‹ Œuvres de William ShakespeareChapitre 106 sur 176 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Une autre partie du bois.

OBERON, entrant.

Je suis curieux si Titania est éveillée, puis quelle fut la première chose qui vint devant ses yeux et qu'il lui faut adorer à en mourir. [Entre Puck.) Voici mon messager. Eh bien, fol esprit ! Quelle farce 1 fais-tu cette nuit à travers ce bois hanté?

' ' PUCK

Ma maîtresse est en amour.avec un monstre. Auprès de son berceau clos et consacré, tandis qu'elle était dans son heure d'engourdissement et de sommelL une troupe de guenilleux, de grossiers manouvriers, qui travaillent pour leur pain dans les échoppes d'Athènes, s'étaient réunis pour répéter une pièce, à l'intention des noces du grand Theseus. Le plus étourdi de ces gens à peau épaisse 2, troupe stupide, celui qui représentait Pyramus, dans leur pièce, a quitté la scène et est entré dans lé taillis. J'ai fixé à sa tête une caboche d'âlie.Tout de suite il devait donner la réplique à sa Thisby et mon cabotin 3 revient. Dès qu'ils l'aperçoivent, comme des oies sau-vages voyant l'oiseleur qui rampe ou comme des corneilles à têtes rousses, en troupe, se levant et croassant au bruit du fusil, s'éparpillent et follement balaient l'azur, ainsi, à sa vue, ses compagnons s'enfuient, et, à nos coups de pied, l'un tombe sur l'autre. Celui-là crie et appelle le secours d'Athènes... Leurs sens, si faibles, perdus en frayeurs si fortes, font que les choses inanimées commencent à leur faire mal... car épines et ronces déchiquètent leurs vêtements; à ceux-ci les manches, à ceux-là les chapeaux... arrachant tout à mes patients. Je leur ai fait ainsi la conduite dans ce détraquement de la peur, en laissant ici le doux Pyramus métamorphosé... Quand à ce moment même, ceci advint que Titania s'éveilla, et tout droitA, tomba amou-reuse d'un âne !

OBERON

Ceci tombe mieux que je ne pouvais l'imaginer; mais as-tu aussi imbibé les yeux de l'athénien avec le jus d'amour, comme je te l'ai ordonné ?

PUCK

Je l'ai surpris dormant — cela aussi est fini — et l'athénienne était à son-côté, si bien que quand il s'est éveillé, forcément elle a du tomber sous ses yeux.

Entrent DEMETRIUS et HERMIA.

OBERON

Reste près de moi : voici ce même athénien. ' ■ ■' ■

PUCK, surpris.

C'est bien l'homme, mais ce n'est 'pas la femme...

DEMETRIUS à HERMIA. -

Oh! pourquoi repousser celui qui vous aime tant ? Réserve ce souffle amer pour un amer ennemi !

* Night-rule. Or, rule signifie règle, ordre. Comment se fait-il que dans celte expression com-posée mglu-rulel idée de farce s'impose d'elle-même ? Voici qui semble l'expliquer : Rule en ancien saxon regol, danois regel, latin régula. De môme en français règle - d'où vient évidemment le mot rigoler dont le sens facétieux est connu de tous. - Est-ce une simple antinomie comme lenom des Eumenides?

2 Thick-Skin — qui ont la peau en calus par suite de leurs travaux. Par antithèse, on. pourrait appelerles oisifs des Peaux-Fines,

3 Ce mot d'argot-théâtral rend exactement l'idée de dédain contenu dans l'original - Munich

Mraight aeeay - Straiglu indique l'idée de ligne droite, d'élan direct. - On pourrait rendre le mot du joyeux Puck par celte expression familière :- Raide comme balle, - qui ren terme exacte-ment le même sens.

Oh! maintenant je gronde seulement j mais je pourrais te traiter plus mal ! Car toi, j'en ai peur, tu m'as donné motif de te maudire. Si tu as tué Lysander pendant son sommeil, déjà dans le sang jusqu'aux souliers, plonge jusqu'au fond et tue-moi aussi!.t. Le soleil n'était pas si fidèle au jour qu'il l'était pour moi* Se serait-il dérobé loin d'Hermia endormie ?..* Je croirais plutôt que la terre peut être percée de part en part et que la lune peut se glisser à travers son centre et aller aux antipodes taquiner le midi de s'on frère J. Il ne se peut pas que tu ne l'aies pas assassiné ! Ainsi appa-raîtrait bien Un assassin... si sinistre, si méchant!...

DEMETRIUS

Ainsi apparaîtrait un assassiné!... et ainsi de moi, qui suis transpercé jusqu'au coeur par votre féroce cruauté ! Et pourtant vous, l'assassine, vous apparaissez aussi brillante, aussi claire que là-haut Vénus dans sa sphère étineelanté!

