CHAPITRE XXVI
Caractôre audacieux dd l'entreprise du prince Charies. — Suites qu'elle aurait eues si elle eût Tcnssi» la majorité de la nation étant contraire à ses prétentions , et ses partisans étant dirises entre eux.— Causes qui contribuèrent an succès momentané de Charles. — Faux éclat qu'un esprit romanesque jette sur le système des clans. ^- Abus auquel conduit ce système. -— Proscription du costume montagnard. — Abolition des juridictions héréditaires et des tennrès féodale»
Nous ne nous sommes occupés jusqu'ici qu'à rapporter les me* sures pénales prises contre les principaux acteurs de la rébellion de 1745. Avant de passer au récit des moyens législatifs que le parlement jugea à propos d'adopter pour prévenir le retour d'une telle calamité, il peut être nécessaire de jeter maintenant un coup d'œil sur le caractère de cette insurrection, et sur les suites qui en résultèrent ou qui auraient pu en résulter.
Envisageant le tout sous un point de vue général , il n'y a nul doute que l'imagination n'y trouve un tableau brillant , un roman de la vie réelle égalant en splendeur et en intérêt tout ce que la fie* tion pourrait inventer. Un peuple primitif, occupant une division lointaine de l'empire, et ne formant qu'une petite portion des montagnards d'Ecosse , essaie hardiment de placer la couronne britannique sur la tête du dernier rejeton de ses anciens rois, dont la
X. Farqnharson cle Monaltry , lieutenant*colonel d'an des bataillons du comté d'Aberdeen , de lord Louis Gordon , fat le dernier individu qui resta en prison pour la rébellion de i745>
{Ifou de Fauteur,)
110 HBrrasBi
niee était iaste ie ses montagiMt. 11 «utnpiml 'Cettttlslie^ébi sale en favettr d'en jeuM henooe de -viaft-mansydâBiqué» les cAtes sans secrars ^avcone espèce y eemptuit unifMDieiitsv la générosité de cepenple. Ces montagnards hri tonnent «namiéi; *^lear langue^ leor taet^ne, leurs armesy «ont Âoenaasst tant propres concitoyens comme anx Anglais;-^ils ne eonnnMeiiti« les obligations qn'imposent la loi eommime et les statets poskib; mais ib sont gonTcrnés par des règles qni knar sont propres, qui partent d*nn sentiment général diioimeiir, et qni t'étÂndciit àefà le Chef jnsqa'an dernier individn de sa tni» ^. Avec des (mmÔmi inaccontnmés aux armes, et dont le nombre de» pins cB^nHa n'excéda jamais denx mille , ils triomphent de denx amrées diM* plinées , commandées par des officiers ayant de rexpérienoe et de la réputation; ils pénètrent en Angleterre , à quatre-Tingt^dix milles de la capitale , et font cbancekr la couronne sur la tête da roi. Ils opèrent leur retraite avec le même succès , au moment de se trouver entre trois armées ennemies ; ils arrêtent une force sapérienre envoyée à leur poursuite, regagnent le nord en sâreté» et ne sont accablés que par un eonooiffs de circonstances débvDrables qu'il était impossible à la nature humaine de surmaDter. Tout ce tableau paraît brillant à rimagination, et l'oniepnt qu*admirer cette petite troupe d'hommes déterminés et lejeane prince intéressant qui dirigeait leur énergie. Il est donc naturel ^e la guerre civile de 1745 ait été long^^temps un snjet faiori pour le poète, le musicien et le romancieri et chacun d'esi a trouvé tour à tour qu'il possédait un intérêt 'parfaitemeutco&ve* nable à scm dessein.
