‹ Œuvres de Walter Scott (volume 5)Chapitre 19 sur 39 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Motifs da comte de Mar pour entreprendre l'insarrection. — - Ganses qui loi font ^hoir en partage le commandenent de l'armée. — Les armes et munitions destinées à Tarmée jacobite sont interceptées. -. Adresses an chevalier de Saint-George et au duc d'Orléans par l'année de Pcrth. — Mécontentement de qnelqnes-nns des prindpanz seigneurs de l'armée de Mar. -^ Plan de Mar. — Départ de Mar de Penh , et d' Argyle de Stirling. •— Les armées se rencontrent près de Danl>iâae. »-. Conéeil de guerre tenu par Mar. — « Bataille de SberifTmuir.

J'ai attendu jusqu'à cet endroit de l'histoire d'Ecosse pour essayer d'examiner les causes de la rébellion et la manière dont elle fat conduite , et pour expliquer, s'il est possible , l'indolence du général et des chefs des insurgens, qui, s'étant décidés à une tentative si désespérée , et ayant levé des forces si considérables, ne se trouvaient guère plus avancés dans leur entreprise au bout

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de deux mois, qu'ils ne Tétaient dans le cours de la deuxième semaine.

Si noas passons en reyne tonte la conduite da comte de Mar, dn Commencement à la fin, nons sommes portés à conclure que Tinsurrection de 1715 fat entreprise avec autant de précipitation que de témérité. Il ne paraît p^s que Mar ait eu aucune communication à ce sujet avec la cour du cheyalier de Saint-George avant la mort de la !reine Anne. Cet événement le trouva libre de se recommander aux bonnes grâces du roi George, et de lui prouver son influence sur les Chefs montagnards, en se faisant charger par eux de présenter au roi une adresse annonçant leur soumission et une fidélité égale à la sienne. Ces offres de service , comme nous TavoQsdéjà dit, ayant été rejetées d'une manière dure et insultante, le ministre disgracié en conclut que sa perte était déterminée ; et son ressentiment privé, qui, en toute autre circonstance, n'aurait produit aucune explosion , éclata malheureusement au milieu des combcistibles qu'un sentiment général d'adhésion à la famille exilée avait préparés en Ecosse.

Lorsque Mar arriva de Londres dans le comté de Fife, le bruit courut qu'il avait avec lui cent mille livres sterling en argent comptant ; — des instructions écrites par le chevalier de Saint- George lui-même, et une commission par laquelle il le nommait lieutenant-général et commandant en chef de ses forces en Ecosse. Mais quoique ces bruits fussent répandus dans le public , des rapports plus exacts assurent qu'au commencement de cette entreprise Mar ne prétendit prendre aucune autorité sur les autres seigneurs de son rang , et ne donna d'autre preuve de mission du chevalier d^ Saint-George que son portrait. On fit parade d'un cpffre-fort, qu'on disait contenir une somme considérable, et appartenir au comte de Mar, mais on ne croy9it pas qu'il s'y trouvât plus de trois mille livres , si même il renfermait cette somme. Quant au point important du choix d'un général pour commander en chef, lorsqu'il fut question de ce projet , dans Torigine , à la cour de Saint-Germain, il se rattachait à la descente du duc d'Ormond en Angleterre , et à celle du duc de Berwick en Ecosse , où les talens bien connus de ce dernier auraient dirigé toute l'affaire. On ne peut guère douter qu'après avoir commencé son insurrection , Afar, par le moyen de ses agens en Lorraine, n'ait fait tous ses efforts pour inspirer au Chevalier une opinion favorable ; et le succès inattendu de son entreprise, au point où elle était parvenue.

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et les forces considërables qu'il avait été en état de raçaembler, loi donnaient qaelques droits à sa confiance. En attendant, il était nécessaire qu'il y eût un général poar remplir ad inUirC^i les devoirs de cette place. Mar, comme je Yons Tai dit, offrit le commandement ail dac d'AthoIe, qui re£psa de prendre part à cette affaire. Hmitly, d'après son poaToir, d'après le rang dont il Jouissait déjà, et celui dont il avait l'expectative, aurait pu réclamer Tautorité suprême, mais sa reli^on y mettait obstade. Çeaforth était bien loin, €^ n'arriva que tard. Les picétentions de ces seigneurs da preblier rang étant pûses à l'écart, il était tout naturel qqe Mar prît lui-même le commandement d'une insurrection qui n'avait en lien qu'à son instigation. Il était agréable aux monta* ^ards, comme ayant été le canal par lequel leur avaient été transmise^ le^ marques de la générosité de la reine Anne ; il avait anssi des partisans parmi la noblesse des basses terres, à cause de sa libéralité à l'égard de plusieurs dç ses membres qui étaient yenns le joiudre ^ et dont les biens et les l'evenus n'étaient pas proportionnés à leur rang; circonstance qui n'avait peut-être pa« pen contribué à leç décider à se jeter à corps perdu dans une cfitreprise si désespérée. Ce fut ainsi que Mai* prit ep main 1q b4^0A de général , parcQ qu'il ne, se trouvait ancien autre qui pût y prétendre.

De même que beaucoup uTiommQS dans sa $iti^atipn, il n'était pa3 porté ^ se méfier de ses propres moyens pour exercer avec avantagé l'autorité dont il se trouvait investi presque par hasard ; on, s'il nourrissait quelque doute à ce siijet , il pouvait considérer ses fonctions militaires comme n'étant que temporaires , puisqii^y d'après toute la teneur de sa conduite, il paraît qu'il attendait de France un chef militaire de profession, ^t ^ qui il aurait pu remettre le commandenaent avec honneur, Cette attente peut expliquer le soin avec lequel le général jacobite s'abstenait de tont^ opération offensive, ^t le désir CLrdei)f qq'il montrait de ^f ossir soi4 armée autant qu'il étajt possible , plutôt que de hi^sarder l'ep^r?prise qui promettait le plfis de succès.