HERMIA

Qu'est cela quant à mon Lysander! Où est-il ? Ah, bon Demetrius ! Veux-tu me le donner ?

DEMETRIUS

Je donnerais plutôt sa carcasse à mes chiens !

HERMIA

Arrière, chien ! arrière, mâtin! 2 Tu me conduis hors des bornes de la virginale patience. Enfin l'as-tu tué ? Alors ne sois plus compté parmi les hommes ! Oh, pour une fois dis la vérité, dis la vérité, même par amour de moi ! As-tu osé le regarder éveillé ou l'as-tu tué dormant? O braves coups 3 ! Est-ce qu'un ver, une vipère n'en feraient pas autant ! Une vipère l'a fait: car d'une langue plus double 4 que la tienne, à toi serpent, jamais vipère ne piquerait !

DEMETRIUS

Vous dépensez votre passion sur un mode de méprise. Je ne suis pas coupable 5 du sang de Lysander... et il n'est pas mort, en tout ce que je puis dire...

HERMIA

Je t'en prie, alors dis-moi qu'il va bien !...

DEMETRIUS

Et si je le pouvais, qu'est-ce que j'aurais pour cela?

1 Toutes ces pseudo-imprécations sont comiques, et c'est en ce sens qu'il faut les interpréter. C'est pourquoi il n'est pas admissible que, sous prétexte de respecter mieux la dignité de Shakespeare, on traduise, comme F.-V* Hugo, displease par éclipser. Hermia est une amoureuse comique, une héroïne d'opérette, si l'on veut, et elle parle le style gai de ce genre de pièces. Le respect qu'on doit avoir pour le grand William ne doit pas aller jusqu'à la parfaite méconnaissance des allures qu'il prête volontaire-ment à ses personnages. — Voir la note à la fin de la pièce.

2 Out, dog! ont, car! — Cur ! est un vilain dog, répétition do l'idée de chien. Mais ceci ne peut convenir à nos traducteurs qui ne veulent pas admettre le comique outré et sont esclaves de notre bon goût. F. V. H. traduit Cur par monstre et Gukol le supprime. Seul Mcmtégut respecte Shakespeare.

3 Touch — Exploit est plus noble, mais n'est pas dans Shakespeare.

* Double, fourchue — Double, traîtresse.

s Cruilty of-the blood... il paraît inutile de rappeler Shakespeare à l'ordre pour cette licence et de substituer souillé à coupable, ainsi que l'a fait F. V. H. Ici Guizot a été de fidélité plus hardie.

Un privilège... de ne jamais plus me voir... et de ta présence haïe ainsi je me sépare... Ne me voie plus, qu'il soit mort ou non \ (Elle sort.)

DEMETRIUS

Il n'y a pas à la suivre dans cette humeur furieuse. Aussi vais-je rester iei un instant. D'ailleurs la lourdeur de la peine devient plus pesante, de par là dette que le sommeil banqueroutier doit à la peine1!... Dette que maintenant il va payer quelque peu, si, pour entendre ses offres, je reste ici un instant. (// s'étend.)

OBERON, à Puck.

Qu'as-tu fait ? Tu t'es tout à fait trompé et as posé le jus d'amour juste sur les yeux du vrai Amour ! De ta méprise il s'ensuivra forcément qu'un vrai amour sera changé et non un faux amour tourné en vrai.

PUCK

Ainsi dirige le destin. Qu'un homme garde la vérité, un million la renient, oppo* sant serments à serments.

OBERON

A travers le bois, va plus vif que le vent, et vois à trouver Helena d'Athènes: elle est toute malade d'imagination et de joue pâle, avec soupirs d'amour qui coûtent cher à la fraîcheur de son sang. Par quelque illusion, amène-la ici. (Montrant[ Deme-trius endormi.) J'enchanterai ses yeux, en attendant qu'elle apparaisse.

PUCK

J'y vais ! j'y vais! Vois comme je vais! plus rapide que la flèche de l'are d'un Tartare 1 (Il sort.) OBERON, s'approchant de Demetrius et lui versant la liqueur enchantée sur les yeux.

Fleur de teinte pourprée,

Blessé par l'arc de Cupidon,

Glisse au globe 2 de ses yeuxl

Quand son amour apparaîtra,

Qu'elle brille glorieusement

Comme la Vénus au ciel 1

Quand tu t'éveilles, si elle est là,

Supplie-là de te guérir !

PUCK, rentrant.

Capitaine de la troupe des fées,

Helena est ici tout près,

Et aussi le jouvenceau que j'ai trompé.

