CHAPITRE Vri
Oo arbore rétend«rd da chevalier de Saint^Georg e. — : II est proclamé roi d'Beoete tona le nom de lacqnes VIII, et d'àngleterre et d'Irlande sou celoi de Jacques III. —Prise de Perth par lés 'lacobites. — Caract^ de l'armée de Mar. — - Incapacité de Mar comme générât — Plan d'une expédition dans lee basses terres.
Le 6 septembre 1715 , les nobles, les Chefs de clans ejt autres seigneurs confédérés , accompagnés d'une suite aussi nombreuse de partisans qu'il leur avait été possible d'en rassembler en si peu de temps I se réunirent à Aboyne. Le comte de Mar, agissant
S8 HISTOUUt O'KOOSSB.
comme général en cette occasion , déploya l'étendard royal à GastletoQ, dans le Braemiar, et procUma le Prétendant, avec autant de solennité que le temps et le lieu le permettaient, roi d'Ecosse, sous le titre de Jacques Yill, et roi d'Angleterre, d'Irlande et de leurs dépendances , sous celui de Jacques m. Le yent était très yiolent, et il abattit le globe 4^or qui surmontait la Lance à laquelle ^t^if: attaché Téten^ard; circonstance que les montagnards superstitieux regardèrent comme de mauvais augure. D'autres se rappelèreut que, par une étrange coïncidence, quelque chose de semblable était arrivé le jour fatal où le roi Charles déploya son étendard à Nottingh^m*
Après cette mesure décisive, les chefs des insurgens se séparèrent pour aller proclamer le roi Jacques dans les villes où ils avaient de l'influence, et pour lever toutes les forces 4ont chacun d'eux pouvait disposer, afin de se mettre en état de soutenir Taudacieux défi qu'ils venaient de faire au gouvernement établi.
Ce n'était pas par les moyens les. plus doux possibles qu'un Chef, à cette époque, mettait en campagne sa suite de jnontagnafds, conmie on l'appelait, La plupart des vassaux étaient disposés à un genre de service auquel leur éducation et leurs habitudes les avaient préparés ; mais il y en avait d'autres qu'on n'amenait sous la bannière de leur Chef qu'à l'aide de ces sollicitations obligeantes qu'on en)|)loie encore de nos jours, pour recruter la marine ^ ; et il s'en trouvait même qui jugeaient prudent de ne pas quitter leur lo^ sans im degré de violence qui pourrait, en cas de besoin , leur servir d'excuse pour avoir porté les armes. Lors de cette insurrection des clans, en 171Ô , la crçix de feu fut envoyée dans tous les districts , ou pays , comme on les appelait, habités par les différentes tribus. Cet emblème consistait en deux branches de bois, en forme de croix, dont un bout était brûlé , et dont l'autre était teint de sang. Les habitans transmettaient ce signal de maison en maison , ayec toute la célérité possible ; et ce symbole annonçait que ceux qui ne se trouveraient pas au rendez- vous qu'on indiquait en présentant la. croix , en seraient punis par le fer et le feu. 11 existe une lettre interceptée de Mar lui-inéme à John Forbes d'Increrau , bailli de sa seigneurie de Kildrummie , qui jette unjourconsi^jér^lç sur la nati^^ d'une levée féodale*
'^m VMia^mUBnlwt, JaclûoSM dMl# 4e ne pge venir avise Ififtiseiit hwiinet que ^lons m'aies «n^oyéi hier aeir, <|iiand j'eo au^iw qimftr^ fois <(e nonbce. Gn «erail mie JieUe ciuMa qoe mes feus se nMOiaBeent réfeaetairesy <|aaBd u>olefl Jk$ aïontagiMs ie lèvent» et.qneke hmmm leneSinons fttttadem ponr se jeifière à noas. Je Yoos-evroieflii erdre peurlA 8eigee«m deKildraeunie, et yow le sigiafieBBB à Vinsiant à tone am fiMMx. S'ikobâasent siir4e*champ» ce sera iMie MCte ée réfaœtbn; sipsB, Yoœ po«v«z leur dire d« ma part qalB ne .sera pee en mon poawoir, faand même je le yondiiais» d'empècker ^'îls ne «oient traités eomme ennemie pwr cenK qm aent sur le point d*ae joindre à moi, fi qu'ils pensent compter qoe jeeerat le premier à le pro- (Miser et à iWdcmner. JTaîlts partionlièfementiàToirà mes tenanciers de Kildrummie que s'ils ne yienoent pa%^r4e<«hamp armés de knrmieu, j'enTerraià Ifioetant on détÀcbmnent ponr brûler €e ^'ijb regretteront d'eyoir perdo. Ue peuvent eroire qoe ce n'm pas nme vaine nu^uice. *- Par lont ee qWiiy a de saivé p je ifttteturaL à eaécntiony n'importe ce qtm je pnîaae f perdre , afin qne cela ser^e d'exemple aiuautres* Vens ponvez lenr dire que je lai attenda^ à eheyal , dçiipéa de kmr mieng^ , et qne je n'admettraiaimnneimiease. » .