Il est probable que ce qui encouragea Mar * cpn^ervçr soi^ autorité militaire, qui dut le inettre quelquefois ^ans l'embarraç ^ ce fut de s^y voir confirmé par Ogilvie de Bojqe, messager spécial du chevalier de Saint-George, qui, flatté de l'état favora(ble dç^ affaires en Ecosse, çonférçf. cm courte d^ M^r, p9ur la f<P|riQf;i ]^ conunandement qu^il avait si long-temps exercé de fait, et qui,

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disait-on» loi envoya des lettres-patentes Téleyant à la dignité ^e duc de Mar. On parla fort pea de ce dernier honneur, mais la commission de Mar, comme général en chef , fat lue en tête de chacun des corps qui avaient pris part à l'insurrection.

On pourrait être surpris que le bâtiment à bord duquel était venu M. Ogilvie, porteur de cette commission, n'eût apporté ni hommes, ni argent, ni approvisionnement. La raison parait en avoir été que le chevalier de Saint<George avait dépensé antériearement tous les fonds qu'il avait lui-même à sa disposition, ou qu'il pouvait emprunter des cours étrangères favorables, à ses préten* tiens, en équipant un grand nombre de bâtimens chargés d'one grande quantité d'armes et de munitions, et qui devaient partir da Havre-de-Grâce et de Dieppe. Mais le comte de Stair ayant bientôt découvert leur destination, fit des remontrances à la conr de France sur un procédé si peu d'accord avec les articles d'Utrecht; sir George Byng, avec une escadre de vaisseaux de guerre, bloqna les ports de France, dans le dessein d'attaquer les bâtimens s'ils mettaient à la voile; et le duc d'Orléans, régent du royaume, donna sur-le-champ des ordres pour empêcher l'armement et le départ des navires destinés au service du chevalier de Saint- George. Ainsi furent interceptées les armes et les munitions qoi devaient être envoyées aux insurgens, et toutes les dépenses faites pour cette expédition projetée forent entièrement j^rdues. Cela explique d'une manière satisfaisante pourquoi le prince exilé ne put guère envoyer à ses partisans en Ecosse que de belles paroles et des brevets.

Cependant le comte de Mar et les seigneurs et nobles qui s'étaient embiarqués dans son entreprise, quoique trompés d$tns leurs vives espérances, sous Tinfluence desquelles elle avait été conçue, et voyant qne la mort de Louis XIV et la prudence de celui qui avait succédé à son pouvoir leur ôtaient tout espoir de secours étrangers, désiraient pourtant être encouragés par la présence du chevalier de Saint-George lui-même à la tête de l'armée qu'ils avaient rassemblée en son nom et pour sa querelle. Ils rédigèrent donc une adresse an roi Jacques YIII , conime on le nonunait , pour le prier de se rendre en Ecosse, et d'entretenir, par sa présence, la flamme du dévouement à sa personne, qu'ils représentaient comme éclatant de toutes parts dans ce royaume ; lui garantissant sa sûreté personnelle sur leur vie et leur honneur, et insistant sur les effets favorables que devait produire leur entreprise^ s'il se mettait loi-

même à leur tête. Us en rédigèrent nne seconde pour le régent , le doc d'Orléans. Ils le priaient , s'il ne Ini plaisait pas d'aider l'héritier de la maison de Stuart dans ce moment de crise de son destin, de lai permettre da moins de revenir dans son pays natal, pour (>artàger le sort de ses fidèles sajets, qui portaient les armes pour loi. Le style de cette adresse était assez extraordinaire, car on semblait y considérer le chevalier de Saint-George comme étant dans nne prison, et le régent de France conune en gardant la clé* Ces deax adresses f arent néanmoins signées par tons les honmies de qualité qui se trouvaient à Perth ; mais ces fiers hidalgos montrèrent nn grand ressentiment quand ils surent qu'on avait permis àM. Robert Freebairn, imprimeur du roi, de la souscrire avec eux. Cfis pièces, après avoir été signées, furent confiées aux soins de l'honorable major Hay, ayant pour secrétaire l'historien Aber^

crombj, et qui fut chargé de se rendre auprès du chevalier de Saint-G^rge, à la cour de Lorraine, et partout où il pourrait être, et de lai représenter les désirs des signataires. Le dioix de l'amhsmuieoT et le secret qui fut observé sur l'objet de sa mission forent regardé^ conmie blâmables par les individus faisant partie dePann^, qui croyaient que, les mesures à adopter intéressant le bien général, ils avaient quelque droit d'être informés de la manière dont cette négociation devait se conduire. Mar fit partir ensuite deux autresenvoyés char gésdela même mission. Lepremier fot sir Alexandre Erskine d'Alva, qui fit naufrage à son retour; l'&atre, un agent plein d'adresse, nonmié Charles Forbes.

Le comte de Mar ne s'était pas élevé au faite du pouvoir dont il jouissait alors sans être exposé à la malveillance et aux interprétations défavorables qui accompagnent ordinairement Tautorité. I^ Maître de Sinclair, honmie d'un caractère qui était également acariâtre et sévère, s'était montré, dès Torigine, mécontent de la nianière dont on conduisait l'insurrection ; et conmie la plupart &s hommes ayant les mêmes dispositions , il paraît avoir été plus prompt à remarquer les fautes et à les blâmer, qu'à aider à les ^parer. Le comte dHuntly semble aussi avoir eu à se plaindre du comte de Maf , et l'avoir regardé avec aversion et méfiance. Les iQontagnards eux-mêmes n'étaient pas tout-à-fait disposés à se fier a lui comriie général. Quand Glen^arry, un de leurs chefs les plus babiles , joignit l'armée à Perth , il désirait que les clans de Touest i^tassent séparés de ceux qui étaient d'abord assemblés à Perth Vagissent de concert avec les forces du comte d'Huntly; il fat

même proposé à Sinclair de se joindre à cette espèce d'association, ce qui aurait, de fait, divisé Tarmée en deux sections. Glengarry se laissa pourtant dissuader de ce projet, et quoiqu'on dise que les àrgumens qu^on employa pour le décider à y renoncer tarent principalement ceux du Tin et de la bonne chère, il n'en est paà moins vrai que son retour aux devoirs d'un soldat fut un acte de raison et de sagesse.

