‹ Œuvres de William ShakespeareChapitre 135 sur 176 · M, ' J EMILIA · texte numérisé non relu

M, ' J EMILIA

Cassio, M Y Lord, a tué un jeune vénitien

.:<.• me liiez pas : .

appelé Roderigo.

OTHELLO

Roderigo tué! et Cassio tué !...

EMILIA. '

Non, Cassio n'est pas tué!...

OTHELLO

Cassio n'est pas lue? Alors le meurtre est hors de ton et la douce vengeance sonne faux...

DEsnp.MONA, gémissant derrière tes rideaux.

Oh! injustement, injustement assassinée!...

EMILIA

Hélas! quel cri est-ce là } {Elle veut aller vers te lit.)

OTHELLO

Là! quoi?... (Il saisit Emilia par le bras.)

EMILIA

Lâchez-moi M Hélas! c'était la voix de ma Dame... Au secours! Ho! à l'aide!..

' G'esl le véritable sens de l'expression ouït

.Si vous vous débattez !

(Se penchant sur Desdemona.) O Dame, parlez encore! douce Desdemona! Oh, douce maîtresse, parlez 1

. ^-- DESDEMONAi D'une mort innocente.,, je meurs..*

EMTLM.

Oh ! qui a commis cette action ?

, DESDEMONA

Personne, moi... moi-même!... Adieu! récômmande-moi à mon cher Seigneur... Oh! adieu ! (Elle meurt.)

ÔTHËLLCK Hé ! comment aurait-elle été assassinée !...

EMILIA, Hélas! qui le sait?

OTHELLO

Vous l'avez entendu dire que C'était elle-même... ce n'était pas moi L..

EMILIA

Elle l'a dit... je dois répété): la vérité...

OTHELLO

Elle est allée, comme une menteuse, à l'enfer brûlant2... c'est moi qui l'ai tuée!...

EMILIA

Oh! elle n'en est que plus ange et vous plus noir démon!

OTHELLO

Elle tournait en folie et elle était une putain !...

ÈMlLïA.

Tu la calomnies... et tu es un diable!

OTHELLO

Elle était fausse eômïne l'eau...

EMILIA

Tu es fou comme le fêù dé dire qu'elle était fausse... Oh! elle était célestement sincère !

ÔTHiELLO^

Cassio l'a êouVèrtëv.. d'àiifeûïfs deiwaiîd© à ton îwafil... OM je serais damné aux toutes,profondeurs de l'èïilèr !si je n'avais:, sur juSte's:motife, pirocédé à ces', extré-mités... Ton inïari savait tout.

Mon fiaari!

'■.';. OTHELLO. .'■■■' .,.,-

Ton mari.

EMILIA

Qu'elle avait été fausse au lien nuptial...

OTHE'LLO.

Oui, avec Cassio. Ah ! si elle eût été vraie ! Le ciel eût-il fait pour moi un autre monde d'une entière et parfaite pierre d'or, que je ne l'aurais pas vendue à ce prix !

* Trait d'étonnante instinctivité. Othello (jui croit avoir accompli un ado de justice, commence par nier. Son caractère se rabaisse, mais c'est humain.

2 Et loul à coup sa rage le reprend et il cric son aveu.

OTHELLO <o7

EMILIA, réfléchissant.

Mon mari?

OTHELLO

Oui. Ce fut lui qui me le dit d'abord. C'est un honnête homme et il hait la boue qui s'attache aux salles actions...

EMILIA

Mon... mari?...

OTHELLO

A quoi bon cette répétition, femme ? Je dis, ton mari!...

EMILIA

O maîtresse, la vilenie s'est moquée de l'amour... mon mari dit qu'elle était fausse?...

OTHELLO

Lui-même, femme. Je dis, ton mari... comprends-tu le mot... mon ami, ton mari, l'honnête, honnête Iago...

EMILIA

S'il dit cela, puisse son âme pernicieuse pourrir d'un demi grain chaque jour! Il ment jusqu'au coeur... elle était trop folle de son sale * choix!

OTHELLO, furieux, la menaçant.

Ha!

EMILIA

Va, de mal en pis ! Cet acte, le tien, n'est pas plus digne du ciel que tu n'étais digne d'elle.

OTHELLO

Silence... c'est mieux pour vous...

EMILIA

Tu n'as point pour me faire du mal la moitié du pouvoir que j'ai pour souffrir... ô dupe! 6 imbécile ! aussi stupide que la boue!... je n'ai pas souci de ton épée... je te ferai connaître, dussé-je perdre vingt vies... Au secours ! air secours ! Ho l Au secours! Le Maure a tué ma maîtresse... au meurtre! au meurtre!...

fî^re^ MONTA NO, GRATIANO etIAGO.

