MISTRESS PAGE
MISTRESS ANNE PAGE, sa fille.
MISTRESS QUICKLY , servante du
Dr Caïus.
La scène se passe à Windsor ou aux environs.
AVERTISSEMENT
Sir John Falstaff, vieux Datailleur, débauché et quelque peu voleur, est venu échouer, avec sa bande, à l'Hôtel de la Jarretière. Nous le retrouverons plus jeune dans les drames d'Henry IV. Ici, réduit à marcher sur ses tiges, il cherche des trucs pour attraper de l'argent. Il a remarqué deux femmes de Windsor, bonnes commères, rieuses et d'une fraîcheur grasse de quarantaine. Il imagine de les courtiser toutes les deux, comptant qu'elles puiseront, pour lui, des subsides dans la bourse de leurs maris. Mais les deux braves dames se communiquent les billets reçus et complotent do lui donner telle leçon que désormais lui passe toute tentation de recommencer. On lui accorde des rendez-vous : au premier, sur le point d'être surpris par le mari, il se laisse fourrer dans un panier de linge sale qu'on va vider dans les boues de la Tamise; au second, il est forcé de se déguiser en vieille femme et reçoit une atroce volée de coups de bâton. Pourtant il se laisse encore entraîner par son incurable vanité et accepte un dernier rendez-vous, à minuit, dans le parc de Windsor. Là, les maris Page et Ford, de complicité avec leurs femmes organisent une mascarade fantastique, dans laquelle Falstaff est encore berné et rossé. Il fait amende honorable et on lui pardonne. A cette trame déjà serrée, viennent se mêler des personnages grotesques, écorchant la langue, bêtes et ridicules au delà de toute expression, Slender, Shallow, Caïus. La pièce doit être tenue dès la première scène pour une grosse bouffonnerie, exubérante, folle même, jouée avec un entrain endiablé.
(Voir la Nota à la fin de la pièce). .
A Windsor, devant la maison de Page.
Entrent le Juge SHALLOW, SLENDER et Sir HUGH EVANS.
SHALLOW
Sir Hugh, ne me sollicitez pas : je veux faire de cela affaire de chambre étoilée *. Fut-il vingt Sir John Falstaff, il n'abusera pas Robert Shallow, esquire 2.
SLENDER
Juge de paix dans le comté de Glocester et corâm 8.
SHALLOW
Oui, cousin Slender, et cust-alorum *.
SLENDER
Oui, et rato/orum aussi: et un gentilhomme de naissance, maître pasteur: qui s'écrit lui-même: Armigero 5, sur tout bill, warrant, quittance ou obligation... Armigero.
SHALLOW
Oui, nous faisons cela et l'avons fait en tout temps, ces trois cents ans passés!
SLENDER
Tous ses successeurs, partis avant lui, l'ont fait. Et tous ses ancêtres qui vien--
' Tribunal d'État institué par les Tudors.
2 Titre sans signification précise, qui vise l'homme au-dessus de la roture, mais non un gen-tilhomme. Aujourd'hui tout anglais — qui n'est pas du peuple — ajoute les lettres esq. à son nom. Différence entre un homme et un monsieur.
* Mot latin qui signifie : — en présence de. Les libellés de jugement commençant par les mots : — Par devant (corâm), Slender prend ce mot pour un titre.
4 Pour custos rotulorum, gardien des rôles judiciaires. Slender défigure encore plus le mot en prononçant ratolorum. Nous connaissons ce genre de plaisanteries : — Je me suis bien amusée aux sept petites chaises, dit une bonne dame — pour steeple chase,
* Chevalier, homme d'armes.
dront après lui, le pourront faire. Ils peuvent porter ia douzaine de brochets blancs *,"'. sur leur cotte.
SHALLOW
C'est une vieille cotte!
EVANS
La douzaine'de poux Mènes convient bien à une vieille cotte : cela sied bien, passant 2. C'est une bê'tè familière à l'homme et qui signifié : — Amour.
SHALLOW
Le brochet est poisson frais : le poisson salé est une vieille cotte 3.
SLENDER
Je puis écarteler *, cousin?