Le comte de Blar, an milieu de ses antres occupations, désirant préparer une place d'armes pour la résidence du chevalier de Saint-George, quand il arriverait, comme on s'y i^ttendait, essaya de couvrir Perth par des fortifications, de manière à mettre cette ville à l'abri d^un coup de main. Le général Ha.milton coDduisit quelque temps ces travaux, mais ensuite ils furent entièrement abandonnés à un Français qui avait été maître à danser et maître en fait d'armes, et dont les lignes de défense ârent l'amusement des Anglais quand ils en furent en possession.

Avant de reprendre ma narration , je dois vous dire que, dans ce même mois d'octobre, si fertile en évènemens, tandis que tant de mouvemens militaires se passaient en Ecosse, le duc d'Ormond fut chargé par le chevalier de Saint-George de débarquer sur la côte d'Angleterre avec des armes et des munitions. On tira trois coups de canon pour servir de signal aux Jacobites, qu'on s'attendait à voir accourir en foule vers le rivage, le nom d'Ormond jouissant alors parmi eux d'une très grande popularité. Mais comme nulle réponse ne fut faite à ce signal , le vaisseau reprit le large et retourna en France. Si le duo fût débarqué , le parti jacobite se serait trouvé dans la situation singulière d'avoir en Angleterre un général sans armée, et en Ecosse une armée sans général en état d'en remplir les fonctions.

Nous approchons maintenant de la catastrophe de ces commo* tiens intestines. Le comte de Mar, au commencement de novembre, avait reçu tous les renforts qu'il pouvait espérer, quoiqu'il soitdon* teux qu'ils aient beaucoup augmenté la force de son armée , on rendu plus facile la tâche de forcer la position du duc d' Argyle ou de la tourner, à cause du temps que le comte avait passé dans FiOp action. A la vérité le nombre de ses soldats s'était accru, maisil en était de même de ceux du duc d'Argyle ; de sorte que les deux armées avaient entre elles la même proportion qu'auparavant. C'était on désavantage pour les montagnards ; car lorsque les soldats indisciplinés ont à lutter contre des troupes régulières ^ celles-ci doiveat

toujours avoir une supériorité proportionnée à leor nombre sur le champ de bataille; et il clevient Traisemblable que les manœuvres décideront da sort de la journée. En outre, la désertion avait diminué beaucoup Tarmée de Mar pendant son séjour a Perth. Les montagnards , avec Timpatience et l'indolence d'un peuple à demi civilisé , s'ennuyaient également de rester dans Toisiveté, et d'être occupés aux travaux des fortifications ou à la routine journalière de Texercice des parades. Un grand nombre retournèrent chez eux pour mettre en sûreté ce qu'ils avaient épargné de leur paie , et le butin qu'ils avaient pu faire dans les basses terres. Une semblable désertion était regardée par les clans comme parfaitement légale , et Tautorité des Chefii était inèuffisanle pour la prévenir.

Les plans da comte de Mar ne paraissent même pas avoir été

fixés dW manière plus certaine > quand il se détermina enfin à

l'importante démarche de faire un mouvement en avant, il devait

faire trois fausses attaques contre Tarmée du duc en même temps :

l'une, sur la Longue- Chaussée et le pont de Stirling; l'autre, aà

gué de l'Abbàye; et la troisième , au gué de Drip-CoblCi à un

mille et demi au-dessus de cette ville. £n se montrant sur tant de

points à la fois, Mar pouvait espérer d'occuper tellement l'attention

du duc, qu'il pourrait lui-même passer la rivière au gué de Forth

avec son principal corps d'armée ; mais comme le duc d^Argyle ne

loi donna pas lé temps de faire ces mouvemens^ on ne peut savoir

si Mar en avait réellement Tintention .

n est pourtant certain que le projet général de Mar était de gagner, s'il était possible, les gués du Forth, à l'endroit où ce fleuve sort du lac de Hard, et de passer ainsi du côté du sud. Pour arriver à cette partie du fleuve, il fallait faire une marche de deux jours à trayers un pays stérile et montagneux. Ni Jtfar ni ses conseillers ne connaissaient parfaitement la route ; et ils n'avaient d'autre guide que le célèbre Rob-Roy Mac^Gregor, auquel ils disaient eux-mêmes qu'on ne po.uvait acorder de confiance, et qui, dans le fait, était en communication constante avec le duc d'Argyle, son patron , a qui il faisait part des mouvemens de Mar. On dit aussi que ce pro* sent ne connaissait les gués que pour les avoir pasisés avec des bestiaux des montagnes; ce qui n'était pas à beaucoup près les connaître sous un point de vue militaire. Ce fut probablement dans la vue d'obtenir les renseignemens que Rob-Roy pouv^t donner sur cet objet, que &lar> ^s une lettre dn i novembre^ H

plaignit de ce qae ce fameux proscrit n'était pas venu à Perth , où il désirait beaucoap avoir une entrevue avec lui.

Mais quand même Mar 6t son conseil militaire auraient parfaiment connu les gués du Forth , ils ne pouvaient savoir dans cpelle situation ils les trouveraient en y arrivant. Ils pouvaient être fortifiés et défendus par le duc d'Argyle ou par un détachement de son armée; ils pouvaient même être impraticables à cette époque avancée 4e l'année, car, dans tous les temps, l'eau y est très profonde f et les rend très difficiles à passer. Enfin, avant d'y arriTer, S fallait que Mar et son armée trouvassent le moyen de traverser le Teith , rivière presque aussi large et aussi profonde que le Fôrth , et sur laquelle le duc avait détruit le pont de Donne, sur lequel on la passait ordinairement.

