‹ Œuvres de William ShakespeareChapitre 113 sur 176 · LE MUR · texte numérisé non relu

LE MUR

Ainsi moi, mur, fai aussi dégoisé mon. rôle, et. la chose jaile, le mur s'en va. (Sortent le Mur, Pyramus etThisbé.)

THESEUS.

Maintenant voilà le mur à bas entre les deux voisins.

DEM ETR1 US.

Pas de remède, My Lord, quand les murs sont assez malicieux pour écouter sans avertir 1.

HIPPOLYTA.

Voici la plus niaise machine 5 que j'aie jamais entendue!

THESEUS.

La meilleure en ce genre n'est que de l'ombre : et les pires ne sont pas pires, si l'imagination les amende cl

1 Guizot dit que le mol consacré dans nos parades étant Léandre, il emploie ce nom. Il convient de faire remarquer qu'il s'agit ici, non de nos parades, mais de celles de Shakespeare.

2 Pour Cephalus.

3 Pour Ninus.

'' Cette phrase, parait-il, a déplu à F. V. Hugo qui a préféré: — Quand les murs oui des oreilles.

5 Slu/f, chose quelconque.

0 Ce prince a des idées peut-être très profondes, mais qui manquent de clarté.

HIPPOLYTA.

Alors il faut que ce soit votre imagination et non la leur.

THESEUS.

Si nous n'imaginons de ces gens rien de pis que ce qu'ils en imaginent eux-mêmes, ils peuvent passer pour des hommes excellents. Mais voici que viennent deux nobles bêtes... la Lune et un Lion.

Entrent le LION et le CLAIR DE LUNE.

LE LION

Vous, ladics, vous dont les gentils coeurs s'effraient de la plus petite monstrueuse sjur.s qui gratte 1 sur le plancher ■— vous pourrie^ maintenant peut-être à la fois frisson--

ner et trembler — quand le lion rauquc,

■•■aJlÉ^lllÉ^fe '■■■ -K* ^ans sa ra&e ^s saumgei va ruSir- — '-^si^^^^^^&^'&- ■ '-■■^iéi^*^^&«> ■ Donc sache- que moi, un certain Snug, ^^^^^Ê^^^^^^t ■'^ '(^^SÊ^^^^Mik-, menuisier, suis une peau de lion cl pas ^^^^^^^^^S^^^^^^^Éé^Bisfô^^^! même une femelle de lion -. Car si j'étais, ^^^^^fe^^ÉliT 1*■^^^^ii^^-^'%^^^' comme lion, venu en querelle sur cette l^ffW)'/'V' N ^^IfHjÊÉfk^^WJ>Fiiï ^ne lr"s §ent'nc bête et ^c bonne Qmifë™ ^~:-'-':'' %ffîlL- -- La meilleure des bêtes, My Lord,

que j'aie jamais vue!

LYSANDER

Ce lion est un vrai renard pour la valeur.

THESEUS.

Oui, et une oie pour le bon sens.

DEMETRIUS

Pas ainsi, My Loid : car sa valeur ne peut emporter son bon sens, tandis que le renard emporte l'oie.

THESEUS.

Son bon sens, j'en suis sûr, ne peut emporter sa valeur : car l'oie n'emporte pa; le renard. C'est bien. Laissons cela à son bon sens et écoutons la lune.

LA LUNE

Celle lanterne représente la lune cornue.

DEMETRIUS

Il aurait dû porter les cornes sur sa tête.

1 7o creep. C'est notre mot crêper, qui implique une série de grattements très vifs du poigne dan la chevelure, opération loul à fait ditréiente de la tiisure. Ecréper en patois rouc/ii signifie ratisser.

2 11 y a discussion sur le lexle. Celui-ci paraît le plus simple et le plus logique. Il est d'ailleur impossible de deviner où F. V. Hugo a trouvé un lion qui n'a pas besoin de cage.

LlY. 49. 49 ^86

THESEUS.

Il n'est pas le croissant, et les cornes sont invisibles, en dedans de la circon-férence *.

LA LUNE

Ce(iê lanierhe représente la lune. Moi, je suis censé l'homme dans la lune.

THESEUS.

Ceci est plus grande erreur que tout le reste. L'homme devrait être mis dans la lanterne. Autrement comment serait-il 'l'homme'dans la lune ?

DEMETRIUS

Il n'ose pas s'y mettre à cause de la chandelle : car vous voyez, elle est déjà -bonne à moucher2...

HIPPOLYTA. •

Je suis fatiguée de cette lune. Je voudrais qu'elle changeât !

THESEUS.