Plaidant pour honoraires d'amant. -

Verrons-nous cette folle parade ?

Seigneur., quels niais que ces mortels I , ■

OBERON

Reste près de moi : le bruit qu'ils ferontamènera le réveil de Demetrius' .

PUCK

Alors deux à la fois vont en courtiser une. Cela seul fera un jeu : et les choses me plaisent le plus qui tombent à rebours 3 !.., ■'..'■..'! ■,- * Le chagrin s'aggrave du manque de sommeil.

2 Apple, la pomme—- la prunelle.

8 Prepostërously. Accidents bizarres ne rend pas le texte*

Entrent LYSANDER et HELENA

LYSANDER, à Helena.

Pourquoi croiriez-vous que je vous courtise en raillerie ?... Raillerie et dérision en viennent-elles aux larmes ? Voyez, quand je fais serment, je pleure : et serments nés. aussi, en leur naissance, apparaissent en toute vérité! Commentées choses en moi peuvent-elles paraître raillerie pour vous, quand elles portent sur elles la marque de foi qui les prouve sincères ?

HELENA

Vous avancez votre manège de plus en plus. Quand la vérité tue la vérité, ô bataille du Saint et du diable * ! Ces voeux sont pour Hermia. Voulez-vous donc l'abandonner ? Pesez serment contre serment et vous ne pèserez rien du tout. Vos

-aataa^AaiB voeux, pour elle et pour moi, mis dans deux pla-- Jɧi&!^: "-;^^^^^tt^> tcaux pèseraient poids égal... et tous deux aussi lllllp/-' ■ >" légers que mensonges.

^r^r^^^^^^Si^^H^^^^. ''c n'ava's Pas ma ra'son quand je jurais à i^^^^ ^^tt'f'T^OTllSIi'Aw'^ ^l vous ne 'avez Pas a mon av's> maintenant Wu^^^^ê ïn^^^m^^m^: \ clllc vous abandonne/.

wSU^^^d^^^UuÊÊÊ^Ê^k ' Demetrius l'aime et il ne vous aime pas. imMrW '^Ê^^ÊittÊÊÊÊMmM'^ DEMETRIUS, s'évcillanl et voyant Helena. 'HfrtM ' ffîMf» W'Ar '' ® Helena, ô Déesse., nymphe, parfaite, di--

• ' ' ' ' " vinc ! A quoi, mon amour, comparerais-je tes

O dépit! ô enfer! yCUX j, , c cr;staj est je ]a Doue Q combien sont mûres à la vue ces lèvres, ces cerises à baisers, si tentantes ! Cette pure blancheur congelée, neige du haut Taurus, éventée par le vent d'orient, tourne au corbeau quand tu lèves la main! ô laisse-moi baiser cette princesse de pure blancheur, ce sceau de félicité !

HELENA

O dépit ! ô enfer ! je vois que vous vous êtes conjurés pour vous lever contre moi, pour votre amusement ! Si vous étiez civils et connaissiez courtoisie, vous ne me feriez pas pareille injure. Ne pouvez-vous me haïr, comme je sais que vous le faites, sans vous joindre à lui, en armes, pour vous moquer aussi? Si vous étiez des hommes — comme vous êtes hommes en apparence, vous ne traiteriez pas ainsi une gentille Lady 2, en protestant, en jurant, en surfaisant mes qualités, alors que, j'en suis sûr, vous me haïssez de tout votre coeur. Tous deux vous êtes rivaux et aimez Hermia, et maintenant vous êtes rivaux pour vous moquer d'Helena... un joli exploit, une courageuse entreprise que d'évoquer des larmes dans les yeux d'une jeune fille, par vos dérisions ! Nul, de noble race, ne voudrait ainsi offenser une vierge... et torturer ainsi la patience d'une pauvre âme, s'en faire un jeu I...

' O devilish holy Fray.

2 Dans le sens de gentil-homme, gentille-femme.

LYSANDER

Vous êtes déplaisant, Demetrius. Ne soyez pas ainsi. Car vous aimez Hermia. Ceci, vous le savez, je le sais 1, et ici, en tout bon vouloir et de tout mon coeur, sur l'amour d'Hermia je vous cède ma part : léguez-moi la vôtre sur celui d'Helena que j'aime et aimerai jusqu'à la mort...

HELENA

Jamais moqueurs ne gaspillèrent plus vainement leur souffle..

DEMETRIUS

Lysander, garde ton Hermia. Je n'en veux pas. Si jamais je l'ai aimée, tout cet amour s'en est allé. Mon coeur n'a séjourné chez elle que comme un hôte, et mainte-nant il est retourné chez lui, chez Helena et pour y demeurer,

LYSANDER

Helena, il n'en est pas ainsi.