SHALLOW
Vous le pouvez, en vous mariant.
EVANS
C'est vexant *, certes, s'il Pécartèle.
SHALLOW
Pas d'un iota 1...
EVANS
Si fait, par Notre Dame : s'il à un quart dé votre cotte, il y aura seulement un quart pour vous, en mes humbles conjectures : mais c'est tout un. Si Sir John Falstaff . a commis envers vous des offenses, je suis d'Église et serai content de montrer mon bon vouloir, pour amener apaisement et compromis entre vous.
SHALLOW
Le Conseil en informera. Il y a ri.otte.
EVANS
Ce n'est pas l'affaire du Conseil d'informer d'une rioUe : il n'y a pas crainte de
* Nous entrons dans là série des jeux dé niots. Brochet se dit lucé, qui se prononcé louce. Evans entend dans ce dernier sens et comprend le mot loilse qui veut dire yjoit.
2 Ces plaisanteiùes l'oulent sur le blason. On dit -- un lion passant — pour un lion marchant, sur l'écu.
3 Phrase restée incomprise. Une légende 'raconte que Shakespeare dans sa jeunesse fut persécuté par Sir Lucy, pour.avoir chassé des daims sur ses domaines. .L'aivecdotè est très contestée. Pourtant il paraît vraisemblable que ces facéties sur les litces, brochets, viennent la confirmer. Quant au poisson salé -7-, sait fish — l'édition de Knight suggère l'idée d'une plaisanterie sur sait, salé — et saltant, sautant, terme héraldique qtii viendrait en réponse au moi passant. Mais il est certain que, malgré tous efforts, ces jeux de mots et d'idées, sans doute très clairs au xvi° siècle, restent pour nous parfaite-ment obscurs. Naturellement la joyeuseté bien connue de Guizot s'est évertuée à trouver des équiva-lents :• il a. remplacé les brochets par des loups de mer, etles pôme par des 7owfows, nom populaire affirme-t-ik de ce genre d'insectes I Mohtégut a remplacé lès brochets par des poulets — poux 'laids!:-!' ' ■' . '...'.;
* Quarter. — Partager l'écu en quatre, pour inscrire les Biliïin'c'es familiaiës.'Ne'pais oublier que Slender étant le cousin dé Shallow, porte les mêmes arihes que lui.
s En vous mariant, by mdrrying— à quoi !ÉVaivs réplique \--^-<H/tvs jjiïw-rmg;..'en'jouant'sur le niot. Le calem-boivrg se .pourrait rendre en employant 1k langue-rônwin'è qui tonne le'-''verbe'murrir; affliger, chagriner. D'où nous est resté4'^K'GMf'*rttt^^.;'àïipp-Qlb'n's que l'e mot ■é^çUrïelër 'signifie : diviser èïi quatre quarts.
LES JOYEUSES GOMMËRES DE WINDSOR . 5,2j,'■ Dieu dans une riotte 1. Le Conseil, voyez-vous, entend informer de la loi de Dieu et ' non pas d'une riotte 2. Prenez avis 3 de cela.
SHALLOW
Ha ! sur ma vie, si j'étais de nouveau jeune, l'épêe terminerait cela !
ËVÀNS.
Il est meilleur que vos amis soient F épée et terminent cela : et il y à Une autre opi-nion dans ma cervelle qui, par aventure, apporte bonnes suggestions. Il y a Anne Page qui est la fille de maître Page, et qui est une gentille virginité.
SLENDER
Mistress Anne Page ? Elle a le cheveu brun et parle petit comme une femme.
EVANS
C'est la vraie personne de tout l'univers, juste comme vous la désirez : et sept cents livres de monnaies et d'or et d'argent, voilà ce que son grand-père, sur son lit de mort (Dieu lui délivre une joyeuse résurrection !) lui a donné, quand elle sera en état de passer l'âge de dix-sept ans. Ce serait un bon mouvement si nous laissions là nos brouilles et broutilles * et réclamions un mariage entre maître Abraham et mistress Anne Page.
SHALLOW
Son grand-père lui a-t-il laissé sept cents livres?
