‹ Œuvres de Walter Scott (volume 4)Chapitre 97 sur 134 · TUI · texte numérisé non relu

TUI

Tout est prêt. On apporte de la montagne on bonc,. patriarche da troupeau ; on le dépose devant la flamme pétillante du bûcher ; le fer de Roderic lui entr'ouvre le sein. La yictime mourante voit d'an œi! résigné les flots de son sang qui rougissent sa barbe épaisse et son corps velu, jusqu'à ce que les ombres de la mort viennent obscurcir ses prunelles flétries. Le prêtre, en murmurant une prière, forme ayec soin une croix d'une coudée de longueur, dimension consacrée par l'usage. On avait choisi les rameaux d'un if qui, dans l'île d'Inch-Cailliach S étendait son ombre éur les tombeaux du clan d'Alpine , et qui^ répondant aux soupirs dés brises du lac Lomond, berçait de son frémissement monotone l'éternel sommeil dé maint Chef enseveli.

Brian éleva cette croix d'une main décharnée ; il promena ses yeux hasards autour de lui, et pénétra d'une émotion é^trange tous ceux qui l'entendirent prononcer ces anàthèmes :

— Malheur à l'homme de notre clan , qui, voyant ce symbole formé de l'if funéraire , oubliera que ces rameaux eurent leurs i*a- <^ines dans ces lieux où le ciel fait tomber sa rosée sur les tombeaux des fils d'Alpine I Traître à son Chef, il ne mêlera point sa poùs- ^cre à celle des guerriers de sa race ; mais , rejeté loin de ses pères et de sa famille , il entendra, tout le clan le maudire çt appeler le malheur sur sa tête.

^> Inch-Caillacb , ril« des Noants oif. des ▼ieilles Femmes, est nne île déliciense à rextrémlté da '^b Lomond. Il reste' À peiiie quelques ruines de i'église; mais on y trouve encore le cinteti^e ,^ *^*5^*^*Due de reoëTonr les dépouilles mortelles des clans voisins. Les monumens les plus remarnom d' ***^* ^^^^ ^** Uirds de Mac^Gregor , qui prétendent descendre de l'ancien roi écossais du

Wttî "!,°"**8^"*"'* «ont très jaloux de leurs droits de sépulture , comme on doit l'attendre d'un tonf ^^ ^^*' ^^ *" gouvernement (si ce nom peut être donné ^m institutions d'un dan) repo>

««su^ le principe de r union des familles.

V«« «M eendng soieatjtiéts à ftaul était «n« des impréciH—t leà plus terribles qu'un monta* ««•nï put adr«$«.r à un ennemi.

366 LA DAME DU LAC. ch. m.

Ici Brian s'arrêta. Ses derniers mots forent répétés par les vassanx de Roderic , qoi , bisant an pas en avant et jetant des regards terribles, agitèrent leors épées dans l'air, et choqoèrent rudement leiïrs boacliers. Lenrs clameurs confuses s'élevèrent d'abord comme un murmure lent et prolongé ; puis, semblables au cours d'nii torrent qui se précipite en courroux verjs la mer, et brise contre le rivage tous ses flots réunis, elles éclatèrent avec fracas : — Malheur an traître ! malheur I

La tête chauve du Ben- An fut firappée de ces accens ; le loup sortit avec joie de sa retraite, et l'aigle poussa un cri de triomphe en reconnaissant le cri de guerre du clan d'Alpine.

Quand le silence régna de nouveau sur le lac et dan^ la forêt, le moine continua ses exorcismes. Pendant qu'il approchait du fen les extrémités de la croix ^ sa voix sourde avait un son qui inspirait la terreur : le peu de mots qu'on entendit ressemblaient platôt au blasphème qu'à la prière , quoiqu'il y eût mêlé le saint nom de la Divinité ; mais, quand il agita sur la foule la croix allumée , il s'écria :

— Maudit soit le misérable qui refuse de s'armer de la lance à Paspeot de ce signal redouté ! De même que le feu dévoré ce symbole , un pareil sort l'attend dans sa demeure , asile de la lâcheté I Les tourbillons de l'incendie y proclameront la vengeance du clan d'Alpine , tandis que les jeunes filles et leurs mères appelleront sur sa tête la misère et la honte, l'infamie et la douleur]

Alors retentirent les aigres clameurs des femmes, semblables aux sifiBemens des autours sur les montagnes : leurs imprécations s'unissaient aux bégaiemens de l'enfance , qui cherchait aussi à maudire la trahison ; elles disaient :

— Que la maison du lâche s'écroule, et soit consumée par les Qammes ! Maudite soit la plus humble chaumière qui servira d'abri à la tête proscrite que nous vouons à l'infamie et au désespoir!

L'écho gémit, ô Goir-Uriskin ! dans ta caverne habitée par des Ëuitômes. Un cri lugubre fut entendu dans ce sombre ravin où les bouleaux balancent leur femllage sur Beala-nam-Bo!

