‹ Œuvres de Walter Scott;Chapitre 3 sur 93 · I INTRODUCTION GENERALE · texte numérisé non relu

I INTRODUCTION GENERALE

soirées, excepté celle du dimanche, assis dans un grand fauteuil de cuir, au coin du feu de l'auberge de Waîlace, j'ai vu autant de monde que si je m'étais fatigué à voyager dans toute l'Angleterre. De même le percepteur du droit de péage de la grande route de Welbrae-Head, assis tranquillement dans sa loge, y reçoit plus d'argent que si, s'avançant sur le chemin, il allait demander une contribution à chaque personne qu'il rencontrerait : ce qui l'exposerait, suivant l'adage vulgaire, à revenir avec plus de coups de pied au derrière que d'halfpence (demi-sous) dans sa poche.

2° Si le roi d'tthaque, le plus sage des Grecs, acquit sa réputation en visitant les villes et les hommes, comme nous l'assure le poète, je réponds au zoïle qui m'opposera cet exemple que, par le fait, j'ai vu aussi des villes et des hommes ; car j'ai visité les fameuses cités d'Edimbourg et de Glasgow, deux fois la première, et trois fois la seconde, dans le cours de mon pèlerinage en ce monde. De plus , j'ai eu l'honneur de m'asseoir à l'Assemblée générale1 (c'est-à-dire comme auditeur dans les galeries), et j'y ai entendu parler si éloquemment sur la loi du patronage , que les idées nouvelles que j'en ai rapportées m'ont valu , depuis mon heureux retour à Gandercleugh , d'être considéré comme un oracle en cette matière.

3° Enfin, si, malgré ma profonde connaissance du monde, acquise, au prix de tant de peines , par mes questions au coin du feu et par mes voyages, on prétend que je suis incapable de recueillir les agréables récits de mon Hôte,]e ferai savoir à ces critiques, à leur honte éternelle , aussi bien qu'à la confusion de tous ceux qui voudraient témérairement s'élever contre moi; je leur ferai savoir, dis-je, que je ne suis ni l'auteur, ni le rédacteur, ni le compilateur des Contes de mon Hôte, et que par conséquent je ne saurais être responsable de leur contenu pour un iota.

Or, maintenant , race de censeurs qui vous montrez tels que les serpents brûlants de la Bible pour siffler avec vos langues et blesser avec vos aiguillons , prosternez-vous dans votre poussière native ; reconnaissez vos pensées pour celles de l'ignorance, et vos paroles pour celles de la folie. Vous voilà pris dans vos propres filets, vous voilà tombés dans votre propre trappe; baissez donc là une tâche trop pénible pour vous ; ne détruisez pas vos dents en rongeant une lime ; n'épuisez pas vos forces contre des murs de pierre ; ne perdez pas haleine en luttant de vitesse avec un agile coursier, et laissez peser les Contes de mon Hôte à ceux qui porteront avec eux les balances de la candeur, purifiées de la rouille des préventions par les mains du savoir modeste. Pour ceux-là seuls ils furent recueillis , comme le démon-

\. Assemblée générale du clergé presbytérien, où les anciens décident les questions de la discipline et du patronage ecclésiastique.

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