MONTANO

Qu'y a-t-il ?... Eh bien, général?...

EMILIA

Ah 1 vous voilà, Iago !.'.. vous avez bien agi pour que les hommes puissent pla-cer leurs meurtres sur votre cou...

GRATIANO

Qu'arrive-t-il ?

EMILIA, à Iago. - . . '

Donne un démenti à ce misérable, si tu es un homme!... il dit... que tu lui as affirmé que sa femme-était infidèle... je le sais, tu ne l'as pas fait, tui n'es pas un pareiL misérable !... parle, car mon coeur est plein...

4 Filthy — lé même mot. est employé plus haut — filiby deeds, sales actions. Emilia a des exas-pérations de femme du peuple. çoS

IAGO

Je lui ai dit ce que je pensais et n'ai affirmé rien de plus que ce qu'il a trouvé lui-même réel et vrai...

EMILIA

Mais lui avez-vous jamais dit qu'elle était infidèle ?...

IAGO

Je l'ai dit.

EMILIA

Vous avez dit un mensonge, un odieux, un damné mensonge... sur mon âme, un mensonge... un infâme mensonge... elle infidèle avec Cassio !... avez-vous dit... avec Cassio ?

IAGO

Avec Cassio, madame... allez, retenez votre langue...

EMILIA

Je ne retiendrai pas ma langue... je suis forcé de parler. Ma maîtresse est étendue là, assassinée, dans son lit!...

TOUS

Oh! que les cieux nous préservent!...

EMILIA

Et vos rapports ont amené le meurtre...

OTHELLO

Hé ! ne vous ébahissez pas, mes maîtres... cela est vrai, absolument.

GRATIANO

C'est une étrange vérité !

MONTANO

O acte monstrueux !

EMILIA. '

Vilenie! Vilenie! Vilenie!... je réfléchis... je réfléchis... je flaire... ô vilenie! j'y avais songé !... je me tuerai de douleur ! ô vilenie ! vilenie !...

IAGO

Quoi ! êtes-vous folle ? Je vous somme d'aller à la maison...

EMILIA

Bons gentilshommes, faites que j'aie loisir de parler... il est juste de lui obéir, mais pas maintenant... peut-être, Iago, je n'irai plus jamais à la maison...

OTHELLO, hagard, cherchant à comprendre, se jette au cou de Desdemona.

Ho ! Ho ! Ho ! (Il sanglote.)

EMILIA

Oui, jette-toi à terre et rugis !... car tu as tué la plus douce innocente qui jamais ait levé les yeux...

OTHELLO, se redressant.

Oh ! elle était criminelle ! (A Gratiano.) Je vous reconnaissais, à peine, oncle... ici gît votre nièce dont le souffle, oui! par ces mains vient d'être arrêté ! Je. sais, pet acte semble horrible et sinistre...

GRATIANO

Pauvre Desdemona! je sins ais(e que ton père soit mort,., ton mariage lui fut;,

■5°9 mortel et la pure douleur a coupé en deux le fil de sa vieillesse... cette vue l'entraî-nerait à cet excès de désespoir — oui ! ■.— de maudire loin de lui son meilleur ange et de tomber avec les réprouvés !

- OTHELLO

C'est pitoyable.*, mais enfin Iago sait qu'elle a commis avec Cassio l'acte de honte... un millier de fois! Cassio l'a confessé ; et elle a récompensé ses amoureux labeurs avec ce témoignage, ce gage d'amour qui lui avait été mon premier don. Je l'ai vu dans sa main. C'était un mouchoir, un antique gage que mon père donna à ma mère...

EMILIA

O ciel ! ô célestes puissances ! ,

IAGO, à sa femme.

Venez, tenez-vous tranquille !

EMILIA

Cela éclatera, cela éclatera !... que je me tienne tranquille, monsieur? Non! Non, je parlerai, aussi libre que l'air... que le ciel et les hommes et le diable, que tous, tous, tous crient honte contre moi, je parlerai!

IAGO, la menaçant.

Soyez sage et allez à la maison !...

EMILIA

Non ! (Iago se précipite sur elle pour fa frapper.)

GRATIANO, l'arrêtant.

Fi ! Votre épée contre une femme !

EMiLiA, à Othello.

Toi, Maure imbécile ! Ce mouchoir dont tu parles, je l'ai trouvé par hasard et je l'ai donné à mon mari: car souvent, avec une ténacité persistante' 1 — plus que certes ne comportait pareille bagatelle ! — il m'avait priée de le voler.

IAGO

Vilaine putai^ !...

