CHAPITRE XXIII
Dispersion de* forces de lord Loudon /et occupation du Su;herland par le comte de Cromarty. -~ Le duc de CumberlanJ passe le Spey, à la tète d'une année en bon état. — Mécontentement |Mirmt les partitanv du prince Charles. — Résolution du Prince de combattre le dnc de Gnmber* land. -— Conseil de guerre. — Marche noclurue dans la Toe de surprendre le camp du dqc de Cuinberland à Nairne. — Cette entreprise échoue. -— Retraite de l'armée montagnarde à Culioden. — Bataille de CuUoden.
Le dernier acte de cette grande tragédie domestique était sur k point de commencer ; cependant il reste quelques autres incidens à rapporter avant d'arriver à cette catastrophe. Les avant-postes des armées principales s'étendaient le long du Spey, et les montagnards parurent quelque temps disposés à maintenir la ligne de séparation formée par cette rivière, quoique une guerre défensive ne fût pas celle qu'on pouvait espérer que ce peuple ferait avec succès. Il est probable qu'ils ne s'attendaient pas que le duc de Gumberland s'avançât sérieusement de son quartier-général d'Aherdeen avant le commencement de l'été , époque où leur armée serait rassemblée. Plusieurs affaires d'avant-postes eurent lien entre le général Bland , qui commandait l'avant-garde de Tarmée duDac, et lord John Drunimond, qui commandait celle du Che- Talier. Les montagnards eurent en général l'avantage dans cette sorte de guerre irrégulière , et , par exemple , cent hommes des troupes du roi furent surpris dans le village de Keith , et tués ou. faits prisonniers par John Roy-StewaVt,
Vers la même époque, le prince Charles fit une perle consîdér rable. Le Hasaîd, sloop de guerre , arriva dans les mers du nord, ayant à bord cent cinquante hommes pour son service , et, ce dont il avait encore un plus grand besoin, dix à dpuze. mille livres sterling en or. Ce vaisseau , chargé d'une cargaison si importante, fut chassé par n^e frégate anglaise, çt son équipage le fit, échouer
«éans la baie de Tongue. Les marins et les soldats se sauvèrent à terre, et emportèrent Targent avec eux. Mais ils se trouvaieiit dans un pays ennemi et qui ne leur offrait aucunes ressources. La tribu des Mac-Kays prit les armes, quelques troupeside l'armée de lord Loudon se joignirent à elle, et ils poursuivirent les étrangers si vivement , qu'ils les forcèrent à se rendre, et s'emparèrent de leur argent. On dit qu'on ne leur trouva que huit mille livres sterling , leurs vainqueurs: ou d^autres s'étant approprié le surplus après leur débarquement . A cette perte, qui eut des suites fâcheuses poar l'armée montagnarde, se rattacha une suite d'évènemens qui eurent lieu dans le Suth^rland , et que je vais vous rapportetr brièvement.
Vous vous rappellerez que le lord Loudon s'était retiré d*Invei*ness dans le comté de Ross , à la tète d'environ deux mille hommes composés des clans whigs. Au commencement de mars, le Prince avait fait partir lard Gromarty avec sOn régiment , les Mac-Kinnmis, les Mac-Gregors, et le corps de Barrisdale, pour déloger lord Loudon. Ils y réussirent, à l'aide du secours temporaire de lord George M lîrray. Lord Loudon , se retirant devant une armée qui était alors composée de la fleol* des montagnards, disposa ses forces à divers passages du Fritb ^ quisépsEre le comté de Sutherland de eelaî de Ross , afin de les défendre contre les insurgens.
Cependant , le 20 mars , les rebelles , sous les ordres de lord Gromarty, traversèrent le Frith près d'un endroit nommé Meiklë- Ferry, et furent sur le point de surprendre le détachement qui lé gardait. Le comte de Loudon, informé de cette invasion, en con^ 6lut que ses f6rces étant éparses et inférieures en nombre , il lui était impossible deles rassembler ponr disputer le terrain. En couséquence il envoya ordre aux officiers qm commandaient les différcBspdstes, de pt)urvoir à leur sûreté, et de renvoyer les hommes qui étaient sous leurs ordres , chacun dans leur district. Loudon lui>^néme, le lord-président, et d'autres personnes de haut rang, qu'on pouvait supposer être l'objet de l'ailimosité particulière des insurgens, s'embarquèrent aYéc les Mac-Leods et les Mac-Dbnalds, et s'en allèrent avec eux dansl'ile de Skyè. On pouvait donc dire que cette armée était dispersée et licenciée. Ce fut par suite de cette dispersion que quelques soldats de Xoudoil se trouvèrent dans le pays des Mac-Kayst^uand l'équipage du Hasard y aborda, et les aidèrent à s'en emparer.
z. Frith est aa mot écossais sigoifiant an bras de mer s'ayançant entre deaz terre««
360 HISTOIRE D'EGOSSS.
Lord Cromariy était alors en pleine possession de la côte da Sutherland et du château de Danrobin, que le comte de Sutherland avait trouvé impossible de défendre. Le général jacobile ne put pourtant exercer beaucoup d'influence dans ce pays; les vassaux et les paysans non-seulement refusèrent de se joindre aux rebelles , mais ils gardèresnt possession de leurs armes , et ne Toalarent pas accepter les conditions de soumission les plus favorables. A la vérité le comte de Gromarty recueillit quelque argent , prit une vingtaine de bons chevaux dans les écuries du comte de Sunderland , et mit en pièces les voitures de ce seigneur , pour employer le cuivre et le cuir à faire des targets; mais l'esprit du pays étant hostile à la cause jacobite , le comte , quoique najturellement plein de douceur et de bonté , fut obligé en cette occasion d'user de quelque sévérité. Pour inspirer de la terreur aux autres, les maisons de deux des capitaines de la milice furent pillées et brûlées ainsi que leur mobilier. Cçtte mesure était contraire à Finclination de certains montagnards dont la conduite douce et tranquille avait été jusqu'alors un sujet de surprise et d'éloges. Je n'aime pas cet incendie , dit un vieux montagnard qui regardait les flammes qui s'élevaient ; jusqu'à présent cinq de nous ont m& en fuite vingt de nos ennemis ; mais si nous continuons à agir d'une manière si barbare, nous pouvons nous attendre à voir yingt de nous fuir devant cinq. Dans le fait, cette prophétie n'était pas loin de recevoir son accomplissement. Le comte de Gromarty étendit ses opérations jusque dans les îles Orcades, mais il ne reçut pas plus d'encouragement des habitans de cet archipel que de ceux du Sutherland. Dans le Caithness, quelques gentilshommes plortant le nom de Sinclair embrassèrent la cause du Chevalier; mais au total on dit qu'il n'y eut pas plus de quarante*trois hommes de oe .420mté qui joignirent son étendard. Le commencement d'avril était alors arrivé, et les indices de l'approche du duc de Cumberland .en personne rendaient évident qu'il ne serait pas permis pins longtemps aux insurgens de prolonger la campagne par une guerre d'avant-postes, mais qu'il faudrait qu'ils combattissent ou qu'ils se retirassent dans les montagnes. On prévoyait que cette dernière ^mesure détruirait totalement la cavalerie des basses terres da \|»ince Charles. Un grand nombre de cavaliers avaient déjà perdu leurs chevaux pendant la retraite, et l'on fut obligé d'en former âne garde à pied.
Le Prince n'hésita pas un instant sur ce qu'il avait à faire.
TROISIEME SmE.. 361
€k>mme les jouears qui jouent gros jeu , il avait une tendance an fatalisme, entretenue par ses succès à Preston et à Falkirk^ et il ëtait décidé, comme un joueur déterminé, à pousser sa bonne fortune jusqu'au bout. Le genre de guerre qu'il avait faite depuis quelques semaines ayàit nécessairement disséminé ses forces ; et songeant à la bataille qui paraissait devoir avoir lieu , il envoya ordre à tons ses détachemens de venir joindre son étendard à Inverness.
