CHAPITRE Xrv
Ok poatait »*»tle»idre , après que les fondemens àa trône avaient ^ teltoaent ébranlé» par l'orage de 1716, que le gouyemement axjunJBerait sérienaement les causes qui rendaient les clans mon- «unards si dangereux à la tranquiUité pubUque , et qu'il prendrait mSoae» mesure» pour empêcher qu'on ne fît de leur valem- tonio^ active un instrument de ruine pour eux-mêmes %t pour le» autre». En effet, le ministère anglais recourut , sans perdre de temp». aux moyens plu» rigoureux et plus facûes de la force militaire qui est nécessairement et qui doit êtee le remède le plus innédiat en pareU cas .quoiqu'il soit loin d'être le plus efficace à la longue. La loi qui ordonnait le désarmement d^s montagnards , éludée «n bien de» cas, avait pourtant été assez généralement txé»atée «wr occaeioner des plainte» générales de vols qm » Mnm«tuùent par des troupes de gens armés , tandis qu'on n avait ïïnTte pays aucun moyeu de leur résister. Ces plaintes n'étment i>a«»M fondement, maiseUe» étaient exagérées par Simon Fra- H^. maintenant lord Levât, ainsi que par d'autres, qui désiraient f^yj ^i, dM arme» powr leur» vassaux , afin de pouvoir s en servit Bour leurs propres desseins. «., , i- .
En conséquence , en 1724 , le maréclial-de-camp Wade , offlciet habUe et expérimenté, rejut la mission d'aller inspecter avec attention l'état des monugnes d'Ecosse, et d'en faire son rapport, en indiquant les meiUeures mesures à prendre pour mettre la force du côté des lois , et protéger ceux qui étaient sans défense ; sm- les voies de communications qu'on pouvait ouvrir dans le pays ; en un mot , sur tous les moyens qui pouvaient amener la paix diui» des cantons si long-temps agités. En 1725, le même officier fat chargé d'une seconde mission pour le même objet. P«r smte da rapport du maréchal, diverses mesures importantes furent prises.
THOISIKHB SERIE. 195
Le clan des Mac-Kenzies avait pendant bien des années refusé de payer aq coUectear nommé par le gonyemement les reyenos des inens confisqués snr Seaforih. Ils en fusaient le paiement ^ un re« ceyear choisi par eux , qpi en transmettait onrertement le montant an comte exilé* On mit ordre à cet état de choses ; ce clan fdt forcé de livrer ses armes , et le goavernement loi fit remise des loyers arriérés qn'il ayait enyoyés à Seafbrth| en lot pardonnant généreasement sa fidélité à son Chef. D'antres clans se sooinirent et brent, du moins ostensiblement , la reddition de leurs armes | quoique les clans ennemis du ^gonyemement eussent soin de conserver on grand nombre de celles qui étaient dans le meilleur étiit. Un litiment armé fut statiotmé à Lochne'ss pour conunander les rives de ce grand lac. Des casernes furent construites en certainf endroits , rebâties en d'autres , et remplies de troupes réjgdUères. On eat de nouyeau recours à une autre mesure d'une Utilité fort douteuse et qu'ayait employée le roi Guillaume , mais que George l^'^ ayait Âscontinuée. C'était l'établissement de compagnies indépendantes poilr maintenir la paix dans les montagnef et détraire les bandes de brigands qui exisrçaient si audacieusement nn métier de déprédation. Ces compagnies , composées de montagnards yêtus et armés à leur manière , turent placées souf les ordres de gea» bien disposés en fayeur du gonyemement , oi| supposés l'être , et jouissant d'une grande influence dans les montagnes. On disait ayec raison qu'une semblable milice connaissant la langue et les moeurs du pay^s^ ferait plus que dix fois le même nouibre de troupes régulières pour arrêter le briganda^. Mais , d'nne antre part , l'expérience ayait prouVé que les soldats composant de pareils corps , soit par esprit de clan , soit par tout autrf niodty fermaient les y^eux sur ces yols , an entraient en composition avec les délinquans. Leprs officiers ayaient é^é ai^cusés d'en ^poser au gouyernement par de faux états de reyue. Par-dessus tOQt, la foi douteuse même de ces chefs, malgré l^urs démonstrations d'attachement au gonyernen^ent, rendaient le rétablisse nient de la garde Noire , comme on l'appelait pour la distinguer des troupes régulières qui portaient l'uniforme itAtîonal ronge , ^e mesure très précaire. Cependant on y recourut ^ et six compagnies furent formées snr ce principe.
l« marédial Wade ayait aussi le pouyoir de receyoir les act^ de soumission des proscrits et autres indiyidus qui ayaient mérité puniUon pour ayoir pris part à la rébellion , et de leur accorder
leur pardon ; ce qu'il fit à l'égard de plusieurs. II donna a^nssi la permission de porter des armes aux bouyiers , aux marchands de bois et de bestiaux, et autres individus occupés de quelque commerce du même genre /pour qu'ils pussent défendre leurs personnes et leurs propriétés. Dans toute sa conduite à l'égard des montagnards , on peut distinguer en général un caractère d'humanité et de bon sens. Il acquit quelque popularité , même en exécutant des ordres qui excitaient parmi eux autant de mécontentement que de méfiance.