Telles étaient les difficultés qui s'opposaient aux insurgens, et elles sont d'un genre qui prouve combien on manquait d'intelligence dans un camp où il devait se trouver bien des gens de Meinteith et de Lennox connaissant parfaitement le pays que l'armée montagnarde avait à traverser, et qui auraient pu y faire des re* connaissances malgré les petites garnisons de milice et de volontaires de l'ouest que le duc avait placées à Gartartan et dans d'autres maisons des environs d'Aberfoil. Mais la volonté du ciel n'était pas que les insurgés avançassent assez loin dans leur expédition pour éprouver les inconvéniens qui auraient résulté des difficultés que nous venons de détailler. Leduc d'Arg;yle, quoique inférieur en forces, prit, en brave soldat, la résolution de sortir de son camp à la tête des troupes, telles quelles, qu'il avait à sa disposition, et d'arrêter la marche des insurgés, en leur livrant bataille avant qu'ils eussent le temps d'arriver sur les rives da Forth. Dans ce dessein, il rappela ses garnisons et ses avantpostes, et ayant rassemblé une armée qui ne se montait pas toutà-fait à quatre mille hommes, il marcha de Stirling vers Dunblane dans la matinée du samedi 12 novembre.

Le 10 du même mois, le comte de Mar était sorti de ses quartiers de Perth, et s'était avancé jusqu'à Auchteràrder, où l'infanterie fut logée pendant que la cavalerie fut placée dans les environs.

Mais pendant cette nuit, l'armée montagnarde fut diminuée par deux désertions considérables. L'une fut celle de tout le dan de Fraser, montant à quatre cents hommes. Il n'avait rejoint Vbp mée de Mar que tout récemment , sous les ordres de Fraser de ]fraserdale , qui avait épousé l^^e de l'ancien chef de CQ clan*

TROISEBMB SERIE. 146

Hais justement à 6ette époque l'héritier mâle de cette famille, le célèbre Fraser de Loyat . arriva dans le nord , et donna des ordres pour rappeler le clan de Fraser de Tarmée dn roi Jacques YIII, poor le ranger sons les drapeaux de George P'. ^Les Fraser, croyant que leur devoir envers leur Chef passait ayant ce qu'ils devaient à Tnn ou à Tautre monarque, et reconnaissant dans le chef mâle le droit de les commander de préférence au mairi de rhéritièredans la branche féminine , obéirent unanimement aux ordres dn premier, et abandonnèrent le corps, l'armée et la cause qu'ils avaient embrassée.

L'antre désertion fut celle de deux cents montagnards venus à la suite du comte d'ffnntly, qui se plaignaient d'avoir été surchar^ gësdiceqa'on appelle devoirs de corvée. Ainsi diminuée, l'armée , après avoir été passée en revue par son général , se remit en marché dans l'ordre suivant : le Maître de Sinclair, avec l'escadrondu comté deFife et deux escadrons de la cavalerie d'Huntly, formait la tête de Tavant-garde ; les clans de l'ouest les suivaient, d'alM)rdles Mao-Donalds, sous leurs différens Chefs, Clan-Ranald, Glengarry, sir Donald Mac-Donald, Keppochet Glencoe.Venaient ensuite les Tassanx de Breadalbane , avec cinq régimens composés des clans ci-après : les Mac-Leans, sous leur chef John Mac-Leati; lesGameroQS, sous Lochiel; lesStewarts, commandés par Appin, et ce qui restait des troupes d'Huntly, de Strathdon et de Glenlivet, sous les ordres de Gordon de Glenbucket. Ces montagnards , formant un corps d'élite, étaient pleins d'enthousiasme, et comptaient tellement sur le succès, qu'ils se vantaient que leur division de Tarmée de Mar serait plus que suffisante pour faire face au duc d'Argyle et à toutes les forces qui étaient sous ses ordres. Le général Gordon commandait toute l'avant -garde des montagnards.

Le reste de l'armée , commandé par Mar en personne, assisté du général Hkmîlton, suivait la divisicm d'avant-garde; et il 'fut décidé que Tarrière-garde ne s'avancerait que jusqu'à Ardoch, tandis que l'avant-garde pousserait en avant jusqu'à Dunblane , brille que Tarmée avait occupée lorsqu'elle était sortie de Perth pour la première fois, et qui est à huit milles à l'ouest d'Ardoch, où l'arrière-garde devait faire halte.

La cavalerie qui éuit en tête de la première colonne s'avançait suivant les ordres qu'elle avait reçus, quand un jeune homme boiteux, courant aussi vite que son infinnité le lui permettait,

lO

U< mSTOIRE D'IEGOSSK.

