I. Beau nbtîTemwk à celui d« TBoone
TROISmiEB SËHIE. 45
serait pas exigé. A parler strictement, l'Ecosse n'ayait pas le droit d'espérer cette dernière fayenr, car son propre parlement avait déjà cédé sur cette question , et elle ne devait pas attendre da parlement britannique une grâce dont le sien aVait négligé de faire ane. des conditions du marché qu'il avait conclu. Mais les Ecossais sentirent qa'ik avaient été traités avec une hauteur peu courtoise pendant le cours de la discussion ; et tel fut leur ressentiment, que, dans une réunion générale des quarante*cinq représentans de l'Ecosse, ils en vinrent à adopter la résolution de faire une motion pour la dissolution de l'Union, en la traitant comme une épreuve qui n'avait pas produit les bons effets qu'on en attendait. La même détermination fut prise par les pairs écossais. Elle fut appuyée par les Ecossais de tous les partis, Whigs et révolutionnaires, Torys et Jacobites; et conmie les Whigs anglais qui, lorsqu'ils occupaient les places dnihinistère, avaient montré tant de zèle pour l'établissement de TUnion, maintenant qu'ils faisaient partie de ropposition , en favorisaient la dissolution avec la même ardeur, la déf^se dç cette mesure resta entre les mains des Torys anglais, qui, aans l'origine, s'y étaient opposés de tout leur pouvoir. Cet important traité, qui se rattachait de si près au bonheur national, fut en danger de partager le sort d'un jeune arbre fruitier qui est arraché par un ignorant jardinier, parce qu'il ne rapporte pas de fruit l'année qui suit celte où il a été planté.
La motion pour la dissolution de l'Union fut faite dans la chambre des pairs par lord Findlateret Seafield, — ^ce mâme lord Findiater et Seafield qui, étant chancelier du parlement écossais par lequel le traité fut conclu, avait signé le dernier ajournement des représentans de son pays, en disant d'un ton moqueur, que c'était la fin d'une vieille chanson. Sa Seigneurie, avec un embarras considérable causé par l'idéedesa versatilité, eut l'assurance de faire la motion qu'on se remit à chanter la vieille chanson, et que l'Union fiit abolie ; en allé^antpqur cause les quatre griefs sui« 'vans : 1^ l'aboUtion du conseil privé d'Ecosse ; 2® l'introduction en Ecosse de la loi anglaise sur la haute trahison ; 3° l'incapacité dont avaient été frappés les pairs écossais d'être appelés au parlement comme pairs de la Grande-Bretagne ; 4^ l'imposition de la uxe sur la drêche. Aucun de ces mot^s de plainte ne justifiait la proposition de loird Findiater. 1° L'abolition du conseil privé devait être une cause de satisfaction plutôt que de regret pour l'Ecosse, que ce corps avait gouvernée avec ttneyerge de fer; i^ bloi anglaise
4« HI9P0IIUE D'SOOSSB.
sur la hmite trahison était probaUement plcrs sévères à quelcpies égards qmc celle d'Ecosse, aiais elle ayait Favanta'ge d'être pins précise, et de laisser moins de latitude à l'arbitraire ; 3^ Tincapacité des pairs écossais d'entrer dans le parleftaient était sans donte un attentat ^optre lenrs pridléges , mais cette mesnre pouvait être révoqoée, et elle le fut ensuite^ sans qu'il fftt besoin de détruire rUnion ; i^ si la taxe sur la dréche était an grief, c'en était un que les commissaires écossais ; el entre antres lord Findlater Inimême/ avaient en sous les yeux lors de la discussion dn traité ; ils avaient expressément soumis lenr pays à cette taxe, et par conséquent ils n'avaient pas droit de. s'en plaindre, comme d^nne chose nouvelle et inattendue, qnandJes Anglais voidiirent mettre à exécution une stipulation à laqitelleils araient eux-mêmes consenti.