EMILIA

Elle, le donner à Cassio ! non, hélas ! je l'ai trouvé et l'ai donné à mon mari !...

IAGO

Saleté, tu mens !

EMILIA

Par le ciel, non, gentilshommes, je ne mens pas!... O stupide meurtrier! Que pouvait faire pareil imbécile d'une si bonne femme ! (Iago la frappe de son épée et s'enfuit.)

OTHELLO

N'y a-t-il donc pas de pierres dans le ciel, sauf celles qui servent pour le tonnerre!... Rare scélérat I...

GRATIANO

Cette femme tombe... sûrement, il a tué sa femme !...

* Soletm çame$ine§ç, Sçlemn doit être pris ici dans le sens que lui donne Horace — accQu'iimê,

fyèté.

EMILIA

Oui, oui!... Couchez-moi aux côtés de ma maîtresse...

GRATIANO

Il est parti, mais sa femme est tuée !

"! MONTANO

C'est un insigne bandit! Prenez cette arme que je viens d'enlever au Maure... venez, gardez la porte au dehors : ne le laissez pas passer, tuez-le plutôt. Je courrai après le misérable, car c'est un damné brigand. (Sortent Montano et Gratiano.)

OTHELLO. '

Je ne suis plus un vaillant, car un chétif gamin m'enlève mon épée... mais pour-quoi l'honneur survivrait-il à l'honnêteté?... Que tout s'en aille!...

EMILIÂ, se traînant vers le lit.

Que présageait ta chanson, Dame?... Écoute... peux-tu m'entendre ?... Je vais jouer au Cygne et mourir en musique... (Fredonnant da?is l'agonie.) Saule, saule, saule!... Maure, elle était chaste... elle t'aimait, Maure cruel... que mon âme vienne en bénédiction, comme je dis vrai... ainsi parlant comme je pense, je meurs... je meurs... (Elle meurt.)

OTHELLO

J'ai une autre arme dans cette chambre. C'est une épée d'Espagne, trempée dans l'eau glacée *... oh ! la voilà !... (Criant devant laporle.) Oncle, il faut que je sorte !

GRATIANO, de l'intérieur.

Si tu l'essaies, cela te coûtera cher. Tu n'as pas d'arme et par force dois te sou-mettre.

OTHELLO

Alors rentre pour me regarder et me parler. Ou, si nu que je sois, je t'assaillerai !...

GRATIANO, rentrant.

Qu'y a-t-il ?

OTHELLO

Regarde ! j'ai une arme... jamais meilleure ne se suspendit à la cuisse d'un soldat. J'ai vu le jour où, avec ce petit bras et cette bonne épée, je me frayai le chemin à travers des obstacles vingt fois plus forts que ton arrêt... Mais, vaine parade! qui peut régler son destin! Il n'en est plus ainsi... n'aie p^is peur, quoique tu me voies armé. Ici est la fin de mon voyage, ici est ma borne et la vraie marque à terre 2 de ma dernière traversée... pourquoi reculez-vous épouvanté? c'est peur perdue. Dirigez seulement un roseau contre la poitrine d'Othello et il recule... où irait Othello?... (Se penchant vers Desdemona.) Hé! de quoi as-tu l'air maintenant... ô. fille mal-étoilée!... Pâle comme ta chemise!... Quand nous nous rencontrerons au compte suprême, ta vue précipitera mon âme du ciel et les démons la happeront! Froide, Froide, ma fille?... Juste comme ta chasteté!... O maudit, maudit esclave ! Fouettez-moi, vous, diables, loin de la possession de cette vue céleste! Lancez-moi à travers les vents! Rôtissez-moi dans le soufre! Lavez-moi dans les gouffres sans fond du feu liquide! O Desdemona, Desdemona! Morte! Morte! Ho, Ho, Ho!...

* Ice-brook — quoique le sens soit très clair et vise expressément la trempe de l'acier, on a voulu voir ici une coquille, et Pope a substitué le mot Ebro, l'Èbre — une épée trempée dans l'Èbre. F.-V. Hugo a adopté celte version. Le détail est d'ailleurs insignifiant.

2 Seamark, amers, balise, marque à terre, point vers lequel se dirige le pilote (Fleming et Littré.) £«/rc?«/ LODOVICO, MONTANO, CASSIO,porté sur une chaise, IAGO, prisonnier

et des officiers.

LODOVICO

Où est ce féroce et très malheureux homme?

OTHELLO

Le voilà, celui qui fut Othello... me voilà.

LODOVICO

Où est cette vipère! Amenez ce misérable en avant!.., (On amène Iago.)

OTHELLO

Je regarde en bas... à ses pieds 1... mais c'est une fable. Si tu es un diable, je ne puis te tuer... (// se jette sur Iago et le blesse.)