Coite lettre rattarqnable £tt éorile trois iomn» Apràs q«e l'éten* ifiïà eot été déployé. Le ayatème ds la vie sociale dans les montagnes d'£eefise , qnimd en le regarde an bont d'une perspective d'années» a quelque ohoaadrintéreaftant et deipoétiqne; a^ais peu deleeteni s-denns jonrs vôe dra ie n t changer de Mtnalion avec nn des tenanciers du comte ds Mar dans Ica limites romautiqnc» de la se^enriede KÂldrummie, où l'on était exposé a nne sommation si/péremploire de prendre les «armes ,. mise en force par des voies
S'avançant'vers les basses terse^À petites journées ^ Har- s'/irniUkid«Da la pelite :viUe deiKirkmiohnel,. et entité à Mouline , dana le cenHé dezPerth , marohant sivec« tanteitr pour donçer à ses amis le lenips i»t a'assemUér pour le aonlenlr . fin attendant » le roi Jacquea inttpreclMné à Aberdeea par le comte Marisehal; à Donl^dpinrJe mîarqnia^de Tattibardtné,, contre !«& désira de ^son père, ledno d'^h(^e; «u ehalmn d^'€iordony fWrle mar^s d'Hontly ^èiBneabia par le oanutefde Peniwre, ricbe et puissant
X. J0€nnot ; Jark est souTent employé familièrement pQnr John , et Jackie..e8t le diapqntif jpeo$-
100 RISTOIRB VKGOSSE.
seigneur y qoi était entré dans la conspiration depnis le rendezvous de la partie de chasse dé Braemar. La même cérémonie fat faite à Montrose par le comte de Soathesk; à Dnndee par Grabam de Dantroon, de la famille du célèbre ClaTcrhouse, et à qui le roi Jacques avait donné le titre de vicomte de Dundee , qu'avait porté cet homme mémorable; et à Invemess par le laird de Borlami communément appelé le brigadier Mac*Intosh, parce qu'il avait occupé ce grade au service de France. Cet officier joua un grand rôle pendant la rébellion, dans laquelle il eut assez d'inflaence pour entraîner le Chef et son clan , un peu contre les sentimens politiques du premier. Jugeant qu'Inverness était un poste important , il j laissa une garnison pour le mettre à l'abri de tonte attaque de la pall des Grants, des Monroes , et des autres clans 'whigs des environs.
