‹ Œuvres de William ShakespeareChapitre 131 sur 176 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Une chambre dans le château.

Entrent OTHELLO et EMILIA.

OTHELLO

Alors vous n'avez rien vu ?

EMÏLÏA.

Ni rien entendu ni rien soupçonné !

OTHELLO

Si, vous avez vu Cassio et elle ensemble.

EMILIA

Mais alors je n'ai rien vu de mal : et j'ai entendu chaque syllabe que leur souffle a émise entre eux.

OTHELL o.

Comment 1 ils ne chu chotaient pas ?

EMILIA

Jamais.

OTHELLO

Ni ne vous envoyaient au dehors? •

EMILIA

Jamais.

OTHELLO

... Pour chercher son éventail, ses gants,,, son masque ou "rien du tout ?.,.

EMILIA

Jamais, My Lord.

OTHELLO

C'est étrange!

■EM'ILIA..'

J'oserais, My Lord, parier qu'elle est honnête, et placer mon âme comme erijeUi

Si vous pensez autrement, repoussez votre pensée : elle abuse votre eceur. Si quelque misérable a mis ceci dans votre tête, que le ciel le récompense par la malédiction du serpent! Car si elle n'est pas honnête et chaste et fidèle, il n'y a pas un homme heureux, et la plus pure des femmes est criminelle comme la calomnie.

OTHELLO

Priez-la de venir ici. Allez. (Emilia sort.) Elle en dit assez : encore n'est-ce qu'une simple entremetteuse qui pourrait n'en pas dire autant 1. C'est une subtile catin, un cabinet, à serrure et à clef, de vilains secrets. Et pourtant elle s'agenouillera et priera. Je l'ai vue le faire. (Entrent Emilia et Desdèmona.)

DESDEMONA

Mon Seigneur, quelle est votre volonté?

OTHELLO

Je vous en prie, poule, venez ici.

DESDEMONA

Quel est votre bon plaisir?

OTHELLO

Laissez-moi voir vos yeux. Regardez-moi en face.

DESDEMONA

Quel horrible fantaisie est-ce là- 1

OTHELLO, à Emilia.

A votre fonction, madame 2! Laissez les procréateurs seuls et fermez la porte. Et si quelqu'un vient, toussez ou criez : — Hem !... votre métier! votre métier !... allons, dépêchez ! (Emilia. sort.)

DESDÈMONA, s'agenouillant.

Sur mes genoux, que signifient vos paroles ? Je comprends une fureur dans vos mots... mais non les mots eux-mêmes.

OTHELLO

Ha ! qui es-tu ?

DESDEMONA

Votre femme, My Lord, votre femme sincère et loyale...

OTHELLO

Va, jure-le. Damne-toi toi-même! A moins que — étant un être du ciel — les diables eux-mêmes craignent de te saisir... c'est pourquoi sois doublement damnée... jure que tu es honnête!

DESDEMONA

Le ciel le sait en vérité!

OTHELLO

Le ciel sait en vérité que tu es fausse comme l'enfer.

DESDEMONA

Envers qui, My Lord? Envers qui? Comment suis-je fausse ?

OTHELLO

0 Desdèmona! arrière, arrière, arrière!

1 Thaï can not to suy. Comparez un passage de Roméo et Juliette, page 210, à propos du cuisinier qui pourrait ne pas se lécher les doigts. Au lieu de — qui ne peut pas — il faut traduire par — qui peut ne pas — et le sens devient 1res clair,

2 A votre métier d'enlrcniclleusel

DESDEMONA

Hélas! lourde journée!... pourquoi pleurez-vous ? Suis-je l'occasion de ces larmes, My Lord! Si, par hasard, vous soupçonnez mon père d'être l'instrument de votre rap-pel, ne posez pas votre blâme sur moi! si vous l'avez trompé, hé bien! moi aussi je l'ai trompé !

Votre femme, sincère et loyale!