LODOVICO

Arrachez-lui son épée!...

IAGO

Je saigne, Messire, mais je ne suis pas tué!

OTHELLO

Je n'en suis pas fâché... je te voudrais avoir en vie... car, à mon sens, c'est bonheur de mourir.

LODOVICO

O toi, Othello, qui fus naguère si bon, tombé dans les intrigues d'un esclave maudit, quels mots faudrait-il te dire?...

OTHELLO

Oh! n'importe lesquels! un honorable meurtrier, si vous voulez... car je n'ai rien fait pour la haine, mais tout pour l'honneurj...-

LODOVICO

Ce gredin a en partie confessé sa vilenie... Avez-vous comploté, lui et vous, la mort de Cassio ?

OTHELLO

Oui.

CASSIO

Cher général, jamais je ne vous ai donné motif....

OTHELLO

Je le crois et demande votre pardon. (À Lodovicé.) Voulez-vous, je vous prie, demander à ce demi-démon pourquoi il a ainsi enlacé 2 mon âme et mon corps.

- IAGO

Ne me demandez rien... vous savez ce que vous savez... de eë moment je ne. prononcerai-plus un mot. -

■•' Pour voir s'ils sont fourchus, selon la légende sataniquè,

2 Eiisiutred — pris au piège, au lacet.

LODOVICO

Quoi ! pas même pour supplier?...

GRATIANO

Les tortures vous ouvriront les lèvres.

OTHELLO, à îago.

Bien, tu fais au mieux...

LODOVICO, à Othello.

Messire, vous allez comprendre ce qui est advenu, ce que, je crois, vous ne savez pas. Voici une lettre trouvée dans la poche de Roderigo, assassiné. Et ici,

Amenez ce misérablel une autre. L'une d'elle a trait à la mort de Cassio, devant être mise à exécution par Roderigo.

OTHELLO

Misérable!

CASSIO

Le plus grand des payens !

LODOVICO

Puis voici un autre papier, de récriminations, trouvé aussi dans sa poche. Et celle-ci il semble que Roderigo voulait l'envoyer à ce damné vilain, mais que Iago, probablement, est venu dans l'intérim et lui a donné satisfaction.

OTHELLO

Oh! le pernicieux méchant! Comment étiez-vous, Cassio, en possession de ce mouchoir qui appartenait à ma femme.

CASSIO

Je Pat trouvé dans ma chambre, et il a confessé lui-même — mais juste à présent — qu'il l'avait laissé tomber là, dans un spécial dessein qu'il a accompli, selon son désir...

ai

OTHELLO

O fou ! fou ! fou !

CASSIO

Il y a, en outre, une lettre de Roderigo... comment il reproche à Iago de l'avoir fait m'insulter pendant là garde, d'où il advint que je fus cassé. Et tout à l'heure, après avoir longtemps paru mort, il a dit que Iago l'avait frappé, Iago qui l'avait aposté..>

LODOVICO, à Othello.

Il vous faut quitter cette chambre et venir avec nous. Votre pouvoir et votre commandement vous sont retirés et Cassio gouverne à Chypre. Quant à ce. miséra-ble, s'il est quelque habile cruauté qui puisse le torturer, beaucoup et le conserver longtemps, elle sera pour lui. (A Othello.) Vbus, vous resterez étroitement prison-nier, jusqu'à ce que la nature de votre faute soit connue du Sénat vénitien... Allez, emmenez-le...

OTHELLO

Doucement!... un mot ou deux, avant que vous partiez. J'ai rendu au Sénat quel-ques services et il le sait. Je n'insiste pas. Je vous prie, dans vos lettres, alors que vous relaterez ces faits malheureux, parlez de moi comme je suis : ne rien atténuer ni augmenter en mal. Alors parlez d'un homme qui n'a pas aimé sagement, mais trop bien! d'un homme, non facilement jaloux, mais, une fois entraîné, tourmenté à l'ex-trême... d'un homme dont la main, comme celle du vil judéen 1, a jeté au loin une perle plus riche que toute sa tribu... d'un homme, dont les yeux abattus ■— bien qu'inaccoutumés au mode des larmes — versent des pleurs aussi abondamment que les arbres d'Arabie leurs gommes médicinales...écrivez cela et dites, en outre, qu'une fois, à Alep, alors qu'un méchant turc enturbanné battait un vénitien et outrageait l'État, je pris à la gorge le chien circoncis et le frappai... ainsi! (// se frappe lui-même.)

LODOVICO

O période de sang!

GRATIANO

Tout ce qui serait dit serait perdu...

