‹ Œuvres de William ShakespeareChapitre 13 sur 176 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Autre salle du château. — Entre le Roi avec sa suite.

LE ROI

J'ai envoyé pour qu'on le cherche et qu'on trouve le corps. Combien il est-dan-gereux que cet homme aille en liberté! Pourtant il ne faut pas que nous posions la rude loi sur lui. Il est aimé de l'imbécile multitude, qui n'aime point par la raison, mais parles yeux. Et où il en est ainsi, ce qui est pesé, c'est le châtiment subi par l'of-fenseur et jamais l'offense. Pour mener tout doucement et d'aplomb, ce subit envoi hors d'ici doit paraître d'une délibération réfléchie. Maladies,, accrues à en désespé-rer, sont guéries par remèdes désespérés... ou pas du tout. {A Rosencrant^ qui-entre). Eh bien, maintenant que s'est-il passé ?

ROSENCRANTZ.

Où le cadavre est-il placé, Seigneur, nous ne pouvons l'obtenir de lui.

LE ROI

Mais lui, où est-il?

ROSENCRANTZ,

Au dehors, My Lord, gardé, pour savoir votre bon plaisir. :..

LE ROI

Amenez-lé devant nous.

1 Pourquoi Guizot a-t-iltraduit slccps par doit mourir? et F. V. H- par séniJcfie?

a Ce qui signifie : —- Le Roi est un corps, mais ee corps n'est pas le Roi, -^-puisque Glauclius ïist vivant. "■

3 A tJiing...of noihiiig. ' ' - .

h Hùle-fox. Jeu d'enfant dont l'équivalent; serait cavfte-tainpoii. F. Y. Uugp; a traduit liUterairemGut par : Nous allons jouer à cache-cache.

ROSENCRANTZ.

Ho ! Guildenstern ! introduisez My Lord, (Entrent Hainlet et Guildenstern).

LE ROI

Voyons, Hamlet! Où est Polônius?

HAMLET

A souper.

LE ROI

A souper ? Où ?

HAMLET

Non où il mange, mais... où il est mangé. Une certaine assemblée de vers poli-tiques est après lui. Votre ver est votre seul empereur 1 pour la mangeaille : Nous engraissons toutes les autres créatures pour nous engraisser et nous nous engrais-son Î nous-mêmes pour les asticots 2. Votre roi gras et votre maigre mendiant, ce n'est que service variable... deux plais, mais à la même table. C'est la fin.

LE ROI

Hélas! Hélas!

HAMLET

Un homme peut pécher avec un ver qui a mangé d'un roi et manger du poisson qui a mangé de ce ver...

LE ROI

Que voulez-vous dire par là ?

HAMLET

Rien, sinon vous montrer qu'un roi peut faire route à travers les boyaux d'un mendiant...

LE ROI, avec impatience.

Où est Polônius ?

HAMLET

Au ciel! Envoyez-y pour voir. Si votre messager ne l'y trouve pas, cherchez vous-même... dans l'autre endroit 3. Mais en vérité, si vous ne le trouvez pas dans le délai de ce mois-ci, vous le reniflerez quand vous monterez l'escalier dans la galerie...

LE ROI, aux serviteurs,

Allez le chercher là!

HAMLET

Il se tiendra tranquille, jusqu'à ce que vous veniez. (Sortent les serviteurs).

LE ROI

Hamlet, pour ta sûreté spéciale, agissant-par tendresse et souffrant chèrement de ce que tu as fait, cette action doit te faire partir au loin, avec une grande rapidité. Donc prépare-toi. Le vaisseau est prêt et le vent en aide, les compagnons t'atten-dent et toutes choses sont disposées... pour l'Angleterre.

* Le seul qui vous domine, qui vous dame le pion... Peut-être y a-t-il là, avec les mots worms, ver, èmperor etdiet, — mangeaille — un jeu de mots sur VEmpereur d'Allemagne et la Dièle de Worms, mais c'est improbable. Le sens est bien clair en soi-même.

2 Maggots. — Le mot magot, larve, ver de chair, se retrouve dans le patois guernesiais. Vient du gallois magu, manger.

a En enfer.

HAMLET S< Pour l'Angleterre?

LE ROI

Oui, Hamlet.

HAMLET

Bon!

LE ROI

Ainsi en est-il, si tu connais nos desseins.

HAMLET

Je vois un Cherub 1 qui les voit... mais, allons, pour l'Angleterre! Adieu, chère mère !

LE ROI

Ton père aimant, Hamlet...

HAMLET

Ma mère!... Père et mère sont homme et femme; homme et femme, c'est même chair, et ainsi (saluant le Roi) ma mère! Allons, en Angleterre! (Ilsort).

LE ROI, à Rosencranl^ et à Guildenstern.

Suivez-le pied à pied. Entraînez-le vivement à bord. Pas de délai, je le veux loin ce soir même. Partez. Car toute chose est faite et scellée, concernant cette affaire. Je vous en prie, faites diligence. (Ils sortent. Le Roi continue, seul). Et toi, roi d'An-gleterre, si tu tiens mon amitié pour quelque chose — comme ma grande puissance peut te donner du bon sens, alors que ta cicatrice apparaît encore vive et rouge, après l'épée danoise et que ta libre peur nous paie hommage — il ne te faut pas accueillir froidement notre souverain mandat, en ce qui importe tout à fait — d'après des lettres t'adjurant à cet effet —- la mort d'Hamlet. Fais cela, Angleterre. Car, comme en la fièvre, il rage.dans mon sang, et tu dois me guérir. Jusqu'à ce que je sache que c'est fait, quels que soient mes destins, mes joies ne commenceront jamais! (// sort).

Page 1