Dans un ouvrage fmidé sar rhisteire, nons devons exaiainerd^ pins près les cîrcoasianees de la rébellion et la dépouiller d'sfl* partie du prestige qni sédaôt l'inmginalion, pour la juger d'qiris les règles de la saine raison* Le meillenr nsoyen d'y parveair, c est
I. Oa en TÎt un trait remarquable lorsque rartnée montagnarde s'avança vers Kirklistoa. en mv* «hast sur Edintboai^, ea 1745. O» se rapfieU qw Newli8to«>Houo» qui était |»rèi ^Jf^ii oiontagnards , avait été construit par le secrétaire d'Etat tord Stair , un des promoteors oirecu nasBAore de Gleneoe; on se sotnrint ausvi qne le pettt-fik de ClensM , t[n\ avait «té '"""^^j^ trouvait dans le camp , à la tête dn régiment de son clan , et l'on craignit que ces "*°'*^?''|^< fefaunuhsent contre cette maison des aetes devioleaecr qat aaraieart faTtle-plu gnodtortftu'^ tation de l'armée da ChevaKer, et en conséquence on proposa d'y placer une garde pov pr» ce danger. . •
Gkeoj^ apprit cette propositioo , et demanda nne asdieaee au Priaoe. «^^ Il flrt J«>^f jtTt-il, qu'une garde soit placée à Newliston-House; mais cette garde doit être ^''*°'™'^^ Hac'Donalds de Gleneoe. Si on ne les juge pas dignes de cette confiance » ils ne le sont P** ^'P^ |^ jtes armes poar la cause de Votre Altesse Royale,'et ence.cas il faut qu'ils quittent vos '^*^!f"ru. demande faite par ce Chef avec une si noble fierté , lui fut nécessairement aceorÔée } ^Jj^^ nalds de Gleneoe montèrent la garde à I^ewliston-Hoose. et il n'y fut pas commis le moiWW»*' de pillage ou de déntst»tton. {Ifotê Je Vaitteur.)
TBieiSIElIB SmOB. 411
ite sapposer foe CharieB^Edoinrd ékt réasei dans «m eotreprise ronaneB^ey et se fiit assb pour on temps dans le pabis de Saint* James^ or le simple bon sens doit admettre ^'on ne pondrait itt* tendre d'une «eDd)ld>le contre-Térohition que de nonvdles lattes eft des guerres oiyiles encore plus terribles. L'opimon et la cbndnite de tont Tempire britannique , à très peu d'excqitions près» a'vaiient prouTé que la Grande-Breugne ne yoidak pas être gou» Temée par le Prince , et tons les clans de son armée n'étaient pas assez nombreux pour lui fournir plus de deux bataillons de gardes pourdéifendre s<m tr6ne , s^ls avaient été en état de l'y placer. On ne pouvait supposer que F Angleterre, si opulente , si populeuse , si fière , p6t être maintenue sous un joug qui lui aurait déplu, par «me poignée d'hommes parlant une langue et ayant des manières inconnues , qui n'auraient pu être regardés que comme une sorte de StreUtz ou de Janissaires, et délestésen cette qualité. En Ecosse même , la très grande majorité des habitans était attachée à la mai* son d'Hanovre comme aux principes qui l'avaient placée sur le trêne, et professait la religion pr^bytérienne, forme de gouvernement religieux que les Stuarts avaient long«temps cherché à dé« tmîre. Charles, dans là supposition de son périlleux triomphe» n'aurait donc pu tirer aucun secours de ce côté; mais il aurait dà s'attendre à y rencontrer de l'opposition. L'intervention des Fran* çaîs, si elle avait eu heu, n'ain*ait pu qu'ajouter aux dangers de la dynastie rétablie sur le trêne, en rallumant contre eux les an** eiens sentimens de haine et de jalousie nationale; et il n'est paa vraisemblable qu'elle eût pu résister avec succès à l'oppo^ion gé* nérale que des secours vus de si manrvais œil auraient excitée ailt* tonr d'elle.
n n'est pas plus probai>le que Charles-Bdouard , élevé comme il Pavait été dans des cours étrangères, et nourri des principes surannés d'obéissance passive et de pouvoir arbitraire , se {At rf" forcé de gagner l'alfection de la grande masse de ses sujets en dés* avouant oes maximesde gouvernement despotique qui avai^it coAté la couronne à son aïeul. Même pendant qu'il travaillait à exécuter aon entreprise, il existait un grand schisme à ce sujet dans SM camp , de la part de lord George Murray, lord Eloho et autres seigneurs^ qui, quoique ayant embrassé la cause du Prince €t soute* nant ses pimentions au trône, croyaient avoir le droit, puisque leur vie et leur fortune dépendaient du résultat de la guerre , de
d fadre des i^ementraiiees contre des meirarea qu'ils n'q>pfOu-
♦'.iv*:-
412 mSTOIRE D']
yaient pas toujours. Gharie^Edouard natarellement, mais heareasemeiit poar lui et pour sa famille , préférait suivre les conseils de ceux qui étaient bien déterminés à être toajoursda même avis que loi; de sorte que si la force de son arméeeùtété suffisante ponr le mettre sur le trône , il eût bientdt été précipité dans une guerre civile dont le germe existait parmi ses propies partisans, puisqu'ils n'étaient pas d'accord entre eux sur les principes d'après lesquels il devait gouverner, soit comme despote, soit comme monarque constitutionnel.