DEMETRIUS

Ne dénigre pas la foi que tu ne connais pas, sinon à tes risques, tu le paieras cher. Voici que ton amour vient... Voici ta très chère !

HERMIA, entrant. ■ - . - . '

La nuit sombre, qui enlève aux yeux leur faculté, fait l'oreille: plus prompte aux terreurs. Et tandis qu'elle dégrade le sens de la vue,' elle paie-à l'âme double com-pensation. O Lysander, mes yeux ne t'ont pas trouvé, mais mon oreille — je l'en remercie — m'a apporté ta voix. Mais pourquoi si méchamment m'as-tu ainsi aban-donnée? ;."■;.•

LYSANDER

Pourquoi resterait-il, celui que l'amour presse de partir ?

HERMIA. '

Quel amour pouvait presser Lysander de quitter mon côté ?

LYSANDER

L'amour de Lysander, qui ne le laissait pas rester, son amour pour la belle Helena, Helena qui dore plus la nuit que là-haut tous ces globes 2 de feu et ces yeux de lumière. Pourquoi me cherches-tu ? Ceci ne t'apprend-il pas que la haine que je te porte m'a fait t'abandonner ?

HERMIA

Vous ne parlez pas comme vous pensez ! Cela ne peut être !

HELENA

Las ! elle est de cette conspiration ! Maintenant je comprends qu'ils se sont joints tous trois, pour façonner ce jeu menteur, en mépris de moi. Insolente Hermia!; Fille très ingrate ! Avez-vous comploté, vous êtes-vous liguée avec ceux-là pour me har celer de ces atroces moqueries ? Ces entretiens, que nous avons toutes deux partages ces voeux de soeurs, ces heures ensemble dépensées, alors que nous grondions 1< temps au pied hâtif de nous séparer... Oh 1 tout est-il oublié... et l'amitié dès jour; d'école et l'innocence enfantine ?...

« Hermia, comme deux déesses du travail, nous avons à nous deux, de no

1 You, know, I hnoiy.

2 Littéralement ces O de feu, l'O indiquant la formé ronde.■'., aiguilles, créé la même fleur, toutes deux n'ayant qu'un modèle, toutes deux sur le même coussin^ toutes deux fredonnant la même ehânson sur la même clef..; comme si nos Mi&iftSi nos flânes^ ;hbs voix et nos esprits nfe formaient qu'un seul corps ; Ainsi ftous grandîmes ensemble'* comme une double Cerise^ qui semble séparée, mais est unie tout en étant séparée, deux aimables baies montées sur une seule tige... Ainsi en semblance de deux corps, un seul coeur, deux pour premier, comme armoiries héral-diques, deuxjpour un, couronné du même cimier'1!.;-.

« Et veux-tu donc désunir notre ancienne affection, pour te joindre à ces hommes qui outragent ta pauvre amie ? Ce n'est pas d'une âmié, ce n'est pas d'une jeune fille. Notre sexe tôtit entier ^ comme je le fais moi-même ^s- te gronde pour cela, quoique je sois seule à sentir l'injure.

HERMIA

Je suis stupéfaite de vos paroles passionnées. Je ne vous outrage pas; il me semble que vous m'outragez.

HELENA

N'avez-vous pas poussé Lysander, en mépris de moi, à nie suivre et à exalter mes yeux et ma figure ? N'avez-vous pas fait que votre autre amour, Demetrius —qui tout à l'heure encore mê crossàit du pied — m'appelle déesse, nymphe* divine et rare, céleste et précieuse ? Pourquoi dit-il tout cela à celle qu'il liait ? Et pourquoi Lysander rehie-t-il votre amour, si riche en son coeur, et m'offre-t-il — vraiment! — son affec-tion •* sinon d'après vos ordres* avec votre consentement ? Que je ne sois pas eh faveur comme vous, ni assez fortunée pour que l'amour se pende après moi, cela mériterait de. vous pitié plutôt que mépris.

HERMIA

Je ne comprends pas du tout ce que vous voulez dire...

HELENA

Soit! assez, continuez, jouez la tristesse, faites-moi la grimace quand j'aurai tourné le dos* échangez des clignements, montez vos douées farces ; ce jeu, bien mené, sera dans les chroniques. Si vous aviez quelque pitié* grâce ou courtoisie, vous riè feriez pas dé moi un pareil sujet dé pièce... Mais, portez-vous bien ! C'est en partie ma propre faute, à quoi la mort ou l'absence bientôt remédiera.

LYSANDER

Restez, gentille Helena, écoutez mon excuse... mon amour, ma viej mon âme, belle Helena !