La ville de Perth devint alors un point de grande importance, comme formant la communication entre les montagnes et les basses terres, et comme étant la capitale naturelle des pays fertiles situés sur les bords du Tay . Les citoyens y étaient divisa en deux factions, mais les magistrats, qui , a la tète d'une partie deshabitans , s'étaient déclarés pour le roi George , prirent les armes, et demandèrent du secours au duc d'Âtbole , qui était resté soamis au monarque assis sur le trône. Le duc leur envoya trois à quatre cents montagnards d'Athole, et les habitans se crurent d'autant plus en sûreté , que le comte de Rothes , ayant rassemblé environ •quatre cents hommes de milice , s'avançait du comté de Fife poor les soutenir. Cependant l'honorable colonel John Hay, frère da comte de Kinnoul, saisit l'occasion de réunir de cinquante à cent tsavaliers des comtés de Stirling , de Perth et de Fife, et marcha Ters la ville. Les bourgeois torys , dont le nombre n'était pas in* férieur à celui des whigs , commencèrent à prendre courage en voyant paraître cette force, et la garnison de montagnards, sachant que , quoique le duc d'Athole restât attaché an gouvernement, son fils aîné était dans l'armée du comte dé Mar, s'abandonnèrent à leur inclination, qui était décidément jacobite, et se 'joignirent an colonel Hay pour désarmer les bourgeois vvhigs, an -secours desquels ils avaient été envoyés. Ce fut ainsi que, par un concours d'incidens, Perth tomba au pouvoir des Jacobites insur- "gés , qui dominèrent alors sur tontes les basses terres dans la par- 'tie orientale de l'Ecosse. Cependant coiàme la ville n'était que peu fortifiée , elle aurait pu être reprise par une attaque soudaine, si
TROISIBHB SBRIB. 101
Ton eût &it partir an déuchement, à cet èflèl , da ewnp régaiier formé à SûrliDg. Hais le général WheUiam, qni y comaandait alors, n'était pas on officier actif. IL fat remplacé parle doc d'\rgyle, commandant en chef de rEoosae, qai arriva à Stirling le H septembre ; mais alors on n'avait pins la même facilité de reprendre Perth. Des renforts avaient été jetés à la hâte dans la yille, et elle était assurée an parti jacobite par environ deux cents hommes qne le comte de Strathmore avait levés poar aller joindre le comte de Mar, et par an corps de cavalerie da comté de Fife , qoi, dans le même dessein , s'était mis sons les ordres du Maître de Sinclair. Le caractère de ces deux seigneurs était remarquable. Le comte de Strathmore , destiné à perdre la vie dans cette fatale gaerre civile , n'àyait qu'environ dix*huit ans; mais qaoiqae encore si jeune » il offrait tous les traits d'un caractère brave , généreux et modeste, et sa mort prématurée détruisit les plus brillantes espérances. Il entra dans la rébellion ayec tout le'/èle quedonne la sincérité , leva un régiment dans les basses terres , .et se distitt^a par son attention à remplir tous les devoirs de la vie militaire.
Le Maître de Sinclair, ainsi nommé parce qu'il était le fils aîné dUenry, septième lord Sinclair, s'était fait une bonne réputation dans Farmée de Marlborough ; mais il était surtout remarquable pour aLYoir tué, dans une affaire d'honneur, deux gentilshommes noaunés Shaw, frères de sir John Shaw , homme de rang et d'importance. Il fat jugé par une cour martiale ei condamné à mort; mais il s'échappa de prison ^ grâce à la connivence du duc de Marlborough lui-même. Gomme la famille du Maître de Sinclair était tory, il obtint son pardon lorsque ce parti fut en pouToir , en 1712. 11 paraît, en 1715, avoir pris les armes avec beaucoup de répugnance, croyant la cause jacobite désespérée, et n^ayant de confiance ni dans la probité ni dans les talens du comte de Mar. C'était un homme dont la tournure d'esprit était sévère et caustique ; il était satirique et méfiant, mais intelligent et sensé. 11 a laissé des Ménioires qui rendent un compte curieux de la fatale entreprise à laquelle il prit part, et du succès de laquelle il pa<^ rait avoir entièremeat* désespéré long-temps avant qu'elle f&t terminée.
La partie des forcés du comte de Mar qui se trouvait dans les cantons de l'est et du nord-est de l'Ecosse était alors réunie à Perth, place la plus centrale qui fiit sons son autorité. Ces forces cousis-
103 HISIQHII'
taieni en qoMMi rfn^ ntlHë hoikiai««f m^, quoicfMltfrÉnJlsifilei par leur coarag€r,*fl leco' «ai^' falItit^ttËc^Mip d'autre^ choses flé^ cessaîrêa pour («mstlHiërimêttttaiëe; it letif than^^ifltft un g^néml en état d« les eotiMréy da' Ftfr^iit ^ de^UtniM, des iiitiHitkms , de l'ordre, 4e là An^Miey «r , pdfr-déMttS tôtic , «i btit fixe et un plaK de oampagiiè. Jedirai ^tUtqem mots attr diaeim de ées th' jeta qui Icnnr waifqaarient ^ iM^ stir fe iifanière ôùnt oti chei^fia à y poarT€«r,< aftK de vo<i^«iih«riia#Méa de'eecte arMétf ttnUQlttiease, avant de ^ofM détaîiier oe'^^llc^ficei cè ^jti'élle i<e fit pas.
