CHAPITRE XXVIL
Conduite delà France à l'égard d«8 partisans de Charles-Edouard qvi le suitirent en ce pays,- Dépait a» Prkiee de Pranee. —Mis» Walkinshaw. — Voyage de Charles à Londres. — Intrigwi jacobitaa. — Mort du prince Chariea.— Mort de son frère le cardinal duc d'York. ^Cbangenos eRectués dans les montagnes par les mesures adoptées apràs la rébellion.— Décadence du systAms a» elMM. — Leslacobites se réconcilient à U maison d'HanoTre. — Restitution des biens coafaqiMS. — Permteion de porter le costuie montagnard. -^Int rodnction des fennec à naoutan».— Amélioration du commerce de l'Ecosse.
Avant d'entrer dans un plus grand détail sur les effets que produisirent en Ecosse et sur les habitans de ce pays , les lois sur le | désarmement, sur Fabolition des juridictions héréditaires, et autres changemens effectués par la législature en conséquence de
'M rébeltion de 1745 ^ nons pouTons jeter un coup d'oeil sur la triste fin delà carrière de Charles-Edouard , qui avait commencé avec tant d'éclat. On pourrait citer bien des hommes qui, de mêm« que cet infortuné prince, ayant échoué dans une entreprise faite ' avec hardiesse et soutenue avec Tigueur, semblent ensuite avoir été suivis pas à pas par infortune , et privés, par le déclin prématuré des talens qu'ils avaient d'abord montrés , du pouvoir de conserver la réputation qu'ils avaient acquise au commencement *ée leur existence politique.
Lors de son arrivée en France avec tout l'éclat de ses victoires et de ses souffrances, le ChevaUer reçut un accueil favorable à la cour, et obtint des avantages considérables pour quelques-uns de 'ses partisans. Lochiel et lord Ogilvie furent nommés lieutenanscolonels an service de France, avec lafacuhé d'accorder des brevets d'officiers à quelques-uns des exilés les plus distingués qui par- -tageaient leur destin. La cour de France accorda aussi quarante -BÛlle livres par an pour soutenir ceux des fugitifs écossais qui ne ^purent trouver de service militaire.
Malgré cette libéralité de la part de la France , cette somme ne suffisait pas à beaucoup près pour assurer Fexistence de tant 4'exiléSy accoutumés non^seulement au nécessaire , mais aux aisances de la vie 9 et il n'est pas étonnant qu'un grand nombre d'entre eux, réduits à l'indigence et à l'exil pour avoir embrassé sa cause, murmurassent, quoique peut-être injustement, contre le Prince, dont ils pouvaient supposer que le pouvoir de soulager leur détresse était plus grand qu'il ne l'était réellemeot.
Un incident qui suivit bientôt fftt une nouvelle preuve de ce caractère indomptable qui semble avoir caractérisé ce jeune homme ^dans sa tentative pour reconquérir le trône de ses ancêtres. Lorsque le gouvernement français, dans l'hiver de 1748 , fut disposé àeonelurelapaix avec l'Angleterre ^ une condition indispensable fut qu'il ne serait pas permis an jeune Prétendant, comme •on l'appelait, de résider sur le territoire français. Le roi et les ministres de France sentirent la nécessité d'y consentir, s'ils voniaient d^ytenir la paix, mais 3s désiraient le faire avec tous les égards possibles pour la délicatesse et les intérêts de Charles- Sdouard. Dans ce dessein, il lui fut proposé de se retirer à Fribourg en Suisse , où on lui assurerait un asile, une compagnie de -gardes « une pension considérable, avec le rang et le titre nominal de prince de Galles.
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Il n'est pas facile de dire dans quelles vues Charles rejeta ces offres , ni quel motif il eut , sauf l'impalsion momentanée du dépit, pour refuser positivement de quitter la France. Mais il était dans un royaume où l'on faisait alors peu de cérémonie en pareille occasion. Un soir qu'il allait à TOpéra, il fat arrêté par un détachement des gardes françaises , et conduit pieds et poings liés , d'abord dans la prison d'état de Yincennes , et de là dans la ville d'ÀTignoui appartenant au pape, où on le mit en liberté.
Charles semble s'être exposîé lui-même à cette humiliation inutile, uniquement par un sentiment d'obstination ; et naturellement une conduite si déraisonnable était peu faite pour rendre sa présence agréable à d'antres Etats.