Pendant ce temps i les Ecossais jacobites, soit par les lettres qu'ils écrivaient des pays étrangera, soit par le moyen d'agens habiles qui parcouraient le pays à ce dessein , faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour contrarier et déjouer les mesures qu'on prenait pour faire des montagnards de paisibles cultivateurs. Ik faisaient envisager sous Içs couleurs les plus odieuses la loi qm ordonnait le désarmement de ce peuple , quoique , dans le bit, il soit difficile d'ajouter au sentiment de honte et de dégradation qae doit éprouver un peuple libre quand on le prive de tout moyen de défense personnelle. Et ce n'était pas une nouveauté ponr eux que la doctrine pratique que , si les parties intéressées pouvaient déjouer cette tentative pour les priver de leurs droits naturels et de leur propriété légitime, soit par une remise d'armes illusoire, soit par des protestations qui pussent engager le gouvernement à les laisser en possession de leurs armes, soit en obtenant une permission de les conserver, soit en devenant membres des compagnies indépendantes , ce ne serait pas un déshonneur pour des hommes opprimés d'opposer l'aistuce à la force , et d'éluder des demandes injustes et déraisonnables auxquelles ils n'avaient aucun moyen de résister ouverteinent. Le succès des mesures 'adoptées par le maréchal Wade ne fut donc qu'apparent ; et tandis qu'il se vantait que les montagnards , au lieu de marcher armés de fusils , de sabres, de dirks et de pistolets, se rendaient maintenant aox églises, aux marchés. et aux foires, un bâton à la main, il ignorait combien de milliers d'armes débarquées des frégates espagnoles en 1719, ou introduites dans le pays de toute autre manière, étaient conservées dans des cavernes et dans d'autres refuges , pour y avoir recours quand l'occasion s'en présenterait. Mais la tâche la plus difficile du maréchal Wade , et celle qu'il exécuta avec le succès le plus complet , fut l'établissement de routes militaires dans les régions montuenses et désolées du nord;
assDrant.anx troupes régulières un libre passage à trayers un ^ys Sont on pouvait dire , quand il était tel que Payait créé la nature , que chaque montagne était unç forteresse naturelle, chaque yallée nn défilé. Les routes, comme on les appelait, n'ayaient été jusqu'alors dans toutes les montagnes que des sentiers tracés par les pieds des bommes et par ceux des bestiaux qu'ils chassaient de- Tant eux, coupés par des rochers / des marécages, des torrens , et par tons les accidens d'un pays inaccessible , où un étranger, même sans éprouver aucune opposition, aurait désespéré de pou- Yoir continuer son chemin solitaire ; mais où le passage d'un corps de troupes régulières, avec de la cavalerie, de l'artillerie et des bagages, était absolument impossible. Par le travail des soldats employés sous le maréchal Wade , ces sentierà se changèrent en d'excellentes routes , qui, depuis ce temps, ont ouvert des com^ mnni^tions libres et faciles entre toutes les parties des montagnes d'Ecosse. ' *
Beoi de ces grandes routes entrent des basses terres dans les
mntâgiies^ l'une à Griéff, près de Stirling ; Tautre à Dunkeld, à
peo de distance de Perth. Tournant autour des montagnes en dif-
férens sens, ces deux embranchemens se réunissent à Dalnacar-
doch. De là une seule route conduit à Dalwhinny, où elle se divise
encore en deux. L'une s'avance au nord-ouest à travers la Gar-
viemore, et au-dessus du défilé effrayant de Goityarick, jusqu'à
nn nouveau fort construit par le maréchal Wade , et nommé le
fort Auguste. La seconde s'étend de Dalnacardoch vers le nord
jusqu'aux casernes de Ruthven, dans le Lochaber, et de là à In-
Terness. De cette ville elle se dirige presque plein ouest, à travers
1'^^) joignant ainsi le fort Auguste à Inverne^s, et allant ensuite
jusqu'au fort William dans le Lochaber, en traversant le pays
habité par les Camérons, les Mac-DonaldsdeGlengarryet autres
clans regardés comme les plus mal disposés à l'égard de la famille
riante.
Ou ne doit pas supposer que les montagnards de cette époque ^eut avec indifférence détruire ainsi les défenses naturelles de lenr pays , et les lieux sombres et sauvages qui avaient défié l'approche des Romains rendus accessibles presque et tous côtés aux troupes régulières du gouvernement. On peut présumer qu'ils éprouvèrent ce qu'éprouveraient les habitans d'un pays protégé par une citadelle imprenable en la voyant démantelée , et'qùë le coup qu'ils sentirent en voyant leurs vallées ouvertes à une force
19%- HISTOIRE D'ECOSSB.
ennemie I ou du moins étrangère , iQur fat aussi sensible que celoî çui leur fat porté qaand on lenr demanda la remise des armes de leors pères. Mais ces sentimens ont passé comme les circoùstances qoi les avaient fait naître; et les rentes militaires établies dans les montagnes continueront à être an avantage inappréciable pour les pays qu'elles trayersenty quoiqu'on n'en ait plas besoin poarpré- Tenir le danger d^une insurrection ; et elles seront long-temps un monument publio de patience et d'habileté, qui n'est pas indigne des Anciens Romains. Ce fat aussi à la manière des Romains qnedes soldats réguliers furent employés à ce travail pénible » et une lé* gère addition à leur paie fit qu'ils se chargèrent sans repet de oette tâcbe^ Cette expérience réussit si bien, qu^on peut être surpris que les travaux publics n'aient pas été plus souvent es^écutès par des n^oyens semblables. ^
Le gouvernement et ses amis prirent encore d'autres mesures de U nature la plus louable pour améliorer la condition des montagnards. Mais comme les effets qu'elles devaient produire ne pouvaient se développer qu'avec le selsours du temps , on ne s'en occupa qu'avec une sorte dUnsouciance. Ces mesures avaient rapport à l'éducation de cette population à demi sauvage, et aux soins à prendre pour élever la génération nouvelle dans des principes de morale et de religion ; mais la loi rendue à ce 6i:yet par le parlement ne produisit presque aucun effet. La société pour la propagati<m de la connaissance du christianisme dans les moûtagnes d'Bcesse et dans les îles qui en dépendent , fit des efforts qui suppléèrent , jusqu'à un certain point, à ceux qui auraient dû être faits' par la nation : elle fonda des chapelles et des écoles > et &> pour éclairer le peuple de ce pays, pins que n'avait jauiais fait aucun prince qui eût régné en Ecosse ou sur l'Ecosse,
Tandis que le maréchal Wade s'occupait à rétablir la paix dan6 les montagnes, et à les rendre accessibles aux forces militaires, il s'éleva dans les basses terres un sujet de mécontentement qoi menaça d'avoir des suites sérieuses. Le gouvernement avait alors conçu le désir que le revenu de l'Ecosse deyînt une spurce prodac' tive pour le tréser public ; car il avait à peine suffi jusqu'alors pour les services publics et pour payer et entretenir les troupes néces-. saires à la tranquillité générale. U souhaitait donc avoir un excédant de revenu^ et les Jacobites faisaient méchamment courir le bruit que *c^était principalement afin de trouver des hnds en Ecosse pour fournir à une dépense d'environ dix guîuées par se*
marne qu'on payait à chaque membre écossais da parlement, prur rindettiniser des frais de son séjour à Londres. Cette dépense âTait été supportée jusqu'alors par le reyenu général de l'Etat; mais à présent , disaient les Jacobites, sir Robert Walpole aTait annoncé aux membres écossais qu'il fallait qu'ils trouyassent quelque moyen pour fonmir cette sonmie sur le reventt de l'Ecosse, on qu'As Adoptassent ceux qui seraient proposés ; sans quoi, sniTantnne pbrase très expressive, ils deyraient s'arranger à l'ayenir de ma« nièreà se procurer à leurs lï'ais des Jarretières pour attadier Murs bas.
