CHANTS ET DANSE
OBERON
Maintenant, jusqu'au point du jour *, que chaque fée erre par ce palais. Nous irons au meilleur lit de noces qui par nous sera béni : et la race, qui y sera créée, toujours sera fortunée. Toujours les trois couples seront fidèles à s'aimer, et les taches de la main de Nature ne se poseront pas sur leur race, pas de signes, pas de becs de lièvre, pas de cicatrice, pas de marque étonnante, telles qu'il en est déploré aux naissances, ne seront sur leurs enfants.
« Avec cette rosée des champs, par nous consacrée, que chaque fée se mette en route, et bénisse toutes les chambres de ce palais d'une douce paix... Toujours il reposera en sûreté et son maître sera béni !...
« Décampez, pas d'arrêt... retrouvez-moi à la pointe du jour. (Sortent Oberon, Titania cl leur suite.)
PUCK:, aux spectateurs.
Si nous, Esprits, vous avons fait offense, pense\ seulement à ceci — et tout sera réparé— que vous ave\ seulement dormi, tandis qu'apparaissaient ces visions. Et ce fai-ble et léger thème, qui ne vaut pas plus qu'un rêve, nobles gens, ne le blâme\pas.
Si vous pardonne^, nous nous amenderons..
El comme je suis un honnête Puck, si nous avons le bonheur, non gagné, d'échapper maintenant à la langue du serpent, nous ferons des progrès avant longtemps. Autrement appelé^ Puck un menteur.
Là-dessus, bonne nuit à tous ! Donnez-moi vos mains, si vous sommes amis, et Robin vous rendra vos bontés! (Il sort.)
* Till llie break of day. F. V. Hugo a commis une grave erreur en traduisant jusqu'à la chute du jour. Les Elfes et Esprits ne vagabondent que pendant la nuit. NOTE. — Los derniers mots de Puck expli-quent et résument celle fantaisie exubérante et joyeuse d'un homme de génie : « Suppose/, dit-il aux spectateurs, que vous ave/, dormi, tandis que des visions traversaient votre sommeil. » Cette simple vérité — qu'il ne s'agit ici que d'une pièce joyeuse, une féerie analogue aux Sej>t châteaux du Diable ou à- la Biclic au Bois — ne peut être admise par nos critiques, qui, dès qu'on prononce, le nom de Shakespeare, se croient obligés d'en-iler la voix ou d'emboucher la trompette lyrique. Certes, c'est rendre un juste hommage à cette oeuvre que de reconnaître, comme M. Mézières, « qu'elle est pleine de fraîcheur comme une oeu-vre de jeunesse et d'harmonie comme une iviivre de l'âge mûr. » Mais ce qu'on s'est bien gardé de viser — parce (pie celle constatation eut. été considérée comme attentatoire à la gloire de Shakespeare — c'est que c'est avant, (oui pièce de folle et expansive gaieté. 11 messierail de se ligurer l'auteur d'Hamlct riant un beau soir â pourpoint, défait, s'amusant rondement aux luir-losqueries de Bottom, aux àneries de Pyramus et de Thisby.
Puis Lysander, Dcmelrius, llelena, llermia doivent être tenus pour personnages poétiques et quelque peu vaporeux, alors que leur rôle est d'amuser par les contradictions, les colères, les coqs â l'âne auxquels les induisent la malice d'Obei'on et les maladresses de Puck. On se refuse à admettre que la scène ou la petite ller-mia et la grande llelena sont sur le point de se prendre aux cheveux soit du comique à entraî-ner les éclats de rire, comme la querelle grotes-que de Lysander et de Demelrius.
Il sullit. cependant de lire le texte pour se convaincre que la pièce implique de grands ell'ets d'hilarité : et il serait bon (pie nos français vissent, sur une scène anglaise, les ébats ridicules de Snug et de ses compagnons. On répète à satiété que Shakespeare, a voulu nous entraîner dans le pays des rêves : disons des imbroglios, des qui-proquos, et nous serons plus justes. Thesens, llippolyta ne doivent pas être traités eux-mêmes comme, personnages de tragédie, mais connue d'aimables compagnons qui no reculent pas devant le ealembourg.
Nous sommes possédés d'une telle mairie de grandiosité que, pour un pou, nous nous incli-nerions devant Oberon et Titania, comme repré-sentants de l'autorité •— roi et. reine des Fées. Mais Oberon est un bon rieur! ïilania est une joyeuse commère qui a la langue bien pendue et qui, caressant les longues oreilles de Bottom, n'est rien moins que solennelle
Pour bien comprendre le Songe d'une nuit d'été, il faut, se le représenter joué par des acteurs comiques, ayant le diable au corps, le masque
hilare et la repartie vive. Et le grand défaut do
nos lecteurs de Shakespeare, faussement éduqués
par les quelques pièces qui ont été mises â
la scène est de croire que les oeuvres du
grand Anglais doivent être interprétées avec
une majestueuse lenteur. Dans le Songe, tout doit,
aller, venir, courir. Sylphes, elfes, génies, arti--
sans, amoureux, tous doivent se mettre en un
mouvement vif, amusant, égayant. Pas un ins--
tant, ils ne doivent se prendre au sérieux : qu'on
imagine les scènes ainsi jouées, et elles prennent
une incomparable allure.
Le vieil Fgeus, lui-même, revendiquant les
droits paternels, n'est en somme qu'un compère
de revue et sa tirade accusatrice du premier