Il semble, à son peu de lumière, qu'elle est à son déclin : mais, par courtoisie, et en bonne raison", nous devons rester jusqu'à la fin.

LYSANDER

Marche donc, lune !

LA LUNE

Tout ce que j'ai à dire, c'est de vous raconter que la lanterne, c'est la lune. Moi, l'homme dans la lune. Ce buisson d'épines, c'est mon buisson d'épines, et ce chien, mon chien.

DEMETRIUS

Alors toutes ces choses devraient être dans la lanterne, puisqu'elles sont dans la lune. Mais silence, voici Thisbé.

' THISBÉ, entrant.

Voici la tombe du vieux Ninny. Oà est mon amour?

LE LION

Hun.' (Le lion rugit. Thisbé s'enfuit.)

DEMETRIUS. i

Bien rugi, lion 3!

THESEUS.

Bien couru, Thisbé.

HIPPOLYTA.

Bien brillé, lune. Vraiment, la lune brille de très bonne grâce l (Le lion déchire le manteau de Thisbé et s'en va.)

i F. V. Hugo traduit : C'est une pleine lime oà les cornes ne se voient pas.

2 II is already in snujf. — Jeu de mots. — To be in snujf, appliqué à une chandelle vise le cham-pignon noir que forme la mèche — appliquée à un homme, l'expression signifie être vieux et bâte, ramolli.

3 Le romantisme à fait une singulière fortune a cette réplique en lui donnant un sens héroïque, alors que dans Shakespeare elle ne vise qu'un comique parti pris do Tout applaudir, par joyeuse cour-toisie.

THESEUS.

Bien fait la souris, lion ! *

DEMETRIUS

Et voici Pyramus.

LYSANDER

Et la lune s'évanouit2...

PYRAMUS, entrant.

Douce lune, je te remercie pour tes rayons de soleil. Je te remercie, lune, pour main-' tenant briller si clairement. Car, par tes fols gracieux, dorés, étincelants, je compte goûter la vue de ma très fidèle Thisby...

Mais arrête... ô douleur.'... Mais remarque!... Pauvre chevalier, quelle effrayante peine est-ce là}...

Yeux, voye^-vous ? Comment peut-il être... ô mon joli canard^! ô chérie/ Ton bon manteau, quoi.' teint de sang!... Approche^, vous, furies en fourrures*, ô Destins, veneç, vene? ! Coupe\ fil et lisière ! Ecrase^, broyez, finisse^ et démolisse^!

THESEUS.

Cette frénésie et la mort d'une amie chère en arriveraient presque à attrister un homme !

HIPPOLYTA.

Maudit soit mon coeur, si je n'ai pitié de l'homme !

PYRAMUS.

Oh, pourquoi, ô nature! as-iu fabriqué des lions ? Voici qu'un lion vil a ici défloré ma chérie qui est (se reprenant)... Non, non, qui était la plus jolie dame qui ait vécu, qui ait été amoureuse, qui ait aimé, qui ait regardé 5 si délicieusement >..

Vene\,larmes! coulent

Dehors, épée, et blesse le teton de Pyramus... oui, ce ieton gauche oà le coeur fait hop!

Et ainsi je meurs, ainsi, ainsi, ainsi5!...

Maintenant je suis mort... maintenant j'ai filé... mon âme est dans l'azur !

Langue, perds ta lumière! Lune! prends la fuite.'... Maintenant meurs, meurs, meurs, meurs, meurs 1 !... (Il meurt. — Sort le Clair de Lune.)

< Weïl moused, lion !—L'homme-lion, en déchirant la tunique de Thisbé, a des mouvements comiques qui rappellent ceux d'une souris. D'où la réplique de Thoseus. C'est n'avoir rien compris à ce jeu de scène que d'avoir traduit par bien déchiré, bien griffé, etc.

2 M. Montégut a traduit :—Le lion s'évanouit. Erreur typographique, sans doute--

3 O Dainty duck ! Pas un n'a pu se résoudre à écrire le mot du texte Shakespearien;, le goût français exige poulette.

A Furies felt. Fell a le double sens de terribles et de peaux de bêtes.

5 II y a dans le texte un effet comique dans la répétition de la même lettre — Uved, loved, lïlied, looked. Il ne faut pas oublier qu'on ces fantaisies le plus grand effet réside dans la diction de l'acteur.

•'* Il se frappe à coups comiquement redoublés-.. Comme ça! Comme ça! Gomme ça !