D'après tous ces raisonnemens, il parait que, quelque iacheose qu'elle ait été pour les montagnards et pour leur pays à Finstant où elle eut lieu , la défaite du Prince à Culloden pouvait seule mettre fin aux divisions intestines de la Grande-Bretagne, et qnetoate victoire qu'il aurait pu obtenir n'aurait fait que prolonger h guerre civile , augmenter les calamités de la nation , et ajoater à leur durée.
D'une autre part , les exploits des montagnards sons le prince
Charles, quoique suffisamment glorieux pour leurs armes, n'é*
taient pas tont*à-fait assez merveilleux pour être regardés comme
des prodiges. Sans rien retirer de leur bravoure indabitalle, on
doit dire que le Chevalier se trouva heureux de rencontrer deux
antagonistes tek que Cope et Hawley, dont aucun ne parait a^oir
songé à établir une seconde ligne ou corps de réserve , précantion
que rendaient si nécessaire la violence et l'impétuosité de Tattaipe
des montagnards, qui doivent toujours mettre le désordre pariu
les troupes qui sont les premières à en éprouver la foreur, mais
qui en même temps jettent la confusion parmi les attaquans eux*
mêmes. Les deux régimens de dragons qui combattirent, oapb*
têt qui prirent la fuite à Preston , et qu'une suite de terreurs pa*
niques avaient déjà dépouillés de leur force morale , doivent aussi
être considérés comme ayant procuré aux montagnards on avan*
tage que n'ont pas ordinairement les ennemis qui sont en faoed nue
armée anglaise. Quant au plan général d'insurrection, onpçQ jiî •«*!' j * *^.«:* ^:«# fiSmfiraire
dire, sans crainte de se tromper, que c'était un projet téméraire conçu par un homme encore très jeune qui sentait qu'il n'a^ai absolument lien à espérer de la France, et qui piqua d honneur Lochiel et ses amis au point de les déterminer à former ^ entreprise que leur bon sens les assurait devoir être leur nun certaine.
On peut encore faire observer que, quoique le petit nombredes
TROISIBMK SERK. 413
forces du Prince ait été en grande partie la canse de sa défaite définitive , cette même circonstance contribua pourtant à son snccès partiel.
Cette assertion pent paraître an paradoxe; mais il faut se souvenir qne les inconvéniens d'nne armée indisciplinée augmentent en proportion qu'elle est plus nombreuse y comme une machine mal construite est plus difficile à faire mouyoir proportionnellement à sa maâse. La forte armée des clans, commandée par Mar •en 1715, n'aurait pu agir avec la même promptitude et la même décision que le corps , comparativement faible , qui se trouvait «ous les ordres du prince Charles. Et si en cette dernière occasion le Prince n'avait pas l'assistance de forces aussi considérables que celles qu'avaient amenées à Perth , en 171 5 , le marquis d'Huntly et les comtes de Breadalbane et de Seaforth ; d'une antre part ses conseils n'étaient |)as gênés par }e respect et la déférence qu'exigeaient ces seigneurs puissans , et par la discorde qui éclatait souvent soit entre eux, soit entre quelques-uns et le commandant en chef. Il est encore à propos de remarquer que, sans douter du désir de maintenir la discipline qu'avaient certainement les Chefs montagnards pendant cette entreprise, le petit nombre des soldats de Charles doit aussi leur avoir fait sentir leur faiblesse , et les avoir peut-être rendus plus disposés à suivre strictement leurs ordres, et à s'abstenir de tout acte de violence inutile , parce qu'ils virent, dès l'origine , qu'ils ne pouvaient espérer de sûreté qu'en maintenant la concorde entre eux , et en conservant ou en gagnant la bonne opinion du pays.
