‹ Œuvres de Walter Scott;Chapitre 51 sur 93 · I. Abréviation iï Olivier; Olivier Cromweli · texte numérisé non relu

I. Abréviation iï Olivier; Olivier Cromweli

personnes suspectes. Ainsi donc, je vous demande encore une fois ce que vous pensez de la mort de l'archevêque de Saint-André. C'est une pierre de touche que nous avons trouvée pour reconnaître de quel aloi sont les personnes que nous interrogeons.

Henry avait eu le temps de réfléchir qu'en résistant au pouvoir arbitraire confié à de pareilles mains, c'était s'exposer à un danger inutile et risquer d'y entraîner son oncle ; d'ailleurs il n'éprouvait aucune répugnance à témoigner l'horreur que lui inspirait un assassinat. Il répondit donc avec sang-froid : — Je n'hésite point à déclarer que les auteurs de ce meurtre ont commis, à mon avis, une action insensée et criminelle, et qu'ils sont d'autant plus coupables que ce forfait servira de prétexte pour redoubler les rigueurs exercées contre ceux qui en sont innocents, et qui sont aussi éloignés de l'approuver que je le suis moi-même.

Tandis que Henry parlait ainsi , Bothwell l'examinait avec attention, et cherchait à se rappeler ses traits. — Je ne me trompe pas, dit-il enfin, vous êtes, mon bon ami, le capitaine Perroquet ; je vous ai déjà vu, et je vous ai trouvé en compagnie suspecte.

— Je vous ai vu une fois chez Niel, répondit Morton.

— Et avec qui êtes-vous sorti de chez lui, jeune homme? N'est-ce pas avec Balfour de Burley, le chef des meurtriers de l'archevêque?

— Cela est vrai; jamais je n'aurai recours au mensonge. Mais, bien loin de savoir qu'il fût un des assassins du primat, j'ignorais même qu'un tel crime eût été commis.

— Dieu nous fasse miséricorde ! s'écria le vieux Milnwood, je suis perdu, ruiné ! La langue de ce malheureux fera sauter sa tête de dessus ses épaules, et me fera perdre, à moi, jusqu'à l'habit que j'ai sur le corps.

— Mais vous ne pouviez ignorer que Burley est un rebelle et un traître, qu'il est défendu atout sujet fidèle du roi d'avoir aucune communication avec lui, de lui donner ni pain, ni eau, ni feu, ni asile; vous saviez tout cela, et vous avez contrevenu aux lois. (Henry gardait le silence.) — Où l'avez-vous quitté? est-ce sur le grand chemin, ou bien lui «wez-vous donné abri dans cette maison?

>— Dans cette maison ! s'écria M. Milnwood : il n'aurait pas été assez hardi pour y introduire un traître.

— Ose-t-il nier qu'il l'ait fait? demanda Bothwell.

— Puisque vous m'en accusez comme d'un crime, nos lois ne vous

permettent pas d'exiger que je dise rien qui tende à m'accuser moimême, répondit Henry.

— Oh ! les terres de Milnwood, les belles terres de Milnwood, qui sont depuis deux cents ans dans la famille de Morton, les voilà saisies, confisquées, perdues ! s'écria M. Milnwood.

— Non, Monsieur, lui dit son neveu, je ne souffrirai pas que vous soyez puni pour moi. — Monsieur, dit-il ensuite à Bothwell, j'avoue que j'ai donné retraite à cet homme pour une nuit, parce que mon père avait été son ancien camarade; en cela j'ai agi, non-seulement à l'insu de mon oncle, mais contre les ordres exprès qu'il a donnés de tout temps. Je crois que si mon aveu suffit pour établir ma culpabilité, il doit suffire aussi pour la décharge de mon oncle.