U alla d'abord à Venise n'ayant qu'un seul homme à sa suite; mais d'après un avis que lui donna le sénat, il retourna en Flandre.
Là, yers l'année 1761 , il reçut dans sa maison nne femme, nommée miss Walkinshaw. Cette personne, admise ainsi dans son intimité, ayait des liaisons qui donnèrent lapins grande inquiétude aux amis et aux partisans du Prince dans la Grande-Bretagne. On disait qu'elle était sœur de la femme de charge de Leicester- Honse, où le prince de Galles demeurait alors, et on la soupçonnait si généralement de trahir son amant, que les personnes de distinction qui continuaient en Angleterre à être fidèles à la cause desStuarts, euToyèrent un député spécial, nommé Mac-Namara, pour prier le Cheyalier, au nom de tout le parli , de la congédia de sa maison et de la placer dans un couvent, du moins pour quelque temps. Le Prince s'y refusa de la manière la plus décidée. Ce n'était pas, dit-il, qu'il eût une affection ni même une estime bien particulière pour miss Walkinshaw , mais il ne voulait pas que ses sujets lui fissent la loi en ce qui concernait sa nianière de vivre et l'intérieur de sa maison. Lorsque Mac*Namara eut reçu ce refos positif, il prit congé du Princ^e en lui disant d'un ton mécontent et indigné : — Par quel crime, Monsieur, votre famille peut-elle avoir attiré sur elle le courroux du ciel , puisque chaque branche de votre maison en a été frappée depuis tant de siècles?
Le refos hautain opposé par le Prince à une demande raisonnable et respectueuse en elle-même, fiit le signal de la dispersion de presque tout le parti jacobite en Angleterre. Ceux qui le composaient n'attendaient probablement alors qu'une occasion de pouvoir renoncer avec honneur à une cause qui n'offrait plus aucun espoir.
Ayant cette défection générale, quelques intrigues avaient encore en lien en fayeur de Charles , mais elles avaient toujours étécohduites par des personnes manquant de réflexion et de jugement. Ce fut ainsi que la duchesse de Buckingham, femme d'un caractère ambitieux , mais inconséquent , prit sur eUe, à une certaine époque, de figurer comme protectrice de la maison de Smart. Elle fit même plusieurs voyages d'Angleterre à Paris et de Paris à Londres, en affectant de vouloir devenir Fhéroïne d'une révolution jacobite. Il est inutile de dire que cette intrigue ne pouvait avoir rien de sérieux dans son but ni dans sa fin.
En 1760, les intrigues jacobites continuèrent, et le Prince luimême fit cette année un voyage à Londres. Le docteur King, qui était alors à la tête des Jacobites de TEglise anglicane, le reçut dans sa maison. On assure que le projet que Charles avait formé était impraticable, et qu'on le détermina bientôt à retourner sur le continent. Le docteur King trace avec sévérité le portrait de ce prince infortuné à cette époque : il le représente comme étant froid , intéressé et avare , ce qui annonce souvent un caractère égoïste. Cependant on ne doit recevoir qu'avec quelques modifications le témoignage de cet auteur; car le docteur King écrivit ses anecdotes à une époque où, après avoir été long-temps ouvertement à la tête du parti du clergé non assermenté, il l'avait enfin abandonné, avait embrassé celui du gouvernement, et s'était même montré à la cour. Il est donc peu probable qu'il ait porté un jugem«it impartial et tracé un fidèle portrait du Prince dont il avait déserté la cause. En 17ô2, quelques étincelles jaillirent encore des cendres du jacobitisme. Patrice, tord Elibank, était alors à la tête de ce qui restait du parti jacobite en Ecosse. C'était un homme ayant beaucoup d'esprit, d'adresse et de sagacité; mais comme tant d'autres qui se sentent de grands talens, il choisissait , tant dans sa conduite que dans ses discours, le côté le plus désavantageux de la question , afin d'avoir un plus beau champ pour le développer.