HELENA* riaîii ironiquement.

Oh! excellent!

HERMIA* 'à Lyswvder.

Doux ami, ne la raille pas ainsi !

BEMÈTRttJS:.

Si elle ne veut se rendre* je puis l'y forcer !

LYSANDER, à Helena.

Tû ne peux la forcer plus qu'elle riè peut se rendre : Tes méiiâeés n'Ont pas plus de force que ses faibles prières. Helena, je t'aime ! Par ma vie, je t'aime ! (Se frappant

1 Ecus accolés, renfermant les armoiries de deux pays, comme France et Navarre, sous la même' couronne. On dit encore mi-coupé, mi-parti. Two ofiliefirst, signifié ini-coupé au-dessus du chef,

LE SONGE D'UNE NUIT D'ÉTÉ ï&l la poitrine.) Je jure — par ceci que je. perdrai pour toi — de prouver menteur qui prétend' que,. jg ne t^airne p#s. h..,

DEMETRIUS, à Hfeknjx.

Je le dis,) je t'ai,m.e; plus qu'il ne pe.u,t le feire.

LYSANDER

Si tu dis cela,) sortons et prouve, le 1

P.EMETRtUS..

Vite, viens.

HERMIA

Lysander, à quoi tend tout cela?

LYSANDER

Arrière, vous, Ethiopienne * !

DEMETRIUS

Non, non, monsieur !... Il fait semblant d'être hors de lui... et d'aller de l'ayant, comme si on voulait le suivre... mais il ne bouge pas ! Vous êtes un lâche personnage, allez !

LYSANDER, à Hermia, qui s'accroche à hd.

A la potence, toi, chatte, toi, bourre2... Vil o^jet, lâche-moi ! ou je vais t'arra-cher de moi comme un serpent !

HERMIA

Comment êtes-vous devenu si brutal! Quel; changement en cela, doux amour I

LYSANDER

Ton amour!... arrière, Tartare tannée 3! Arrière, dégoûtante médecine! 1 Potion haïe, hors d'ici !

HERMIA

Ne plaisan;tez-yo,us pas ?

HELENA

Si (ait, sûrement... et vous, aussi.

LYSAND.ER...

Demetrius, jeté tiendrai parole...

DEMETRIUS

Il me plairait avoir votre gage... car je le vois, un lâche lien vous retient... je ne me fierai pas à votre parole, !>

LYSANDER

Quoi feutril que je la blesse, que je; la frajppe,, que je l'assomme; Ak mo^t L.. quoi^ que; je la: hatese, je ne lui ferai pas de;mal...

y Niég-ress.e.. %. .

2, Ftpjjojri, de laine, qui s'attache; aiix vêtements: et ào#%m\: ne., p.ejut se., débarrasser ;, réquivalent sre)çai;t-crampon.

%%afâtiy• 'Ça.nt.ar. Par égard: pour Shalsesp^are, on n'emplpie. que.d'esià pe.u. près:: name, fhttvç. B, Laroche, hasarde b&sanée, Mjofliégwt hfilf'e. Il D'est PftS mauvais die donner à Shakespeare-une p.étite leçon de gojût. Taniiée: est 6y.id'enime.n.t intolérahle, tan.dis que fauve, basanée, etc., sont/ épithèteS nobles!

4 Tq.kUl; djeaja}. G;e n'est que parextension que le -mot tokilt signifie tuer. ]i%mpJio:giq.uemeijt, il signifie"—tête —• Coup sur le crâne.—

Quoi ! pouvez-vous me faire plus grand mal que me haïr ? Me haïr ! pourquoi ! O moi ! Quoi de nouveau, mon amour ! Ne suis-je pas Hermia, n'êtes-vous pas Lysander ?... je suis aussi belle que je fus jamais... Cette nuit, vous m'aimiez... pourtant, depuis cette nuit, vous m'avez abandonnée ! Pourquoi ? alors vous m'avez abandonnée — Oh! que les dieux me protègent! — sérieusement?... dois-je le dire?...

LYSANDER

Oui certes, par ma vie ! Et je désire ne plus te voir jamais... c'est pourquoi sois hors d'espérances, de doutes, d'explications. Sois certaine, rien de plus vrai. Ce n'est pas une plaisanterie, jeté hais et j'aime Helena!

HERMIA, exaspérée.

O moi ! (A Helena.) Vous, jongleuse, vous, fleur véreuse 1, vous, voleuse d'amour, quoi ! Vous êtes venue cette nuit et vous avez volé le coeur de mon amant !

HELENA

Très bien, sur ma foi ! N'avez-vous ni modestie ni pudeur virginale ni ombre de timidité? Quoi ! Voulez-vous arracher d'impatientes réponses à ma langue polie ! Fi, fi ! Vous, nabote, vous poupée!...