Le duc d'Argyle appuya la motion pour abroger l'Union , avec beancoup plus d'énergie que n'en avait déployé lord Findlater. B déclara que lorsqu'il avait parlé, en faveur du traité d'union, c'était par la seule raison qu^l ne voyait pas d'autre moyen poar affermir sur le trône une maison protestante, fl avait changé d'avis à ce sujet, et il croyait qu'il existait d'autres voies pour ar< river à ce but importatit. Il parlait avec autant de force que de dignité 'des injures et des insultes multipliées auxquelles ^Ecosse et les Ecossais avaient été en butte, et répondit à ceux qui lui avaient fait en termes détournés le reproebe d'avoir abandonné son parti, qu^l méprisait leurs imputations autant qu'ilfiiisait peu de cas de leur intelligeDce.
Cet orateur pleia de hardiesse approcha dans son discours delà véritable cause du mécontentement nniversiel des membres écossais du parlement. G était moins le sentiment intimé dé quelque grief sérieux, que celui de la manière insultante et injurieuse dont ils étaient habituellement traités dans le sénat britMniqae, comme s'ils n'eussent été. que les représentans d'une province subor* donnée et subjuguée. Mais quelque force que puissent avoir le re»> sentiment personnel et Porguei^national offensé, ce ne devait pas être une raison pour changer un contrat nalîonal'concla après de mftres délibérations ^ ; car le bieh^rer de la postérité ne doit pas être sacrifié à l'humeur vindicative de la génération présente.
La disensmn Sur la motion de lord Findlater fut très animée , et il fut étonnant de voûr avec qudlè énergie les Torysf défendirent
TROiSIEMB SBUB; 4t
eettetjiijoi^à laqvéUe il» s'éudent opposés dansle prineipe, tandis que les Whigfti ëgakiiMiit înesnséqiienft ; oherehaient à abattre rédifice^oe leurs propres mains allaient 'éleré. Les premiers, à la Térité^ poiMPsueBtâire pour se justifier, qoe, qnoiqn'ils n'eussent pas (Lésicé le traité d*Uoien i cependant puisqu'il était concla, et qu'en ayaif. changé Fanoiènie constltiition -des deux pays poor Vy conforiDer, ils n'étaient pas coupables de contradiction en pré» férant qn^elle subsistât y platât qne de voir les principes de la con» stitation.^ooY^ de si fréqnens changemens. La conduite des Whigs n'admet gnèiw une pareille apologie.
Lesyoixsnir cette question se balancèrent tellement qne la motion ne fut rejçtée que par une majorité de qnahff: tant il s'en lallatpen que ce traité iinportant ne reçût un coup mortel six ans après aYoir été conclu*
Après qii!on «ut échappée cet éoueH par une sorte de miracle, ear nous, pouvons sârement en parler ain%î, il arriva une autre Cfl*co]ist8nce qui tend fortement à prouver combien les Ecossais à cette époque 4taien^ disposés à prendre feu au moindre trait lancé contre lewrpi^ys. Les deux grands partis des Wbigs et des Torys, les premiers étant dans les rangs de l'opposition , les autres dans ceux du ministère, outre, 4a guerre régulière qu'ils se livraient ^ans ]a chaanbredes Ooonunnes , entretenaient des escarmouches lie pa9iphlet»et4e satires, 4on% les auteurs étalent pour la plupart ^ hommes d'un talent distingué.