* La quintuple répétition du mot die (prononcez daye) produit un effet des plus burlesques qns ne peut rendre le son sourd de meurs. M. Montégut a essayé — décède — mais sans succès. Quan à F. V. Hugo, dans son parti pris de tourner toutes les difficultés, il a écrit : — Maintenant vous voyez un décédé! Si nous osions, nous écririons crève, crève, crève, crève, crève ! Mais nous n'osons pas 1

DEMETRIUS

Pas un doublet 1, mais un as; car il est qu'une unité.

LYSANDER

Moins qu'un as : car il est mort, il n'est rien.

THESEUS.

Avec l'aide d'un chirurgien, il pourrait encore se rétablir et se montrer en âne a

HIPPOLYTA.

Comment se fait-il que la lune soit partie, avant que Thisby revienne et trouve son amoureux.

THESEUS.

Elle le trouvera à la lumière des étoiles. La voilà et son désespoir clôt la pièce. (Thisbé entre.)

HIPPOLYTA.

Ma foi, elle ne devrait pas l'avoir aussi long que celui de Pyramus... J'espère qu'elle sera brève.

DEMETRIUS

Un atome entraînera la balance, qui est le meilleur de Pyramus ou de Thisby.

HIPPOLYTA.

Elle l'a déjà découvert avec ses doux yeux...

DEMETRIUS

Et voici qu'elle se lamente, voyez ^l...

THISBY, se penchant sur te corps de Pyramus.

Endormi, mon amour}... Quoi! mort, mon pigeon! O Pyramus, lève toi! Parle, parle.'... Tout, à fait muet}... Mort}... Mort}... Une tombe doit recouvrir tes doux yeux}... Ces lèvres de lys... ce ne^ de cerise... ces joues /aunes, comme primeroses!... tout est parti, parti!... Amants, gémisse^! ses yeux étaient verts comme poireaux!

Oh! les trois sauirs, venc\, vcncrx à. moi, avec vos mains pâles comme le lait... Ircmpc^-lcs dans le sang, puisque vous avc~ cisaillé avec vos ciseaux * son fil de soie.'... ma tangue, plus un mot!... Viens, fidèle épee! Viens, glaive, irempc-loi dans mon sein... et portez-vous bien, les anus! Voilà fa fin de Thisbé! Adieu, adieu, adieub! (Elle meurt.)

THESEUS.

Le Clair-dc-Lune et le Lion sont laissés pour enterrer les morts.

DEMETRIUS

Oui, et le Mur aussi.

1 No die, but an ace. Remarquer que le mot die, doublet, fait calcmbourg avec le mot die, mourir, Tous les traducteurs oui traduit, die par dé, F. V. Hugo a essayé un calcmbourg sur dé — ces; le sens doublet qui seul traduit l'équivoque avec as est relevé dans le dictionnaire étymologique de l'ï.udlatcr. A notre grande surprise, Schinidt, si complet, ne l'a pas indiqué.

2 Encore un calembourg. Ace, as — ass, âne.

3 Shakespeare met ici dans la bouche de col athénien un mol latin : videliect. Il y a contestation de texte. ■—• Les uns lisent site moa/is, elle gémit, les autres she mcans. — Le sens serait alors : c'est ce qu'elle veut dire... (qu'elle a aperçu Pyramus) et Demètrius appellerait l'attention sur sa pantomime. Sans grande impoitance.

* .Shore with shears.

* En français dans le texte.

BOTTOM, se mêlant à la conversation.

Non, je vous assure: il esta bas, le mur qui séparait leurs pères. Vous plai-rait-il voir l'épilogue ou d'entendre une danse bergamasquc, par deux de notre société} 39°

THESEUS.

Pas d'épilogue, je vous en prie: car votre pièce n'a pas besoin d'excuse. Ne" vous excusez jamais : car lorsque les acteurs sont morts, inutile de blâmer personne. Pardieu, si celui qui a écrit cela avait joué Pyramus et s'était pendu à la jarretière dé Thisby, cela aurait fait une belle-tragédie. Et c'en est une, vraiment, et très remar-quablement débitée. Mais que vienne votre bergamasque et laissez votre épilogue tranquille. [Danse de clowns. — Theseus reprenant.) La langue de fer de minuit a dit douze. Amoureux, au lit. C'est presque l'heure des fées. J'ai peur que nous ne dor-mions en excès, ce matin venant, autant que nous avons en excès veillé cette nuit.

Cette grosse farce a bien dissimulé la lourde allure de la nuit. Doux amis, au lit! Pendant deux semaines i, nous tiendrons ces fêtes solennelles, en réveillons de nuit et en nouvelles joliesses... (Ils sortent.)

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