H n'y amil donce i(Ée, du tnmâmt ^a'il s'embé^cpia dansceitte pécillenae entpeprîse, Biav n'eâi aeerètéicieilt détertniné de se meure if la tète, ec dei satisiiii^ eu ittém^ fèwp^ s<m anubhion et sa Tengeanee^ il nwpamt ]â^iiifimt pm^aboté prétendre au cotaimandeBMMit «n cbef ; û ^mbla , au contraire , disposé à le déférer à tente .personiie d'an ràTig pins éteté que le siem Leduc dé Gordon, à*aptfêhônheM.jniWg6têMgfBinàp€mv^, aimtit natnreHement fixé le «flioi» générall; lÉfaia ihdépendamiifent de ce qit'il ne a'étak pas mk per sémiMAlèlMm en eampagttie^ , ^neiqtt^on M doat&f point que ce ne fût de son ayeu que son fils avait joint les insiîrgés, le dite était eailieliqn'e», m YiM ne j*geafit'paâPpolitii|néqaé des papistes ooMpMBdem ntf i^g éÉiinent da^seetteenti^epfi^, de peur <pM^ cette dy(joA^ifoée ifinftpirSt âbé ini)trié<(idesdafnft le parti nième des instir^HS , et ne èevittf vÊn sti$ev de rëptôehes dé la ps!rt delenrd ennMfi^ EnlfiMfle due, étaEiR «né des personnes 8ns{]te6tes (pà re^enft dÉ gonvernement une soniiniation de se rendrez à EttoâAioitrf , obékà éet <M*dre , et i) lui fui enjéiift dé résider damsf dette ville , iût puréle^ Le déc d*Athels^ a^t élé un des^> chefs des^ Jae^ités pefidaflKI te» âltèrdaftkHvs r^lativemetat à FUnionf, et il avafir prmui^de S'insurger si lés^F^awçaië avaient effectué leur de««ente en 1707. Oh èk que le comté de Mtir offrit dé lui remettre le coMunandetaftéiiCdes forcés qik^iFavàiil lésées, mais le ànt lé tffkm : ildit qbe* si té cbéVtflier die SaMt^C^fge «Ùt eu dessein de lé charger d'uAe mission dOM là respon^abilrcéétiait A grande, il aurait ou^rl une' ébuMiitniéatiôn directe avec lui. lise plaigaa^ , e»od^e, q^c^atialntdé lui fa^ cette pn>position , et par suite d'ititrignéS deriVs sa propre fanrille, le comte de Mareftt eicité ses deux fils , le marquis de Tutlibardine et lord Charles Mnrray, aussi'bien que son oncle lord* Naime, à prendre les armes sans^ son eonsenftenient , et se fftt sétvi cPeux pou* gagnfer les moirtagnards d'AtlM>lé et leur faire ctiiliér qu'ils^ ne ^aieHt r^^i^éi»^
TROfSRMlI SRBIB. lOS
des ordres que de leur seigneur légitime. Il refitisa donc Toffire qm loi fat faite da commandement des forces des rebelles , et Mar le conserra , en qnelqne sorte , par droit de possession : comme il était brave, de hante naissance , qn'il avait des talens considérables, et que ses liaisons avec les Chefs des clans montagnards, lorsqu'il était le distributeur des gratifications de la reine Anne^ loi doDiiaient parmi eux beaucoup de popularité , On se soumit généralement à son autorité, d'autant plus qa^on supposait d'abord qu'il ne faisait que tenir la place du duc de Berwick, dont on avait annoncé Farrivée prochaine. Cependant le temps s'écoula , le duc n'arri?a point, et le comte de Mar continua à agir comme commandant en chef, jusqu'au moment oà il fut confirmé dans ce grade, comme nous le Terrons , par une commission expresse du cbeyalier de Saint-Gdorge. Comme le comte ne connaissait pas les affaires militaires, il employa l'expérience du Heutenant^éné» ralHamikon et de Clephane de Carslogie, qui avaient servi durant la dernière guerre; mais quoiqu'ils eussent tous deux du coul'âge, do zèle et des talens militaires , ils ne pouvaient prêtera leur commandant ce qui lui manquait, la faculté de former un plan de campagne et de le suivre avec détermination.