L'honorable Alexandre Murray, un des frères de lord Elibank, homme d'un caractère audacieux, avait formé un projet désespéré pour s'emparer du palais de Saint- James et de la personne du roi, au moyen de soixante hommes déterminés. Une seconde traînée de cette conspiration devait produire son explosion en Ecosse, pays alors dépourvu d'hommes et de moyens pour tenter une insurrection. Mac-Donell de Lochgarry et le docteur Archi-
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bald Gameron, frère de Lochiel^ étaient dans le nord les artisans de cette partie du complot. Ce dernier tomba entre les mains des agens da gouvernement , et ayant été arrêté sur les bords du lac Katrine, il fut envoyé à Londres. Son procès lui fut fait d'après Pacte d'accusation rendu contre lui pour avoir pris part à la rébellion de 1746 y et il fut jugé, condamné, et exécuté ^ Tybnra. Son exécution pour une si vieille offense, si long-temps après ^'il n'était plus question d'hostilités, fut un sujet de reproche contre le gouvernement , et fit même représenter le caractère personnel de George 11 comme dur, vindicatif et implacable. On croyait d'autant plus à la vérité de cette imputation, que le docteur Car meron était d'un naturel doux et aimable, qu'il n'avait pas porté les armes pendant la rébellion , et qu'il avait employé ses talens comme médecin en faveur des blessés des deux armées , sans aucune distinction. Cependant on sait parfaitement aujourd'hui qu'il était retourné en Ecosse dans le dessein de ranimer la flamme de la rébellion , et l'on doit convenir que, quel que pût être son caractère privé, il «subit le destin que son entreprise méritait et justifiait.
L'honorable Alexandre Murray se hasarda d'aller à Londres vers la même époque. Une proclamation y fut bientôt pubhée pour son arrestation. Ayant trouvé que les individus sur l'assis» tance desquels il avait compté pour son entreprise avaient perdu courage, il renonça à son projet. D'autres intrigues mal conçues, ou qui n'aboutirent à rien , eurent encore lieu en faveur de Charles,, environ jusqu'en 1760; mais elles semblent toutes avoir été tramées par de simples faiseurs de projets, voulant tirer de l'argent du prince exilé, sans avoir en vue aucune perspective raisonnable et peut-être même sans dessein sérieux de lui rendre des services efficaces.
Quelques années après l'époque dont nons venons de parler, un individu parut désirer obtenir de Charles-Edouard une missioa pour lui faire un parti dans les colonies du nord de l'Amérique, qui avaient alors commencé à entrer en querelle avec la mère-^ patrie. L'aventurier dont nous parlons proposait de faire des par» tisans an Prince parmi les insurgeas, dans un pays où il se trou» vait un grand nombre de montagnards d'Ecosse. Mais ce projet ne reposait pas sur une base solide^ car les cdions écossais embrasse* rent en général la cause du roi Georget.
Au milieu de ces vaiues intrigo^Sj^ wcitéesk par de noflLvdk»
espérances auxquelles isuccédaient toujoars de nouTeaux désappointemens , Charles, qui avait supporté avec beaucoup de graudeur d'ame et de fermeté tant de détresses et de fatigues véritables, pm-dit enfin tout courage moral et physique. Ses tourmens domestiques furent augmentés par son malheureux mariage avec Louise deStohlberg, princesse allemande ; union qui ne procura le bonheur à aucun des deux époux^ et qui ne fit même grand honneur ni à l'an ni à Tantre. Enfin, après avoir long*temps conservé le titre ëh prince de Galles, il le quitta à la mort de son père, arrivée en 1760 ; mais les cours de TEurope ne voulurent pas le reconnaître <3onmieroidela Grande-Bretagne. Charles-Edouard vécut ensuite incognito, sous le nom de comte d'Albany. Il mourut à Florence le 31 janvier 1788, et fut enterré royalement à cinq lieues de Rome, dans Téglise cathédrale de Frascati, dont son frère était évéque.
Les qualités estimables de ce malheureux prince paraissent avoir été un caractère intrépide, résolu et entreprenant, allant presque jusqu'à la témérité ; la faculté de soutenir toutes les extréinîtés de la fatigue et de l'infortune avec une fermeté magnanime, enfin une courtoisie naturelle dans ses manières, qui était infiniment agréable à ses partisans, mais qu'il savait changer en réserve lorsqu'il le voulait. Quand on considère sa campagne en Ecosse , on ne peut lui refuser des talens militaires. Quelques-uns de ses partisans du plus haut rang crurent qu'il leur témoignait moins de reconnaissance de leurs services qu'il ne leur en était dû ; mais le nombre beaucoup plus grand de ceux qui s'approchaient de sa personne ne pouvait parler de lui sans verser des larmes de chagrin, et votre grand-père en a lui-même été souvent témoin.