]Le corps nombreux que commandait le comte de Cromarty re- ^nt un ordre semblable. Mac-Donald de Barrisdale, empressé d'y obéir, se mit en marche le 14 avril. Le comte de Cromarty et son régiment devaient le suivre le 15. Mais on eut l'imprudence de laisser transpirer le projet d'évacuation de Sutherland , qu'on aurait dû garder secret, et les habitans de ce comté résolurent d'inquiéjler l'arrière^gàrde de ces hôtes qui leur étaient odieux, pendant qu'ils quitteraient leur pays. Dans cette vue , une grande partie de la milice descendit des montagnes où elle s'était réfugiée, et se pr^ara à profiter de la retraite ûei insurgens, autant que les circonstances le permettraient. Environ deux cents hommes armés se rassemblèrent dans ce dessein, et s'approchèrent de la côte. Un nommé John Mac-Kay, marchand devin à Golspie, avait sous ses ordres un détachement d'environ vingt hopimes. Le comte de Cromarty, contre lequel la milice préparait une ehibuscade , était bien loin de soupçotiner le danger dans lequel il se trouvait. Il resta avec son fils lord Mac-Leod et quelques autres officiers au château de Dnnrobin , s'amusant, dit-on , à voiries tours d'adresse d'un jongleur, tandis que ses soldats, au nombre de trois cent^nquante, marchaient sotis la conduite d'officiers subalternes, et avec peu de précaution , vers l'endroit où ils devaient s'embarquer. Les conséquences en furent fatales. John Mac-Kay et ses vingt hommes se jetèrent entre l'arrière-garde du corps principal et le comte de Cromarty et ses officiers, qui lés suivaient dans une fausse sécurité. Faisant feu tout à coup sur le comte et ses compagnons avec beaucoup de précision, ils les forcèrent à rentrer an château dé Dnnrobin qu'ils venaient de quitter. Ce même partisan actif réussit à entrer dans le château, sans un seul homme à «a suite, et somma hardiment le comte et ses officiers de se rendre , ce qu'ils se déterminèrent enfin à faire , dans la fausse persuasion que le nombre de leurs ennemis était plus considérable qu'il ne l'était iréellement. Le comte de Cromarty, lord Mac*Leod
362 mSTOIRB O'BGOSSE.
et les officiers de lord Cronarty qui n'ayaieni pas acco ipago é lears soldats, furent ainsi faits prisonniers et nus à bordduiïiww/^y sloop de guerre anglais. La rébellion fut ainsi termiuée dans le oomté de Sutherland le 1 6 avril , le même jour que la grande bataille de Culloden y mit fin dans toute rEoosse*
Ayant donné uu court aperçu de ces oj^riilioas éloignées, bovs retournerons maintenant aux moavemens desdeusK armées prâicipales.
Le duc de Comberland quitta Aberdeen le 8 avril , dans l'kitenr tention de marcher sur Inveroess, où était le quartier^igénéralde Charles , Tille dans les environs de laquelle on savait que le Prisée avait dessein de se défendre. Comme il avançait vers le nord , k duc de Cnmberland fut joint jMur les t généraux Blané et Mor» daunt , qui commandai0nt ses 4tviaio»s avancées , et toute Tarmée se réunit à Cullin , ville ^mée à eii^iron .dix milles des bfusàs du Spey.
On avait pensé^ comme nous Tavee^ déjà dit , que les naonugnards avaient dessein de défendre le passage de ioette rivière pro» fo;ide et rapide. Une triuiçh^ et quelques restes de travAux semblaient prouver que tell^ avjiit été leu^r première intention , et Wie division considérable de troupes des basses terresiétait rangée <^Q bataille s^m le oommandement du duo de Perth , avec la projet appareQt de. protéger ces défenses. Les ordres définitifs du Prince firent pourtant que le duo de Perth se retirât à JSIgin dès qne Tea» Oemi s'ap|>rocheriiit en force de la rive sud-est de cette rivière. I^ duc obéit» et le duc d^ Cumberland passa le Spey à gué avec SO^a^méQ, foraïa^t trois divisions» pendant qne sa. musique jpoait 119 air insultant pytmr aosk amagonîete ^. Piusieors personnes perdirent la vie, par sqite de la force da>ooucant; c'étaient pour la plnpart des femme^ qui suivaient le ^mp.
L« 1 3 avril, raméedadncde Cumberland aniiva dans- la plaine d^Alvee 9 et elle s'avaaça. le 14 jusqu'à Naime , oà il y e«t one lé* gère esoarmouche entre son avaot-gapde «et rarrièreigavde des montagqajrda, qui apctaient ^i ce mouient de eet^ viUe» Ceox'ci forent soutenus daas leer retraite, d'une, manière inespérée, à environ cinq iniliesde.Nairnq,,. par le Chevalier liii*mâme qui a^iva tnHit à coup, à U tâte de ses gardeSiet dn régimentdeaAIaep
a. Voolez-Toos me faire beau jeo ,
J«U carçoa, garçoo ém nioiHagiiesP ' (ffêi» é» fmttntr,)
Intoshs , à un endroit nommé le hoéh dea Ckus^ ^ yçyant pa^ raitre ces nouvelles forces , Fayaiit-gardje de ramée du dui; se replia sur le corp$ prinjcipal, qui était camf^ {^èsde.MaiiiK».
Il est maintenant nécessaire d^examiner i'ét^td^ deux «ripéet ennemies qui devaient bientôt être appelée» à d^id^r le sfiipi de celte guerre par une bataille sauglaïue.
Le duc de Cumbeiiand était à la léte d'une année oompo^^^ de troupes disciplinées, complètement organisée, et soutenue p^ une flotte qui, s'avançaut le long de la cote, pouvait lui fournir d^ apr provisionemens, deTartilleriejet tout ce qui pouvait lui être uéces» saire pour continua la campagne. Elle était soi»» les ordres d'uà prince dont l'autorité était absolue et le courageiniioiàtestable ; dont la haute naissance faisait l'orgueil de ses troupes, et dont Texpé* rience et les ^lens militaires étaient, dans l'o^iijûeade ses ^m^ pagnons d'armes, parfaitement en état de terBÛaer àeureiisemeot cette guerre ^
De l'autre côié, l'armée du prince Qiarles était épars^ à cMse de la difficulté de se pi'ocurer des subsistances; de sorte qu'il était fort douteux qu'on pût la rassembler de manière à en foroD^r ui| seul corps , dans le j)eu de temps qu'on avait pow^ prendre ciatte mesure. En outre une malheureuse division r^gOiait dans les c^b^ seils du Prince, et les dissensions qui avaient existé, même dani les jours de prospérité, s'étaient encore accr.ues dans ce memeot critique, précisément parce que les cir/constancea devenaient ploe urgentes. La première difficulté pouvait être surpi^^e^e >Qi^''à un certain point; mais la seconde avait i|n çanact^r<e£ttial;etil faut que je vous rappelle encore une fois les causes qei y avaient donné lieu.
J'ai déjà parlé 4e l'aversion que le-Prince av^eoiiçue peur locd George Murray,; et quoique ce fait.pinsse paraftre surpreftant, fl est as^ez constant quç lessoupçon^ injustfs^ auxquels le CbevaUer se livrait contre ce seigneur éuient alors partagée par un graad nombre de ses pârtisai^s écossais, d'autf|f)t plus que-l'élat acl^uel de la guerre et le mécontentement qui régnait dans les clana.^ten/* daient à affaiblir la confiance du comaiandant^. De telles étinoatlea 3e discorde prennei^t plus d'ip^portapce dans le temps de l'ad verj" site, de même qu'une lumière que, par elle-même, on distinguerai^ I peine^ devient plus visible aux apprQches des t^breSi. Depuis
r. C'était le jtAnta àe VtukUtwj, et celui qa« le dac de Richelieu fit passer sons les /onrche» aadûies de aoster-Scvern.