HERMIA

Poupée ! et pourquoi ? Ah, c'est là que va le jeu ! maintenant je comprends qu'elle a comparé nos deux statures et elle a vanté sa hauteur ! Et avec son person-nage, son grand personnage, — sûrement — elle a fait valoir sa hauteur auprès de lui. Et avez-vous grandi si haut dans son estime, parce que je suis si naine et si petite ! Comme je suis petite, hein ? Vous, mât peint ? Dites ! Comme je suis petite ! Je ne suis pas encore si petite que mes ongles ne puissent atteindre à tes yeux! [elle va vers Helena la griffe en avant.)

HELENA

Je vous prie, messieurs, quoique vous vous moquiez de moi, ne la laissez pas me blesser. Je ne fus jamais méchante... je n'ai pas le don pour faire la mégère2... je suis une vraie fille pour la couardise. Ne la laissez pas me frapper. Mais vous croyez peut-être que parce qu'elle est un peu plus petite que moi je puis me battre avec elle !

■ HERMIA

Petite, encore ! vous entendez !

HELENA

Bonne Hermia, ne soyez pas si amère avec moi. Je vous ai toujours aimée. Hermia. J'ai toujours suivi vos conseils, je ne vous ai jamais fait tort, sinon que. amoureuse de Demetrius, je lui ai dit votre fuite dans ce bois. Il vous a suivie; pai amour, je l'ai suivi. Mais il m'a rabrouée et m'a menacée de me frapper, de mt donner des coups de pied, et même de me tuer! Et maintenant, si vous voulez me laissez aller, je vais remporter à Athènes ma folie et ne pas vous suivre plus avant.. laissez-moi aller. Vous voyez combien je suis simple... et combien je suis amoureuse

* Cankcr-Blossom. Fleur rongée par le ver. Cependant Schmidt identifie Canker-blossom Canker bloom, qui signifie rose sauvage ou gratte c... Cette dernière expression rappellerait 1 mot burr employé plus haut, parce que la rose sauvage est (V. Litlré) entourée d'une bo'uir piquante, que des plaisantins mettent dans les draps, pour provoquer des démangeaisons.

2 / hâve 710 gift in shretvishness.' Ce dernier mot vient de Shrew, mégère, femme acariâtre, m au vaise. Se lappeler le titre delà comédie Tamingof i/io Shrew.

Bien ! allez-vous en ! Qu'est-ce qui vous retient...

HELENA. '

Un coeur insensé que je laisse derrière moi.

HERMIA

Quoi ? avec Lysander ! .

HELENA

Non, avec Demetrius...

LYSANDER

N'aie pas peur, Helena, elle ne fera pas de mal.

DEMETRIUS

Non, monsieur. Elle n'en fera pas, quoique vous preniez son parti.

HELENA

Oh! quand elle est en colère, elle est méchante, enragée!... C'était déjà un renard quand elle allait à l'école... et quoique petite, elle est féroce !...

HERMIA

Encore petite ! Rien que courte et petite ! Et vous pouvez souffrir qu'elle m'in-sulte ainsi ? Laissez-moi aller la trouver !

LYSANDER

Allez-vous en, naine que vous êtes ! Vous, minimum, fait de l'herbe à nouer et à relarder... vous, gland, grain de chapelet !

DEMETRIUS

Vous faites trop l'officieux pour celle qui dédaigne vos services. Laissez-la tran-quille. Ne parlez pas d'Helena. Ne prenez pas son parti: car si tu prétends lui montrer jamais si peu que ce soit d'amour, tu le payeras cher !

LYSANDER

Maintenant qu'elle ne me tient plus, suis-moi, si tu l'oses, pour éprouver de qui les droits — tiens ou miens — sont les plus forts sur Helena !

DEMETRIUS

Te suivre! Non, je vais... avec toi, joue contre joue* 1 (Sortent Lysander et Demetrius.) ,

HERMIA

Vous, madame... tout ce tapage vient de vous... non, ne me tournez pas le dos...

HELENA

Je ne me fierai pas à vous, moi! Et je ne resterai pas plus longtemps en votre méchante compagnie. Vos mains sont plus promptes que les miennes pour la bataille, , mais mes jambes sont plus longues, pour me sauver, (Elle sort.)

HERMIA 2

Je suis furieuse et ne sais que dire... [Elle sort, à la poursuite d'Helena.)

OBERON, qui a tout entendu, avec PUCK..

Ceci est de ta faute. Tu t'es encore trompé, à moins que tu n'aies commis volon-tairement tes méchancetés.