EVANS
Oui, et son père lui fera encore un meilleur denier... • SHALLOW.
Je connais la jeune demoiselle : elle a d'excellents dons.
EVANS
Sept cents livres et des espérances, c'est d'excellents dons.
SHALLOW
, Bien : voyons l'honnête maître Page. Falstaff est-il là?
EVANS
Dois-je vous dire un mensonge ? Je méprise un menteur comme je méprise quicon-que est faux, ou comme je méprise quiconque n'est pas vrai. Le chevalier 5, Sir John, est là. Et je vous en supplie, laissez-vous conduire par vos bien-voulants. (Allant à
•'Evans est du pays do {Salles, comme le ï> Caïus est français. Tous deux ont une abominable façon de prononcer la langue anglaise, qu'on ne saurait comparer qu'à l'accent de nos pires patoisants. Naturellement il est impossible de rendre ces nuances dans une traduction, puisqu'elles n'ont de valeur
que dans l'original même. Nous n'essaierons donc pas de les reproduire, ne voulant pas suivre en cela l'exemple de nos prédécesseurs qui prêtent aux deux personnages des jargons inacceptables. Nous
n'avons pu nous résoudre à identifier l'accent d'un gallois parlant l'anglais, à celui d'un allemand
écorchant le français.
s Ce mot riotte [riot, anglais) signifie querelle, et par extension émeute. Il appartient à la vieille
langue française et c'est très justement que l'Académie lui a rendu sa place dans son Dictionnaire
de 1877.
3 Evans prononce vizaments pour adviscmenls et ainsi de suite.
* Pribbles et prabbles. Mots forgés par Evans.
e The Knighi, titre exactement analogue à celui de chevalier des temps féodaux et qui se conférait
avec le même cérémonial. Ce n'est pas tout à fait la noblesse, mais cela y confine. Le titulaire de la
Knigluhood a le droit de faire précéder son nom de baptême du mot Sirt Sir John, Sir Edward»* la porte de la maison et frappant.) Je veux frapper à la porte, pour maître Page. Hé ! Holà! Dieu bénisse votre maison!
PAGE, entrant.
Qui est là ?
EVANS L
Là est la bénédiction de Dieu et votre ami et le juge Shallow. Et voici le jeune maître Slender, qui, par aventure, vous dira une autre histoire, si les choses gran-dissent à votre guise.
Master Page, je suis aise de vous voir.
PAGE
Je suis aise de voir vos Excellences en bonne santé. Je vous remercie pour votre venaison, maître Shallow.
SHALLOW
Master Page, je suis aise de vous voir. Grand bien cela fasse à votre bon coeur! J'aurais désiré la venaison meilleure. Elle était mal tuée. Comment va mistress Page ? — et je vous aime toujours, de tout mon coeur, las 1 de tout mon coeur !
PAGE
Monsieur, je vous remercie.
SHALLOW
Monsieur, je vous remercie... par oui et non, je le fais.
PAGE
Je suis aise de vous voir, bon maître Slender.
1 II est bien entendu que tous ces personnages sont des grotesques et que leurs allures, leur cos-tume doivent être tenus dans le ton de la comédie, un peu outrée.
SLENDER
Comment va votre lévrier fauve, monsieur ? J'ai entendu dire qu'il avait été dépassé à Cotsale L
PAGE
Cela n'a pu être jugé, monsieur.
SLENDER
Vous ne l'avouerez pas, vous ne l'avouerez pas!
SHALLOW
Il ne l'avouera pas — c'est votre faute, c'est votre faute — c'est un bon chien.
PAGE
Un mâtin, monsieur.
Vous vous plaindrez de moi l
SHALLOW
Monsieur, c'est un bon chien et un beau chien... peut-on dire plus ? 11 est bon et beau... (Changeant de Ion.) Sir John Falstaff est-il ici ?
PAGE
Monsieur, il est céans. Et je voudrais pouvoir mettre mes bons offices entre vous.
EVANS
C'est parlé comme des chrétiens doivent parler.
SHALLOW
Il m'a fait tort, master Page.
PAGE
Monsieur, il le confesse de cette même façon.