Ses déi^uts ou ses erreurs venaient de ce qu'il avait été élevé d'une manière qui ne convenait nullement au rang pour lequel il se croyait né. Son éducation, confiée à des prêtres à esprit étroit, et à des soldats de fortune, avait été singulièrement bornée et imparfaite. H en était résulté qu'au lieu d'apprendre à désavouer ou du moins à modifier considérablement les principes qui avaient fait perdre un trône à sa Csunille, qui l'avaient condamnée à l'exil, il avait appris à regarder ces erreurs comme des maximes sacrées dans lesquelles Fhonneur et la conscience lui faisaient un devoir de persister. Il laissa une fiHe naturelle, nommée comtesse d'Albany, qui mourut il n'y a que quelques années.
Le dernier héritier de la-ligne masculine et directe des Stuarts,
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i la mort de Charles, éiait son frère cadet , Henry -Benoft , que le pape aTait nommé cardinal. La senle démarclie de ce prince ponr déclarer ses droits à la couronne britannique fat de faire frajqper nne belle médaille sur laquelle il est représenté en costume de cardinal, avec la couronne, le sceptre et les autres emblèmes de la royauté, sur l'arrière-plan ; et l'exergue : VolaniaU Dei, non desidtrio popali; ce qui impliquait nne renonciation tacite aux droits qu'il aurait pu prétendre que sa naissance lui donnait. C'était un prince d'un caractère doux et bienfaisant, et généralement aimé. Lorsque les innoyations produites par la révolution française l'eurent privé, du moins en très grande partie, des revenus qu'il tirait de l'Eglise, il vécut, chose étrange à dire, aa moyen d'une pension annuelle de trois mille livres sterling que lui accorda la générosité de feu George lU, et qui lui fat continuée par son successeur au trdne. Pour payer cette libéralité, et comme pour reconnaître que la maison d'Hanovre avait succédé légitimement aux droits de celle de Stuart au trdne, ce dernier héritier des Stuarts légua au roi actuel tous les joyaux de la couronne, dont quelques-uns étaient de grand prix, que Jacques II avait emportés en passant sur le continent en 1688, ainsi qu'une grande ^quantité de papiers tendant à jeter un grand jour sur Fhistoire de la Grande-Bretagne.
N'ayant plus rien à dire de la maison de Stuart, éteinte par la mort de son dernier héritier dans la ligne directe masculine , j'en reviens aux effets généraux que produisirent en Ecosse les lois rendues pour abolir les juridictions héréditaires, et pour interdire aux montagnards le port d'armes et le costame national. On n'exprima aucun mécontentement de la première mesure, et probablement elle n'en excita que dans l'esprit d'un petit nombre de propriétaires, qui pouvaient croire que la diminution de leur pouvoir sur leurs vassanx était une atteinte portée à leur dignité. Hais il n'en fat pas de même de la loi sur le désarmement. Elle fat regardée par les montagnards comme une insulte mortelle ; et pendant bien long-temps elle parut augmenter plutôt que diminuer Je mécontentement que le gouvernement désirait apaiser.
Dans le fait , quand on considère la situation où se trouvaient les montagnes de l'Ecosse, on ne peut être surpris que, pendant une «dizaine d'années au moins, ce pays ait été dans un état encore plus sauvage qu'avant l'insurrection. Le pays était rempli d'hommes désespérés qui, ayant été élevés dans le métier des armes, et
ayant récemment joné un rftle dans les scènes de la guerre cWile, s'étaient familiarisés avec tous les actes de rapine et de violence; et ces entrayes, quelles qu'elles fussent ^ que les Chefs mettaient aux désordres des malfaiteurs , n'existaient plus depuis que leur autorité avait été détruite. En conséquence les greffes criminels sont remplis à cette époque d*atrocités de toute espèce commises dans les montagnes, et qui donnent une idée étrange des désordres qui y régnaient.