OTHELLO

S'il avait plu au ciel de m'éprouver par l'affliction, s'il avait l'ait pleuvoir sur ma tête nue toutes sortes de malheurs et de hontes, s'il m'avait plongé dans la pauvreté jusqu'aux lèvres, livrant à la captivité et moi-même et mes suprêmes espérances... j'aurais trouvé dans quelque partie de mon âme une goutte de patience... mais hélas ! faire de moi une ligure fixée, pour que l'heure du mépris y pointe son doigt à la marche lente 1! Ho! Ho! Je pourrais encore supporter cela! Bien, très bien!... mais ici, où j'ai engrangé * mon coeur, où il me faut vivre ou ne pouvoir supporter la vie... la fon-taine d'où court la source de ma vie, ou bien est détournée et se dessèche... ou bien est retenue dans une citerne, pour que les ignobles crapauds s'y accouplent et engendrent! — Tourne ta physionomie par ici... obéis, toi, jeune chérubin aux lèvres roses... oui, là, parais hideuse comme l'enfer!

DESDEMONA

J'espère que mon noble Seigneur m'estime pour honnête!

OTHELLO

Oh ! oui !... comme dans les boucheries les mouches d'été qui eopulent même en bourdonnant! O toi, mauvaise herbe, qui est si belle et fleures si doucement que les sens souffrent de toi!... Je voudrais que tu ne fusses jamais née!

DESDEMONA

Hélas ! quel ignorant péché ai-je commis ?

;,>".;^ OTHELLO

Était-il fait, ce beau papier, ce livre très excellent, pour qu'on écrivit dessus : — putain \... Ce qu'elle a commis ?... Commis!... ô toi fille publique!... je ferais de mes joues des forges qui brûleraient en cendres toute pudeur, si seulement je disais tes actions !... ce que tu as commis ?... le ciel s'en bouche le nez et la lune en cligne... lèvent maquereau, qui baise tout ce qu'il rencontre, s'étouffe dans les trous profonds de la terre et ne veut pas écouter!... ce que tu as commis, impudente catin!... (Il la menace du geste.) '.■"■"" DESDEMONA.

Par le ciel, ne me faites pas de mal!

OTHELLO

N'êtes-vous pas une catin ?

DESDEMONA

Non, comme je suis une chrétienne! Si de conserver ce vase pour mon Seigneur, oin de tout autre attouchement illégal et criminel, c'est... ne pas être une catin, je ln'en suis pas une !

OTHELLO

Quoi ! pas une putain 21 .

DESDEMONA

Non, comme je serai sauvée!...

OTHELLO

Est-ce possible ?

DESDEMONA

O ciel, pardonne-nous!

OTHELLO

Alors, je vous crie merci! Je vous prenais pour cette fourbe putain de Venise qui s'est mariée avec Othello!... (Rentre Emilia.) Vous, madame, qui tenez l'office,

* Phrase très obscure;— il semble qu'il se compare à un signe, une figure, sur im cadran. L'aiguille du mépris, si lente et pourtant marchant toujours, le désigne à l'infamie. Ne pourrait-on pas encore supposer' qu'Othello fait allusion à ce qui a dû se passer sous ses yeux dans les villes d'Orient — une tête (de malfaiteur) coupée et fixée à un poteau, et désignée par tous avec mépris de leur doigt tendu.

* Garuered up— mis en grange, en réserve.

a Stmnipel, whore, tout le vocabulaire y passe. contraire à celui de saint Pierre i et gardez la porte de l'enfer... vous, vous! oui, vous 1... nous avons fait notre affaire... voilà de l'argent pour vos peines... je vous en prie, tournez la clef et gardez notre secret!... (Il sort.)

EMILIA

Hélas ! que peut concevoir ce gentilhomme ? (Voyant Desdèmona presque évanouie.) Comment êtes-vous, madame! comment êtes-vous, ma bonne Dame?

DESDEMONA

Sur ma foi, à demi-endormie...

EMILIA

Bonne Dame, qu'y a-t-il avec mon Seigneur?.

DESDEMONA

Avec qui ?

EMILIA

Oui, avec mon Seigneur, madame...