Parmi eux ^ le célèbre str Richard Steele écrivit un traité intitulé £a Ciis€^ qni fat très répandu par les Whigs. Jonathan Sivrift, ddué.de plus de talens encore, ami intime et défenseur' des ministres <{ni étaient alors en place , publia , sous le voile de l'anonyme, une réponse intitulée: Vespnt pMècdes Whigs demtm» ^par Penaouragement qm^Us donnent à Fauteur de La Crise. C'était nn panq^blet politique plein de cansticilé contre les Whigs et leurs «hanqpîons, et rempli de sarcasmes amers contre le due d'Ârgyle et sonpâys. Dmis^^cet oavrâge, l'auteur lâchait les rênes à ses préventions contre la nation écossaise. Il regrettait que, par le moyen de cette Union, TEcosse eât été admise ,aux privilèges commereianxdontriplaiideét^it privée^Le moyen naturel de remédier à celte inégalité eftt certaitiement été dé mettre les trois nations sur lemlïne pied. Mais comme cette mesure ne paraissait pa& praticable à icette époque , Swift aéctisa les Ecossais d'affëctatio» en «yant Véir de se pbindre des conditiotts tPtfn traité qui
48 mSTOIRB lyilGOSSK.
était tellement en leur faveur , et il prétendit que tont en poussant de grands cris pour obtenir rabrogationderUaion, ils mouraient de penr d^ réussir. Quoique excellent observateur des hommes, et sachant apprécier leurs motifs, Swift se trompait en cette occasion : avec moins deperspicacité que cet auteur célèbre, et aveuglés par leur orgueiTblessé, les Ecossais désiraient se venger aux dépens d'un traité qui contenait tant d'avantages enc<Mre cachés, de même .qu'un homme ivre fait tomber sa rage sur des meubles précieux, ou sur des papiers importans. Dans le pamj^hletqui courrouça tellement les Ecossais , Swift parlait de TUnion comme d'un projet pour lequel on ne pouvait assigner aucune raison, et il déliait qui que. ce fût de dire un seul avantage que l'Angleterre pût jamais en attendre. Il en attribue la nécessité avep justice, mais d'une manière offensante, au refus des Ecossais de fixer la couroane dans la maison d'Hanovre , ce qui, suivant l'écrivain satirique , fit regarder comme très dangereux de laisser cette partie de la Grande-Bretagne habitée par un peuple septentrional, pauvre et fier, en. liberté de ap donner un autre roi. Il blâme fortement Godolphin d'avoir laissé passer l'Acte de Sécurité , d'après lequel les Ecossais s'arrogèrent le droit de s'armer universelle* ment. Il convient que l'Union était devenue nécessaire , parce qu'il en aurait pu^ coûter à l'Angleterre nne année ou deux de guerre pour réduire les Ecossais. Cet aveu de Swift est le plus fort panégyriquedu traité, car uneoi^ deux années d'hostilités auraient fort bieapu ne faire que rallumer cette guerre qui avait duré pendant plus de mille ans.
Le duc d' Argyle avait été ami et. même protecteur de Tanteur satirique ; mais c'était quand il agissait de concert avec Oxford et Bolingbrokè i au commencement de leur administration, et lorsqu'il satisfaisait en même temps leur esprit de parti et sa propre animosité en attaquant le duc. de Marlborough, et en refusant d'adhérer au vote de remerciemens à ce grand général. Tandis qu'Argyle était en Espagne,. Swift lui avait adressé une lettre conçue dans ce style de flatterie délicate qu'il maniait a:ussi bien que la -satire et le sarcasme. Mais quand le duc revint en Angleterre, aigri contre les ministres parce qu'ils avaient manqué à leurs promesses de lui envoyer de l'argent et des renforts , et qu'il se déclara l'adversaire infatigable de leur parti , de leurs mesures , et d'eux-mêmes, Swift, leur confident intime et leur partisan ^ fit succéder une satire amère aux panégyriques dont le duc avait été
l'objet. Il parte da nombre considérable des nobles écossais comme d'un des grands maux résultant de TUnion , et demande si Ton a jamais regardé comme nn avantage pour on homme qui va épouser une femme fort au-dessous de lui , et qui ne possède pas une obolei qu'elle soit accompagnée d'une suite nombreuse de parens et d'amis. On suppose que dans le passage suivant il faisait allusion an duc d'Ârgyle et à lord Islay, son frère : — «Je pourrais désigner quelques individus décorés de grands titres, qui ont affecté de parler avec force pour demander la dissolution de TUnion ; avant ce traité, tout leur revenu n'aurait pas été suffisant pour un juge de paixda pays de Galles, et depuis ce temps, ils ont amassé plus d'argent que ne pourrait s'en faire une idée un Ecossais qui n'aurait jamais voyagé. »
Ces traits de satire lancés contre un peuple aussi sensible aux sarcasmes et aussi vindicatif que les Ecossais se Tétaient montrés tout récenunent , et dirigés eu outre contre .un homme ayant les taleoset l'importance du duc d'Argyle, ne devaient pas, comme lep ministres le savaient fort bien, être passés sous silence par ceux qui s'en voyaient frappés : le parti nombreux de l'opposition ne pouvait pas non plus manquer de profiter de cette occasion pour porter une accusation contre Swift , que chacun regardait comme l'a^nteur de^e pamphlet, et qui avait attaqué les membres de l'opposition, tant comme individus que comme composant un parti. Les ministres formèrent donc un plan pour éluder une attaque qui aurait pu avoir des suites fâcheuses pour un partisan qui leur était si précieux , et qui devait le leur être.