Ce fat donc dans la vue d'augmenter les revenus pttbtieft en Ecosse, qu'on résolut d'imposer une taxe de six pence par baril SQf tonte VaU brassée dans ce pays. Le gouvernement , venant se manifester une opposition déterminée à ce projet , réduisit la taxe à trois pence par baril, c'est4i-dire à la moitié du taux auquel il ajait d'abord projeté de la fixer. Les membres écossais oonsen* ^t à cette proposition ainsi modifiée; mais elle n^en (àt pai ^epoar cela ûe meilleur œil en Ecosse, car eHe tendait à auginentw le prix d'une boisson d'usage Journalier $ et les principales ^es d'Ecosse, excitées par les discours de ceux qui avaient inté» rèt à enflammer l'esprit de la populace, se préparèrent à résister à cette imposition.
Çlaseow , qui s'était fait tellement remarquer en ITl S par sa fh aelité au gouvernement , était alors à la tête de cette conspiration; et le !^3 juin, jour auquel le nouveau droit devait eomineneer ^ être perçu , le peuple de cette ville déclara unanimement qu'il ^ se soumettrait pas à le payer. Des monceaux de pierres furent placés aux portes des brasseries et des magasins de dri^cbe , et l'on avertit les commis de l'excise de ne pas s'aviser d'en approcher, ^s qne ces symptômes alarmans se manifestèrent , deuk eompa* goies d'infanterie , commandées par le capitaine Busbell, furent envoyées d'Edimbourg à (Slascow pour prévenir de plus grands désordres. Quand les soldats arrivèrent , ils trouvèrent que la po* pnlace s'était emparée de la maison de garde, et elle leur en re* wsa l'entrée. Le prévôt de la ville , homme timide , ou Civorisant les mutins, obtint du capitaine Bushell qu'il eugrerrait ses soldats ^^ casernes sans occuper la maison de garde, ou tout antre poste propre à servir de rendez-vous en eas d'alarme. Peu de temps ^ptès, la violence de la populace augmenl;^nt encore, sa ftcreur 8e dirigea contre Daniel Campbell de Shawfleld > qui ^représentait
daii3 le parlement cette Tille et les bourgs qui remourent. Sa maison y la plos belle alors de Glascow , fat totalement détruite ; et la foule étant entrée dans la caye, sa rage puisa de nouveaux alimens dans le yin qu'elle y trouva. Tout cela se passa sans la moindre opposition y quoique le capitaine Bushell eût offert le secours de ses soldats pour rétablir le bon ordre.
Le lendemain, le prévôt se hasarda à faire enfoncer la porte de la maison de garde , et les soldats reçurent ordre de s'y rendre. On arrêta aussi une couple de mutins. A ces symptômes qui annonçaient la renaissance de l'autorité , la populace battit l'alarme^ se rassembla en porps plus nombreux et plus formidable que jamais, et entourant les deux compagnies de Bushell, les accabla d'injures, les assaiUità coups de pierres^ et les força enfin à faire feu. Neuf hommes furent tués et .plusieurs autres blessés. Lesma> tins, sans être épouvantés, sonnèrent le tocsin, forcèrent la porte du magasin d'armes de la ville , s'emparèrent de tous les fusils qu'ils purent trouver, et continuèrent à attaquer {es soldats. A la prière et d'aprjès les ordres du prévôt, le capitaine Bushell se mit en retraite vers le château de Dnnbarton , poursuivi et insulté par la populace jusqu'au tiers du chemin.
Dans la chaleur du ressentiment naturel excité par cette formidable insurrection, le lord-avocat, qui était alors le célèbre Duncan Forbes, marcha sur Glascow à la tête d'une armée considérable de cavalerie, d'infanterie et d'artillerie. De sérieuses menacesfurent faites aux mutins, et les magistrats furent sévèrement réprimandés conune ayant manqué à leur, devoir. Mais le sang-froid et la sagacité du lord-avocat prévirent que, dans l'état d'inflammation où se trouvait l'esprit public, il lui serait bien difficile de trouver un jury qui déclarât coupables ceux des mutins qu'il pourrait tradi^re en justice. L'affaire se termina donc avec moins de. bruit qu'on n'aurait pu s'y attendre, d'autant plus qu'on s'était assuré que l'émeute n'avait aucun but politique, et que, quoique la populace de Glascow eût été aigrie et enflammée par les Jacobites, elle ne s'était portée à ces excès que par suite de la résolution bien prise de continuer à boire son aie saiis payer aucune taxe.