OTHELLO, se traînant vers Desdemona.

Je t'ai baisée avant de te tuer... plus rien que ceci... me tuer moi-même et mourir sur un baiser. (Il tombe sur le corps de Desdemona et meurt.)

CASSIO

Voilà ce que je redoutais, mais je croyais qu'il n'avait pas d'arme: il était grand par le coeur...

LODOVICO, à Iago.

O chien de Sparte, plus féroce que l'angoisse, la faim ou la mer! regarde le far-deau tragique, sur ce lit... ceci est ton oeuvre... cet objet empoisonne la vue, qu'on lecaehel... Gratiano, gardez la maison et saisissez tout ce qui appartient au Maure car cela vous revient... (A Cassio.) A vous, Lord Gouverneur, reste le châtiment de

1 II y a deux versions : indien ou judéen — la première aurait trait à l'ignorance où étaient les indiens des richesses qu'ils possédaient — la seconde viserait Hérode et le meurtre de Marianne. Nous n'avons aucune préférence.

S14 cet infernal vilain... l'heure, le lieu, la torture. Oh! renforcez-la! moi-même, je vais tout droit à bord et le coeur lourd, je raconterai au Sénat ces lourdes actions ! (Ils sortent >.)

1 Voici comment Lamartine comprenait Shakespeare. Il termine une pseudo étude — toute de compilation et de plagiat — par ces phrases typiques: Il n'y a rien dans tout cela qu'une horreur physique. On n'est pas poète pour si peu. Les bouchers feraient, à ce prix, les plus grandes tragédies du inonde.

S M-- NOTE. — Au moment d'écrire cette noté, nous avons relu la si intéressante étude que F. - V. Hugo a inscrite en tète d'Othèllô : et nous avons été une fois de plus frappé de l'étrange perversion céré-brale, engendrée par le romantisme. Le panégy-riste ici ne voit sien que de colossal, de démesuré, de gigantesque. Tout lui est Un motif à dithyrambe si haut juché qu'en vérité on se demande si, en Shakespeare, oh doit retrouver le Jehovah du Sinaï.

Tout est formidable : «'agit-il de se demander si Othello est noir ou simplement basané, la seconde hypothèse est affirmée par celte sortie bizarre : — Shakespeare a pu jeter le crépuscule sur le noble visage d'Othello ; il n'y a point fait la nuit!

L'union de Desdemona et d'Othello sijmbolise ■— la sympathique fusion de ces deux types primordiaux de la beauté humaine, le type cau-casique et le type sémitique.

Schlegel avait découvert, en cette pièce—qu'il ne faut pas croiser les races et qu'une union mal assortie est nécessairement fatale 1 — F. - V. Hugo lui affirme qu'il faut reconnaître là — là bataille décisive livrée par la passion au plus impassible de tous et que ce n'est pas nn homme seulement qui succombe, c'est l'humanité !

Sans poursuivre celte chasse aux excès empha-tiques, ramenons l'étude d'Othello a des propor-tions plus raisonnables, et disons tout de suite que le drame de Shakespeare n'est pas surhumain, mais profondément humain, ce qui est mieux — que le poète ne s'est pas perdu en considérations ethniques de croisements plus ou moins sélectifs, " mais qu'il a montré l'opposition de caractères, de natures, développés sous des cieux différents ■— qu'enfin — et c'est là le point capital — il n'a pas rêvé un symbole embrassant l'humanité toute entière, mais qu'il a composé, avec un génie supérieur, avec une entente étonnante des com-binaisons dramatiques, un drame poignant, terri-ble dont tous les protagonistes sont des êtres de chair et de sang, de cerveau aussi, de cerveau particulier et personnel, dont un seul peut-être synthétise un des côtés de la psychologie humaine. Et celui-là, c'est Iago, le méchant.

Otez Iago, le drame n'existe plus. Othello, soldat de fortuné, qui — s'il est de hàisâance royale — n'a plus de couronne à sa portée, a été amené par les circonstances à consacrer ses ser-vices à la République de Venise. C'est Un vaillant combattant, un marin de premier ordre,, la fortuite a toujours souri à ses efforts : il a conquis à la 'pointe de l'épée les plus hauts grades, il est lotit puissant de par l'estime et la confiance qu'il ins-pire à tous, et quand le Turc menacé Chypre, c'est à lui que tout aussitôt pense le peuple, c'est lui qu'appelle le Sénat pour lui décerner le commandement de la flotte.