Ils avaient en raison de préparer un système de défense, ou pour mieux dire, des moyens d'évasion, car l'accusation fut portée dans la chambrèdes Pairs par le comte dé Wharton, seigneur qui avait de grands talens, et qui s'était chargé de cette tâche d'autant plus volontiers, que l'auteui* satitiqUe avait publié Un portrait du comte lui-même, tracé datis. le temps où il l'avait peint sous les couleurs les plus odieuses. Wharton fit une motion dont la conclusion était que l'honneur de la Chambre était intéressé à découvrir le vil auteur d'un libelle si. mensonger et si scandaleux ^ afin que justice fût rendue à la nation écossaise. Le lord- trésorier Oxford déclara qu'il n'en connaissait aucunement l'auteur, et consentit de bonne grâce qu'il fût donné ordre qu'on arrêtât l'imprimeur et l'éditeur du pamphletdont on se plaignait; Le lendemain, le comte de Mar informa la chambre que , comme secrétaire d'H>
5a HISfOI&E S'BOOSSE*
tat, il avait fidt coBiiiienGar une poorsaite au nom de Sa contre John Barber. On suivit cette mafcbe , et elle fut une égide pour Swift ; car, après avoir été lai-méme Fobjet d'une poursuitCi Fii^primeur ne pouvait plus paraître comme témoin contre l'antenr, et c'était l'auteur^ et non l'imprimeur on Té^itenr, que les Whigs avaient dessein de poursuivre. Irritée d'étfe privée de sa proie, la chambre des Pairs présenta une adresse à la reine pour lui démontrer l'atrocité du libelle , et la supplier de pid)lier une proclamation offrant une récompense pour la découverte de Tauf teur. Le duc d'Argyle et les pairs écossais ^ qui auraient peut-être mieux consulté leur dignité en n'opposant que le mépris à de t^les calomnies , joignirent à cette adresse leurs remontrances persoiinelles à la reine , et une récompense de ttois cents livres fut promise pour la découverte du libeUiste.
Chacun savait que Swift était l'individu auquel on voulait arriver comme auteur de ce pamphlet offensant ; mais il n'en resta pas moins à Tabri d'une découverte légale.
Je vous ai ainsi rendu compte de^pielques-unes des discussions auxquelles l'Union, une fois passée en loi, donna lieu dans lèpre» mier parlement britannique. Ce récit donne une preuve des erreurs dans lesquelles les moilleurs hommes d'Etat et les plus sages se laissent entraîner, quand, an lieu de considérer avec calme et sans passion des mesures puUiques importantes, ils les regardent sous le faux jour que leur présentent leufs sentimens personnels et résprii de parti. Dans ce dernier cas, on se- demande, non si la mesure qui est en consid^ation sera utile ou désavanta* geuse au public, mais si son parti retirera plus'd'avafitage en la défendant, ou^i s'y opposant.