Les habitans de la métropole virent l'établissement de cet impôt avec plus d'indifférence que ceux de Glascow. Quoique cette exaction leur déplût vivement, ils n'y opposèrent. qu'une force d'inertie ; et lès principaux brasseurs menacèrent de renoncer à
TROISIEMS SERIE. 201
leur profession, et de ne plus brasser d'âle pour la coii8<»iimation do pablicy si la taxe était continnée. Les lords de la cour de session déclarèrent, par an acte de Sederunif qae les brasseurs n'avaient pas le droit de quitter leur métier. Les brasseurs, en réplique, essayèrent de démontrer qu'ils ne pouvaient être légalement forcés à continuer nne profession qu'ils ne pouvaient plus exercer sans y perdre : h coor ordonna que leur pétition serait brûlée par l'exécnteur des hantes-œuvres, et les assura qu'ils n'auraient d'autre alteraatiTe qne de continuer l'exercice de leur profession ou d'être mis en prison. Quatre d'entre eux furent effectivement emprisonnés, ce qui ébranla considérablement la fermeté de ces réfractaires. Enfin, réfléchissant que la perte tombait en définitive non sur eux, mais sur le public, ils reprirent leurs occupations ordinaires, et payèrent tranquillement la taxe imposée sur la boisson 90% brassaient.
L'Union ayant alors commencé à produire jusqu'à un certain
point des effets avantageux , le parti jacobite perdit peu à peu une
grande partie de l'influence qu'il avait eue sur Topinion publique
et qu'il avait due aux préventions générales qui régnaient contre
cette mesure, et au dégoût inspiré par la manière dont elle avait
été conduite. En conséquence, le fait hisU>rique dont je crois à
propos de vous parler en ce moment n'a aucun rapport avec la
politique des Whigs et des Torys , et doit être regardé seulement
comme une preuve forte et puissante du sang-froid, de la fermeté et
de la résolution que peuvent montrer les Ecossais pour concerter
et exécuter un projet de vengeance.
Les côtes du comté de Fife , couvertes de petites villes et de petits ports de mer, «étaient naturellement fréquentées par des contrebandiers qui avaient constamment avec les officiers de l'excise des altercations quelquefois accompagnées d'actes de violence. Wilson et Robertson , hommes d'un rang inférieur, mais qui s'étaient distingués dans le métier de la contrebande, avaient supporté ^e grande perte par suite d'une saisie de marchandises prohibées. ^ la contrebande au vol il n'y a pas loin. Ces deux hommes volèrent le receveur de l'excise pour s'indemniser de la perte qu'ils avaient faite. Ils fui*ent mis en jugement devant la cour criminelle, et condamnés à mort.
Ces deux criminels, après leur sentence de mort, étant dans la prison d'Edimbourg, parvinrent à se procurer une lime, à l'aide de laquelle ils se débarrassèrent de leurs fers , et coupèrent une
202 mSTOmB D'ECOSSE,
de» barres de leur fenêtre. Un d'eux au moins aurait pu s^ëchapper sans l'obstination de Wilson. Cet homme, très corpulent , insista pour essayer le premier la brèche qu'ils venaient de pratiquer, et û se trouva resserré entre les barreaux de manière a ne pouToir ni avancer ni reculer. La découverte de leur tentative en fat bt conséquence, et des précautions furent prises pour qu'ils ne passent en faire d'autres. Wilson se reprocha amèrement de n'avoir pas permis à son compagnon de (aire le premier essai, car celni^Kâ étant plus maigre et plus mince, les barres ne lui auraient opposé aucun obstacle. Avec une générosité digne d'un homme qui aurait mené une meilleure vie, il résolut d'indemniser son camarade, à toat risque, du tort qu'itlui avait £ait.
C'était alors la coutume à Edimbourg que les criminels condamnés à mort tussent conduits , sons bonne escorte , dans une ^lise tenant à la prison, pour y assister au service divin. Wilson et Robertson y turent donc conduits sous la garde de quatre soldats de la garde de la ville. Quand le service fut fini, Wilson, qui était un homme vigoureux, saisit tout à coup un soldat de chaque maûi, cria à son compagnon de s'enftiir, et retint im troisième soldat en prenant avec les dents le collet de son habit. Robertson renversa le quatrième, sauta par-dessus les bancs dé l'église, et l^on n'en entendit plus parler dans Edimbourg. La populace, à l'imagination de laquelle le crime pour lequel ces deux hommes avaient été condamnés à mort n'offrait rien d'horrible, fat frappée de la générosité et de l'oObli de soi-même qu'indiquait la conduite de Wilson, ^i prit tant d'intérêt à son sort, qu'un bruit général se répandit qu'elle ferait une tentative pour le sauver au moment de l'exécntion. Pour prévenir, comme c'était leur devoir, toute émeute de cette espèce, les magistrats ordonnèrent à un détachement des gardes de la viUe , espèce de ^naréchaussêe , ou de gens ctarmis mmés et disciplinés comme des soldats, de protéger l'exécution.
Le capitaine de ce détachement était le célèbre John Porteoos, dont le nom ne sera pas oublié en Ecosse de long-temps. Cet hODune,'dont le père était bourgeois et citoyen d'Edimbourg, avait servi dans l'armée de ligne., ce qui avait été unereconmiandatiou en sa faveur auprès des magistrats, lorsqu'ils avaient voulu, en 1715« donner à leur garde civique un caractère militaire plus effectif* Comme officier de police très actif, Porteous s'était néipessairement trouvé bien des fois en collision avec la canaille de la ville; et comme il se montrait sévère dans la manière dont i)
TROISIBMS 8ËRIK, 2ÔS
T^primait et châtiait de légers délits et de petites émeotes, fl Aait, comme c'est l'ordinaire des personnes de sa profession , souyerai* nement haï et détesté par la popillace. Elle l'accusait aussi dV boiftr de Tantorité qui lui était confiée en protégeant les exlrayagances des hommes riches et puissans, tandis qu'il était inexorable quand il s'agissait de punir la licence des pauvres. Porteous avait en ontre sa bonne part de l'orgueil de sa profession , et il semble avoir été déterminé à prouver que le corps qu'il commandait sot* û$ait, sans autre assistance , pour mettre ordre à toute émeute foi pourrait avoir lieu à Edimbourg. Diaprés cette raison, il regarda comme une sorte d'affiront que les magistrats, à l'occasioti aePexécntion de Wilson, eussent ordonné au régiment de Moyle oe se tenir sons les armes dans les faubourgs , pour prêter mainforte 61 la garde de la ville tie suffisait pas pour midntentr l'ordre. Il estprobable^ d'après ce qui s'ensuivit, que le^ hommes commandés par l>orteons partageaient la jalousie de leur chef contre les troupes i^gnlières , et son antipathie pour la populace , avec laquelle ils étaient souvent en hostilité ouverte, par suite des fonctions qu'ils remplissaient.