864 mSTOmE D'ECOSSE.
le conseil tenu à Derby, le Prince n'avait conybqné ancnne assemblée publique de ses Chefs et de ses officiers de haat rang, et ne les ayait pas consultés comme il avait coutume de le faire aupara- Tanty si l'on en excepte le conseil de guerre tenu à Crieff, auquel il fat en quelque sorte forcé par la retraite de StirliDg. Pendant tout ce temps il avait commandé l'armée de sa propre autorité, dans toute l'extension du mot. 11 avait principalement accordé sa confiance au secrétaire Mnrray, à son ancien gouverneur, sir Thomas Sheridan, et aux officiers irlandais qui s'étaient frayé un chemin à ses bonnes grâces en approuvant tout ce qu'il proposait et en adhérant sans hésiter à la doctrine la plus illimitée du pouvoir absolu du monarque. D'une autre part, les nobles écossais de tous rangs qui avaient risqué leur vie et leur fortune pour sa qaerelie croyaient naturellement qu'ils avaient droit d'être consuliés sur la manière dont la guerre devait être conduite, et ils étaient indignés de ne pouvoir donner leur avis sur des objets auxquels ils avaient non*seulement un intérêt personnel , mais qu'ils connaissaient le mieux, comme étant au fait des localités et des mœurs da pays dans lequel la guerre avait lieu .
Us étaient en outre mécontens que daas ses communications avec la cour de France, pour lui annoncer ses succès à Preslon et à Falkirk , le Prince eût chargé de ses négociations avec cette cour des Irlandais au service de France. Ils soupçonnaient , peutêtre injustement , qu'au lieu de plaider vivement la cause des insnrgens, d'expliquer le montant et la nature des secours dont ib avaient besoin, et d'insister pour qu'ils fussent accordés, ces ageus se contenteraient de faire telles représentations qui pussent être agréables aux ministres; et leur assurer à eux-mêmes de l'avancement au service de la France. En conséquence, tous les officiers envoyés en France par Charles obtinrent de l'avancement. Les Ecossais soupçonnaient aussi les officiers irlandais et français de vouloir se maintenir exclusivement en faveur, de chercher à inspirer au Prince des soupçons sur la fidélité du peuple d'Ecosse, et de rappeler malignement à son souvenir la conduite de cette nation à Tégard de Charles P»'. On dit que Charles-Edouard ne fut tout-à-fait convaincu que ses soupçons étaient mal fondés que lorsque les fidèles services de tant d'hommes de ce pays, pendant les divors périls qu'il courut dans son. évasion, lui eurent rendu impossible de les conserver sans devenir coupable d'une basse ingratitude.
II j avait encore un autre sujet de mécontentement dans l'armée du Prince, et il yenait peut-être des trop hautes prétentions d'une partie de ses partisans, et du trop peu de considération qp'il avait pour eux. Beaucoup de gentilshommes qui servaient comme soldats dans la cavalerie du Prince croyaient avoir droit à plua d'attentions personnelles qu'ils n'en recevaient, et se plaignaient d'être regardés comme des soldats ' ordinaires plutôt que comme des hommes ayant de la fortune et de la naissance, et remplissant, àieurs propres frais , les fonctions de simples soldats, pour prouver leur dévouement à la cause des Stuart^,
Malgré ces causes de mécontentement secret, Charles ne changea rien au système qu'il avait adopté. Ce mécontentement se borna même à des murmures, sans éclater en mutinerie comme da temps de Tinsurrection de Mar, et saàs inspirer aux gentilshommes faisant partie de l'armée le désir de faire leur paix séparée avec le gouvernement, smt en se soumettant, soit par tout autre moyen. Cependant, malgré ce que nous venons de dire, la bravoure « la générosité et la conduite généreuse de Charles le faisaient aimer des simples soldats , quoique ceux qui avaient de plus hantes prétentions fussent moins aisément satisfaits en n'obtenant qiie de la civilité au lieu de confiance.
Pendant le séjour du Chevalier à Elgin dans le mois de mars, il fut attaqué d'une fièvre qui dura plusieurs jours. Il en parut parfaitement guéri après sa retraite à Inverness. Il s'occupait à chasser le matin, et le soir il donnait des bals, des concerts, des parties de plaisir , où il se montrait aussi plein de confiance et de gaieté qu'après la bataille de Preston. Cet air de confiance eût été politique s'il eût été appuyé sur quelques bons motifs; mais ceux que le Chevalier alléguait étaient fondés sur une ferme conviction que l'armée du duc de Cumberland ne se hasarderait pas à combattre sérieusement son prince légitime, conviction qu'il trouvait impossible de faire partager à ceux de ses partisans qui connaissaient le moins du monde l'esprit et le caractère du soldat anglais. Tandis que le Prince était à Invemess , deux gentilshommes nommés Haliburton arrivèrent de France et en appottèrent des nouyelles très peu satisfaisantes. Us lui annoncèrent que la çotir de ce pays avait entièrement renoncé au projet de faire une in- Tasion avec une force considérable, et que son frère, le duc d'York, destiné à commander l'expcdkîon . avait quitté la côle>
têt hummu wombk.
ajaiit <lé i^fM m Paris* Cette nooTeHe mit eoH^lètemetit un aox espéranoeB les plas raisotinaUes de Charles*Edoiiard, qui avait toujours crnsplé sur «m grand effon de la France en sa fa- Tewr. 11 avraît powrtanlpv Atrecenvainca que puisque cette puissance n'avait pas fait an effort semUaMe pendant le temps de son invasion en Angleterre, lorsque ses affaires oflraient nn aspect plas favorable qo'onn'eAt po Tespérer, elle ne voudrait pas coorîr d6 bien grands risqoes poor préfeair sa perle, qnand elfe parais^ sait presqœ certaine. •
Outre la discorde régnant dans le camp du Prince, et qai, comme ane sédition de l'éqaipage d'un navire prêt à coulera fond f empêchait de faire nn effort naanime pour la sâreté corn* mnne, la dispersioa de ses forces , et- les .cruels embarras pëcn* maires dans lesquels il se trouvait alors, opposaient des obstacles réels à tonte probabiliiéde sacoès dans une action avec le duc de Onmberland. Charles s'efforça à la vérité de concentrer tonte son année près d'iavumess, mais il ne put y réussir complètement. Le général Staphston , qui cherchait à réduire le fort Witliam, abandonna cette entreprise, et revint an camp du Prince avec Loehiel et les antres montagnards occupés à ce siège irrégulier. Mais le Maître de Fraser, qut travaillait alors à lever teates les férces de son clan, ainsi que Barriadule et Ctn^mar^^ eecnpës, comme nous Tavons* vu , dans le Sntheriand , ne parent rejoindre l'armée, Clnny et ses Mae^Phersons' avaient été envt^s (^ns le Badenoch pour qu'ibtrouifussentpbin foicilementdes subsistunees dans leur propre pays, el ils manquèrent au moment où teun services étaient le pluvnécessaircsw IL y avait en^outre hoi^eeaU à mille hommes de d ii lé re as danaquàs'étaiuQt dispersés pour per* ser leur batin chez euoc, ee qui auraient certainemem iv^oiitt l'armée s'ils avaient eu le temps de le faire.
