‹ Œuvres de Walter Scott;Chapitre 4 sur 93 · AUX CONTES DE MON HOTE · texte numérisé non relu

AUX CONTES DE MON HOTE

trera un court récit que mon zèle pour la vérité m'a engagé à faire servir de supplément à ce préambule.

Personne n'ignore que mon Hôte était un homme aimable , facétieux , et aimé de tout Gandercîeugh , excepté du laird, du collecteur de l'accise, et de ceux à qui il refusait de faire crédit. Je vais réfuter tour a tour leurs motifs particuliers de haine.

Le laird l'accusait d'avoir encouragé , en divers temps et lieux , la destruction des lièvres, des lapins, des oiseaux noirs et gris, tels que perdreaux^ coqs de bruyère et autres volatiles ou quadrupèdes , en contravention aux lois du royaume, car elles les réservent pour les puissants du siècle, qui paraissent prendre un grand plaisir à la destruction des animaux ( plaisir que je ne puis concevoir). Mais , avec tout le respect que je dois à l'honorable laird, je prendrai la liberté de faire observer que mon défunt ami était à l'abri de tout reproche à cet égard, attendu que ce qu'il vendait pour des levrauts , c'étaient des lapins de son clapier, et ses coqs de bruyère des pigeons bisets , servis et mangés comme tels. Il n'y avait donc là qu'une véritable deceptio vlsûs.

Le collecteur de l'accise prétendait que feu mon Hôte distillait lui-même sa liqueur, sans être nanti de cette permission spéciale des grands de ce monde appelée en termes techniques une licence. Je vais encore réfuter cette fausse assertion : en dépit du collecteur, de sa jauge , de sa plume et de son écritoire, je soutiens que dans la maison de mon Hôte\t n'ai jamais vu ni goûté un verre d'eau-de-vie illégale. Nous n'avions certainement nul besoin de nous cacher au sujet d'une liqueur agréable et attrayante débitée à l'auberge de Wallace sous le nom de rosée des montagnes. S'il est une loi contre la fabrication d'une semblable liqueur, que le collecteur me la montre, et je lui dirai si je dois la reconnaître ou non.

Quant à ceux qui se présentaient altérés chez mon Hôte , et qui , faute d'argent comptant ou de crédit, ne pouvaient apaiser leur soif, c'est un cas qui m'a ému les entrailles comme s'il m'eut concerné personnellement. Mais je dois dire que mon Hôte n'était pas insensible aux peines que souffre une bonne âme poursuivie par la soif , et qu'il fournissait à boire jusqu'à concurrence de la valeur de la montre ou des vêtements , — excepté ceux de la partie inférieure du corps, qu'il n'a jamais voulu accepter en nantissement pour l'honneur de sa maison. Et afin de rendre complètement justice à la libéralité de mon Hôte, je dois dire que jamais il ne m'a refusé la dose de rafraîchissement dont j'avais l'habitude de réconforter la nature après les fatigues de mon école. Il est vrai que j'enseignais l'anglais et le latin, la tenue des livres, avec une teinture de mathématiques, à ses cint|

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