ai|noi)ça an M^iître de Sinclair^ qai commandait le corps 4es éclai<^ rears, qu'il était envoyé par la femme da laïtà de KippendaTie, dont le mari ^tait dans l'armée jacobit^, pour informer le comte de Mar que le ()^P d'Argyle traversait en ce moment la ville de Danblaûe. Un tel avis ^ quoique la vue du messager inspirât des doutes I méritait quelque att^iiion. Un détachement fut envoyé en avant pour faire Une reconnaissance, un exprès fut dépêché^ Mar, qui était A six pu sept milles en arrière, et le général Gordon examina les environs avec soin pour y chercher qne position forte, a&n d'y placer ses troupes. Us avaient en face la rivière d'Allan, et le Maître de Sinclair proposa de )a' traverser, et d'occuper quelques fermes qu'on voyait ^ur Tautre rive, et où lesspldats pourraient trouver des rafraîchissemens , et les chevaux ^e^ fourrages. Mais le général Gordon pensa avec raison que passer une rivière à la chute du jour serait un mauvais piréparatif au combat fojiT des corps d'infanterie qui devaient rester ep plein air jusqu'au matin , par une forte gelée du milieu de novenibre. Epfin ti^ discussion se termina parce qu'op aperçut sur la riye gauche de la rivière deux fermes oii l'on put placer les ch^v^u^, quoique dans une situation où l'on aurait été écrasé par une attaqms subite, avant de pouyo^r SQrtir des enclos où les honimes étaient entassés commp des bestiaux, plutôt que logés comme des soldats. Pour prévenir une telle catastrophe, le général Gordon posta des ayantgardes et des vedettes, et fit faire des patrouilles avec toutpsles ()récautions militaires d'usage. Peu de temps après qu'ils eurent pris leurs quartiers pour la nuit , lord Soutbeik et la cavalier ie du '^omté d'4îigus apportèrent la nouvelle que Mar arrivai^; ayec le M)rps d'armée principal. Effectivement le comte parut ^u bivouac le son avant-gstrde à neuf heures du soir.

De nouveaux avis leur furent envoyés par lady Kippepdayie, jpaà semblait être aussi bien informée qu'elle était ^^ujct^ ^ f^ire )art à l'arpiéé des insjargens de ce qu'elljç apprenait, ef sii^gnlière tans }e choix de ses messagers. Cette fois-cj elle dépêchât \^ vieille ^emme poi^r les instruire que les ennenoiis $'approcl|ai^^t d'eux. ^^es4étachemens envoyas en reconnaissance par Sinclair revinrent 'ifentôt., et confirn^èrent cette nouvelle.

Toute l'armée de IVIar étant alors rasç^nblée dans uiji çerple 'prt étroit, les soldats dormirent sur Ie9r9 armes, envelpppés de ' eurs plaids, souffrant inoins de 1$ rigueur du froid qge çp î'^ur^ )robablement fait une arpiiée de tou^e a^tre partie Âe l'PaFopÇi

TROISnaiS SERIE, 147

Le dimanche 13 noyembre, an point dp jonr, Farmée des insnrgens se rangea sor deux li^es de bataille dans la plaine ^n-dessof de l'endroit où ils avaient p^ssé la nnit. II n'y avait pas lop{-temps qu'ils avaiant pris cette position^ quand ils aperçarent uii foit escadron de cayaleri^ çnr une hauteur ap sua de leurs lignas. C'était le duc, d'Argyle qui, avec . quelcpies officiers-généraux^ s'était ayaocé pour rçconpaître la position et les 'mesures de Teiir nemi. n'j réussit qu'ifBpaf faitemént à cause 4es ip^galit^ du terraio qoi le séparait de l'arpiée de Mar.

Pendant ce teoips, Mar, bieii copyaincq qu'il était ei| prés^pcs

de rei^nenii, convoqua un conseil composé des nobles, des officie^s-

géijéraax, des chefs.de cl^ns, çt des commandaps de corps. Ou

connçQt (|u'çn cette occasion il leur adressa up discours propre à,

les animer, l^ais tous n'étaient pas égaleipent disposé;» à fentendrc^

caril se trouvait déjà quelques personnages d'importance» dont le^

principaux semblent avoir été Huntly et Sinclair, qui, désespérant

da succès de la çau^e pour laquelle ib s'étaient déclarés^ dés^rai^nt

payrir une communication avec le duc d'Afgyle pour savoir s'U

était autorisé ^ accepter leur soumission « et à lepr accorder Içur

pardon^ s^U prix de l'engagement qu'ils contracteraient de vivre

p^sibleipent.sop^ le gouvernement existant. Cependant ils ne

parlaient de cç prc^et qu'entrç e^x et tout bas; car ils sentaient en

même temps que le ipoment de la crise était arrivé, et qu'il (pliait

obtenir 1^ p^ \c fer à la main, afin de pouvoir, eA remi^rtant 1^

Tiapire, prc^poaer des. conditions honora))les9 tandis qi^ s'ils tai-

saieçt nn pa^ en arrière, i\ ne leur serait plus possible de maintenir

en coifjs 4'^rni^e leurs levées de n^ontagnards, ni d'ouvrii^ une

^égPçiatioQ à la têt^ d'upe f^roe ^siez imposaniie ppor obtenir wite

^pitttlatiw fevorable.

officier^ qui

Vi'ftY^ ^qlf^te VEço^ sons le joug de rAAgleUBrre; quand il ^ çat i^i^uré$ de ne pa^ bii^ir échapper l'occasion qu'iL^ a^^ei^ ^ lop|;Tte|fip9 désirée» mtP^ d'attaquer sur-k-champ l'ennenKt ^y^ç cefte mrifiur qqéi leur came ^ lear^ griç& devaient le^ ^çpirçri «es paroles éveillèrent i»m fanie de ses anditenr^ upe ^^^^Pfii sçiphlable à la siepn^, l^ confie d^Huntly demanda aenle.-< Q^t 8^ ii^e bataille gagnée pourrait, dans les circonstances où ils ^ trouv^ept, ^aurer leyars droits et çeu^ de leàr pays ; çt s^il j 9?^t ^uehpu/ç iQippi^r 4^ ii^çonra dangers pour 1^ mettre e« état

lO.

<jt9and 4Q9c le çoipte de Mar eut rappelé anx olfici i entouraient T^iîm tice {aite à la fiMnille royale, et l'opi

148 HISTOIRE D'EGOSSB.

de résister aux armes de rAngleterrè et de ses alliés. Le comte de Mafy dit-il , pouTait sans doate transmettre toutes ces informations; puisqu'il ay ait tout récemment reçu une lettré de lord Bolingbroke , et il demanda qu'on en donnât communication au conseil.

