dun, on l'esprit de la colline. -

La Banchie était la fée dant les gémissemens préoédaiept tonjonrâ , dit-on , la mort d'un Cbet. Qoand cet esprit femelle est visible, c'est sous la forme d'une vieille femme aux cheveux flottaixet couverte d'un manteau bien.

La mort d'an chef de famille est aussi qnelqnefois annoncée par nne chatne de lumi^ éla diverse! coolenrs , appelée Dnwh , on U ^rf du Druide, et qui se dirige vers le lien d« ^ «épnltnn.

snrnainrcds, le cri prophétique de la fatale Ben^Shie (A); au vent de la nuit s'étaient mêlés les pas reientlssans de nombreax coursiers, qui semblaient charger Tennemi sur les rochers de Benharow, inaccessibles aux mortels. La foudre avait frappé un vieux pin ; tout présageait malheur à la. race d'Alpine. Brian ceignit ses reins, et vint déclarer tous ces augures meuaçans. -^

Tel est l'homme qui se dispose à faire entendre ses prières oa ses malédictions y selon les ordres .que donnera le Chef de sa tribu. -

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