Au total, il fut peut-être heureux pour l'histoire des clans montagnards, que ce système, quant à ce qui concerne son influence efficace et reconnue, puisse se considérer comme s'étant terminé avec l'éclat de bravoure et de générosité qu'il jeta en 1745. Nous avons déjà dit que l'esprit patriarcal tombait peu à peu, et que chaque génération successive avait fait insensiblement des innovations à ce système. Il n'aurait probablement plus existé au commencement du dix-huitième siècle, si les Chefs n'eussent en grand 6oin d'en nourrir et entretenir l'esprit, afin de conserver en leur personne ce pouvoir militkire que la plupart d'entre eux regardaient comme devant leur fournir les moyens de se distinguer dans la guerre civile qu'ils attendaient d'année jen année. Si le pays fût resté dans une paix profonde, les Chefs, comme les barons des basses terres, au lieu d'exiger de leurs vassaux des ser-
414 msToni
Twas dom ils s'auraient pas pan «foir beBcnn, anraieiit trùfni plos d'ayastage à leur imposer d'attirés oondilioiis, eoDHoe im loyer pins ëleyë et l'amélioration de leors terres. L'opératkm lente, mais certaine, de ces chaogemens aurait fini par dbssondre, qnoiqoe peat-étre à mm épo^ne plos éloignée, l'omon intime des membres dn dan avec leur Giief , et pent-éire dans des drcoistances moins honorables ponr celni-ci. U yant donc mieux, masse poar la renommée des montagnards, qne l'esprit dn sysikne patriarcal, comme la Inmière d'une lampe mourante, ait jeté sa éclat yif et briUant ayant de s'éteindre tont-à-fait; et qae, dans le court espace de quelques mois^ il se soit montré plus pur et phis gbrieux qu'il ne ï'ayait iait pendant plusieurs siècles.
U faut aussi remarquer que l'époque à laquelle le système patriarcal fut entièrement détruit, Ibt celle où il présenlait l'a^est le plus intéressant. La oiyilisation générale de la Grande-Bretagne ayait eu tant d'influence sur les Cheb des clans ao dix-hmtième siècle, du moins sur ceux qui étaient des kommes de considération , que bien loin d'être portés à abuser du ponyoir qu'ils ayaient sur leurs yassaux, ils étaient diqiosés, tant par politique que par des motifs plus louables, à réprimer leur pencbant au pillage, à adoucir ce qu'il y ayait de rudeet degroamor duu leur caractère, et à encourager œ qu'il offrait de noble et d'honorable, n est probable que le système patriarcal ne fut jamais ' suiyi , généralemoit parlant , d'une manière plus utile qu'à l'époque où il fat ébranlé par des causes Iwitaines qui dey aient finir par le renyerser. A cet égard, il ressemblait an bsîs de certains arbres, qui n'ofiErait jamais de plus beaux matériaux an trayailde l'ébâiisteque lorsipi'ils ont senti l'atteinte de la décrépitude»
D'après ces raisons et plusieurs antres, cette reyne du système des clans, tel qu'il existait pendantlademière génération, estsen^ UaUe au regardqu'on fixerait en seretoumsnt, sur une perspective des montagnes, animée par les teintes d'une beUe soirée d'été. Dsns une tdUe occasion, les montagnes, les laos, les beis et les précipices qu'on aperçoit dans le lointain reçmyent de l'atmosphère un éclat de beauté dont ces objets ne sont pas doués par eux-mêmes, et il faut un effort d'imagination ponr se rappeler le oaractère sauyage, stérileet désolé, qui leur appartient yéritaUement. j^our la même raison., il faut un effort d'esprit pour nous xampdler que le système de société par lequel les dans meotagnards étaient gouyemés, et qui, sous bien des rapports, parle ai puissamment
TAOISIBBœ SERIE. 4U
au coeur et à rimagination, était ennemi de la liberté et de topte amâioration dans les idées religieuses et morales , en mettant le b^ihenr et même Tezistence de tribns entières à la disposition d'individus dont le pouvoir administratif ne connaissait d'autres bornes qae.knr bon plaisir. De mâme que les autres hommes, les Cheb des clans étaient sujets à se laisser aller à abuser de leur aatorité immitée; et l'on n'a qu'à se rappeler ce que j'ai dit de Lovât et d'autres dans les pages qui précèdent , pour voir quel fléau un Chef violent ou astucieux pouvait devenir pour son propre élan, pour le gouv^nement général , pAir la paix de ses voisins et pour tout le pays dans lequel il vivait. Un tel pouvoir, placé esktre les mains d'un petit nombre d'hommes, leur donnait tou» jours les moyens de lever Tétendard de la guerre civile dans un pays qui , sans eux , aurait été disposé à la paix ; et leur propre bravoure et celle de leurs vassaux ne les rendaient que plus dan* gerenx , parce qu'ik étaient plus disposés à s'offenser , et qu'il$ avaioit des moyens d'attaque et de résistance plus sanglans et plus désespérés. Même en temps de paix, le, pouvoir de ravager les domaines d'un voisin ou un canton des basses terres en lâchant une troupe de bandits , rassemblés dans quelque sombre vallée eomme des limiers dans un chenil, donnait à chaque petit Chef le ' moyen de répandre le pillage et la désolation partout où bon lui semblait.