DESDEMONA

Qui est ton Seigneur ?

EMILIA. ■

Celui qui est le vôtre, douce Dame.

DESDEMONA

Je n'en ai pas. Ne me parle pas-, Emilia. Je ne puis pleurer et je n'ai d'autre réponse... sinon que je voudrais me jeter à l'eau. Je t'en prie, ce soir, pose sur mon lit mes draps de noce — souviens-toi ! — et va chercher ton mari.*.

EMILIA

Voici un changement, en vérité ! (Elle sort.)

DESDEMONA. -

Il est juste que je fusse traitée ainsi, c'est juste... Comment me suis-je compor-tée, pour qu'il ait pu accrocher la moindre confiance a ma très grande faute2...

EMILIA rentre, avec IAGO.

IAGO

Quel est votre bon plaisir, madame ? Comment allez-vous ?

DESDEMONA. ' ' '

Je ne puis dire... Ceux qui enseignent de jeunes bébés le font avec de gentils moyens et des punitions légères... il aurait dû me gronder ainsi... car, de bonne foi, ■ je suis un enfant pour la gronderie...

v* Saint Pierre garde les portes du ciel.

2 Cette traduction est le mot à mot complet. — F. V. Hugo a dit : — Comment me suis-je conduite de façon à lui inspirer le plus petit soupçon, d'un si grand crime ? sens qui:a. été adopté par les traducteurs français. Or celte phrase ne.s'enchaîne pas avec la précédente.-: — Il est juste... Voici, selon nous, fa suite des idées. Desdèmona est hantée malgré elle par les reproches de son* père : — Celle qui a trompé trompera — et dans sa détresse, elle se dit::—'.'Hélas ! nra conduite' précédente •— — en trompant mon père — le pousse à n'avoir aucune confiance en moi. — Stick thesmaUest opinion attacher, clouer la plus petite croyance, confiance — to my greatest abuse — à ma plus grande faute. Enfin, en français régulier nous dirions : —Ne me suis-je pas conduite de .-telle façon qu'il ne pouvait, en raison de ma grande faute, avoir en moi la moihdre confiance.

IAGO

De quoi s'agit-il, madame ?

EMILIA

Hélas, Iago, mon seigneur l'a traitée si fort de putain, il a jeté sur elle tant de colères et de termes grossiers que des coeurs loyaux ne le peuvent supporter !...

DESDEMONA

Suis-je... ce mot, Iago ?

IAGO

Quel mot, belle Dame ?...

Voici un changement I

DESDEMONA

Ce mot qu'elle dit... que mon Seigneur a dit que j'étais.

EMILIA

Il l'a appelée putain ! Un mendiant, dans son ivresse, n'aurait pas jeté de pareils termes sur sa gueuse 1.

IAGO

Pourquoi a-t-il fait cela ?

DESDEMONA

Je ne sais pas... je suis sûre... je ne suis pas cela !

IAGO

Ne pleurez pas ! ne pleurez pas ! Ah ! le mauvais jour !

1 Callet. Ce mot vient-il de caille, c'est douteux. Nous hasarderions cette hypothèse. Très souvent Shakespeare orthographie certains mots frauçais d'après le son entendu. Cagne, cagnette, chienne, prostituée — expression qui subsiste dans nos patois — lui aurait suggéré Callet.

EMILIA

A-t-elle renoncé a de si nobles partis, à son père, à son pays, à ses amis pour être appelée... putain ! Qui cela ne ferait-il pas pleurer ?

DESDEMONA

C'est mon misérable sort!

IAGO

Maudit soit-il pour cela !... comment cette crise lui est-elle venue!...

DESDEMONA

Le ciel l'ignore...

EMILIA

Que je sois pendue, si quelque éternel vilain, quelque grcdin actif et insinuant, quelque cajoleur et trompeur esclave, n'a pas raconté cette calomnie... sinon, que je sois pendue !

IAGO. ^fa|

Non, il n'y a pas d'homme pareil. C'est impossible. àÉËiBÈs *.*.