La circonstance critique du moment , et l'enthousiasme que le discours de Mar avait excité dans toute rassemblée , permirent à Mar de se dispenser de faire attention à des questions auxquelles il aurait pu trouver difficile de répondre. Glissant sur Tintemiption d'Huntly, il proposa la question au conseil en ces termes:^ (Combattre, ou non?* — Chefs, nobles , officiers, tous répondirent par le cri universel : Combattre 1 Et la nouvelle de leur résolution étant parvenue aux deux lignes qui étaient rangées en bataille, fat accueillie par de vives acclamations ; les chapeaux et les Uiques forent jetés en Tair, et la joie générale parut un présage assuré d'une prçmpte victoire, même à ceux qui auparavant étaient dans le doute et l'incertitude..

Ce fut avec ces transports que l'armée de Mar avança vers l'ennemi. Les deux lignes qu'elle formait sur la plaine forent rompues chacune en deux colonnes , de sorte que ce fut en quatre colonnes qu'eUe continua sa marche, descendant la hauteur qn^elle avait d'abord occupée, traversant un marécage que la gelée delà nuit avait rendu praticable pour la cavalerie aussi bien que pour l'infanterie, et montant la colline qui était en face, et d'où le dac d'ArgjIe examinait les mouvemens des insurgés. Du moment que le duc vit l'extrémité de l'aile de Alar faire un quart de conversion sur la. droite pour exécuter le mouvement que nous venons de décrire , il comprit aussit&t que leur dessein était de profiter de leur supériorité numérique pour l'attaquer en même 'temps de front et sur le flanc gauche. Il descendit à la hâte de la hauteur, au pied de laquelle ses troupes étaient rangées en bataille, afin de les disposer de manière à faire échouer le projet des ennemis, et à les conduiresur lahautetir. Il rangea sa petite armée, d'environ quatre mille hommes, en s'étendant considérablement sur la droite, plaçant à cette aile trois escadrons de cavalerie,, et autant à la gauche' de sa ligne de front, le centre étant composé de six bataillons d^infanterie. Chaque aile de la cavalerie était soutenue par un escadron de dragons. La seconde ligne était composée de denx bataillons au centre, et d'un escadruii de dragons ,à chiaqueaile. Dans cet ordre, et ayant sa droite considérablement avancée contre la gauche de l'ennemi, de manière à pouvoir dérober son aile

gauche à nue attaque de flanc , le duc monta la hauteur sans apercevoir l'ennemi, qoi avait quitté les terrains élevés , et qui marchait à sa rencontre de l'autre cdté de la même hauteur qu'il montait en ce moment. Les montagnards, comme nous l'avons déjà dit, s'avançaient sur quatre colonnes vers la droite.

Chaque colonne d'infanterie était suivie d'un corps de ca;ralerie qai devait, quand elle se déploierait en ligne, prendre position sur son flanc. Les montagnards marchaient, on plutôt couraient vers Fennemiavec tant d'empressement, que les chevaux, à l'arrière* garde, étaient an galop. Les deux armées montaient ainsi la hauteur en colonneis, et elles se rencontrèrent, en quelque sorte sans s'y attendre, sur le sommet, se trouvant sur quelques points à portée de pistolet, avant d'avoir su qu'elles étaient en présence. îoatesdeox cherchèrent donc en même temps à se former en ligne àe bataille, et il y eut quelque confusion de part et d'antre. Par exemple^ deux escadrons de cavalerie des insurgés se trouvèrent au centre de l'aile droite au heu d'être placés sur le flanc , comme on en avait l'intention, et comme les règles de l'art militaire l'exigeaient. Cette découverte fut pourtant de peu d'importance pour les montagnards , qui inspiraient la terreur par l'impétuosité de leur atuque, tandis que la force des troupes régulières consistait dans la fermeté de leur discipline.

Ce fat en ce moment qu'un vieux Chef, attendant avec impatience l'ordre de charger, et voyant les soldats anglais se mettre en bon ordre, devint furieux de voir passer l'instant favorable, et & l'exclamation mémorable : -^ Oh I que n'avons-nous Dundee pour une heure !

L'aile gauche du duc était commandée parle général Whitham» ^^ ne paraît s'être distingué ni par le courage ni par le talent. La ^oite de la ligne de Mar, formée à la hâte, était composée des élans de l'ouest, les Mac-Donalds, les Mac-Leans et les vassaux de Sreadalbane. Le vieux capitaine Livingstone s'approcha. C'était ^11 vétéran qui avait servi dans l'armée du roi Jacques avant la i^^olntion; et, en jurant avec énergie, il demanda av général Gordon qui commandait l'aile droite, d'attaquer sur-le-champ. Le général hésita, mais les Chefs et les clans furent saisis de l'enthoustasme du mondent. Un gentilhomme nommé Mac-Lean, qiii vécut jusqu'à un grand âge, décrivit ainsi l'attaque par son clan, et l'on ^ peut douter que l'attaque générale n'ait eu lieu de la même nuuuère. « Lorsque le clan eut été rangé dans le meilleur ordre, les

plas nobles, les plus braves et les mieux armés étant à la première ligne ^, sir John Mac-Lean se plaça à lear tète, et dit à voix haute : — Messieurs, voici un jour que nous avons long-temps désiré de voir. Vous voyez là-bas Mac Callanmore ^ pour le roi George, — ici Maç*Lean pour le roi Jacques. — Dieu protège Mac-Lean et le roi Jacques! Chargez, Messieurs! »

Les membres de son clan firent alors une très coi^rte prière, ftnfoncèrent leur toque sur leur tétejetèrentbas leur plaid qui com-