SHALLOW
Si c'est confessé, ce n'est pas redressé. N'est-il pas vrai, master Page ? Il m'a fait tort, certes, il m'a... en un mot, il m'a fait tort, croyez-moi. Robert Shallow, esquire, dit qu'on lui a fait tort.
1 Aux courses de lévriers qui se tenaient en cette localité.
Voici que vient Sir John.
Entrent Sir JOHN FALSTAFF, BARDOLPH, NYM et PISTOL*.
FALSTAFF
Hé, maître Shallow. Vous vous plaindrez de moi au roi?
SHALLOW
Crrsvalier, vous avez battu mes gens, tué mon daim et ouvert de force ma loge 2...
FALSTAFF
Mais je n'ai point baisé la fille dé votre garde...
SHALLOW
Bah ! une épingle!... il faudra en répondre...
FALSTAFF
Je veux répondre tout de suite — j'ai fait tout cela — voilà qui est répondu,
SHALLOW
Le Conseil saura cela...
FALSTAFF. -
Sera-t-il meilleur pour vous que cela soit connu du Conseil!... On rira de vous.
EVANS
Pauca verba. Sir John, de bonnes paroles...
FALSTAFF
De bonnes paroles... de bon choux 3 ! — Slender, je vous ai cassé la tête ? qu'est-ce que vous avez contre moi ?
SLENDER
Pardieu, monsieur, j'ai affaire dans ma tête contre vous, et contre vos gredins . de chipe-lapins, Bardolph, Nym et Pistol. Ils m'ont emmené à la taverne, m'ont saoulé et ensuite ont vidé mes poches.
BARDOLPH, menaçant Slender.
Espèce de fromage de Banbury i !
SLENDER
Ouais ! ce n'est pas l'affairé!...
PISTOL, même jeu.
Eh bien ! quoi ? Méphistophélès !
SLENDER
Ouais! ce n'est pas l'affaire !...
NYM, avec un geste du tranchant de la main.
A découper 5, je dis! pauca, pauca!... a découper... c'est'mon caractère!
1 Falstaff, bedonnant, énorme, tête de vieux reître joyeux. Quant à ses trois acolytes, notre théâtre en offre le type dans les Cocardasse et Passepoil du Bossu.
2 Lodgc, pavillon de chasse.- . "
* Galeniboupg'. Good worts ^- paroles se dit ïvords, mais Evàhs prononcé wôfts qui signifié Un/genre de choux. Falstaff no manque pas l'occasion de dire une facétie.
4 Fromage très mince. Allusion à la maigreur de Slender.
s Slice, couper en tranches très minces, comme par les majordomes des tranches de boeuf, de jambon «u de fromagoi
SLENDER, à Shallow.
Où est Simple, mon laquais ? Pouvez-vous lé dire, ©ousin^
ÉVANS
. Paix, je vous en prie! Maintenant comprenons ! iï y a trois arbitres dans cette affaire, à ce que je.comprends — c'est master Page, videlicel, master Page — et iï y a moi-même, videlicei, moi-même., .et le tiers parti est, dernièrement et finalement, mon hôte de la Jarretière...
PAGE
Nous trois, pour entendre et finir cela entré eux.
EVANS
Très bien. Je ferai un résumé de" cela dans mon livre de notes, -et après cela, nous travaillerons sur la cause, avec aussi .grande discrétion que nous pourrons.
FALSTAFF
Pistol!
PISTOL
Il écoute avec ses oreilles1...
EVANS
Le diable et sa dame ! Quelle phrase est-ce là... il écoute avec ses oreilles ! Ce sont des affectations !
FALSTAFF
Pistol, avez-vous chipé la bourse de maître Slender ? .
SLENDER
Oui, par ces- gants, il l'a fait — ou je veux ne pouvoir; jamais plus rentrer dans ma propre grande chambre... — sept groats eh Mill 2 — six pence et deux palets du roi Edward, qui me coûtent deux shillings deux pence la ;pièce à Yead le meunier 3 oui, par ces gants !
FALSTAFF
Est-ce juste, Pistol! . '.
EVANS
Non, c'est injuste, si c'est un chipe-bourse!
