î/antecr désigne ici le comté de Roxbnrgh
3. Mentionné dans les Chants populaires des frontières de l'Ecosse (Bordcr-Minstrelsy).
craient à la chasse et à la pêche ; et à l'ardeur avec laquelle ils se livraient à ces exercices, on reconnaissait l'esprit aventureux qui jadis guidait dans leurs déprédations les habitants des frontières de ce district.
A l'époque où commence cette histoire, les plus hardis jeunes gens de la contrée attendaient avec plus d'impatience que de crainte une occasion d'imiter les exploits guerriers de leurs ancêtres, dont le récit faisait une partie de leurs amusements domestiques. L'acte de sécurité publié en Ecosse avait donné l'alarme à l'Angleterre, en ce qu'il semblait menacer les deux royaumes d'une séparation inévitable après la mort de la reine Anne. Godolphin, qui était alors à la tête de l'administration anglaise, comprit que le seul moyen d'écarter les malheurs d'une guerre civile était de parvenir à l'incorporation et à l'unité des deux royaumes. On peut voir dans l'histoire de cette époque comment l'affaire fut conduite , et combien on fut loin d'abord de pouvoir espérer les heureux résultats qui en furent la suite. Pour l'intelligence de notre récit, il suffit de savoir que l'indignation fut générale en Ecosse , quand on y apprit à quelles conditions le parlement d'Edimbourg avait sacrifié son indépendance. Cette indignation donna naissance à des ligues, à des associations secrètes , aux projets les plus extravagants. Les caméroniens mêmes, qui regardaient avec raison les Stuarts comme leurs oppresseurs, étaient sur le point de prendre les armes pour le rétablissement de cette dynastie ; et les intrigues politiques présentaient l'étrange spectacle des papistes , des épiscopaux et des presbytériens cabalant contre le gouvernement britannique, poussés par un commun ressentiment des outrages faits à la patrie. La fermentation était universelle ; et comme depuis la proclamation de l'acte de sécurité, la population avait été exercée au maniement des armes , elle n'attendait que la déclaration de quelques-uns des chefs de la noblesse qui voulussent diriger le soulèvement, pour se porter à des actes hostiles. C'est à cette époque de confusion générale que se rattache notre récit.
Le cleugh ou la ravine sauvage où Hobbie Elliot venait de poursuivre le gibier, était déjà loin derrière lui, et il était à peu près à mi-chemin de sa ferme quand la nuit étendit ses premiers voiles sur l'horizon. Il n'existait dans les environs ni un buisson ni une pointe de rocher qu'il ne connût parfaitement, et il aurait regagné son gîte les yeux fermés ; mais ce qui l'inquiétait malgré lui , c'est qu'il se
n LE NAIN NOIR
trouvait près d'un endroit qui ne jouissait pas d'une bonne réputation dans le pays. La tradition disait qu'il était hanté par des esprits, et qu'on y voyait des apparitions surnaturelles. Il avait entendu faire ces contes depuis son enfance , et personne n'y ajoutait plus de foi que le bon Hobbie de Heugh-Foot , car on le nommait ainsi pour le distinguer d'une vingtaine d'autres Elliots qui avaient le même prénom.
Il faut convenir que le lieu dont il s'agit prêtait un peu à la superstition, et Hobbie n'eut pas besoin de faire de grands efforts pour se rappeler les événements merveilleux qu'il avait entendu raconter tant de fois. Ce lieu sinistre était un common , ou bruyère communale , appelée Mucklestane-Moor * à cause d'une colonne de granit brut placée sur une éminence au centre de la bruyère, soit pour servir de mausolée à un ancien guerrier enseveli en ce lieu , soit pour perpétuer le souvenir de quelque combat. La tradition , qui transmet souvent autant de mensonges que de vérités , expliquait l'origine de ce monument par une légende que la mémoire d'Hobbie ne manqua pas de lui rappeler. Autour de la colonne, le terrain était semé ou plutôt encombré d'un grand nombre de fragments énormes du même granit, que leur forme et leur disposition avaient fait appeler les « oies grises de Mucklestane-Moor » ; et la légende trouvait l'explication de cette singularité dans la catastrophe d'une fameuse et redoutable sorcière qui jadis fréquentait les environs, faisait avorter les brebis et les vaches, qui en un mot jouait tous les méchants tours qu'on attribue aux gens de son espèce. G était sur cette bruyère que la vieille pratiquait le sabbat avec ses sœurs les sorcières. On montrait encore des places circulaires dans lesquelles ni bruyère ni gazon ne pouvaient croître , le terrain étant en quelque sorte calciné par les pieds brûlants des diables qui venaient prendre part à la danse. Un jour, la vieille sorcière fut obligée de traverser ce lieu pour conduire, dit-on, des oies à une foire voisine ; car on n'ignore pas que le diable, tout prodigue qu'il est de ses funestes dons , est assez peu généreux pour laisser ses associés dans la nécessité de travailler pour vivre. Le jour était avancé , et , pour tirer un meilleur parti de son troupeau, il fallait qu'elle arrivât la première au marché. Mais, aux approches de cette lande sauvage, coupée par des flaques d'eau et des