S prenait aussi alors le philabeg ^, et fondii'ent sur l'ennemi, faisant en irrégulièrement : jetant ensuite leurs Ihsils , tirant leurs claymores, et poussant de grands cris, ils se précipitèrent au mitiea des baïonnettes. Les troupes régulières de l^aile gauche d'Àrgyte répondirent a cette attaque furieuse des montagnards par un m soutenu qui tut très meurtrier. Parmi ceux qui en furent victime iut le brave et jeune Chef de Clan-Ratiald, qui tomba nkortellement blessé. Sa ebute arrêta un instant l'impétuosité de ceux qui le suivaient ; mais Glengarrj, dont il a été si souvent parlé, sortant des rangs, agita ^ toque autour de sa tête, et, s'écria : — Vengeance! yengeance I — ^ La vengeance pour aujourd'hui , le deuil pour àe* main 1... Lès montagnards, continuant alors leur attaque turiçase, se jetèrent an milieu des troupes régulières^ enfçhçèrent leur Ugne sur tous les points, la rompirent, y mirent le désordre, et nrent on grand carnage parmi des hommes moins actifs qu'eiu, çt chargés d'un pesant mousquet , qui, dans un combat irrégulier OU corps à corps, a rarement été de grande défense contre un sabre* L'extrême gauche de Tarmée d'Argyle fut aussi mise en déroute l^vee une grande perte, car les montagnards n'accordaient pas de quartier. Mais les troupes du centre, sous le général WightmaO) rentrèrent en ligne, et il semblerait que la cavalerie des rebelles aurait dû alors les charger en flemc ou on arrière j^ la fuite de Whitham et de Taile gauche ayant dû les mettra à découvert. î>eux escadrons de cette cavalerie, commandés par Prummond et Iffiarischar, se nûreùt à la vérité à la poursuite des soldftis q^e les

\. Vexistence seule de ce régiihent offrait une preuve de rattàchéMeht clés ctatoâ à liMs Chefs. Lm terr^ tur lesquelles ce cUd vivait dani' l'ilé de MuU étaient derepue^ la pv^prirté du duc a'Argvle, etson €bef résidait presque toujours en France , où il vivait a'une peniiion que la reîM Anp9 lui avait aceordéer. Il ne trouva pourtant aucune difficulté à y lever «Ipt è kaitçfent» iiemaiMi malgré l'opposition de leur Cbef actuel .* tant le droit patriarcal était supérieur aux prétentiops féodklea. {Jfbt9 dt l^ùuttur.)

a. C'était le nota qu'on donnait au duc d'Argyle dans les montagnes d'R<^o8se> i. Les montagnardjl portaient de longues chemises, qui étaient arrangées d'tirtè tnartsfî^ P*^' çqIî^ en semblables occasions. (iVb/« âe Cauttur.) — Le ffaèd était le mapteav ou vêtement ^ OMsui des montagnards, et l'étoffe 9'en appelait tartan, Lephita&eg était «me esptce de jnpota coort qui leur desoeadait à mi-coisse*

montagnards avaient dispersés ; mais celle da comte d'Hantly, et celle, da comté de Fife, soas les ordres da Maître de Sainclair, restèreut dans l'inaction sur le champ de bataille , sans prendre part an combat. Il semblerait que ces escadrons étaient tenns eu respect par les dragons de la seconde ligne d' Argyle , qui n^avait jpas pris la fuite comme la première, mais qoi faisait sa retraite en han ordre, en face de l'ennemi.

A i'aile droite et an centre les choses te passaient tout différëm* ment. L'attaque des montagnards y fiit anssi furieuse que celle de leur droite; mais leurs ennemis, quoiqu'un peu ébranlés, maintinrent leur terrain aTec une résolution admirable; .et le doc d' Argyle détacha le colonel Cathcart aTec un corps de caTaierie, en le chargeant de traverser un marécage que la geléç avait rendu praticable, et d'attaquer les montagnards en flanc, tandis qu'ils marchaient à la charge. Cette manœuvre arrêta et déjoua leur attaque rapide ; et quoique les Gamerons , les Stewarts et d'autres claâs de haute renommée formassent l'aile gauche deTarinée de f^àT, elle fut mise en déroute, ainsi que toute sa seconde ligne, par le mouvement habile du duc d'Argyle, et par la fermeté des tronpes qu'il commandait : mais sa situation était très dangereuse, ^ les fuyards étant au nombre de cinq mille, la probabilité était Qu'ils se rallieraient, et qu'ils anéantiraient le petit corps du duc, Çni ne consistait qu'en cinq escadrons de cavalerie, soutenus par Wightman avec trois bataillons d'infanterie, qui avaient composé jasqu'alors'le centre de son armée. Argyle prit la détermination hardie de poursuivre les fuyards avec la plus grande vigueur, et u réussit à les pousser jusque sur les bords de l' Allan, où ils avaient passé la nuit précédente. Les insurgés firent dct fréquentes haltes, ^ furent aussi souvent attaqués et mis en déroute ; on le remarqua particulièrement du corps de cavalqrie qui portait l'étendard de «Jacques, et qu'on appelait Tescadronde la Restauration; ceux qui le composaient firent des attaques répétées et vigoureuses, dans lesquelles ils ne furent repoussés que par te poids supérieur de la cavalerie anglaise. Ce fut dans une de ces charges réitérées ^Qe le jeune et vaillant comte de Strathmore perdit la vie ^ tandis Qu'il cherchait en vain à rallier son régiment du comté d'Angué ; il fut tué par un soldat de dragons , après lui avoir fait quartier, ie comte de~ Penmure fut anssi blessé, et fut fait prisonnier par les royalistes; mais il fat tiré de leiirs mains par sou (rèré, Ol. lïenry Maole.