Entre temps, admis chez le sénateur Brabâfitîo, ■

Othello y à rencontré sa fille Desdemona : Pressé

dé raconter ses aventures et ses exploits, il s'est

laissé entraîner : c'est un homme dans la fôroô de

l'âge, vigoureux, passionné, avec en plus ufie

faconde toute orientale. La j'éufie Desdemona l'a

écouté avec admiration, avec ce ravissement

mêlé d'Une sorte de crainte qui a si fort eftqjire

sur l'imagination dès femmes : elle a aimé Othello,

qui, redoutant à bon droit que Bràbantio, le

magnifico de Venise, ne voulut pas donner sa

fille à celui qu'il considérait coitime de racé infé--

rieure, l'a enlevée et secrètement épousée.

Qu'Othello soit un violent, ses exploits même

donnent la mesure de son caractère. Il n'a même

pas essayé de vaincre là résistance de Bràbantio,

il n'a pas songé à recourir aiix bons offices du

Duc — qui, sans doute, eût été favorable à ses

voeux. Il a agi en soldat, disons mênié en soudard.

Et ce n'est pas sans quelque motif que Brabahtto

lui jettera l'anathème.

De son côté, Desdèmorià— si douce, si patiente,

si soumise — a subi, sans résistance, là domina--

tion de cette vigueur qui s'imposait à elle : elle

s'est attachée par la pitié, T- Çosi fan tutté —

puis elle s'est donné toute entière, âme et corps,

à ne jamais plus se reprendre. Elle a suivi le

précepte de l'évangile, elle a quitté son père pour

son mari, et elle ne saura même pas que lé vieux

Bràbantio est mort de l'avoir perdue. Son pre--

mier amour a posé sur elle une empreinte si forte

qu'elle est liée à jamais au Maure, pour qui son

admiration, son respect, — comme d'un nain

devant un géant — n'a fait que grandir.

Othello du reste est de manières aisées, de

coeur généreux, d'amour élégant et vigoureux.

Mais qu'on le. remarque bien, Othello n'est pas

le jaloux-né, le jaloux en soi, comme Harpagon

est l'avare, comme Tartufe est l'hypocrite. Au

contraire. Othello a confiance en sa femme, il

l'aime avec tout l'abandon d'un homme qui se

sait aimé, qui sait pourquoi il est aimé. Le jaloux

n'a pas besoin d'être poussé à la jalousie par des

suggestions étrangères : il l'est de nature, de

tempérament, il l'est quand même et toujours, il

tire le soupçon de lui-même, là défiance de son

propre fonds. Rien de cela en Othello, en qui ne "

préexiste qu'un tenipéralneht violent, priéMàl,

africain. C'est un suggëstibté, dans toute l'accep--

tation dû mot; Que îago dirige ses violences

vers un autre but que l'infidélité dé sa femirié, il

foncera comme le taureau qui voit roUgè. OthëlhV

est le jaloux occasionnel: encore ûftëfois,, ce

n'est pas un type, c'est un hoiiimë; Ou encore

c'est le type de l'homnie, vigoureux de sâftg",mài$

faible de cerveau qui, n'ayant jïas aâséz de force

pour penser ' lui:-njètâè,;:.s'^-làiàS.6rë&dil7QMÛë^' par

autrui. --.'■■:■•■■

Quel séràU ~: ho'rs dix drànië>- l'avenir de 6e Si 6 couple : Desdemona se fatiguerait-elle d'être petite i en face d'un si grand? Regretterait-elle, en celte 1 vie d'aventures, l'existence plus calme que lui eût procurée une union avec un époux de son pays et de sa caste ?... Othello serait-il infidèle ?.. Toutes ces hypothèses sont peu probables. On peut répondre de la fidélité de Desdemona, et si quelque écart était à reprocher à Othello — ce qui paraît possible, Othello paraissant de nature fort brûlante — sa femme trouverait certes en son amour la force du pardon.

Donc, devant ce ménage d'origine romanesque, l'avenir s'ouvre joyeux, en dépit des colères du vieux Bràbantio, et à moins de supposer quelque intervention surnaturelle, la malédiction pater-nelle risque fort de rester impuissante.

C'est alors que paraît Iago.