S'il en est quelqu'un, le ciel lui pardonne ! ^^É^^^^^^^

Une corde pour lui pardonner! et que l'enfer ronge ses ^^^m^^^^^^^^^ os!... Pourquoi l'appeler putain? Qui lui tient compagnie? ^^Bj^§^w^^ r^ISE Quel endroit, quel temps, quelle forme, quelle vraisemblance? '^^^mi-(o^%^ fjfef^m Le Maure, abusé par quelque misérable gredin * — quelque ^•^^i^^^^^^^m bas et notoire gredin, quelque galeux gredin... ô ciel, puisses- -''.&*;;?%.'•, v. y. tu dévoiler pareil compagnon, et mettre en toutes mains hon- ?■ ? -. AL^ nêtes un fouet pour claquer le bandit à travers le monde, de l'est à l'ouest !

IAGO

Parlez en dedans de la porte2...

EMILIA

Oh! fi sur lui! C'était quelque pareil monsieur qui avait tourné voire esprit du côté de la corde 3 et vous a fait me soupçonner avec le Maure...

IAGO

Vous êtes une imbécile... allez!

DESDEMONA

O bon Iago! que ferai-je pour regagner mon Seigneur? Mon ami, allez le trouver. Car, par cette lumière du ciel, je ne sais pas comment je l'ai perdu. Ici je m'age--

nouille... si jamais ma volonté a péché contre son amour, en discours ou en pensée

ou en fait — ou si mes yeux, mes oreilles, quelque autre sens ont pris plaisir à quel--

que autre forme — si encore aujourd'hui, comme toujours et dans l'avenir — m'eût-il

secouée jusqu'à un misérable divorce — je ne l'aime pas tendrement, que toute

consolation me soit abjurée! La méchanceté peut beaucoup — et sa méchanceté peut

détruire ma vie — mais jamais ne flétrira mon amour. Je ne puis dire... putain... cela

1 Sans qu'elle le sache, ces injures tombent à plein sur son mari.

2 Qu'on ne vous entende pas du dehors.

* Du mauvais côté — se dit d'une étoffe dont se voit le côté usé — qui montre la corde, me fait horreur, maintenant que je parle le mot... quant à commettre l'acte qui pourrait me gagner cette appellation, la masse entière des vanités * du monde ne me le ferait pas faire...

IAGO

Je vous en prie, contenez-vous: c'est seulement un caprice... l'affaire du Sénat l'offense et c'est vous qu'il gronde...

DESDEMONA

Si ce n'était que cela !

IAGO

C'est cela seulement, je vous le garantis. (On entend une fanfare.) Écoutez, voici que ces instruments nous assignent au souper, et les grands messagers de Venise y assistent. Rentrez et ne pleurez plus. Toutes choses iront bien. (Sortent Desdèmona et Emilia. — Rentre Roderigo.) Hé, Roderigo !

RODERIGO

Je ne trouve pas que tu agisses justement avec moi.

IAGO

Qu'ai-je fait de contraire ?

RODERIGO

Chaque jour tu te débarrasses de moi par quelque expédient, Iago : et, à ce qu'il me paraît, tu écartes de moi toute occasion plutôt que de m'apporter le moindre progrès ou espoir. En vérité, je ne veux plus endurer cela : et non plus ne suis dis-posé à supporter en paix ce que j'ai déjà bêtement souffert...

IAGO

Voulez-vous m'écouter, Roderigo ?

RODERIGO

Pardieu, j'ai trop écouté... car vos paroles et vos actions ne sont pas cousines du tout.

IAGO

Vous m'accusez très injustement.

RODERIGO

De rien qui ne soit vrai! Je me suis épuisé au delà de mes moyens. Les joyaux que vous avez eus de moi, pour les remettre à Desdèmona, auraient à moitié corrompu une religieuse 2. Vous m'avez dit qu'elle les avait reçus et m'envoyait en retour des encouragements et des perspectives de prompte reconnaissance et rétribution. Mais je ne trouve ni l'une ni l'autre...