Le cbamp de bataille présentait alors un aspect singulier. Dans chacune des deux armées, Taile gauche était rompue et en déroute, l'aile droite yictoriepse et à la poursuite des fayards. Il ne parait pas que Mar ait fait aucune tentative pour profiter de son succès sur la droite. Le général Whitham avait à la vérité abandonné le champ de bataille à ses ennemis, et s'était enfui presque jusqu'au pont de Stirliug. Les montagnards victorieux ne se donnèrent pa9 la peine de le poursuivre ; maisayant traversé la scène de l'action, ils montèrent sur une hauteur nommée Stony-Hill de Kippendavie, où ils restèrent en groupes , l'épée à la main, Une cause de leur inaction en ce moment critique peut s'attribuer à ce qu'ils avaient jeté leurs armes à feu, suivant leur coutume quand ils font une chai'ge : une autre était certainement le manque d'aides-de-camp actifs pour porter des ordres; et une troisième, le caractère des montagnards, qui ne sont pas toujours disposés à l'obéissance. Ce qui est certain , c'est que si l'aile droite victorieuse des insurgés avait poursuivi le duc d'Argyle en arrière pendant qu'il s'avançait vers r Allan, elle l'aurait placé dans le plus grand danger, puisque tous ses efforts suffisaient à peine pour empêcher le ralliement de la multitude d'ennemis qu'il avait devant lui; on dit aussi qu'une partie des montagnards montra quelque répugnance à combattre. On assure que ce fut particulièrement le cas du célèbre Rob-Roy, qui, comme il est bon de le remarquer, était sous la dépendance du duc d'Argyle, à qui , pendant toute la durée de l'insurrection, il était dans Thalntude de lui faire part de tout ce qui se passait dans le camp de Mar. Un fort détachement de Ma&Gregors et de Mac- Phersons était sous les ordres de ce proscrit : et quand il reçut ordre de les conduire à la charge , il répondit avec beaucoup de sang-froid : — S'ils iie peuvent y marcher sans moi, ils ne peuvent y marcher avec moi. Qn dit qu'un nommé Alister Mac-Pherson, dit Clan-Yourigh, homme hardi, et qui exerçait l'ancienne profession de Rob-Roy, celle de marchand de bestiaux, impatient de l'inaction dans laquelle celui-ci les retenait, tira sa claymoreet cria aux Mac-Phersons de le suivre. — Halte-là, Sandie ! lui dit Rob-Roy : s'il, s'agissait de conduire un troupeau de moutons, vous pourriez y connaître quelque chose ; mais comme il s'agit de conduire dès hommes, c'est à moi d'en décider. — S'il s'agissait de conduire dans les montagnes un troupeau de moutons de Glen- Angus, répliqua Alister, la question pour vous,'Rob, serait qui s'y mettrait, non le d^rpier, mais le premier. Les deux champions

TROISIEMR SBRIB. 153

forent presqae sur le point de se battre, mais pendant ce temps Foccasion d'ayancer fat perdue.

Le duc d'Argyle étant de retour, après avoir poursuivi Taile gauche de ses ennemis, se trouva en contact avec leur aile droite, qui, victorieose conune nous Tavo^s dit, s'était postée sur la . hantenr deKippendavie. On fit <iaelque8 démonstrations mutuelles d'attaqoe ; mais le combat ne se renouvela de part ni d'antre, et les denx armées montrèrent une disposition semblable à effectuer leur retraite. Mar, abandonnant une partie de son artillerie, recula josqn'à Anchterarder, et de là se retira à Perth. Chacun des deux généraux prétendit avoir remporté la victoire ; mais comme Mar, a compter de ce jonr, renonça à toute idée de faire un mouvement ^enVooest, son bat pent se considérer comme ayant été complètement manqué. Argyle, an contraire, recneillit les frnits de la Tictoire en conservant la position par laquelle il défendait les n&sses terres , et en fermant anx insurgés tontes les avenues par où ils auraient pu y entrer.

^nombre des morts dans la bataille de Sherif&nuir fut considérable. Sept à huit cents hommes furent tués du côté des rebelles, ^ les royalistes doivent en avoir perdu cinq à six cents. Le sang noble y conla comme le sang plébéien. Une troupe de volontaires, au nombre d'environ soixante, parmi lesquels se trouvaient les ducs de Douglas et Roxburgh , les comtes Haddington, Landerdale, Loudon, Belhaven et Rothes, combattirent bravement, ^oiqu'on puisse douter qu'il f&t d'une bonne politique de ôsquer cette troupe dorie. Dans tons les cas, c'était une, preuve que les ^inps étaient bien changés , puisque le duc de Douglas, d(mt les ^cetres auraient pu lever une armée aussi nombreuse que les. oeui (jui combattaient sur le champ de Sherifimair, servait comme siniple soldat, accompagné seulement de deux ou trois serviteurs, ^e corps de volontaires se comporta d'une manière dignadu rang de ceax qui le composaient. Un grand nombre d'entre eux furent Messes, et le comte de Forfar fut tué.

La perte du comte de Strathmore et du jeune Clan-Randd fut ^^ coup fatal pour l'insnrtection. Le dernier était un militaire accompli. Il avait appris son métier dans les troupes françaises, ^t il était plein de zèle pour la cause de Jacques. — Ma famille, l'époiidit-il quand Mar l'invita à venir le joindre, a toujours été, en P^feilles occasions, la première à se montrer sur le champ de 'ouille, et la dernière à le quitter. Gomme il sortait des rangs,

IM msYOIRË VECOSSB.

mortdlemént blesM, le comte de Mdr le rencontra, et hii demanda

ë>arqaoi il n'était pas en front. — J'ai en ttia part', lai répondit le hef mourant, et il tomba mort devant son commandant. Un grand nombre de ^es Tassant quittèrent l'artnée par' suite de sa mort.

Aihsi commença et se teiittinâ tine mêlée cotifase dont nù faisetir lié ballades ccmteinpot'àiil dll avec Petite : ^ Il n'y à rien dé certain, si ctoifeftt qu'il y a éû tlne bataille, et j'en ai été tëmoin.

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