Il est encore à pv^posde rappeler quelacavofarie do Prince, comme nous l^avons diyà dit, nvuîb considémMement -soaffeitk Celle de lord Pimligu*poiKvaitdtre re^ardéeeomme ayant étéen^ tièi»ement détruéto pair les'âiiiguus péuiMeydelà' retraite de Stirling , et de fai« cHeiétaÉt oonvuKti«r«n<uner oompagnie é^ga^des>à pied^ (V, quoique eaa cavaliers > qui étaient dës^entéishoulMies , et leurs domestique» I eussent pu ne pas être en état de supporter le choc d'un régiment de cavalerie régulière cependtot , par leur courage et leur intelligence, ils avaient reuda d'imporCàiia ser-
TRMSIEMK SERIK. 3^"^
viee» comnie etTatevie légère, et lear perte fat vn grand maihear poor Tannée de CiMirles-Ëdottard. .
Les forces qui restaient avec le Prînee étaient méeoirtentes d^ ne pa^ reeeroir leur paie^ et se trouyaient daiis un état de grande désorgaiiisatton. Les trenpes ne recevaient pas leurs rations en teHsps convenable, et , de même que des soldats pins régaliens en semblables circonatances > elles se portaîeii^t souvent à des actes de mutinerie etd'iiisiilHH*dination. Charles-Edouard ne vit de remède à tous ces maux que dans une action géliérale ; et il y était d'aotantplas disposé, que jusqu'alors, tant par différentes chances qui loi avaient été favorables, que grâce au courage naturel de ses soldats, il était sorti victorieux , quoiquîe contre toute attente raisonnable, de tous les combats qu^il avait livrés. T9e trouvant pas d'autre alternative, ayant des soldats (fae le manque de solde rendait mutins , à demi affamés faute de provisions , et dont le nombre était diminué par Tabsence de trois à quatre mille hommes, il résolut de risquer une action avec le ducdeCumberland, quoique celui-ci fût à la tête d^une armée beattcoup ^1 js nombreuse que la sienne et possédât tous les avantages dont il était lui-même si complètement privé.
Les préparatifs pour cette action ne se firent pas avec plus de
prodence que le Prince n'en avait montré en prenant la résolution
délivrer bataille sur-le^chànip. Il rangea ses forces sur une grande
piâioe, à environ cinq milles d'Inverness, appelée Drilmmossiei
mais pins frëqu^mtaient désignée sous le nom de Culloden , cht«
teaa Yomn, Lea montagnards couchèrent sur leurs armes pendant
laimit du 14. Le lendemain malin ils furent rangés en bataille dans
Vordre que le Chevalier avait dessein qu'ils conservassent pendant
Vaetimi. Ils avaient à leur droite quelques murs de parcs, à leur
gatBche luie colline qui descendait vers GuUoden-ffiôusie; leur
front faisait face directement à Fest. Ils étaient rangés en deux
lignes. La brigade d' Athole occupait la droite de la totalité , après
elle venait Lootiiel. Les'dans d'Appin , de Fraser et dé Mac-fti*
tosh , avec ceux de Màc-Lauchl«n^, de Rfac«l.ean et de Farquharson
compensa iient le centre, k la gâk(!^e étaient les tfbis régimens dés
l/ao^^Doiiahls, appelés, d'après les mmis de leurs Chefs, Clanra»
ia4d, Keppooh et Gtengarry.
Cifnme si un mauvais destinent présidé aux conseîhde Charles, a disposition de cet ordre de bataille entraînait la décision d'un
868 mSTOIRB D'ECOSSE.
point d'boimear regardé conune de la plas grande importance dans cette armée singulière^ qnoiqne, dans toute autre, et n'eût été qu'une question oiseuse de préséance. Les Mac-Donalds, comme étant le clan le plus puissant et le plus nombreux , avaient réclamé» depuis le commencement de l'entreprise, le privilège d'être placés à la droite de toute l'armée. Lochiel et Appin avaient renoncé à leur contester cette prérogative à la bataille de Preston. Les Hac-Djualds avaient aussi formérailedroiteàcelledeFalkiik; et maintenant cette tribu si fière se trouvait placée à lagaache, ce qu'elle regardait non-seulement comme un affront , mais comme nu mauvais présage. La seconde ligne du Prince, oa sa réserre, était divisée en trois corps séparés les uns des autres par un intervalle. A la droite était la cavalerie d'Elcho, de Fiti^James et de lord Stratballan ^ et les régimens d'infanterie d' Abbachie et de lord Ogilvie. La division du centre était formée par les piquets irlandais, le régiment de lord James Drununond , et celui da comte de Kilmarnock. L'aile gauche de cette seconcle ligne se composait des hussards et des bataillons des basses terres de sir Alexandre Bannermann, et de Moir de Stonywood. Le total de la première ligne pouvait être de quatre mille sept cents hommes ; celai de la seconde, de deux mille trois cents, dont deux cent cinquante de cavalerie; mais, comme je vous le ferai, voir tout àrheate,le hombre des soldats qui se trouvèrent à la revue diminua considé* rablement avant l'action.
Une grande faute, commise par les commissaires des guerres on par ceux qui en remplissaient les fonctions , fut de laisser Tai' mée des montagnards manquer presque totalement de vivres; faute d'autant plus in^cusable qu'on disait qu'il y aivait à Inver* ness de la farine en abondance. Cependant , pendant tonte la joa^ née du 15, les soldats ne reçurent d'antres vivres qu'un seul biscnit parhomme, et cette disette de provisions était teUe, que, soit que l'armée fût victorieuse ou vaincue dans la journée dor 16, il fallait qu'elle se diq)ersât assez loin de côté et d'autre, unique* ment pour chercher des subsistances.
Dans la matinée du 15 avril , lord Elcho fut chargé de bonne heure d'aller reconnaître le camp du duc de Cumberland, place près delà petite ville de Naime. C'était l'anniversaire de la naissanpe du Duc, et les soldats qu'il commandait semblaient avoir consacré cette journée à la joie et aux réjouissances* Lord Elcho
TROISIEBIE SERIE. 369
resta en vue de rennemi jusqu'à midi , et retint annoncer que, sniTant toutes les apparences , l'armée anglaise n'avait dessein de faire aucun mouvement pendant cette journée.
D'après ce rapport, le Prince assembla ses principaux officiers. C'était le premier conseil de guerre qu'il eût tenu depuis celui dans lequel la retraite de Derby avait été décidée, à l'exception de l'assemblée qui avait eu lieu à Faiimton , près de Grieff. Charles ouTrit la délibération en demandant l'avis du conseil sur ce qu'il y avait demieuxà faire. Les opinions furent partagées. Le manque de provisions suffisait pour rendre une bataille inévitable^ mais l'endroit où l'on devait la livrer et la manière dont elle aur^t lieu devinrent les objets de la discussion. Lord George Murray, suivant l'usage, fut le premier à donner son avis. Il s'étendit beaucoup sur l'avantage qu'une armée de montagnards était sûre d'avoir en prenant l'ennemi par surprise, et en attaquant dans les ténèbres plutôt qu'à la lumière du jour. Les soldats réguliers , dit-il, comptent entièrement sur leur discipline, avantage dont ik sont privés par la confusion et l'obscurité. Les montagnards , au contraire, n'ont guère qu'une discipline d'instinct, et qui ne dépend ni du grand jotir ni de la régularité de leurs mouvemens. Il finit par dire que son avis était que la première ligne marchât en deux divisions à la nuit tombante ; il ofErit de conduire lui-même celle qui serait composée de l'aile droite de la première ligne, dans le dessein de tourner la ville de Nairne, et d'attaquer le camp du dac de Cumberland par derrière, tandis que le duc de Perth, avec la seconde division , attaquerait le camp de front. Il ne doutait pas, ajouta-t-il, que la confusion occasionée par une attaque subite sur ces deux points , jointe aux effets des réjouissances de la journée précédente, ne jetât les troupes régulières dans un désordre complet, et ne procurât au Prince une victoire signalée. D'après ce plan, toute la seconde ligne, ou corps de réserve, de- Tait aussi marcher, sous les ordres du Prince lui-même, pour, soutenir l'attaque de front.