IAGO

Bien! allez! très bien!

1 The a'orld's 7?iass of vanity — Une masse de vanités égale à celle du monde — Vanity signifie ici tout ce qui est en vain, tout ce qui n'est pas l'amour et l'honneur.

2 II convient de signaler un procédé théâtral très particulier à Shakespeare. Quand commence cette scène, le spectateur croit qu'il s'agit uniquement d'une querelle bâtie sur la mystification dont Roderigo a été l'objet, au premier acte. Tout à coup, dans le dialogue, il s'aperçoit que Iago est un voleur et l'intérêt dramatique s'accroît encore de. cette révélation nouvelle sur l'épouvantable perversité de ce scélérat. C'est ainsi que chaque scène a une signification bien tranchée, et que tout concorde à l'effet décisif.

RODERIGO

Très bien ! allez !... je ne puis pas aller, l'homme ! Et ce n'est pas très bien. Par cette main, je dis, que tout cela est infect ', et je commence à me trouver dupé...

IAGO

Très bien !

RODERIGO

Je vous dis, ce n'est pas — très bien ! Je vais me faire connaître moi-même à Desdèmona : si elle veut me rendre mes joyaux, j'abandonnerai mes projets et regret-terai mes illégitimes sollicitations. Si non, soyez-en sûr, je tirerai satisfaction de vous.

IAGO

Vous avez dit, maintenant?

RODERIGO

Oui et je n'ai dit que ce que j'affirme intention de faire...

IAGO

Allons ! maintenant je vois qu'il y a de la fougue en toi, et même, de ce moment, je bâtis sur toi une meilleure opinion qu'auparavant. Donne-moi la main, Roderigo. Tu as pris de moi une très juste défiance : mais pourtant je te le certifie, j'ai bâti très droit dans ton affaire.

RODERIGO

Il n'y a guère paru.

IAGO

Je te l'accorde, vraiment, il n'y paraissait pas. Et vos soupçons ne sont pas sans esprit et jugement. Mais Roderigo, si tu as réellement au dedans de toi — ce que j'ai plus grande raison de croire maintenant qu'auparavant — je veux dire résolution, cou-rage et vaillance — comme cette nuit-ci l'a montré — si la nuit qui va suivre tu ne jouis pas de Desdèmona, enlève-moi de ce monde par trahison et invente des engins contre ma vie !

RODERIGO

Bien, qu'est-ce que c'est ? Est-ce dans les limites de la raison, de la mesure ?

IAGO

Messire, il y a une Commission spéciale — arrivée de Venise — pour substituer Cassio à la place d'Othello.

RODERIGO

Est-il vrai ? Quoi ! alors Othello et Desdèmona retournent à Venise.

IAGO

Oh, non ! H va en Mauritanie et il'emmène avec lui la belle Desdèmona, à moins que son départ ne soit retardé'par quelque accident... par exemple nul ne serait s déterminant que... l'éloignement de Cassio.

RODERIGO

Que voulez-vous dire... éloigner Cassio ?

IAGO

Eh! en le rendant incapable de prendre la place d'Othello... en lui cassant 1: cervelle, • " ■

RODERIGO

Et c'est là ce que vous voudriez me voir faire ?

IAGO

Oui, si vous osez vous faire à vous-même profit et justice. Il soupe cette nuit avec une courtisane, et j'irai chez elle avec lui. Il ne sait rien encore de son honorable fortune. Si vous voulez guetter sa sortie de là — et j'arrangerai pour qu'elle tombe entre minuit et une heure — vous pouvez le surprendre à votre aise. Je serai tout près pour seconder votre attaque et il tombera entre nous deux. Allons! ne restez pas ahuri, mais venez avec moi. Je vous démontrerai telle nécessité de cette mort, que vous vous jugerez obligé à la jeter sur lui. C'est maintenant grand temps de souper et la nuit marche à sa fin... à l'oeuvre!

RODERIGO

Je voudrais entendre de plus décisives raisons...

IAGO

Et vous serez satisfait... (Ils sortent.)

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