Parmi le nombre de ces pillards vulgaires, la tradition cite plus souvent les noms du sergent More*Gameron, et de quelques autres déprédateurs d'un caractère plus doux, que la renommée peut placer au niveau de Robin Hood et de ses joyeux archers, comme amis et bienfaiteurs des pauvres , quoiqu'ils pillassent les riches. Le glaive de la justice était souvent occupé à les extirper ; et si de fréquens exemples de châtiment ne corrigeaient pas les anciens déprédateurs, ils détournaient les jeunes gens de marcher sur leurs traces. Mais la race des hommes de Qaarante-Ginq , comme on les appelait, qui fournissait cette génération de héros, finit par vieillir, et s'accoutuma à des habitudes paisibles. . Par l'acte qui confisquait les biens de ceux qui avaient pris part à la rébellion, le gouvernement avait acquis dans les montagnes des domaines considérables qui appartenaient auparavant aux Chefs jacobites. Plus sage que ne l'avait été le gouvernement de ni 5 y au lieu de mettre ces biens en vente, il les garda, et en confia l'administration à un bureau de commissaires qui, déduction faite des frais, employaient le surplus des revenus à l'amélioration des arts et des manufactures en Ecosse , et spécialement dans les montagnes. L'exemple qui fut donné à l'agriculture et à l'industrie, sous la protection de ces commissaires, fut imité par les montagnards, qui, ne pouvant plus se livrer au métier des armes, commencèrent enfin à envisager ce genre d'occupation d'un œil plus favorable. Uesprit de clan, qui avait dans leur cœur des liens si difficiles à rompre, se relâcha graduellement par suite de l'absence de certains Chefs et de l'appauvrissement des autres. Vers la même époque, le génie du comte de Chatham ouvrit aussi luie nouvelle carrière au caractère martial des montagnards, en levant parmi eux des régimens pour le service du gouvernement dans le Canada, où ils se conduisirent d'une manière distinguée : et en même temps l'absence de la partie la plus inflammable d'une population surabondante diminua beaucoup le risque de nouveaux
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troaUts. Bien des indiTidos qui avaient servi dans leur jeunesse 80«8 les ordres du prince Charles prirent parti dans ces nouvelles levées, et combattirent pour le monarque régnant, dont la générosité ouvrit à ses anciens ennemis tous les rangs au service militaire. Je vous en citerai un exemple entre plusieurs.
Un brevet d^officier supérieur dans un de ces nouveaux régîmens était sur le point d'être accordé à un gentilhomme du comté d'Athole. Un courtisan qui désirait procurer cette place à un autre, parla au feu roi de quelques traits de bravoure audacieuse qu'avait faits eecandidaC à l'avancement mifitaire, quand il portait les armes pour Charles-Edouard, pendant l'insurrection de 1745.
— A4-il réellement si bien combattu contre moi? demanda le monarque avee autant de bonté que de jugement. En ce cas, croyez'moi, il combattra aussi bien pour ma cause. ... Et le brevet fnC envoyé à sa première destination.
De t^ traits de générosité de ia part du souverain ne pouvaient manquer de Isire des prosélytes parmi des gens aussi enthousiasles que les Jaeolntes. George II! gagna personnellement leur afiection dès le commencement de son règne. Avec une aimaUie inconséquence, beaucoup de ceux qui avaient combattu contre l'aïènl auraient versé jusqu'àla dernière goutte de leur sang pour le petit-fils ; et oeux même qui persistaient encore à reconnaître les droils du Prétendant se montraient disposés à perdre la vie pour le monarque régnant.
Tan& que la bonne intelligence se consolidait entre les montagnards et le gouvernement qu'ils avaient combattu avec tant d'opiniâtreté, les biens confisqués d^ns les montagnes étaient administrés de manière à procurer le bonheur et l'aisance à ceux qni subsistaient en les cultivant. Quelques vieillards se rappelaient peut-être encore avec regret les jours de leur jeunesse, où chaque montagnard marchait au milieu des bruyères au bruit de toutes les armes qu'il portait ; mais au total cm devait donner la préférence à un temps où, ponr être sâr de jouir de tons ses droits , on n'avait besoin d'autre défense que de celle des loi». Avec le temps le gouvernement pensa que la peine de confiscation devait, par justice autant que par politique, avoir une fin, et que les dcscendans des insurgés de 1745, professant d'autres prmdpes que leurs malheureux pms, pouvaient sans danger être rétabfis dans la jouissance de leîir patrnoaoine. En conséquence, par un acte de grâce passé i en la -mghqBktnbmtumteéa règne de George III, les biens qui
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avaient été confisqués, pour cause de rébellion en 1745, furent restitués aux descendans de ceux contre lesquels la confiscation avait été prononcée. Une longue suite de noms honorables fut ainsi rendue à l'histoire d'Ecosse, et une dette de reconnaissance à b mémoire du monarque alors régnant fut imposée à leurs re« présentans. Pour que rien ne manquât à cet acte de grâce, le roi actuel, outre les propriétés confisquées que son père avait ren-; dues, rétablit dans leurs titres et dignités les individus descendus de pairs, qui avaient perdu ce titre par suite de la r^ellion. — Mesure bien propre à signaler les bonnes grâces de Sa Majesté pour ses sujets écossais, et son désir d'effacer tout souvenir de la discorde qui avait existé entre sa maison royale et quelques-uns de leurs ancêtres»
Une autre mesure tendant également à cicatriser toutes les anciennes blessures, fut de rendre aux montagnards, par un acte de la vingt-deuxième année du règne de George III, liberté entière de porter le costume national, sans avoir à craindre ni châtiment, ni ponrsidte. Cette faveur fut reçue avec de grandes démonstrations de joie par les montagnards ; mais un changement de costumes s'étant opéré pendant l'intervalle de temps qui s'était écoulé depuis laprohibîtian, et la génération existante s'étant habituée aux vétemens des bahitans des basses terres, ce n'est guère que dans les occasimis de. grandes lètes qu'on voit paraître maintenant l'ancien costume national.