It fant ajouter c^e les sommes que levaient parmi eux et que loi fournissaient les plus riches de ses partisans n'étaient qu'une pauvre ressource. Plusieurs des insurgés n'étaient pas sans ; mais quand les fonds dont ils s'étaient munis fdrent «pnisés, ils furent obligés de retourner chez eux pour s'en procurer d'antres , et quelques-uns s'en firent une excuse pour faire des absences plùslongnes et plus fréquentes que la discipline ne le permettait ; mais les 'montagnards et les habitans des basses terre9 de rang inférieur ne pouvaient ni subsister ni être maintenus dans les bornes de la discipline, sans une paie régulière quel- ^nque. Lord Southesk donna cinq cents livres sterling, et le comte de Panmnre pareille somme , pour fournir aux besoins uQ moment. On sollicita et Ton. obtint aussi dès secours de ^▼ers individus bien disposés pour la cause jacobite, mais ^ ^ni leur âge ou leurs infirmités ne permettaient pas de faire ^ service personnel. Il se trouva sans doute en outre bien des gens qni crurent qu'un sacrifice d'argent était un acte de prudence; car, si l'insiirrectioh réussissait, ils auraient le mérite dé ^^^oir aidée; et datis le cas contraire, la loi contre la haute tra» '^n ne pouvait atteindre ni leur personne, ni leurs i>ienà. Par»
dessus tout, les insargens avaient grand soin de s'emparer des fonds qui étaient entre les mains des collecteurs des taxes et autres officiers publics » et de lever huit mois d'imposition, partout où leur présence leur donnait de l'autorité. Enfin, des sommes considérid)les qui leur arrivèrent de France diminuèrent leurs besoins à cet égard ; et lord Drummond fat nommé trésorier de l'armée.
Les armes et les munitions manquaient aux insurgéns. Les clans montagnards, à la vérité) étaient passablement munis de leurs armes nationales ; mais les fusils des Habitans des basses terres étaient dans le plus mauvais état, et la plupart hors de service. Le succès d'iine expédition remédia» jusq'uà un certain point , à ce déficit important.
Le puissant comte de Sntherland était du nombre des Chefs septentrionaux qui, au milieu delà défection générale, étaient restés fidèles à George P^. Dès qu'il apprit la nouvelle de Tinsurrection, il se rendit par mer. à son château de Dunrobin pour y armer ses vassaux. Un bâtiment fut chargé de mousquets et d'autres armes, et partit^de Leith pour le pays du comte. Le vent se trouvant contraire, le maître du navire jeta l'ancre à Burntisland, dans le Frith-de-Forth , sur la côte du comté de Fife, où il était né, afin de profiter de cette occasion pour voir sa femme et ses enfans avant son départ.