LWcntion dç Wilson eut lieu le 14 avril 17S6, k la manière accoutumée, sans aucune interruption, sans même que rien en j&cnaçât. Le criminel, conformément à sa sentence, resta pendu jnsqu à ce qu'il fàt mort ; et ce ne ftit que lorsque la corde eut été conpée, que la populace, suivant son usage ordinaire, commença a vomir des injures contre l'exécuteur, à l'insulter et à lui jeter des pierres, et elle en jeta même contre les gardes de la ville. k.nx autres exécutions , ils avaient eu coutume d'endurer de pareilles ^suites avec une patience louable ; mais en cette occasion , ils étaient dans un tel état d'irritation , qu'ils oublièrent leur modé- ^tiou ordinaire, et ils répondirent aux volées de pierres par nne ^<>Iée de monsqueterie qui tua et blessa plusieurs personnes. Tout ^ se retirant vers la maison de garde, la populace les poursuivant ^ les chargeant d'exécrations, quelques soldats, qui étaient au dernier rang, firent volte-face, et tirèrent de nouveau. En conséquence de cet acte de violence inutile et non autorisé , et pour donner aux habitans d'Edimbourg satisfaction du sang qui avait ete si imprudemment répandu, les magistrats avaient dessein de nieltre Porteous en jugement sous l'autorité du lord-prévèt, comme ^Qd shérif de U ville. Ma^s les hommes de loi qu'ils consultèrent leur ayant dit que cette juridiction pourrait être récusée, Pôrteou^
fat accusé de meurtre deyant la haute cour criminelle. II nia qu'il eût jamais donné ordre de faire feu, et il fut prouyé que le fusil qu'il portait n'avait pas été déchargé. D'une autre part, au milieu des dépositions confuses et contradictoires qui furent faites par tant de personnes qui avaient tu les mêmes évcnemens de différens endroits, et peut-être avec des sentimens différens, il se trouva des témoins qui déclarèrent avoir vu Porteous prendre le mousquet d'un de ses soldats, et faire feu sur la foule. Un jury compose dliabitans de la ville courroucés envisagea Taffaire sous le point de vue le plus défavorable à l'accusé, et le déclara cou{^able de meurtre. Le roi George II était alors sur le continent, et la régence du royaume était principalement entre les mains de la reine Caroline, femme du plus grand talent, et naturellement disposée à tenir aux prérogatives de la couronne. II parut à Sa Majesté et à ses conseillers que , quoique la conduite de Porteous et de ses soldats eût été certainement téméraire et répréhensible , cependant, vu les circonstances qui y avaient donné lieu, on ne pouvait à beaucoup près y trouver un crime de meurtre. Le capitaine Porteous, en s'acquittant d'un devoir dont il avait été chargé par une autorité légale, avait été sans aucun doute attaqué sans aucune provocation de sa part; il avait donc eu le droit de se défendre, et s'il y avait eu excès dans les moyens auxquels il avait eu recours, cependant un acte de violence motivé sur la nécessité d'une défense personnelle , ne pouvait être regardé comme un meurtre^ quoique ce pût être un homicide. D'après ces considérations , la régence ordonna un sursis à l'exécution de Porteous, ce qui était le préliminaire d'un pardon auquel on aurait peut-être mis quelques conditions.
Quand la nouvelle de ce sursis arriva à Edimbourg, elle y fat reçue avec une sombre et générale indignation. Ceux qui avaient perdu la vie par le feu des gardes de la ville n'étaient pa» des gens de la dernière classe du peuple; car la plupart des soldats, émus par un sentiment d'humanité naturel, avaient tiré par dessus la tê^e des mutins, et, en agissant ainsi, ils n'avaient occàsioné qae de plus grands malheurs ; car les fenêtres étant garnies d'une foule de spectateurs , leurs balles avaient tué quelques personnes de condition. Un grand nombre de personnes de tout rang désiraient donc que la vie de Porteous servît d'expiation pour le sang qui avait été si témérairement versé par les soldats qui étaient sons ses ordres. Il sembla s'élever une opinion générale défavorable an
malhenreux condamné; çt sans poavoir en remonter pontWement i la som*ce, on entendit des menaces publiqnes^ qae le snrsis ne saayerait pas Porteou^ de la yengeance des citoyens d'Edimboorg. Le 7 septembre , Teille du jour qui avait été fixé pour son exécQtion, était enfin arrivé , et Porteoos, comptant sortir bientôt de prison, ayait donné à dîner à quelques amis , quand la fête fut interrompaed^ane manière fort étrange. Edimbourg était alors entonrée de mars à l'est et au sud ; du cdté de l'ouest cette ville était défendaepar le château , et du cdté du nord par un lac appelé le Nort-Loch. Les portes se fermaient régulièrement chaque soir et étaient gardées. 11 était à peu près l'heure où on les fermait, ^[aand un rassemblement tumultueux commença à se former dans le faubourg appelé Portsbourg, quartier qui avait toujours été babitépar des ouvriers , et en général par des personnes de condition inférieure. La populace continua à s'attrouper, et pour rendre le rassemblement plus nombreux/ on battit d'une caisse qu'on ayait prise à l'honmie qui exerçait les fotictions de tambour dans ce faubourg. Se trouvant assez forts pour commencer à exécuter leur projet , les mutins s'emparèrent de la porte de l'ouest , la clonèrent et la barricadèrent. Suivant alors Cowgate , et gagnant High-Street par les nombreuses petites rues qui sont entre ces deux principales rues de la vieille ville , ils se rendirent maîtres de la porte de Cowgate et de celle de Netherbow ; et ainsi , a l'exception du côté du château , ils isolèrent entièrement la viUe des forces militaires qui étaient en quartier flans les faubourgs. Ds attaquèrent alors les gardes de la ville , dont quelques-uns étaient de service suivant Tusage. Ils leur prirent leurs armes et les chassèrent de;, la maison de garde, mais sans les maltraiter autrement , quoiqu'ils vissent en eux les agens de Tacte de violence dont ils se plaignaient. Ils s'emparèrent des hallebardes , des haches du Lochaber , des mousquets et autres armes qu'ils trouvèrent dans la maison de garde ; et une bande nombreuse se dirigea vers la porte de la prison y tandis qu'un autre corps se rangea avec beaucoup de l'égalante en face des Luckènbooths. Les magistrats, avec la forcé qu'ils purent rassembler, firent un effort pour disperser la multitude. Us furent vigoureusement repoussés, mais sans plus de violeAce qu'il n'en fallait pour prouver que la populace était ferme dans son dessein, quoi^'elle voulût Taccomplir en faisant le moins de mal possible à qui que ce fût, et en se contentant d'une yictime. Cette entreprise attrait pq se trouver interrompue , si les
20fi HISTOmS D'ECOSSE.