On fit diverses objections à cette proposition. La première fut que c'était dommage de rien hasarder avant le retour à l'armée des Mac-Phersons, d'une grande partie des Frasers, de Mac-Donàld de Barrisdale, de Glengyle avec ses Mac-Gregors, du oomte de Gromarty, dont on ne connaissait pas encore l'infortune, et d'autres <sorps qui n'avaient pas rejoint l'étendard. On ajouta que toutes les probaÛlités étaient que le duc apprendrait le mouvement projeté,
370 HISTODUS DHOOSSIt.
floit par 8M aspionsy soit par ses patroipllM; que, dans ee oaa, il aérait difficile de te garantir des suites inévitables de cette décoa« yerte; et qne si les montagnards étaient une fois mis en désordre dans une atta^e nocturne ^ il n'y aurait aacnne possibilité de ks rallier, La principale réponse à cette olijection fat fondée sur la nécessité du mamont^ qui exigeait qu'on courût un grand risque de manière ou d'autre » et que le plan d'une attaque nocturne pouvait réussir aussi bien que tout autre qu'on pourrait proposer.
Uneautre objection» sur laquelleoninsista^ fortement, futrimpossibiUté de (aire douze milles, telle éiant la distance entre Culloden et le ^anp de l'ennemi, entre le commencement de la nuit etk léYor ^ l'aurore. Lord George Murray répondit qu'il garantissait le succès du projet, pourvu que le secret fût gardé. D'autres plans fiourent proposés p mais on finit par adopter celui de l'attaque nocturne.
Entre sept et huit heures» le Chevalier ordonna qu'on mît le feu aux bruyères I afin que cette lumière fit croire que ses troupes conservaient toujours la même position; et il fit mettre tous ses corps sous les armes comme on en était convenu. Le colonel Ker c^ Gradon, aide-de-camp du Prince, informa l'armée que, pendant l'attaque du camp , les montagnards ne devaient pas se servir de leurs armes à feu, mais seulement de leurs claymores, de leurs dirks et de leurs haches du Lochaber, qu'ils emploieraient à briser les perches, qui soutenaient les tentes, à en couper les cordes , t^ à frapper vigoureusement et de la pointe partout où la toile de la tente tombée paraîtrait gonflée. U leur fut aussi recommandé de garder le plus profond silence pendant toute la marche, et on leur donna pour mot d'ordre : le roi Jacques YIII.
Jusque-là tout aKait bien ; et plus cette tentative était désespérée, pl)is elle offrait une chance considérable de succès à des hommes r&olus. Mais il arriva pendant la marche un inconvénient auqnel on ne pouvait pas avoir fait assez d'attention en formant ee plaa, ainsi qu'à la confusion qui devait nécessairement en résulter. Lori Groorge Diurray a,vait proposé que l'armée marchât en trois colonne, conq)osées des deux divisions de la première ligne ,' et de ta totalité de la seconde, ou corps de réserve, sous la conduite du Prince lui-même. Mais comme, il était nécessaire que les trois colonnes suivissent la même route jusqu'à Kilravock-House , où la. première division devait se séparer des deux antres pour arriver ^rriïère le camp de l'ennemi, il en résulta que l'armée, au lieu de
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fermer trois colonnes distinctes chacune sûr son f)rd|)re terraiii^ né composa qu'âne longue filé, la seconde division èuivant inoiniëdiatement la première; et la troisième la seconde, sur les inémes traces, ce ^ui diminuait considérablement la poissibilité de marcher rapidement. En outre, la nuit était tort obscure, ce <|ni rendait lii marche de toute la colonne extrêmement lente; d'autant |)ïus qfî'il fallait souvent quitter là route pour éviter lès endroits habités' d'où Ton aurait pu envoyer au duc de Cumberland dés àvid éur lèA monyemens de l'armée.
Quelque lente que ffit la idàrche, la première divi^ioii ^rit tàiè aTance considérable sulr léé déîut autteb , et laissa entre eltés an long intervalle. Des messages réitérés furent envoyés à Lociîièl, qui marchait en tête, et à lord George Murray, qui conduisait cette dÎTislon, pour leur demander de faire halte jusqu'à ce que les autres colonnes arriérassent. Cinquante messages seniblablès forent portés à Pavant-garde de cette colonne , avant qu'elle eût fait plus de huit milles, et elle arriva alors à Kilravock où KilraikrBouàé, à quatre milles du camp du ddc de Cumberland.
Jusqu'alors lord George Itlilrray ne s'était point arrêté dans s$; marche ; il l'avait seulement ralentie pour obéir aux ôrcfî*es c(u'd avait reçus , et dans l'espoir que les autres divisions arriveraient. Hais en cet endroit le duc de Perth, qui commandait la seconde colonne, arriva lui-mêtnè, mit son cheval en travers die la route, et insista pour qu'on ^t halte jusqu'à ce que la seconde division pût arritef*. Lord George Murray ordonna qu'on arrêtât la marche,' et plusieurs des priticipaux officiers vinrent en tête de la colonne pour savoir ce qu'il y avait à faire. Us lui apprirent que beàucquà dé montagnards avaient quitté les rangs, et s'étaient couchés iàns le bois de Kilravock, ce qui ne pouvait avoir pour cause qu'une faiblesse occasionée par le manque de nourriture, puisqu'il h'était pas présùmable qu'une niarche de huit milles eût fatigué à un tel point ces montagnards endurcis. On dit qu'il se trouvait plus d*un intervalle dans les rangs des colonnes qui suivaient^ et qu'il était impossible que l'arrière-garde avançât aussi régulièrement ^ue la; tête de la première division. On consulta ensuite les montres. On s'était proposé de faire l'attaque avant deux heures du matin ; mais il étàh déjà deux heures , et Tavant-garde était encore à quatre milles du cttxtp des Anglais. Le but de l'expédition était donc manqué. Qiielctnés gentilshomnies, qui servaient comme volon<^ taites I furent d'avis qu'on devait continuer à avancer à tous tis-
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^as{ mais Gomme il eût falla faire an moins les deux derniers milles en plein jonr, tont espoir d'une surprise était éyanoiii. M. 0*SulliYan trouYa les officiers en tète de la colonne dans cette situation embarrassante, quand il apporta à lord George Murray des ordres du Prince , qui exprimait son désir que Tattaque eût lieu, s'il était possible , en ajoutant qu'il s'en rapportait au jugement de lord George, comme étant en tête de la première colonne, pour décider si cette tentatiYe pouvait se faire avec avantage. En ce moment le bruit lointain d'un roulement de tambours dans le camp du duc de Gumberland annonça ^e son année était sur ses gardes, et que le mouvant était passé où l'on aurait pu prendre le camp par surprise. Ils sont éyeÛlés, dit lord George, — Je ne me suis jamais attendu à les trouyer endormis, répondit H. Hepbum de Keith, qui avait joint l'ayant-garde comme volontaire, mais nous pouvons encore les trouver non préparés au combat. Lord George applaudit au courage de M« Hepbum, mais attendu Thenre avancée de la nuit et la grande diminution qu'avait soufiferte la colonne qui deyai^« commencer l'attaque, on ne pouv^t persister dans le plan qui avait été adopté, avec quelque espoir de succès. En conséquence il ordonna une marche rétrograde, avec tonte la célérité possible, aux troupes qui étaient sous ses ordres.
Gomme cette retraite , quoique inévitable évidemment , fut faite par lord George Kurray sans l'ordre formel du Prince, quoique en exécution du pouvoir qu'il eh avait reçu d'agir à sa discrétion , ce fut un des prétextes que saisirent alors et depuis ce temps ceux qui étaient portés à accuser ce seigneur d'avoir trahi une cause qu'il avait servie avec tant de valeur et de talent ^.