PISTOL. '
Ha! toi! étranger de montagne !... (A Falstaff.) Sir John et mien maître, je le défie en combat, de ce sabre de laiton... parole dé démenti ici, sur tes labras^... parole de démenti ! Bave et écume, tu mens !..
SLENDER, se tournant vers Nym.
Par ces gants, alors c%alt;l:uil ~
' ' NYM. ,-
Prenez-y garde, sir, et assez de bonnes blagues ! Je vous dirai —- ;gare à la trappe ! — si vous lancez sur moi vos blagués dé crocheteur... efest leur v*aie qua-liftéàtion...
*• Hehears wiih cars, jeu de mois qu'on pourrait rcnctr'e par il ouït avec ses ouïes.
2 Vieille monnaie, pièces de six pence (0.60 c.) frappées en 15(îl. •
3 TëttlcMiitër— ïearf estime abréviation d'Edward. Quant à Miïîèv, b'esïl'peu^lïê'^ituptëin.'ent'. un nom propre, à moins que le mot soit employé dans le sens 1 de vieil: argot le voleur»
*Labi'a,Si mot espagnol — Lips, lèvres.
SLENDER, montrant Bardolph.
Par ce chapeau ! alors c'était celui-là, à la face rouge. Car quoique je ne puisse pas me rappeler ce que j'ai fait, quand vous m'avez saoulé, pourtant je ne suis pas tout à fait un âne !
FALSTAFF
Qu'est-ce que vous dites, Jean l'Ecarlate1...
BARDOLPH
Quoi, messire ? Pour ma part, je dis que le gentleman s'est saoulé hors de ses cinq sentences...
EVANS
C'est-à-dire de ses cinq sens. Fi ! Quelle ignorance !
BARDOLPH
Et étant paf-, messire, il était, comme on dit, avec son comptant 3 et ainsi,'en conclusion a dépassé la limite...
SLENDER
Ouais ! vous parliez Latin 4' aussi ! Mais ça ne fait rien... je ne me saoulerai plus jamais, tant que je vivrai, qu'en honnête et civile compagnie du bon dieu : car, cette fois, si je me saoule, je me saoulerai avec ceux qui ont la crainte de Dieu et non avec de misérable saoulards !
EVANS
Que Dieu me juge, voilà une vertueuse résolution !
FALSTAFF
Vous entendez, gentlemen, toutes ces affaires sont niées, vous l'entendez!
Entrent mistress ANNE PAGE avec du vin : mistress FORD
et mistress PAGE la suivent.
PAGE
Non, ma fille, porte le vin dedans. Nous boirons à l'intérieur... (Sort Anne Page.)
SLENDER 5
0 ciel ! c'est mistress Anne Page.
PAGE
Tiens, mistress Ford!
1 Scarlcl and John. La même expression se retrouve dans la 2° partie d'Henry IV, acte V, Scène III. Silence chante: —And lïobiu Hood, Scarlel and John. — On a inféré de là que Scarlct and John étaient deux compagnons de Robin Hood. Or ni dans Henri IV, ni dans le présent passage, il n'est établi que Scarlel and John soit un appel à deux personnes, d'ailleurs non mentionnées dans le Son«c où Puck — Robin Hood — est toujours en scène. Ici, visiblement Falstaff ne s'adresse qu'au seul Bardolph. Une autre interprétation se présente. Le costume de Robin Hood est rai-parti, rowc et jaune. N'y aurait-il pas là un jeu de mots sur le français jaune et l'anglais John'!
2 Fap. C'est le même mol retourné.
3 Cashicred—àa Cash, argent comptant. Le membre de phrase suivant est très obscur et les interprétations varient. . , ■ .
* Il est évident que — parler latin — est pris ici dans déraisonner, de ne pas savoir ce qu'on dit. On lit dans Villon : — Je n'entends pas voire latin... vous parlez mai.
* Slender est un type de benêt, genre Jocrisse.
S.'cndcr et miss Page
Mistress Ford, par ma vérité, vous êtes la très bien rencontrée... si vous permettez, belle mistress. {Il l'embrasse.)
