‹ Œuvres de Walter Scott;Chapitre 14 sur 93 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Nain qui parcours cette plage , Apprends-moi quel est ton nom?

— L'Homme noir du marécage!

John Leyden.

'objet qui alarma le jeune fermier au milieu de ses protestations de courage fit tressaillir son compagnon , quoiqu'il fût moins superstitieux. La lune , qui s'était levée pendant leur conversation, semblait, suivant l'expression du pays , se disputer avec les nuages à qui régnerait sur l'atmosphère , de sorte que sa lumière douteuse ne se montrait que

par intervalles. Un de ses rayons frappant sur la colonne de granit» dont ils n'étaient pas très-éloignés, leur fit apercevoir un être qui ressemblait à une créature humaine, quoique d'une taille beaucoup au-dessous de l'ordinaire. Il ne paraissait pas vouloir aller plus loi», car il marchait lentement autour de la colonne , s'arrêtait à chaque pierre qu'il rencontrait, semblait l'examiner, et faisait entendre de temps en temps une espèce de murmure sourd , dont il était impossible de comprendre le sens.

Tout cela répondait si bien aux idées que Hobbie s'était formées d'une apparition, qu'il s'arrêta, sentit ses cheveux se dresser sur sa tête, et dit tout bas à Earnscliff : — C'est la vieille Ailie, c'est ellemême! lui tirerai -je un coup de fusil , en invoquant le nom de Dieu?

— N'en faites rien, pour l'amour du ciel ! c'est quelque malheureux privé de raison.

— Vous la perdez vous-même de vouloir en approcher, dit Elliot en retenant à son tour son compagnon. Nous avons le temps de dire une petite prière avant que le spectre vienne à nous. Ah! si je pouvais m'en rappeler une... Mais il nous en laisse tout le temps, continua-t-il , devenu plus hardi en voyant le courage d'Earnscliff et le peu d'attention que l'esprit donnait à leur approche : il va clopinclopant, comme une poule sur une grille chaude. Croyez-moi, Earnscliff, ajouta-t-il à demi-voix, faisons un détour comme pour mettre le vent contre un daim. — On n'a de l'eau que jusqu'aux genoux dans la fondrière : mieux vaut mauvaise route * que mauvaise compagnie.

Malgré ces remontrances, Earnscliff continuait d'avancer, et Hobbie le suivait involontairement. Ils se trouvèrent enfin à dix pas de l'objet qu'ils cherchaient à reconnaître. Plus ils en approchaient, plus il leur paraissait décroître , autant que l'obscurité leur permettait de le distinguer. C'était un homme dont la taille n'excédait pas quatre pieds2; mais il était presque aussi large que haut, ou plutôt d'une forme sphérique qui ne pouvait être que le résultat d'une étrange difformité. Le jeune chasseur appela deux fois cet être extraordinaire sans en recevoir de réponse, et sans faire attention aux efforts continuellement répétés de son compagnon pour l'entraîner d'un autre

i. Il y a dans le texte soft road [soft). Les Écossais ont l'habitude d'employer l'épilhète soft (mon) in mctam parlent, dans deux cas au moins : A soft road, est une route à travers des fondrières et de la boue ; a soft wealher, signifie un temps très-pluvieux.

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