On peut reiparqner ici que ni la marche ni la contremarche des insurgens nedonnèrent l'alarme à l'armée du duc de Gumberland, et que, sans les circonstances malheureuses qui retardèrent le mon- ' vement, la cdlonne d'attaque avait une grande chance de succès.
1. J*ai rapporté cette marche noctame d*apris le compte qne lord George Murray en T«iidit pour jwtifier M condttheb Le Chevalier lai*méme, alors comte a'àlban y , fit une réponse difiërenta à qnelqacs questioDS qac loi fit M. Home. Il est siagulier qae cette réponse justifie lord Georfe Huraj da reproche qu'on lui fit d'avoir commandé la retraite sans ordres , plus complètement que le propre récit de ce seigneor.^ Le Chevalier dit qu'il se rendit en personne en tête Oe la première colonne , et que d'abord il désirait vivement qu on avançât ; mais que lorsqu'il ent entendu Ise ol^ections de lord Getirge Murray à cette mesure , il donna lui«méme l'ordre de la retraite. Cette dinérence frappante entre le témoignage de deux hommes avant un intérêt égal à un sujet si impor> tant pour tous deux . prouve l'incertitude du témoignage des hommes. Mab il est naturel de supposer que le récit de lord Murraj est le plus exact, parce qu'il remonte à 1749. D'ailleurs il n'est pas probable qu'il ait présenté'les choses sous un jour plus défavorable qu'elles ne devaient réellement être vues, en faisant re^ser sa défense sur U faculté du choix que lui avait apportée O'Sullivan, si , dans le firit, c'efit été le Prince lui-même qui eût donné l'ordre de U letndte, ordre qu'on Teprocha à lord George d'ftfoir tdoué contre les intmtioM d« Charles. {Jfga 4$ rmmw,}
TROISIEHE SERIE. 373
La retraite ent lien ayec beanconp plqs de rapidité qu'on n'en avait mis à aller en ayant , car il n'était plus nécessaire de prendre des précautions pour cacher la marche. Toute l'armée se retrouya donc sur les hauteurs de Cnlloden-Moor ayant cinq heures du matin. Les suites fâcheuses de cette marche nocturne et de l'abstinence du jour précédent furent alors yisibjes. Les soldats quittèrent leurs drapeaux en grand nombre pour aller chercher des yiyres, soit à InyemesSy soit dans les villages voisins. Hs étaient mal payés , mal nourris, épuisés par la faim et le manque de sommeil; et ils râ- . pondirent avec indifférence aux officiers qui cherchaient à les forcer à revenir sous leurs bannières , qu'ils pouvaient les faire fasiller s'ils le voulaient , mais qu'ils n'y reviendraient qii'après^ s'être procuré quelque nourriture. Les principaux officiers eu:itmêmes étaient épuisés d'insomnie et d'inanition. Us se rendirent , comme par instinct , à Gulloden-House , où ils s'étaient assemblés auparavant ; mais ils étaient tellement fatigués, qu'au lieu de tenir un conseil de guerre, ils s'étendirent pour dormir sur des lits , sur des tables, et , faute de tnieux, sur le plancher.
Le moment était alors arrivé de mettre à exécution l'alternative qui avait été proposée la veille dans le conseil de guerre, et qui n'avait été rejetée que pour adopter le plan d'une marche nocturne contre le camp de Naime. C'était qqe l'armée se retirât au-delà de la rivière de Naime , et y prît une forte position , inaccessible à la cavalerie. Ce mouvement n'aurait pas été bien difficile, si la confusion qui r<%nait dans l'armée du Chevalier, et le manque total de provisions ^, eussent permis qu'on prît aucune mesure de sûreté. Mais -tout ce qui pouvait avpir un air de prévoyance ou de sens commun sembla être abandonné en cette occasion , par suite de l'épuisement physique causé par la fatigue et l'inanition. L'armée resta sur la partie la plus élevée de là plaine, ayant son flanc droit couvert par les murs de parcs dont nous aTons déjà parlé. C'était Punique protection qu'elle eût contre la cavalerie , et cette protection était très faible, conune l'événement le prou^ui.
Environ deux heures après l'arrivée du Prince à CuUoden, c'està-dire entre sept et huit heures dti matin , une patrouille de cavalerie rapporta la nouvelle qu'un détachement de la cavalerie du
n. On aurait pu y remédier d'autant 'mieux qnMl s'agissait dès besoins fort simples d'une armée cle montagnards, si» pendant la nait du i5 septembre, on avait enpioyé une partie des troupes à aller chercher de la lande à Inverness , et des bestiaux dans les environs. (JVbfe de tauuur^
S7i HISTOIRE DVGOSSE.
dao de Çninberland était à deux milles ^ et que toate son armée n'était pas à plus de quatre. A cette alarme , le Prince , le duc de Perth 9 lord John Marray et lord John Drnmmond montèrent à cheval » donnèrent ordre anx tambours de battre, et aux comemnsea de jouer leurs difTérens airs de guerre. Cet appel subit aux armes causa beaucoup de confusion et de désordre parmi des hommes à demi morts de fatigue, et HyeiUés en sursaut qaandils ayaient un si grand besoin de sommeil. Les Cbe^ et les officiers ^ent tout ce qui était en leur pouvoir pour les rassembler; mais comme ils s'étaient dispersés de tous côtés, quelques-uns étast même allés jusqu'à Inyerness , près de deux mille montagrnaris qui ayaient été présens |i la revue la veille ne prirent aucune pati à la bataille du 16.
On aurait encore eu ^e temps de battre en retraite par la «^oite de la ligne , de traverser la Nairne , et de ce ranger sur un terrain inaccessible à l'armée du duc de Cumberland ; et , après le coadier du soleil, on aurait pu, si on l'avait jugé convenable, faire une nouvelle tentative pour surprendre son camp ; car on croit que le duc de Cumberland n'apprit que quelque temps après l^ p^n que les rebelles avaient tenté d'exécuter la nuit précédente. Cependant personne n'en fi,t la proposition. Le Chevalier parlait avec confiance d'une bataille et d'une victoire ; et ceux qui ne partageaient pas ses espérances, s'ils ne comptaient pas yainore, étaieixt du moins disposés à mourir.
L'armée du duc de Cumberland parut alors à environ deux milles , s'avançant droit en face de la ligne de ^t^dlle du l^rkioai Les forces de Son Altesse Royale se coinposaiioat d|e qpinze bataillons d'infanterie, savoir : Pnlteney, cinq cents bommes^;; (qs Royaux, cinq cents ; Cholmondely, cinq cents; Pf ice , cinq qents; lies fusiliers écossais, cinq cents; Dejean, cinq cguts; îiunrel, cinq cents ; Ra^ereau, cinq cents ; Rlak^eny, cinq ce^^ ; Jif^ymfii, cinq cents; Fleming , cinq cents; ^Ackville , cinq oents ^ SempliQ, cinq cents ; Qonway^ cinq cents ; Wolfç, <ânq 瀻t^ ; qt six cwls Campbelïs, ce qui, avec les dragons de lord Mark-JKjer, %r(^ cents, ceux d^ Cobham, trois cents, et la cava^srie de IMl^gSlon, troijs cents, formait un total dfi huit mille cent homqi^ d^îm^QV^cie^ et neuf cents de cavaljerie. Le jour de la bataille ils étaient^ t^lgés en deux lignes ; sept bataillons dans la première , et huit dans la seconde^ et soutenus par les deux escsidroas de cavalerie sur la droite, et les quatre encadrons de dragons sur \^ gg^SfiJ^2^Xtès
Gam|>bells étaient sur la gauche avec les dragons. L'armée était commandée en chef par le dnc de Gamberland, ayant sous loi les lieatenans-généraux comte d'Albemarle, Hawley et Bland> le major-général Huske , et les brigadiers lord Semple, Gholmondely et Mordamit.