PAGE
Femme, souhaite à ces gentlemen la bienvenue. Venez, nous avons un pâté chaud de venaison à diner ; venez, gentlemen, j'espère que nous allons boire a fond toute mésintelligence. (Tous sortent, excepiê Shallow, Slender et Evans.)
SLENDER
Plutôt que quarante shillings, je voudrais avoir ici mon livre de chansons et sonnets !... (Entre Simple.) Hé! Simple ! Où avez-vous été? Je dois me servir moi-même, le dois-je ? Vous n'avez pas sur vous le Livre d'Enigmes, l'avez-vous ?
SIMPLE
Le livre d'Enigmes! Ne l'avez-vous pas prêté à Alice Shortcake, dernièrement, à l'Allhallowmas 1, deux semaines avant Michaëlmas.
SHALLOW
Venez, cousin, venez, cousin. Nous restons là pour vous. Un mot avec vous, cousin... pardieu, celui-ci, cousin.... il y a — comme il y avait — une manière d'offre, faite de loin ici par Sir Hugh... me comprenez-vous?
SLENDER
Oui, Sir, vous me trouverez raisonnable. S'il en est ainsi, je ferai ce qui est de raison.
SHALLOW
Non, mais comprenez-moi...
SLENDER
Je ne fais que cela, Sir.
EVANS
Prêtez l'oreille à ses motions, Slender. Je vous décrirai l'affaire, si vous êtes en capacité pour cela.
SLENDER
Hé, je ferai comme dit mon cousin Shallow. Je vous prie, pardonnez-moi. Il est juge de paix dans son pays, si simple que je sois.
EVANS
Mais ce n'est pas la question. La question, c'est concernant votre mariage.
SHALLOW
Oui, voilà le point, monsieur.
EVANS
Parbleu, ce l'est... le vrai point de la chose... quanta mistress Anne Page.
SLENDER
Alors s'il en est ainsi, je l'épouserai, à toutes demandes raisonnables.
EVANS
Mais pouvez-vous affectionner la femme? Permettez-nbus;d'exiger de recevoir
1 La messe de tous les saints (Halîow),. la Toussaint, quatorze jours, avant la messe de saint Michel, dit Simple. Or la Saint Michel est le 29 Septembre, un mois et plus avant la Toussaint. Est-ce un coq à l'âne ou une erreur ? 11 est à remarqué que Shakespeare méconnaît souvent les règles de l'église^— une messe du soir dans Roihéoy ici la date de lasaint"■ Michel» \
LES JOYEUSES COMMÈRES DE WINDSOR J:JI cela de votre bouche ou de vos lèvres : car divers philosophes prétendent que les lèvres sont parties de la bouche... donc, avec précision, pouvez-vous porter votre bon vouloir à la jeune fille ?
SHALLOW
Cousin Abraham Slender, pouvez-vous l'aimer r"
SLENDER
Je L'espère, Sir —-je le ferai, comme il conviendra à quelqu'un qui voudrait agir en raison.
EVANS
Mais par les Lords de Dieu et leurs Ladies, il vous faut parler positablement * si vous pouvez porter vos désirs vers elle.
SHALLOW
C'est là ce qu'il faut : voulez-vous, sur bon douaire, l'épouser ?
SLENDER
Je ferais chose plus grande que celle-là, à votre requête, cousin, en toute raison.
SHALLOW
Non, concevez-moi, concevez-moi, doux cousin, Ce que je fais, c'est pour vous plaire, cousin. Pensez-vous aimer la fille ?
SLENDER. -
Je l'épouserai, Sir, à votre requête. Mais s'il n'y a pas grand amour au commen-cement, le ciel peut encore le décroître 2, à meilleure accointance, quand nous serons mariés et aurons plus d'occasion de nous connaître l'un l'autre. J'espère que de par familiarité grandira plus de mépris3... mais si vous dites: épousez-la! — je l'épouserai, à quoi je suis librement dissolu... et dissolûment*...
EVANS
C'est vraiment réponse en discrétion : sauf que la faute est dans le mot — dissolû-ment — le mot est, en accord avec le sens — résolument — ce qu'il veut dire est bon...