Un changement d'un ^nre dîffiSrrait se rattache de très près aux principes d'économie politique, mais je ne puis guère ici que l'indiquer. L'esprit de clan, comme je Tai dit, était aboli on ne stibsis-* tait que comme l'ombre d'une ombre; les propriétaires monta» gnards n'étaient donc nullement disposés à soutenir sur leurs do» maines, en qualité de pauvres parens, âes> hommes qu'ils n'avaient plus la possibîlké d'employer à un service militaire. Comme une nation an sein d'une paix profonde , ils désiraient licencier les soldats dont ils n'avaient plus besoin, et qui même ne pou* vaient phis rester légalement soiis leur autorité. Le pays était donc exposé à tous les îneonvénîens d'une population excessive , tandis que les propriétaires, par la même circonstance, étaient encombrés par une multitude de gens que, sous l'ancien système, ils auraient été très charmés d'enrôler parmi les membres de leurs clans.
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Une aatre circonstance augmenta considérablement le nombre des montagnards que ce noavel état de choses laissa sans occapation.
La région montagneose dn nord de l'Ecosse contenait de grandes étendues de terrains marécageux qu'on employait autrefois principalement, sinon exclusivement, à élever le bétail noir ^ . On découvrit pourtant avec le temps qu'on tirerait un parti plus avantageux de ces immenses pâturages en les couvrant de troupeaux de moutons. Mais ce genre d'occupation répugne naturellement aux montagnards y et par suite de leur éducation ils ne sont pas propres à remplir les fonctions de berger , quoiqu'ik entendeot parfaitement tous les soins qu'exigent les bestiaux. U en résolu que, lorsque les montagnes commencèrent à s'ouvrir aux habitans des basses terres, les fermiers qui élevaient des moutons près des montagnes dn sud offrirent aux propriétaires de ces vastes terrains des loyers plus élevés que les montagnardsnepouvaient en donner; «t ceux-ci, privés en même temps de leurs terres et de leurs occupations, quittèrent le pays en grand nombre, et émigrèrent dans l'Amérique septentrionale ou dans d'antres établissemens étrangers.
Je me souviens encore avec quelle indignation lés vieux montagnards voyaient ces innovations en agriculture. Je me rappelle avoir entendu un Chef de l'ancienne école s'écrier avec on ton de chagrin et de mécontentement : — Quand j'étais jeune, un gentilhomme montagnard fusait reposer son importance sur la quantité d'hommes que son domaine pouvait nourrir; quelque temps après la question fut de savoir quelle quantité de bétail noir on pouvait y élever ; à présent on en est venu à compter le nombre des moutons; je suppose que nos descendans demanderont combien un domaine peut produire de rats et de souris.
Il faut convenir que, sous un point de vue général , cette innovation était une suite nécessaire dn grand changement qoi s'était opéré dans le système des mœurs , et que par conséquent elle était inévitable. Il n'est pas moins vrai que l'humanité de beaucoup de propriétaires n'épargna ni peines ni dépenses pour fournir aux habitans qui se trouvaient ainsi nécessairement évincés de leurs fermes et de leurs pâturages, de nouvelles occupations dans les pêcheries , ou d'autres travaux auxquels ils pussent se livrer