Quelque compassion qu'on puisse donc accorder à ceux qui sonflrirent de ce changement, avec quelque regret qu'on puisse^ en général, toir anéantir par la violence un état de société qui se rattachait par tant de pointe à l'honneur et à la fidéUté , et aux dogmes de la chevalerie romanesque, il est impossible qu'un homme de bon sens désire qu'il eût continué à exister, ou dise que, sous un point de vue de sagesse politique, le gouvernement de la Grande-foetagne eût d en tolérer plus long-temps ^existence.
Mais les motifs du cq^s législatif pour porter un coup mortd au système patriarcal adopté dans les montagnes d'Ecosse, étaient plus urgens que ceut qui partaient d'une idée de convenance et d'utilité générale. Les mesures qu'il prit à cet effet avaient moins pour but d'améliorer en principe général, que de faire tarir la source constante de rébellions réitérées contre la famille royale; et l'on ne peut être étonné qu'étant alorâ , par la fortune de là guerre, complètement màitre de t(ms les districts insurgés, le gott«
416 mSTOmS VECOSSE.
Ternement ait Toola détruire entièrement tontes marqne& de distinction entre le montagnard et l'habitant des basses terres, et réduire les montagnes an même état paisible dont jouissaient les basses terres d'Ecosse depuis bien des années.
On avait eu recours plusieurs fois, en d'autres occasions, au système de désarmer les montagnards; mais on n'y avait jamais réussi que partiellement* On résolut alors de les priver non-seulement de leurs armes, mais même de l'ancien costume de leur pays, costume pittoresque, et qui s'accordait parfaitement avec l'usage de porter des armes. La claymore , le dîri , le pistolet, faisaient partie du costume montagnard tout aussi bien que le plaid et la toque ; et l'habitude de porter ces derniers vétemens ne pouvait manquer de rappeler à celui qui en était couvert qu'il n'avait plus les armes nécessaires pour compléter son costume. On proposa de détruire cet enchaînement d'idées, en défendant Tusage du costume montagnard, sous des peines très rigoureuses.^;
On fit contre cette interdiction d'un ancien costume national quelques objections ayant pour base, les unes la compassion ^les autres l'utilité. On représenta que la forme de ce costume, léger, chaud, convenable à l'usage de ceux qui y étaient accoutuma, était essentiellement nécessaire à des hommes qui avaient à faire de longues courses dans un pays sauvage et agreste, et qui étaient obligés de garder leurs moutons et leurs bestiaux dans les déserts et sur les montagnes, partout où l'on pouvait trouver quelques pâturages. On se plaignit aussi de la proscription d'un costume national auquel le peuple était accoutumé dqmîs long-temps, et auquel il était nécessairement attaché, comme d'un acte de pouvoir arbitraire, d'autant plus que cette loi s'q>pliquait à des cantons et à des districts très ét^idus, dont les habitans non-seulement s'étaient abstenus d'aider la rébellion , mais avaient donné volontairement des secours efficaces pour la réprimer.