Si tonte Farmée montagnarde eût été rénnie y il n'y aurait en qiie bien peu de différence , peut-être même n^y en eût-il en ancnne dans le nombre dés soldats des deux armées , dont chacune était â^environ neuf mille hommes; mais nous avons déjà dit que le Prince se trouvait privé de deux mille de ses soldats, qui n'étaient point arrivés, et au moins d'un pareil nombre, qui avaient abandonné leurs drapeaux pendant le temps qui s'était écoulé entre la revue et la bataille ; de sorte que sur le champ de la grande et décisive bataille de Gnlloden, cinq mille insùrgens senlement se trouvèrent en face de neuf niille soldats du roi. Les soldats qui étaient absens étaient presque tous des montagnards , et c'étaient les montagnards qui formaient la principale force de l'armée du Chevalier.
II n'y avait aucune apparence de découragement ni d'un côté ni de Vautre. Les troupes des deux armées poussèrent des eris répétés quand elles pure^it se voir, et il setaiblait que la vue de l'ennemi avait fait perdre aux montagnards tout sentiment de fatigue ; les Mac^Donalds seuls avaient l'air sombre et mécontent, parce qu'ils regardaient comme une offense le poste qui leur avait été assigné.
Lorsque les lignes s'approchèrent, l'artillerie des deux armées joua son rôle : l'armée des montagnards en souffrit beaucoup , et celle du duc de Gumberland fort peu ; car les canons anglais étant bien servis , faisaient des brèches dans les rangs des insùrgens , tandis que ^artillerie française tua à peine un homme. Rester fermes et immobiles sous ce feu terrible , c'eût été une épreuve pour les troupes les mieux disciplinées, et il n'est pas étonnant qne les montagnards aient montré beaucoup d'impatience d'un genre de combat si peu d'accord avec leur caractère. Les uns se couchèrent ventre à terre pour éviter les boulets; les antres demandèrent à haute voix à avancer; quelques-uns, en petit nombre, quittèrent leurs rangs pour prendre la fuite. La canonnade dura environ une heure. Enfin les clans devinrent si impatiens , que lord George Murray allait donner l'ordre de charger, quaiid le centre et l'aile droite, sans en avoir reçu l'ordre , se précipitèrent
376 HISTOIRE lySCOSSB.
en avanly à leur oianière ordinaire, l'épée à la main. Aocndllis par on fèa sontenn de canons chargés à bonlet et à mitraille, une telle confosion se mit dans ïears rangs, qu'ils se mêlèrent ensemble sans distinction de clans et sans laisser aucun intervalle entre leurs régimens séparés. Malgré ce désordre , leur charge furieuse renversa les régimens de Monro et de Burrel , qui formaient Taile gauche de la ligne du duc de Cumberland. Mais ce général avait prévu la possibilité de cet événement , et il avait fortifié sa seconde ligne de manière à ce qu'elle format on fenne soutien, en cas que quelque portion de la première vînt à céder. Les montagnards, victorieux en partie, et quoique mis endi^ ordre par leur propre succès, et partiellement désarmés pam qu'ils avaient jeté leurs fusils après avoir tiré un seul coup , continuèrent i avancer avec audace et se jetèrent sur le régiment de Semple, faisant partie de la seconde ligne, avec une fureur qm n'avait rien perdu de sa violence. Ce corps, plein de bravoure, était rangé sur trois hommes de profondeur , le premier rang à genoux, le troisième debout. Ils réservèrent leur feu jusqu'à ce que les fuyards des régimens enfoncés de Burrel et de Monro se fussent échappé autour des flancs de la seconde ligne et dans les intervalles qu'elle laissait. Les montagnards étaient abrs à une demi-toise des pointes de baïonnettes, et en ce moment le bataillon de Semple fit pleuvoir sur eux un feu si bien dirigé , qu'il en fit tomber un grand nombre et força les autres à faire volte-face. Quelques-uns continuèrent pourtant l'attaque , mais ils ne purent entamer les rangs du régiment de Semple , et ils périrent sous les baïonnettes. L'attaque des montagnards réussit d'autant mcnns que la plupart d'entre eux , en cette occasion , n'avaient pas pris leurs targets , s'attendant à une marche plutôt qu'à une bataille. Tandis que l'aile droite des montagnards soutenait ainsi le caractère national de ce peuple , quoique sans obtenir ses succès ordinaires, les Mac-Donalds, à l'aile gauche, semblaient incertains s'ils devaient attaquer ou non. Ce fat en vain que lord George leur cria : — Claymore 1 et dit à ceux qui murmuraient dans cette tribu hautaine — que s'ils se comportaient avec leur valeur ordinaire , ils changeraient la gauche en droite , et qu'il s'appellerait lui-même à l'avenir Mac-Donald. Ce fut également en vain que le vaillant Keppoch chargea à la tête d'un petit nombre de ses proches parens, tandis que son clan, chose inouïe jusqu'alors 1 restait immobile. Ce Chef n'était qu'à qiielques pas des ennemis, et
il s'écriait : — Mon Dieu 1 les enfans de ma tribu m'ont-ils abandonné ! quand il reçut plusieurs coups de fusil qui mirent fin à sa carrière mortelle , et il n'eut que le temps de conseiller à son neveu iavori de songer à sa sûreté. Les trois régimens des Mac- Donalds avaient alors appris la déroute de l'aile droite , et ils se replièrent en bon ordre sur la seconde ligne. Un corps de cayalelie de Taile droite de Tarmée du roi reçut ordre de les attaquer pendant leur retraite ; mais il fut arrêté par le feu des piquets français, qui avancèrent pour soutenir les Mac-Donalds. En ce même instant, un autre avantage décisif fut remporté par l'armée du Duc sur }'aile droite des montagnards. Un corps de cavalerie de six cents hommes et trois compagnies de montagnards du comté d'Argyle, avaient été détachés pour prendre possession des murs de parcs dont nous avons parlé plusieurs fois comme couvrant la droite des montagnards. Les trois compagnies d'infanterie avaient renversé le mur de clôture du côté de l'orient, et passé au fil de Fépée une centaine d'insurgens qui avaient été chargés de le défendre ; elles démolirent de même ensuite le mur du côté de l'occident, ce qui permit aux dragons qui les accompagnaient de traverser l'enclos, d'avancer sur la plaine à l'ouest, et d'y prendre position de manière à menacer l'arrière et le flanc de la seconde ligne du Prince. Gordon d' Abbachie , avec son régiment des basses terres du comté d' Aberdeen , reçut ordre de faire feu sur cette cavalerie, ce qui produisit quelque effet. Les Campbells bordèrent alors le mur du côté du nord, et commencèrent à faire feu sur le flanc droit de la seconde ligne des montagnards. Cette ligne , augmentée des Mac-Donalds , qui s^y étaient repliés, contenait encore un grand nombre de soldats qui maintenaient leur terrain , et dont une bonne partie n'avait pas encore tiré un seul coup de fusil. Lord Elcho courut trouver le Prince, et l'exhorta vivement à se mettre lui-même à la tête de ces troupes qui tenaieiit encore ferme , àfalige un dernier effort pour regagner l'avantage qu'on avait perdu , et à mourir du moins en prince digne d'avoir disputé ane couronne. Le Prince lui ayant répondu avec un ton d'incertitude et d'hésitation , lord Elcho se détourna de lui en proférant une imprécation et en jurant qu'il ne le reverrait jamais ^ D'une autre part , plusieurs des officiers du Prince déclarerait et prirent
X. Il fat fidèle à oe serment jnsqa'aa dernier jour de sa TÎe » évitant tons les endroits où il anrkdt pu rencontrer on prince ponr la cause duquel il avait perdu son rang , se» biens et sa patrie. Son ressentiment implacable n'était peat-étre pas juste , mais il faut convenir qu'il était naturel.