Le Maître de Sinclair, dont nous avons déjà parlé, et qui jouis*' sait d'une grande influence sur les bords du Frith, où les biens de sa famille étaient situés, fut informé de cette circonstance, et pro* posa, pour se saisir de ces armes, un plan qui annonçait du talent et de l'activité, premier symptôme qu'en eussent donné les insurgeas. Le Maître de Sinclair, à la tête d'environ quatre-vingts cavaliers, et emmenant un grand nombre de chevaux de somme, partit de Perth à la nuit tombante, et, pour déjouer les espions, se rendit à Burntisland par un chemin détourné. Son arrivée à ce port eut tout l'effet d^une surprise complète ; et quoique le bâtiment fût hors du port et dans la rade, il l'aborda avec des barques, et se rendit maître de toutes les armes, au nombre de trois cents. Mar, comme cela avait été convenu, protégea le retour du détachement en faisant avancer un corps de cinq cents montagnards jusqu'à Auchtertoole, à mi-chemin entre Perth et Burntisland. En cette occasion , le Maître de Sinclair, ancien officier, parfaitement au fait de la discipline militaire > fut cruellement contrarié par la conduite désordonnée des volontaires qu'il corn*
TROISIEAIE SEROB. 10&
mandait. II ne put obtenir d'eux aacime précaution de TÎgilance» si les empêcher de s'attroaper dans les cabarets poor y boire. Lara de leur retour, plusieurs d'entre eux se séparèrent du corps sans permission y sdt pour aller dans leurs maisons qui se trouvaient Yoisines de la route, soit pour se donner le plaisir de toumenter les ministres presbytériens qui demeuraient sur leur cbemin» Qaand il arriva. à Auchtertoole/ le désordre fat encore plus grand. Le détachement de montagnards , dont un grand nombre étaient des vassaux de Mar lui-même, venus des bords de la Dee^ ayait rompu ses rangs , s'était dispersé dans les environs et s*occu» pait à piller les fermes. Quand Sinclair eut chargé un officier montagnard d'aller leur ordonner de cesser une telle conduite et de rejoindre leur corps, ils refasèrent d'obéir; et le seul moyen qu'il trouva pour, les rappeler, fat de répandre le bruit que les dragons de l'ennemi approchaient. Alors ils se réunirent avec nne promptitude merveilleuse, et ils se laissèrent reconduire à Penh avec les armes dont on venait de s'emparer, et qui servirent d'autant à remédier au manque qu'on en éprouvait dans l'armée des insorgens.
Mais ce qui y manquait encore plus que les armes, c'était un général capable de concevoir un plan de campagne convenable à sa situation et au caractère de ses troupes, et de Texécuter avec fermeté, promptitude et décision. Les généraux Hamilton et Gordon, qui se trouvaient dans l'armée de Mar, avaient quelque expérience militaire, mais nullement ce génie qui combine les manœuvres d'une campagne, et qui les exécute; Mar lui-même^ conune nous l'avons déjà dit, parsit n'avoir pas même connu la partie purement mécanique de la profession des armes. Il semble ayoir pensé que la principale partie de sa besogne était terminée quand l'insurrection fut une fois. déclarée, que cela une fois fait^ les choses marcheraient d'elles-mêmes, et le nombre des rebelles s'accroîtrait au point qu'il deviendrait impossible de leur résister» n savait que la plus grande partie des Jacobites du Lothian oriental étaient prêts à monter à cheval ; il en était de même de ceux des comtés de Dumfries et de Lanark ; mais ils étaient séparés de son armée par le Frith-de-Forth , et auraient probablement besoin de son secpurs pour les protéger pendant qu'ils rassembleraient leurs vassaux. Montrose ou Dundee, avec la moitié des forces que Mar commandait déjà , auraient marché sans hésiter sur Stirling, et auraient forcé le duc d'Argyle, qui n'avait pas
106 HISTOIRE D'BGOSSË.
encofe toat4t«fait deux mille hommes, au combat ou à la retraite, ce qui aarait oayert les basses terres et les frontières aux opérations des insurges. Mais telle était la réputation du duc, que Mar résolut de ne l'attaquer que lorsqu'il aurait reçu tous les renforts qu'il pouvait espérer du nord et de l'ouest , dans Fespoir qu'une immense supériorité de forces contrebalancerait les talens militaires reconnus de son illustre ennemi.
Cependant, comme il était essentiel aux projets du comte de Mar de répandre dans les basses terres l'incendie de la rébellion , il ne voulut pas que la contrainte qu'imposaient à ses mouvemens les forces et la position d'Argyle l'empêchât de tenter à tout hasard de faire passer un détachement considérable de son armée dans le Lothian , pour soutenir et encourager ses partisans de l'atitre côté du Frith. Son projet était de rassembler sur le Frith, sur la côte du comté de Fife, des barques et de petits bâtimens^ et de s'en servir pour transporter une division de son armée, qui , débarquant sur tel point de la côte du Lothian oriental que le vent rendrait le plus favorable , s'unirait aux mécontens partout oii ils se trouveraient en force. Mais avant de parler du sort de cette expédition, nous laisserons Mar et son armée , pour suivre les progrès de l'insurrection dans le sud de l'Ecosse et dans TAngleterre, ou elle avait déjà éclaté.