4al4ftt8 da régiment de Moyie fussent entrés dans la TÎlle du cftté de la CanoDgate où ils étaient en quartier, on si la garnison da çbâtoan em ^t descendue. Mais ni le colonel Moyle , ni le gouver- «wr da çh&tean » ne se soucièrent d'intervenir dans cette afhire , Urtr Iwr propre resDonsabilité , et personne n'osait leur porter une jpé^owiition par écnt de la part des magistrats.
Cependant les mutina demandaient à grands cris , à la porte de )ft priflWy que Porteous leur fid livré ; et comme l'entrée leur en lalreluséet ils se préparèrent à- enfoncer les portes. La porte extérieure» comme cela deyait être pour Tusage auquel elle servait « était Udle qu'elle résista aux furieux ^ quoiqu'ils employassent poof la iorcer des mi^'teaux de forge et des leviers de fer. Ils eurent çufin recours au feu i et des barils à goudron, avec tels autres combustibles qu'on put trouver, ayant été allumés, les flammes firent luentdi à la porte une brèche à travers laquelle le geôUer leur en îeta lea dtéa« Us y entrèrent alors sans plus de difficulté. Sans s^inquiéter du destin des autres détenus , qui naturellenient profitèrent de cette occasion pour s'écbapper, les mutins , ou leurs chefe , ne songèrent qu'à cberçheir Porteous. Ils le trouvèrent caché dans le tuyau de la» cheminée de son appartement ; une grille qui la traversait , comme c'est l'usage dans les prisons, Fayant empêché de ViOiiter plu^ haujl^ Ils en arrachèrent leur victime, et lui or« donneront dese préparer à subk la mort qu'elle avait méritée. Ils Ôe filment pas la moindre attention à ses prières pour obtenir merci ^ ni aw offres qu'il leur fit pour racheter sa vie. Cependant an mlieu de cet esprit de vengeance obstiné , il n'y avait que peu dp tumulte ,1 et pas plus de vi^Jence qu'il n'en fallait pour venir i bouJi deleur dessein. Ils permirent à Porteous de confier à un ami Vargwt et les pu|^rs qu'il avait , pour en faire*Ia remise à sa &swUe. Uu dpji«mutin3.,y homme qui avait Tair grave et respectable , le^ efargea»,, çu sa qualité d'ecclésiastique , de lui admmistrer les iff»W>lTMiftFij*F flipirikttelles qpt^ pouvait exiger la situation d'tin Ippmme qjoi n'ayait plus. q|a,e quelques minutes à vivre. II fut condi# d4 lâ[ prison, sur le. i^rassmarket , qui, étant le lieu ordinaire im- ex^utÂPn^ et Veindroit où ce malheureux avait tiré sur k P^Upto » on. ordonné à ses soldats de le faire , avait été choisi pour lui faire suhu: la peine de mort. Ils s'y rendirent avec une sorte de oortiége,^ gardés, par une troupe de mutins armés de mousquets , 4aha4)b#s.et antres armes qu'ils avaient prises dans la maison de tf^e^ twdJ^ qpe. d.'uuti:es.pQrtaieut des torches et des flambeaux.
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Porteoas était an milieu d'eox , et comme il refiucit de marcher^ il fat porta par deux hommes sur ce qa'on appelle en Ecosse le coussin du roi, deux persomies se prenant les mains Tone do l'antre en croisant les bras', de manière à former une espèce de ^ége snr lequel one troisième peut s'asseoir. Ils avaient on tel sanç-frpid qoolorsqa'nne de ses pantoufles lui tombait du pied, ils s'arrêtaient josqn'à ce (foCon l'eât ramassée et qu'on la lui 0ftt remise.