« Chcek byj'ole. Expression proverbiale. CheckoXjole ont le même sens de joue, face. Ici le sens est évidemment : — Tout près de toi, sans te quitter d'une semelle.

2 Un des effets comiques de cette scène, c'est la, différence-de taille entre les deux jeunes filles, Helena, grande et brune; Hermia, très brune (éthiopienne), toute petite, mais plus violente et prompte à giiffer. .

PUCK

Croyez-moi, roi des Ombres, je me suis trompé. Ne n'avez-vous pas dit que je reconnaîtrais l'homme aux vêtements athéniens qu'il portait. Et mes actes méritent si peu le blâme, que j'ai oint les yeux d'un athénien : et je suis si content que cela ait ainsi tourné que je tiens leurs querelles pour une distraction.

OBERON

Tuvois. Ces amants cherchent un endroit pour se battre. Hâte-toi donc, Robin, obscurcis la nuit, couvre l'espace étoile d'un épais brouillard, noir comme l'Acheron, et conduis ces entêtés rivaux à la débandade, si bien que l'un ne retrouve plus la trace de l'autre. Modèle ta voix sur celle de Lysander et excite Demetrius par des paroles amères, puis raille à la façon de Demetrius; et vois aies entraîner loin l'un de l'autre, jusqu'à ce que sur leurs fronts le sommeil—contrefaçon de la mort — de ses pattes de plomb et de ses ailes de chauve-souris 1 rampe sur eux! Alors exprime cette herbe sur les yeux de Lysander. Cette liqueur a la vertu, par son pouvoir, de dissiper toute erreur et fera que ses yeux retourneront à leur vue ordinaire. Quand ils s'éveilleront, toutes ces dérisions sembleront songe et vaine vision : et vers Athènes, les amoureux s'en iront de nouveau, en telle union que jusqu'à la date de leur mort elle ne prendra plus fin. Tandis que tu t'emploieras à cette affaire, j'irai vers ma reine et demanderai le garçon indien. Et alors seulement je délivrerai ses yeux charmés de la vue du monstre, et toutes choses seront en paix.

PUCK

Mon roi des Féeries 8, cela sera fait en hâte. Car les rapides dragons de la nuit fendent rapidement les nuages et au loin brille le fourrier de l'aurore ; à son approche, les fantômes, çà et là errants, en troupe gagnent leur chez eux, les cimetières. Tous les esprits damnés, qui ont trouvé sépulture dans les carrefours 3 et dans les flots, déjà sont retournés à leurs lits de vers, car ils ont peur que le jour voie leurs hontes, volontairement ils s'exilent de la lumière et doivent pour toujours être les compagnons de la nuit au front noir.

OBERON

Mais, nous sommes esprits d'autre sorte. J'ai souvent joué avec l'amoureux • matin, et puis comme un forestier, fouillé les buissons, même jusqu'à ce que la porte de l'Est, toute rouge de flammes, s'ouvrant sur Neptune avec ses splendides et bénis rayons, tourne au rouge d'or ses courants de sel vert. Mais, malgré tout, hâte-toi : pas de délai. Nous devons terminer ces affaires encore avant le jour. (Sort Oberon.)

■* En anglais bat. Malgré toutes recherches, il a été impossible de rattacher ce mot à une élymo-logie quelconque. Une seule indication, peut être sans valeur. Dans l'anglo-saxon—V. les gloses répertoriées par Th. "Wrigt — p. 51, on trouve baest traduit par le mot tilio, qui semble signifier tilleul. Mais en se souvenant que le latin donne vesper-tiliq, chauve-souris, on se demande si tilio, n'aurait pas une autre signification qui se rapporterait au mot saxon baest, peut-être bestia. Notons aussi que le grec donne tila, plume, duvet, la chauve-souris étant un duvet du soir. D'autre part, l'anglais du Moyen-Age et l'écossais donnent bakke au lieu de bat, aussi le danois. Le problème reste donc sans solution,

2 II est bien certain que Fairy ne peut signifier uniquement Fée. Car Puck est un génie et non une fée. De même, dans la tirade do la Reine Mab (V. Roméo), le mot Fairy vise le domaine entier de Y Illusion. Cependant les lexicographes anglais se refusent à admettre celte extension de sens.

s Les victimes do meurtre, celles pour lesquelles on a élevé des croix sur les routes, d'où cross-veays. D'après les magisles du Moyen-Age, ceux qui ne sont pas morts naturellement — assassinés, suicidés, -victimes d'accidents — errent.pendantk nuit hors de leurs tombeaux. Ce sontlesélémen-taires de l'occultisme.

LE St)NGE D'UNE NUIT D'ETE 3^7 ■

PUCK, chantant.