Voici le véritable pivot du drame. Ici est toute l'invention du poète, concentrée en ce carac-tère dont l'originalité est exceptionnelle et qui témoigne d'un esprit formé à l'observation par l'expérience de la vie. En toute sincérité, il sem-ble que Shakespeare a connu Iago. Des traits qu'il a accumulés, pas un qui ne soit senli, vécu pour ainsi dire. Iago est un possédé de méchan-ceté, il personnifie ce que, deux siècles après Shakespeare, Edgar Poe a appelé le Démon de la Perversité. Il fait le mal parce qu'il hait le bien, tout simplement, et quand il cherche à se donner pour prétexte une prétendue infidélité de sa femme avec le Maure, il n'y croit pas lui-même : mais il agira comme si elle était réelle. „ — Cette tendance accablante à faire le mal, dit Edgar Poô, n'admet aucune analyse, aucune résolution en éléments ultérieurs : nous perpé-trons certaines actions simplement à cause que nous sentons que nous ne le devrions pas. »

. Tel Iago. Il se sait mauvais, pervers : et obéis-sant à une loquacité que Poë a également notée, il faut qu'il s'explique lui-même, qu'il se révèle, qu'il s'analyse. Il s'avoue méchant, scélérat. Il hait et proclame sa haine. Est-ce haine du seul Othello — ou même de Cassio dont la beauté de formes le fait paraître laid ? Non, il hait tout. Nous l'avons indiqué déjà dans une note, le tempérament d'Iago n'est pas unique. Au con-traire. 11 a pour racine première la vanité, la conviction de sa propre supériorité, et partant la certitude de l'universelle injustice qui ne la reconnaît pas. Iago, soldat, est persuadé qu'il a le génie des batailles et s'irrite .que pour un poste de premier lieutenant, on lui préfère Cassio, un calculateur. C'est exactement ce qui se passe de nos jours où le dernier des donneurs de coups se croit, pour peu qu'on le pousse un peu, supérieur à ce polytechnicien qui se contente de calculer sur le papier la trajection des projectiles. Cassio est instruit i| a bonne tenue et conduite, . il ne boit pas, se sachant la tête peu solide —

donc Iago le hait parce que tous l'estiment. II

hait Desdemona parce qu'elle est douce et polie,

parce qu'elle est heureuse, et il s'efforcera même

de lui débiter, en face, des impolitesses inconve--

nantes. Il n'a d'esprit que pour la méchante

satire. Ile is noihing if not critical.. Écoutez les

conversations de la plupart des rates et vous

comprendrez cette expression si parfaitement

vraie. Est-ce qu'on peut s'amuser en société, si

on ne dit du mal de quelqu'un? Du même vice,

procèdent tous les vices de Iago. Il faut qu'il

critique, il faut qu'il étonne son interlocuteur par

les boutades de son scepticisme hargneux. Il esl

de ceux—nous en connaissons même dans le

monde littéraire — qu'exaspère tout éloge adressé

à autrui.

Chez beaucoup, fort heureusement, ces ten--

dances à la revanche restent à l'état embryonnaire.

L'occasion ne leur est pas offerte de prouver

qu'eux aussi peuvent s'élever, au détriment d'au--

trui. Ils restent dans leur boue d'envie et ne s'en

désenlisent pas. D'autres, comme Iago, trouvent

une voie ouverte et s'y jettent ôperdûmenl. Si en

ne leur casse la tête à temps, ces gens commet--

tent le crime avec une sorte de volupté sadique.

Leurs rancunes s'assouvissent el le plus souvent

ils crèvent d'avoir dégorgé leur poison.

Shakespeare avait dû rencontrer de ces mons--

tres ; qui sait si sou ami Southamplon n'eut pas

un de ces ennemis, lâches et sinistres ?...

Sur le bonheur d'Othello et de Desdemona, le

poète lâche Iago, dont par des malchances, éven--

tuelles les machinations, absurdes en soi, réus--

sissent. Mais aussi, c'est qu'il a en face de lui,

non pas un héros de tragédie, mais un homme,

Othello, le semi barbare, brûlant de colères

natives, instinctif plutôt que civilisé, dont l'esprit

est rebelle au raisonnement net et précis. Iago

sait bien ce qu'il fait : il exaspère plus brutale--

ment qu'ingénieusement ces rages latentes. Là

où un autre que le Maure exigerait des explica--

tions et bien vite aurait percé à jour l'infamie et

le ridicule de ces délations, Othello, en qui il y

a de l'enfant, accepte tout, souffre et se laisse

niaisement torturer. Non, Othello n'est pas l'hu--

manité, c'est un homme, des plus naïfs, des

moins maîtres de lui, un arabe vindicatif et

soupçonneux, au coeur héroïquement généreux

mais à la cervelle débile.

Et c'est justement entre les nuances si subtiles

et si exactes d'un caractère — non tout d'une

pièce '— mais aux aspects multiples et mobiles,

que se révèle superbement le génie dramatique

de Shakespeare. '

Avec notre passion de grossissement maladroit,

nous avons fait. d'Othello une tragédie supra--

humaine : erreur, c'est un drame, un drame vivant

où palpitent dé la vraie chair, de la vraie cer--

velle et où coulé du vrai sang. Voltaire n'y a

?»7 rien compris, lui dans sa Zaïre — plagiat d'Othello — a supprimé Iago. C'est une monomanie aca-démique chez nous de vouloir à toute force ériger des types éternels : Othello, Desdemona sont des types contingents, et par cela même, profondé-ment vrais.