{Ifote de Pwuw.)
S78 mSTOIRB DIOOSSE.
à t&noin le del et lean propres yeux que rinfortimi Charles- Bdoaard avait été forcé de quitter le champ de bataille par sir Thomas Sheridan et d'aatres officiors irlandids qui étaient aiumr de sa personne.
Que lord Elcho et d'antres , qni perdaient dans cette afiaire jésastreose lenr rang et leur fortune , désirassent que le Chevalier combattit jasqn'à la dernière extrémité , c'est ce qa'il est aiséde se figurer ; et Û n'est pas plos difficile de concevoir pourquoi beai* coup de personnes dans le public partagèrent la même opinion, puisque la mort du héros est ordinairement le dénouement le plis saillant d'une Catale tragédie. Mais indépendamment d'un désirde sûreté inspiré par PégoïsmCt il existe beaucoup de raisons f peuvent imposer à un chef vaincu l'obligation de seconserterpoor un temps plus heureux. C'est particulièrement le cas où se trooTent ceux qui occupent le rang de rois et de princes. Assurés par ropinion unanime de ceux qui les entourent, que leur sûreté est de la plus grande importi^nce pour le monde , ils résistent difficilement aux raisons flatteuses qu'on peut leur donner à l'appui da principe naturel de conservation personnelle , qui leur est commoB ayec tous les hommes.
De plus y quoique le Chevalier y s'il eût été bien dëtandnék chercher la mort sur le champ de bataille où il perdit toat espoir d'un empire y eût certainement pu la trouver, il paraît impossible que ses efforts les plus désespérés eussent changé la fortune de la journée. La seconde ligne, réunie à une partie de la première, tint bon à la vérité, pendant un temps assez court, après le d^ sastre de l'aile droite^ mais elle était entourée par les ennenà* En face , le duc de Cnmberland ralliait sa première ligne qni avait été engagée, amenant pour la soutenir la seconde, qui n'avait pas été entamée, et se préparant à les conduire toutes deux à une nouvelle attaque en front. Sur le flanc de la seconde ligne de i'ann^ du Chevalier, lesCampbells bordaient le mur de cidtnre dacite du nord. En arrière de toute l'armée montagnarde était un corps de cavalerie auquel il poi^vait arriver des renforts par les brèches que les Gampbells avaient prati(j[uées aux murailleë. Les montagnards de l'armée du Prince , dans le fait, étaient sombres, abattus , découragés, m^contens de leurs officiers et de leurs généranx, fît prçsqwe ^vm peu S4tisf4it» d'çux-mêmes. l\ u'eat donc pas sm^ preu^;!!!; qç'apirès ôtrç rçst^ii ^^^li^uc^ minutés çii cette sitoation, ils aient enfin abandonné le champ de bataille à l'ennemi, et cher*
TROISIBMB SERIB. S79
ché leur sûreté partout où ik poayaient la trovrer. Une partie de la seconde ligne se retira avec assez de régularité , an son des cornemuses et bannières déployées. Le général Stapleton et les auxiliaires français y quand i^ virent que la bataille était perdue, firent aussi leur retraite en vrais soldats , et regagnèrent Inyorness , où ils capitulèrent avec le duc de Gumberland à des conditions honorables. Une partie des montagnards s'enfiiirent du côté d^Inverness; mais le plus grand nombre prirent le chemin de Badènoch et des montagnes. Quelques-uns ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils lurent arrivés dans leur demeure , quelque éloignée qu'elle fikt. L'alarme fut si grande , qu'un gentilhomme très bravé dit à votre grand-père qu'il avait marché lui-mâme toute la nuit, et que, quoiqu'il n'eût rien mangé depuis vingt-quatre heures , il avait couru l'espace de près de vingt milles avant de se donner le temps de s'asseoir pour manger un biscuit qui lui avait été donné pour sa ration à l'instant où la bataille allait commencer, et qu'il avait mis dans son spormn ^ .
Le duc de Gumberland avança avec précaution ; il ne permit à ça première Ugne de marcher contre \sà montagnards repoussés que lorsqu'il eut rétabli Fordre le plus parfait dans ses rangs, et il ne fit poursuivre les inyards' que lorsque la dispersion de l'armée montagnarde parut xx>mplète. Quand ce fait fût certain , la cavalerie de Kingston et les dragons de chaque aile du duc reçurent «rdre de se mettre à leur poursiiité , et en firent un grand carnage. La cavalerie de Kingston les poursuivit sur la route dln- Temi^s; elle n'attaquait pas ceux' des ennemis, Français ou montagnards, qui se tenaient en corps; mais elle les suivait de près dans leur retraite, réglait sa marche sur la leur, faisait hake quand ils s'arrêtaient , et ils sabrèrent tous les trahieurs jasqn'à un mille d'Inverness.
On remarqua, en général, que la cavalerie anglaise, dont la réputation avait été entachée dans les affaires qu'elle avait eues antérieurement avec les montagnards, prit un plaisir cruel à massacrer les fuyards, ne faisant quartier à personne, excepté à ceux qa'on réservait pour être exécutés , et traitant ceux qui étaient blessés avec une cruauté inconnue dans la guerre moderne. Même le lendemain de la bataille il y eut des exemples de blessés tirés des buissons et des chaumières où il avaient trouvé un refuge,
« . £spèc« d« bonne on plntdt de poche en cnir ^ne portent le» monU(f nards.
380 mSTOHUB D'ECOSSE.
pour être mis à mort par on fea de peloton. Si qaelqa'nn d'entre eux échappait à cette fasillade y les soldats loi brisaient la tête à coups de crosse de fosil. En on mot la barbarie des troupes régalières, en cette occaèion^ formait on tel contraste avec la conduite plus douce des insnrgensy qu'on se rappelait l'ancien proverbe latin qui dit que l'ennemi le plus cruel est un lâche qui a obtenu du succès ^. On trouva bientôt nécessaire de justifier des atrocîtà si inouïes , et, en conséquence , on fit courir l^histoire d'un ordre prétendu donné par lord George Mnrray pour commande aux montagnards de n'accorder aucun quartier s'ils étaient ikinh rieux. Mais pas un seul homme du parti des insurgens ne -vil jamais un pareil ordre, et pas un n'en entendit parler, si cen'tsk postérieurement à la bataille.
Dans cette action dédsiTe, les yainqueurs n'eurent guère ph» de trois cents hommes tués ou blessés. Lord Robert Ker , captaine de grenadiers, fut tué à la tête desa compagnie.
L'armée yaincue perdit plus de mille hommes. Les montagnards de l'aile droite forent ceux qui souffrirent le plus : c'étaient les Mac-Leans , les Mac-Lauchlans , les Mac-Intoshs^ les Frasers, les Stewarts et les Gamerons. Le Chef des Mac-Landiians fut tué dans l'action, ainsi que Mac*Lean de Grimnin, Mac-GiUi- Tray de Drumnaglass, plusieurs Frasers et d'antres personnes de distinction. Lochiel fut blessé ; mais deux de ses henchmans ^ remportèrent du champ de bataille. En un mot, le coup porté aux rebelles fut aussi cruel que décisif, d'autant plus que la perte tomba principalement sur les grands Ghefi et sur les gentilshommes, 90 étaient Tame de l'armée montagnarde.
X. CnuUHs umptr tàmiéu , n vieerit wtfuam, (JVÎvft de tmOêurJ) a, Ecayen on prtndptnx gardes d'an Chef.