Les citoyens d'one classe supérieure regardaient de leurs fenêtres cette scène extraordinaire ; mais la terreur les aqrait em* péchés d'j intervenir, ({uand même ils en auraient eu la volonté. En descendant de West-Bow, qui conduit à la place d'exécution» les mutins ou conspirateurs, — nom qui cai|vientpeut>âtre miemip àdes komanes de ce caractère, — se munirent d'un roul^u de corde en forçant la porte de la boutique d'un marchand qui en Tendait, et ils laissèrent en même temps une guinée pour eii payer le prix : précaution qui ne se serait guère présentée à l'esprit de gens de la dernière classe , dont le rassemblement parais* sait entièrement composé. Un cri demanda un gibet , afin que Porteons mourût suivant toutes les formes légales. Mais comme cet iqstrument de mort se gardait dans une partie ébignée de la ▼ille, et qu'il aurait fallu perdre du temps pour l'aller chercher^ <m p^dit l'infortuné à la perche d'un teinturier, aussi près qu'il était possible de La place ordinaire des (ÇçtécuUons. Les efforts que le njalheureux fit pour se sauver ajoutèrent encore à ses tortores , car ayant réussi à apsir des àenx mains 'la percbe à laquelle il était suspendu, on les lui frappa à coups de canon de fusU et de hacbe pour la lui faire lâcher, de sorte qu'il souffqt plus qu9 de coutume dans les convulsions qui teromèrepit #a vie,
Qoand Porteous fat mort, les mutins ;»e disperserez , retirèrent sans bruit et sans désordre tons les posl4BS qu'ils avaiept placés pour empêcher qu'on ne les interrompît (lans lenrf opérations, et laifiisèrent ]a ville si tranquille, que sans 1^ restes du fep qui avait été employé coi^tre la porte de la pHson» sws 1^ armes qui étaient éparses çàet là dans la rue , partout où ils les avaient jch tées, et sans le c(H1>s de Porteous qfi'ik laissèrent suspendu i l'endroit où il était mort , il ne serait resté aucun signe visiUe auf nonçant qu'une explosioQ si violente de fiireur populjsire venait d'avoir lieu^, Le ^Quverii^mçm, fort çf&n^é ie çp mépris ^ud^ux d/ç ^oi)
autorité , chargea les conseils de la couronne de la tâche de chercher à découvrir les mutins avec le plus grand soin. J'ai sous les yeux en ce moment le rapport de M. Charles Erskine, alors solliciteur général , et il prouve les efforts qu'il fit pour remonter à la source des bruits nombreux qui accusaient divers individus d'avoir pris part à cette scène nocturne de violence. Mais tous ces bruits, approfondis avec attention y se trouvèrent sans fondement, et il fut évident qu'on devait les regarder comme des mensonges volontaires envoyés de l'étranger pour tromper ceux qui s'occupaient de cette recherche', et leur donner le change ; ou du moins que c'étaient de vagues rumeurs sans authenticité , que font naître de pareilles commotions , comme les bulles d'air qui s'élèvent sur la surface de l'eau troublée. Le gouvernement offrit une récompense de deux cents livres pour la découverte de quelque personne que ce f&t ayant pris part à cette émeute/ mais ce fut sans aucnn succès.
Un seul individu fut prouvé avoir fait partie du rassemblement, et les circonstances dans lesquelles il se trouvait' le mettaient hors de l'atteinte de tout châtiment. C'était un domestique attaché au service d'une dame de qualité , et qui avait une intelligence très bornée. Sa maîtresse l'ayant chargé d'une com'mis'siôn'dàns Edimbourg, il avait tellement bu qu'il avait perdu le peu de bon sens qu'il avait. Dans cet état, il se mêla avec les mutins , et l'un d'eux lui mit en mains une hallebarde. Mais les témoins qui déposèrent de ce fait, déclarèrent aussi que Faccusé ne pouvait se soutenir sur ses jambes sans être soutenu par les mutins, et qu'il était totalement hors d'état de savoir dans quel dessein ils étaient rassemblés , et par conséquent d'approuver leur crime et de les aider à le commettre. Il fut donc acquitté , au mécontentement encore plus grand du ministère et de la reine Caroline , qui considéraient cette émeute et l'impunité dont elle était suivie, comme une insulté personnelle à son autorité.
Un bUl fut préparé et présenté au parlement pour la punition de la ville d'Edimbourg. Onpropotoit de révoquer la charte de la ville /d'en démolir les murs / d'en supprimer la garde, et de déclarer le prévôt incapable d'exercer aucunes fonctions publiques. Une longue enquête eut lieu en cette occasion , et grand nomlnre de personnes furent interrogées à la barre de la chambre des pairs, sans que leur interrogatoire jetât le moindre jour sur cet attroupement, et sur les individus qui l'avaient dirigé. Les dispositions
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pénales de ce biU forent TÎgoiureiuement oombattaes par le dae d'Argyle, Doncan Forbes et autres, qui représentèrent qa'il était injuste de frapper de déshonneur la lïlle d'Edimbourg, à cause de rinsolence d'une populace effrénée, qui , profitant d'un moment de sécurité , avait troublé la tranquillité publiqtie et eomàiis un menrtre abominable. A mesure que les esprits se refroidirent , les dispositions pénales disparurent du bîll, et la seule qui resta fat one amende de deux mÛle livres sterling que la Tille fut condam* née à payer i la TeuTe du capitaine Porteoûs. Gomme die «rait déjà reço d'autres Cayeursde la Tille, elle donna sa quittance finale moyennant quinze cents Uttcs , et ainsi tout fut fini en ce qui concernait la Tille d'Edimbourg.
Mais comme si une fatalité s'était attachée à cette affiûre, il s'était glissé dans le bill un article qui obligeait les ministres de l'Eglise d'Ecosse à lire en chaire , une fois par mob , pendant le Goors d'une année, une proclamation pour inTiter leur audit<Hre à faire tout ce qui serait possible pour découvrir les meurtriers du capitaine Porteous, ou* quelqu'un d'entre çux, et les traduire en justice. Ils devaient aussi faire mention de la récompense promise par le gouTemement à quiconque procurerait la condamnation des ^^ssassins. Un grand nombre de mimstres éçossus furent mécoui* tens de cette obligation qui leur était imposée , et la regardèrent comme une tentative indécente pour faire partir de la chaire une clameur de haro, et surtout comme un empiétement du gouvernement sur l'autorité spirituelle de l'Eglise, ce qui, suivant leuropilûon, était tomber dans l'hérésie des Erastiens. Éndutre, ib ne considéraient pas comme un objet indifférent, que les ministres, en lisant la proclamation du corps législatif, fussent obligés de donner aux évêques le nom de lords spirituels , assemblés en parlement. Cette épithète semblait reconnaître Iç rang légal désavoué pv tous les vrais calvinistes. Cette querelle fut d'autant plus violente qu'elle suivait immédiatement un schisme qui venait d'avoir lien dans tEglise, relativement au sujet si fécond du patronage > Vû avait retranché de la communion de l'Eglise d'Ecosse cette classe nombreuse de non-ccmfonnisteç, généralement appelés &- ^rs ^ Les.esprit^ s'échaufSèrent mutuellement, et il éclata des ^sensions violentes entre les ministres qui lurent la prodamatiou et ceux qui s'y TÔf usèrent. Cette controverse , comme beau-
tl# mSTOIRH I^IKiQSSB.