Jusqu'à ce stupide Roderigo, pris sur le vif, bellâtre riche qui croit, sur la foi d'Iago, que Desdemona se laissera acheter par des présents et des bijoux : et comme Iago se gausse de lui en le volant! Ce patricien, nul et bon à rien, mais capable de tout, se laissera pousser à l'assassinat, tout en s'avouant qu'il ne comprend guère ce qu'il fait. II est si bête, qu'il vaut à peine la colère, mais à coup sûr il est digne de tout mépris. Et quel détail excellent que celui de ses lettres, trouvées dans sa poche à l'adresse d'Iago, et que sa couardise stupide l'a empêché d'envoyer à leur adresse. Celui-là aussi est un type de cir-constance, mais si complet, si nettement campé. Ainsi encore de celui d'Emilia, qui hait son mari et en a peur, qui lui obéit pour l'ama-douer: qui, sans moralité, prêche l'adultère avec à peine quelques réserves. Tête folle et meu-blée de malsaines pensées, prête à toutes les intrigues et que les injures d'Othello attei-gnent sans grande injustice, mais coeur point gangrené, ainsi que le prouve son exaltation devant le cadavre de sa maîtresse!... Et c'est elle qui, en son instinct de bête révoltée, dit au Maure ce qu'il faut qu'il entende enfin: — Stupide! Stupide assassin !

Il n'est pas un personnage, de si mince impor-tance soit-il, auquel Shakespeare no prêle une physionomie intéressante : Bianca, la courtisane amoureuse, n'est-elle pas absolument dans son rôle quand elle reproche à Cassio d'avoir reçu un don d'une autre maîtresse!... et quel mot plus vrai que ce: —Je suis aussi honnête que vousl — qu'elle lance à Emilia.

Un mot encore sur Desdemona : pour plus jus- .

tement admirer la création du poète', il convient,

non de détruire ses proportions, mais au contraire

de la placer en la posture où l'a mise lé poète.

C'est une enfant et rien qu'une enfant, naïve, en--

thousiaste, imprudente et amoureuse. Elle n'a ni

raison, ni force, ni résistance, type d'un féminisme

complet,dans le sens excessif d'infériorité physique

et morale. Elle ne raisonne pas, elle ne discute

pas, elle ne juge pas. Ses coquetteries sont enfan--

tines, ses insistances sont maladroites, sa bonté

est inhabile. Elle n'en est que plus intéressante :

n'ayant rien d'une héroïne, elle est d'autant plus

émouvante dans sa résignation, et je ne sache

rien de plus poignant que ce cri de la pauvrette,

demandant un dernier délai : —Encore une demi--

heure ! On devine que pour l'entraîner loin de la

maison de son père, il a suffi à Othello de lui

prendre le bras et de lui dire : •— Venez ! Elle est

incapable d'initiative comme d'énergie résistante.

Elle se laisse tuer comme elle s'est laissée aimer.

Elle plaît par sa faiblesse même et quand elle

fredonne la romance du Saule, on pleure de la

sentir si complètement incapable de se défendre;

et si les femmes s'irritent quelque peu de la sen--

tir si débile, les hommes au contraire ont quelque

fierté de rencontrer si parfaite soumission, si

complet anéantissement devant leur puissance.

Othello est le plus beau des drames — mais

n'a — et fort heureusement — rien d'une tragé--

die : ni classique, ni romantique, c'est une oeuvre

vraie en sa conception et parfaite en sa réalisa--

tion.

M. Louis de Grammont a fait représenter en

1882, sur le théâtre de l'Odéon, une très intéres--

sante traduction A'Ol/iello, à laquelle ne s'appli--

quent aucun des reproches que nous avons déjà

adressés aux adaptations théâtrales des drames

de Shakespeare. Elle est exacte, élégante et d'une

sincérité rigoureuse. SIR JOHN FALSTAFF.

FENTON

SHALLOW, juge de province.

SLENDER, cousin de Shallow.

M. FORD

} petits bourgeois de Windsor M. PAGE, y & WILLIAM PAGE, un gamin, fils de M. Page. • SIR HUGH EVANS, pasteur Welche (du pays de Galles).

Dr CAIUS, médecin français.

L'HÔTE de l'auberge de la Jarretière.

BARDOLPH, P1STOL, NYM, la

clique.de Falstaff.

ROBIN, page de Falstaff.

SIMPLE, domestique de Slender.

RUGBY, domestique du Dr Caïus.

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