SHALLOW
Oui, je crois que mon cousin veut dire bien.
SLENDER
Oui, ou autrement je voudrais que je pusse être pendu là! (Entre Anne Page.)
SHALLOW
Voici venir la belle mistress Anne.,, je voudrais être jeune, mistress Anne, en votre honneur!
ANNE
Le dîner est sur la table, Mon père requiert la compagnie de vos Honneurs,
SHALLOW
Je vais me rendre auprès de lui, belle mistress Anne,
4 Possitable pour positïvely. Ces personnages écorchent tous les mots à plaisir..
2 II dit décroître, deçrease;, pour accroître, increa.se.
» Contempt, mépris -^ pour content, satisfgçtion>
* Pour — résolu-T. et — résolument. çj* OEUVRES DE SHAKESPEARE
EVANS
La volonté de Dieu soit bénie! Je ne veux pas être absent aux grâces *... (Sortent Shallow et Evans.)
ANNE, à Slender.
Plaira-t-il à votre Honneur d'entrer, Sir?
SLENDER
Non, je vous remercie... pour sûr... de tout mon coeur... je suis très bien...
ANNE
Le dîner vous attend, Sir.
SLENDER
Je ne suis pas un... affamé, je vous remercie, pour sûr. (A Simple.) Allez, manant, car pour tout, vous êtes mon valet... allez, servez mon cousin Shallow. (Sort Simple.) Un juge de paix quelquefois peut être l'obligé de son ami pour un valet. Je garde seulement encore trois valets et un gamin, jusqu'à ce que ma mère soit morte. Mais quoique cela, je vis encore comme un pauvre gentilhomme de naissance.
ANNE
Je ne veux pas rentrer sans votre Honneur : ils ne s'asseoiraient pas, jusqu'à ce que vous veniez.
SLENDER
Sur ma foi, je ne mangerai rien. Je vous remercie autant que si j'avais mangé...
'• ANNE
Je vous en prie, Sir, entrez!
SLENDER
J'aimerais mieux me promener ici, je vous remercie. Je me suis démoli le tibia l'autre jour, en jouant de l'épée et de la dague avec un maître d'escrime... trois bottes contre un plat de pruneaux à l'étouffé, et par ma foi, je ne puis, depuis lors, supporter l'odeur de la chère chaude... Pourquoi vos chiens aboient-ils comme ça? Est-ce qu'il y a des ours dans la ville ?...
ANNE
Je crois qu'il y en a, Sir. J'en ai entendu parler.
SLENDER
J'aime bien ce sport : je leur chercherais querelle aussi vite que n'importe quel homme en Angleterre... vous êtes effrayée, quand vous voyez l'ours détaché, ne l'êtes-vous pas ?
ANNE
Si., certainement, Sirl
SLENDER
Ceci est maintenant pour moi du manger et du boire. J'ai vu Sackerson détaché, vingt fois, et je l'ai pris parla chaîne. Mais, je vous garantis, les femmes ont si fort crié et frissonné que ça passait tout. Mais les femmes, en vérité, ne peuvent pas les supporter. Ce sont des choses rudes et mal favorisées!
*■ Ât the grâce. Les traducteurs français, ferrés sur le rituel religieux, ont corrigé cette expression impropre et l'ont remplacée par le benedicite. Ce Shakespeare prend d'incroyables licences 1 Or les anglais disent les grâces au commencement du repas. ^
PAGE, entrant.
Venez, gentil maître Slender, venez. Nous vous attendons.
SLENDER
Je ne mangerai rien, je vous remercie.
PAGE
Par le coq et la pie * ! vous n'aurez pas à choisir, venez ! venez ! (// le pousse en avant.)
SLENDER
Non, je vous prie, montrez le chemin.
PAGE
En avant, Sir.
SLENDER
là ! je ne veux pas vous faire cet outrage... JJL ^^^'/^^^~-/^j^É^^^B^B^^p nuyeux... vous vous outragez vous-même, •i , •. ' i ni i i\ Donnez-lui cette lettre/.., a, en vente I (Ils sortent.)