Le prêtre observe de nouveau un silence profond ; son souffle a peine à s'échapper de sa poitrine oppressée^ ses dents se heurtent ; sa main se ferme avec un mouvement convulsif , et ses yeux étin* cellent. Il médite une malédiction plus terrible enccNre contre celui

(ftA désobéirait aa signal qui Tappelie au seoonrs de son Chef; il éteinidalts lesanglesbraUchesendamméesdelaiproix ;iIélèTe une dernière fois ce signal, et sa Toix sépulcrale prononce ces paroles :

— 4^aand cette croix parcourra de main en main les domaines da fils d'Alpine, pour appeler ses vassaux aux armes, (jue Poreille qni feindra de ne pas entendre soit frappée de surdité ! que le pied qai refusera d^accourir demeure à jamais immobile 1 que les corbeaux déchirent les yeux indiffi^rens! que les loups dévorent le cœnr du lâche, comme ce sang immonde rougit la terre! que son sang abreuve ses foyers ! que le flambeau de sa vie s'éteigne comme cette flamme ! que lui seul il implore en vain la grâce dont ce symbole est le gage pour tous tes hommes.

Il i. dit. Aucun écho ne répéta le murmure approbateur qui répolidit à cette imprécation.

xir.

Alors l'impatient Roderic prit le syttd)olé de la main de Brian :

^ Pars , Malisè/pars ! dit-il en remettant la croix à son brave écuyer : la prairie de Lanric est le Ueudu rendez- vous.' Le temps presse ; pars , Malise, pars.

Semblable à l'agile francolin qui fuit la serre cruelle des autours, une nacelle sillonne le lac Katrine. L'écuyer se tient à la proue; les fameurs font des efforts si rapides, que l'écume soulevée par le premier coup de, l'aviron bouillonnait encore sur le sable de l'île lorsqu'il atteignirent le rivage opposé : mais la nacelle en était encore à douze pieds de distance, que déjà le messager des combats avait franchi légèrement l'espace qui le séparait de la plage.

xm.

Vole, MaUse^ vole } Jamais la Fpéau fauve du daim ne fut attachée à un pied plus agile S Yole, SfaUse, vole 1 Jamais un plus pressant motif ne doubla ta force et tdn activité. Gravis sans reprendre haleine la montagne escarpée; descends de la crête aérienne comme le totrent impétueux ; traverse d'un pas prudent les fondrières et le sol mouvant des marais; franchis le ruisseau comme- le chevreuil bondissant; glisse-toi dans la fougère comme le chien du chasseur*. La montagne est haute; mais ne recule pas à la vue de sa pente rapide. Ton front est brûlant , tes lèvres sont

laîssn

,1^' H^gloi cbAussaftoactoeUe ^es montagnards / est CBitde/cuîr, arec ^des trous ponrlaisj leaa pénétrer et s'écouler ; car on ae peut espérer de traverser l«s marécages à pied sec. L'apaenne bottine est «ncore nné chanssnre plôs grossière que le bogie ; les poils de la p«au étaient en dehors. . ' -

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desséchées par la soif; mais ne t'arrête pas auprès de la source. Héraat des combats et de la mort, achève ton message! Gène sont point les traces d'un, cerf blessé que ta suis ; ce n'est point la jeune fille que ta yeux atteindre dans le bocage; tn ne disputes point à tes rivaax le prix de la course : mais le dknger^ la mort et la gloire t'ont choisi pour leur messager. Yole, Malise, volel

A la vue dû symbole fatal > les habitans des chaunûères et des hameaux courent aux armes ; les ravins sinueux» les .coteaux boisés y envoient leurs valeureux guerriers. Le messager passait sans s'arrètep il montrait le signal, nommait le lieu du rendez-yoos, et y s'iéloignant avec la vitesse du vent , laissait derrière lui la surprise et les clameurs. Le pécheur quittait le sable du rivage; le noir forgeron s'armait de Tépée ; l'heureux, moissonneur abandonnait sfi Êtucille ; dans les guérets le soc de la charrue restait oisif au milieu du sillon ; les troupeaux erraient sans gardien; le chasseur cessait de poursuivre le ce^ aux abois , et le fauconnier rendait la liberté à son fadcon. Docile au signal d'alarme, chaque vassal du fils d'Alpine se préparait aux combats ; le tumulte et l'épouvante parcouraient le rivage d'Achray.

Lac délicieux, hélas 1 l'écho de tes rives n'était pas fait pour répéter des sons de terreur 1 L'image des rochers et des bois se

réfléchit avec un calme si pur dans tan paisible cristal 1 1^

gracieux accords die l'alouette elle-même du haut de son nuage ont quelque cho^e de trop bruyant, peut-être, pour la douce mélancolie de tes sites.

Yole, Malise, volel — Le lac est déjà derrière lui; les cabanes de Duticraggan se mop tirent epfin, et semblent des rochers tapissés de mousse, à demi aperçus et à demi cachés dans la verdure des taillis ! c'est là que tn vas pouvoir goûter le repos et laisser au chef de ces domaines le soin de faire circuler le signal des dangers. Tel qu'un épervier qui fond sur sa proie, l'écuyer de Roderie s'^élance dans le vallon ; il approche : quels lamentable accens frappent son oreille I Ce sont les' chants plaintifs des funérailles » les gémissemens dés femmes ! Un brave chasseur ne sera plus » terreur des forêts ! un guerrier valeureux ne cueillera plus les palmes de la gloire I Qui pourra le remplacer auprès de Rodenc dans le noble exercice de la chasse et dans la mêlée des batailles . Le château est tendu de noir, les rayons du jour en sonitbanntf ^

etremplacés par la Ineor des torches lagnbres ; Dnneaii estd^Kwé dans le cercaeil qae sa yeaye mouille de ses larmes : son fils aîné se tient tristement auprès d'elle ; le plas jeune pleure sans savoir pourquoi. Les vierges du hameau et leurs mères prononcent le coronach des funérailles.

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