^9ip d'mtre^î ^m aou ins^nt» p«ii4^^ leqpttl m ae parla c^ère
4kêo/Lf^ «b^is^f et aTec 1^ ^çmps ça ^ojet d^ipt usé et s'oOblia.
Vorigiiiedo Vattroiipeaifa^ qui fut «uivi de la mort de Porteons
^OB^mi }Q|ig-tf«iq^ à exercer la çiiriosité de ceux qui se aouve*
Jm^9fi ^ «et éY^nen^^t ^ et d'après \e mélange extraordinaire de
prudfu^ et d'audace qu'on remarqua dans la oai»Geptioin et Texé-
filtiOQ de ce porcjet, et le secret impénétrable avec lequel toute
TeiMvepci^ {9! couduite, le publiât était très porté à croire qu'il
a'éU^t ireiiTé patipi les acieurs de cette scène des hommes d'un
rang et d'un caractère fort au-dèsaua de la populace qui en oompo*
sait lea ageos ostensibles. On rapportait des histoires décousues et
imparfaites d'hommes déguisés en femmes ou en artisans ^ et dont
la tournure annonçait un sexe et des manières qui n'étaient pas ce
91e leur costume pcurtail à oroire.. D'antres riaient de ces récita,
•eomme étant des exagérations sans fondement, et soutenaient qae
la populace» à qin Porteons était devenu odieux par suite de ses
fonctions offt^ellesi était la classe qui avait d& le plus vraisembia-
blement eem^vmr et exécuter le.plan de ce meurtre^ et quels
aeeret si merveilletisement gardé en cette occ^ion,devaits'a ttri-
bu^ à la fidélité constante des Ecossais les uns ekivers les antres
qqand.ils swt:engagés dans une cause qui leur est commune. On
ne sut y et probablement on ne saura jamais rien de certain à ce
siqet} mais e'eat un fait bien connu ^qae plusieurs jaunes gens
quittèrent l'Ecosse par crainte des enquêtes qu'on faisait sur les
étènemens de la nuit; et pendant la première jeunesse de votre
grand-pèrei la voix de, la renommée désignait des individus qui,
Ipngrteinps abs^ia de ce pajs^ y étaient revenus après avéîr fait
leor forlitne dims les. Inde» orientales et occidentalesi comme des
b(ommesiqui avaient pasaé au f^^ étranger par suite de la mort
de Pm^wiasé On me racènia une hisleire de roriginè de oette
cpa^ûjriitia4k> ayant tant de plai^sihUité^ et en m^ne temps si
siuiple et sÀ .naturelle) que, ^«oiffoe les preuves qu'on te dei^neit
fassent bien loin.de sufËre, après un e^^uien approfondi» pour
étabUr le fait d'une tnanière positivoi je ne puis m'empêcher de la
regarder comme kl compte le plus probable qu'en puisse rendre
de ee^ aft^ira mystérieuse* Qti assu|rait qu'un homme qui avait
Iong-I0mpa joui d'une excellente r^utation» et qui. avait été
cbafpentier et garde-focestier d'un riche gentilhomme du comté
de Fifo, avait avoué sur son lit de mort , non-seulement qu'il avait
été un des acteurs dans la scène du menrtre ^e Portep^Si ff^ais
même qa!il ayait fait partie du petit nombre de ceux qui en ayaient conçu et dirigé le plan en secret. Doaze indiyidos dn yillage de Path-Head, — tel ëtait, disait-on» le récit fait par cet homme, — ayaient juré la mort de Porteous , autant pour tirer yengeance de celle de Wilson, ^yec lequel la plupart d'entre eux ayaient été mû» p«p lea Iîms de Fanitié el aasoeiée à son coMinaroe ilUeite, que peur yenger celle des personnes qui ayaient été tuées lors de son exéeatioii» Cette troqpoiyiiidîealiye trayersa le Forth à diffé* rens gaés^ et se réunit dans un endroit isolé près d'Edimbourg, où eUe dinrikia le» rolea de Um^ oeax qui deyaient prendre pan à cette scène tragique. Ayant ainsi commencé leur entreprise , elle se Tit bientôt secondée par la populace de la yille , dont l'esprit était dans cet état de fwinentation qui la disposait à aoiyre l'es^emple de quelques honunes déterminés. En questionnant à ce 3DJet les Q»em}>res dje la famille du défunt, on les trouya disposés à traiter l'histoire de cet ayeu comme une fiction ; et ib dirent que,^ ipoiqa^il fut d'an âçe qui seipblait yenir à l'appui de ce conte, et (p%tti parti du pays très pça de temps après la mort de Porteoua, bien Jbin d'siyoir ayoué qu'il y eût pris aucune part, il ayait toujours protesté de aon.innocence, quand on le soupçonnait d'en ayoiv été le cMnplice, cq qui armait quelquefois. Au surplus le bruit dont noua yj^oons û^ pairlçr, quoique probablement inexact dana beaucoup de circonstances,^ semble rendre compte d'une manière très Tpaisemblable de cette émeute, en attribuant aux projets de Yengeance do quelques honunes déterminés dont l^exemple fut promptement suiyi par la populac6, les esprits étant dans cet éta;t d'irritation* q^i les disposait à pren^f eieu à la première étincelle. Cette acène extraordinaire et mystérieuse m'a paru être la seule circoustanoe qui^puisise yous intéresser, comme appartenant exclusiyem^it à l'histoire d'Ecosse pendant les années qui sniyireQt inunédi^t^ent la giowre dyile de H l^i et celles qui précédèrent la d^raièce explosion du J9€obitism<» en ce pays^ en 17iâ.