Malgré ces raisons , et malgré la représentation des Chefs restés fidèles, qu'il était injuste de les priver des armes dont ils s'étaient servis pour la défense du gouvernement, on jugea - nécessaire d'adopter la mesure proposée, comme devant, lorsque l'exécation
V ^*^*^ nne di«position bî«n dare » paisqa'dle contnriait les habhndes et les sentiniens d'ane
même pris les arnMS poor
dans cette prohSbitioii,
monta^ards d'un costume qoi tenait de bien pris k leurs habitudes de dao
dtfende
foule de gens qui n'aTaient pas trempé dans la rébeHion, on qui avaient m 7 résister. Il y arait pourtant une preuve de la connaissance de l'homme <
car elle déppuillait les montagnards d'un costume qui tenait de bien près k
et de guerre On m'assure que , de la même manière , dans quelques provinces d'Italie , il est «le porter le costume particulier des bandits, même dans les mascarades, parce qu'on a que , par suite d'un enchatnement d'idées , il inspirait da goût ponr ce métier. (Ifott de ^
en serait assurée par la séyérité da gonyemementi réduire complètement chez les montagnards cet esprit martial qui s'était trouvé incompatible avec la paix et la sûreté da pays en généra!» On passa donc nne loi défendant l'usage de l'étoffe appelée tartan^ avec tous ses carreaux de couleurs variées et ses différentes modifications ^, sous des peines qui pouvaient à cette époque être nécessaires pour vaincre la répugnance des montagnards à renoncer' à leur costume national, mais qui certainement paraissent aujourd'hui hors de toute proportion avec l'offense. Porter aucune partie' de ce qu'on appelle le costume montagnard, c'est*à-dire/7/a(€/, phi' labeg , trews ^, ou aucun vêtement fait de tartan ^ c'est-à-dire d'une " étoffe à carreaux de diverses couleurs, devint une offense punie,pour la prepoière fois, de six mois d'emprisonnement, et en cas de récidive, de déportation aux colonies. D'une autre part, tout montagnard qui portait des armes ou qui même en gardait en sa possession , était obligé de servir comme soldat , à moins qu'il ner pût payer une amende de quinze livres sterling. Une seconde conttavention était punie par une déportation aux colonies pour sept ans. Cette loi fut rendue dans la vingtième année du règne de George IL
Quoi qu'on puisse penser de ces deux lois, non-seulement défendant l'usage des armes sous les peines les plus sévères, mais proscrivant le costume d'une nation entière, on ne peut faire aucune^ objection contre un autre acte du parlement, passé en 1748, pour abolir les derniers restes effectifs du système féodal , c'est-à-dire la juridiction héréditaire dans toute l'Ecosse. J'ai fait plusieurs fois allusion à ces derniers restes du système féodal, comme étant contraires an sens commun ainsi qu'à l'administration libre et impartiale de la justice. Dans le fait , le droit de décider toutes lea questions ordinaires de jurisprudence appartenait aux grands propriétaires, qui n'étaient ni élevés dans la profession du barreau, ni habitués à séparer leurs intérêts et leurs passions des causes qu'ils avaient à juger. Cette loi accorda une indemnité en argent aux propriétaires de ces droits judiciaires dont l'existence était incompatible avec les progrès qu'un pays libre faisait vers la civilisation complète. L'administration de la justice fut confiée à des
I. Les coalears de ces carreaux et rarrangement de ces couleurs variaient dans chaque clan , de sorte qu'en Toyant un montagnard on pouvait saToir de quel clan il faisait partie.
a. J'ai déjà dit que \epiaid était le manteau des montagnards , Itphilabeg une espèce de japon laissant le genou découvert ; quant aux trewt^ c'était une espèce de demi-culotte, qui était cachée par le phUubeg,
fi
ils mSTOIBE D'BGOSSl.
hommes de loi qa'on appela substitats des sheriffs, parce qu'ib leur étaient substitués par la coaronne » et pour les distiagiier des sherifls priDcipaox • qui joaissaieut auparavant des droits de juridiction attachés à leur patrimoine. On ncHuma pour chaque oomté un de ces substituts die sheriff , et il fut chargé de s'acquitter des devoirs judiciaires qui étaient remplis auparavant par des juges héréditaires.
Ce dernier acte n'était pas seulement destiné aux districts des 'montagnes, il fut déclaré applicable à toute l'Ecosse. Par un autre acte de la même année , toute concession de fief à charge de service militaire fut déclarée illégale > et ceux qui existaient déjà furrat changés en fiefs tenus moyennant une redevance annuelle en ar^ genty ou à charge de quelque reconnaissance honorifique du vasselage. Il devint donc impossible à un seigneur ou à un maître d'imposer à ses vassanx la fatale obligation de le suivre à la guerre, ou de remplir les devoirs pénibles de le suivre à la chasse et de garder son chftteau. Ainsi, sans rien changer aux formes d'investiture féodale, on abrogea et l'on détruisit pour l'avenir tonte Pi# fluence essentielle du seigneur sur ses vassaux , et du propriétaire sur ses tenanciers, et notamment le droit qu'il avait de les oodduire sur le champ de bataille pour y soutenir ses propres querelles. Nous réservons pour le chapitre suivant les eCfeta qoefiro» . dnisirentces grands changemens.