— Jeune homme, répliqua le brigadier d'un ton un peu moins dur, j*en suis fâché : vous êtes un brave, votre oncle est un bon vieux Troyen qui a plus de soin de ses hôtes que de lui-même, car il se contente de bière et leur fait boire son vin. Apprenez-moi donc ce que vous savez de ce Burïey, ce qu'il a dit en vous quittant, où il allait, où l'on pourrait le trouver maintenant, et je fermerai les yeux, autant que mon devoir mc le permettra, sur la part que vous avez prise dans cette affaire. — Vous ne savez peut-être pas que la tête de cet assassin de whig vaut mille marcs d'argent... si je pouvais lui mettre la main dessus! — Allons, parlez! où Pavez-vous quitté?

— Monsieur, vous excuserez ma franchise; mais les mêmes raisons qui m'ont d cidé à lui donner un asile pour une nuit, au risque de me compromettre, moi et les miens, m'obligeraient à garder son secret s'il me l'avait confié.

— Ainsi donc vous refusez de me répondre?

— Je n'ai pas d'autre réponse à vous faire.

— On trouvera peut-être le moyen de vous faire parler en vous mettant une mèche allumée entre chaque doigt.

— Par pitié, Monsieur, dit tout bas mistress Wilson à son maître, donnez-leur de l'argent. C'est de l'argent qu'ils veulent. Ils tueront M. Henry, ils vous tueront, ils nous tueront tous.

Milnwood soupira, et d'une voix éteinte, comme s'il allait rendre l'âme, il lui répondit : — Si... si vingt... oui, si vingt livres pouvaient arranger cette affaire...

— Mon maître, dit Alison au brigadier, vous donnera vingt livres sterling...

5>.2i LES PURITAINS D'ECOSSE.

— Vingt livres d'Ecosse, sotte femme que vous êtes! interrompit le vieillard, à qui son avarice fit oublier en ce moment sa déférence habituelle pour sa femme de charge.

— Oui, vingt livres sterling, reprit-elle sans l'écouter, si vous voulez avoir la bonté d'excuser ce jeune étourdi. Il est si entêté, que vous le mettriez en pièces sans arracher de lui une parole : et quel bien cela vous fera-t-il si vous lui brûlez ses pauvres doigts?

— Mais, dit Bothwell en hésitant, je ne sais trop que répondre à cela. Je connais nombre de mes camarades qui prendraient forgent, et qui emmèneraient le jeune homme prisonnier; moi, j'ai une conscience, et si votre maître veut exécuter vos offres et s'obliger à représenter son neveu, et qu'ensuite toute la maison prête le serment du test...

— Nous prêterons tous les serments que vous voudrez, s'écria Alison. — Dépêchez-vous, dit-elle tout bas à son maître, allez chercher l'argent, ou ils mettront le feu à la maison.

Le vieux Milnwood jeta un regard désespéré sur sa gouvernante, et sortit à pas lents, semblable à une figure mouvante d'horloge, pour faire voir le jour à ses anges et les tirer des ténèbres où depuis si longtemps il les retenait prisonniers.

Cependant Bothwell, prenant une attitude imposante, se préparait à faire prêter le serment dont il avait parlé. Il mit à cet acte à peu près la même dignité qu'on trouve aujourd'hui dans les bureaux des douanes de Sa Majesté. — Quel est votre nom, femme?

— Alison Wiison, Monsieur.

— Bien.Vous, Alison Wiison, déclarez, certifiez et jurez solennellement que vous regardez comme illégal pour les sujets du roi, n'importe sous quel prétexte, de réforme ou autre, d'entrer dans aucune ligue oucovenant...

Ici la cérémonie fut interrompue par une dispute entre Cuddy et Mause, qui depuis quelque temps parlaient à demi -voix.

— Paix donc, ma mère, paix donc ! disait le premier, les voilà qui entrent en arrangement ; chut! ils vont tomber d'accord.

— Je ne me tairai pas plus longtemps ! je parlerai sans réticence, je confondrai l'homme du péché, l'homme rouge' lui-même; et, par mi voix, M. Henry sera délivré des pièges du chasseur.

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