Haut et bas, bas et haut,

Haut et bas, je l'es conduirai.

Je suis craint aux champs et à ta ville,

Gbbelin, haut et bas conduis-les.

(Parlé.) En voici un,

LYSANDER, eïiXrM%.

Où es-tu, fier Demètrius ? Pârles-tu, mâmtehânt?

puck, ïïïvis'iBîë'. ' ' ' Ici, vilain ! l'ép'éé à la main et prêt. Où és-tu?

LYSÂNbER.

Je suis à toi, tout droit!...

piï'ëk.

Alors suis-moi sur tin terrain plus uni... '(Lfsaïïd&r sort, suivant îà Hèiik.)

DEMÈTRIUS, entrant.

Lysahder ! parle encore ! Toi, fuyard, toi, couard, t'es-tu sauvé ? Parle... dans quelque buisson ? Où caches-tu ta tête.?

pu'cic. mê'mè jëù.

Couard que tu es, déMès-tu les étoiles, pârles-tu aux bùissbris, que tu parais si belliqueux et que tu ne viennes pas ! Viens, poltron ; viens, gamin, je te fouetterai d'un rotin. C'est se déshonorer que de tirer l'épée contre toi...

DEMETRIUS

Ouais !... Es-tu là?

PUCK

Suis ma voix... nous allons ici éprouver ta virilité... (Ils sortent.)

LYSANDER-, rentrant.

Il va devant moi et encore me provoqué. Quand j'arrive où il m'appelle, il est parti! Le vilain a les talons plus légers que moi... Je lé poussais très vile, mais plus vite il a fui, si bien que je suis tombé en un chemin noir et raboteux, et que je vais me reposer... (Il s'étend.) Viens, jour gentil! Car si une fois tu me montres ta grise lumière, je trouverai bien Demètrius et vengerai cet affront... (Il s'endort.)

Rentrent PUCK. et DEMÈTRIUS.

PUGK.

Ho! Ho! Ho! Ho! Couard, pourquoi ne viens-tu pas ?

DEMETRIUS. -

Affronte-moi, si tu l'oses : car je le vois bien, tu cours devant moi, changeant toujours de place. Tu n'oses pas t'arrêtéf ni me regarder en face ! Où es-tu ?

PUCK

Par ici!... Je suis là! "

DEMETRiuS.

Non, tu te moques de moi ! Tu paieras 'cela 'cher, si jamais je vois ta face à la lumière du jour... Pour l'instant, va ton èlremin. La fatigue me contraint à prendre la mesure de ma taille sur ce lit froid... A T'approche du jour, compte que tu auras .ma visite \(Il s'étend et s'endort.) .."'""

HELENA, entrant.

O lourde nuit! O longue et odieuse nuit, abats tes heures: Brille à l'Orient, consolation! Que je puisse retourner à Athènes au jour, loin de ceux qui détestent ma pauvre compagnie, et que le sommeil, qui parfois forme les yeux du chagrin, me dérobe un peu à ma propre compagnie. (Elle s'étend cl s'endort.) f*§$&fSlP^' ' ^v&y 'V^s?^* désespérée!... Trempée de ro--

„ ,. . . ., séc, déchirée par les ronces!...

(oiirinl! pourquoi 110 CtCtlS-lU pas/ '

Je ne peux me traîner ni aller plus loin ! Mes jambes ne peuvent plus suivre le pas de mes désirs. Je vais me reposer ici, jusqu'au lever du jour... Que le ciel aide Lysander, s'ils en viennent à se battre !... (Elle s'étend cl s'endort.)

PUCK

Sur In sol, dors on paix.

Jo mettrai sur 1rs \ eux,

Gentil nmouicux, un remède.

( // exprima sur tes yeux de Lysander le jus d'une plante.)

Quand lu ('('•veilleras.

Tu prendras

Vrai plaisir

A la vue

Des yeux de Ion ancienne amante

Et le proverbe si connu en province

— Que chaque homme prenne son bien —

A ton réveil se. montrera.

Jack aura Gillette,

Rien n'ira mal I

Le mâle aura sa femelle et tout ira bien.

(Puck sorl. Demètrius, Lysander, Hermia et Helena restent endormies.)

Même lieu de scène.

Entrent TITANIA et BOTTOM. avec sa tête d'âne. Suite de Fées.

OBERON, en arrière, invisible.

TITANIA, à Bollnm.

Viens ! assieds-toi sur ce lit de Heurs, tandis que je (latte 1 tes aimables joues et que je pique des roses-musc sur ta lôte rose et douce... et que j'embrasse tes belles grandes oreilles, ô mon gentil délice !

ROTTOM.

Où est Fleur-des-Pois ?

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