M1"S QUICKLY
Le jeune homme est un honnête homme.
CAÏUS
Qu'est-ce que l'honnête homme fait dans mon cabinet ? Il n'y a pas d'honnête homme qui ait à.venir dans mon cabinet !
■• Celui-ci écorche l'Anglais avec un abominable accent français. Les mots en italique sont en français dans le texte. .
2 Horn-mad — fou jusqu'aux cornes, ou comme une bête cornue. Mais le mot, simplement tra-duit, n'a-t-il pas une excellente saveur ?
3 Interjection, faite d'une expiration d'air. Nous l'employons souvent.
*• Être un Jack, un imbécile. Le Jcannot français.
5 Be content, dit Mrs Quickly — Wherefore shall I be content ? Content est pris en deux sens' différents, le premier — contenez-vous ! le second — Pourquoi serais-je content! \~ :
LES JOYEUSES COMM-ERES DE WINDSOR
Mrs QUICKLY.
Je vous en supplie, ne soyez pas si flegmatique i. Écoutez la vérité. Il était venu pour une commission... à moi... de la part du pasteur Hugrw
CAÏUS
Bien!
SIMPLE
Et, sur ma foi, pour la prier de...
Mrs QUICKLY, lui coupant ta parole.
Paix, je vous prie !
Dans mon cabinet!
CAÏUS, à mistress Quickly.
Paix à votre langue ! (A Simple.) Dites votre histoire.
SIMPLE
Pour prier cette honnête demoiselle, votre servante, de dire une bonne parole a mistress Anne Page, pour mon maître.
Mrs QUICKLY.
C'est tout, vrai, là! Mais je ne mettrais jamais mon doigt dans le feu, pas besoin I
CAÏUS
Sir Hugh vous a envoyé ?... Rugby, baille^-mo'i du papier... arrêtez-vous un peû> instant... (// écrit.)
' Le mot flegmatique s'interprète en français froid, impassible. Or le mot grec originaire phlegma, signifie chaleur, embrasement, inflammation, do phlegô, brûler. Nous avons le mot phleg-masie, inflammation. Shakespeare a donc conservé le sens premier du mot qui signifie ici irrité, furieux. ç42
Mrs QUICKLY, bas à Simple.
Je suis contente qu'il soit paisible. S'il avait été ému à fond, vous l'auriez entendu crier si fort!... et d'une mélancolie ' !... mais malgré ça, l'homme, je ferai pour votre maître du mieux que je pourrai. Et le oui et le non, vraiment, c'est le docteur Fran-çais, mon maître (S'interrompant.) — je peux l'appeler mon maître, voyez-vous ! car je garde sa maison, et je lave, tords, brasse, boulange, récure, dresse le manger et le boire, fais les lits et fais tout moi-même...
SIMPLE
C'est une grosse charge, pour tenir dans la main d'un seul corps.
Mrs QUICKLY.
Vous avisez-vous de cela? Vous trouverez que c'est une grosse charge... et se lever de bonne heure et se coucher tard... mais tout de même (à vous dire à l'oreille, je ne devrais pas dire un mot de ça!) mon maître lui-même est en amour avec mistress Anne Page... mais tout de même, ça — je connais le coeur d'Anne — ça n'est ni ici ni làj
CAÏUS, à Simple.
Vous, Jack-Singe, donnez cette lettre à Sir Hugh... Bigre 2, c'est un cartel. Je lui couperai la gorge dans le parc et j'apprendrai à un teigneux de Jack-Singe de prêtre à se mêler... à faire... Vous pouvez filer. Il n'est pas bon pour vous de rester ici... bigre! je lui couperai ses deux boulettes 3, tout à fait! Bigre, il n'aura plus une boulette à jeter à son chien! (Ilpoursuit Simple qui se sauve.)
Mrs QUICKLY.
Hélas! il parle seulement pour son ami!
CAÏUS
Ça ne fait rien pour qui... ne me dites-vous pas que j'aurai Anne Page pour moi-même ? Bigre ! je tuerai ce Jack-Prêtre et j'ai désigné mon hôte de Jarlerre pour mesurer nos armes... bigre ! je veux moi-même avoir Anne Page !
Mrs QUICKLY.
Monsieur, la fille vous aime et tout sera bien. Nous devons donner aux gens permission de bavarder, hé 4! parbleu!
CAÏUS
Rugby, venez à la cour avec moi... Bigre! si je n'ai pas Anne Page, je vous flan-querai la tète hors de ma porte... Suivez mes talons, Rugby. (Sortent Caïus et Rugby.
* Ici encore le mot est pris dans son sens étymologique — Bile noire 1
2 By gar : on suppose que Shakespeare fait prononcer God — Gar — à son docteur français, ce qui est passablement extraordinaire. On a rappelé aussi que le mot gar a, en vieux saxon, le sens dÇarme, de javelot, ce qui donnerait : -- Par mon arme ! — Cette interprétation est encore plus invrai-semblable. Ne pourrait-on pas supposer que les deux mots réunis Bygàr, sont tine exclamation très française : — Bigre ou bougre!
3 Stones.
* Ici intervient un juron gpod jer dont le sens n'est pas bien déterminé. On croit que c'est une dé-formation des mots good — y car, bonne année:—■ Schmidt parle d'un mot français goujère qui aurait signifié la syphilis, et qui nous est totalement inconnu. Il serait plus vraisemblable d'admettre que good — year a eu ce sens argotique que l'on trouve très clairement indiqué à l'acte V du Roi Lear — comme venant de bonne année, .étreinte. Nous avons, à peu près avec la même signification, le mot éireimer. Mais Mrs Quickly n'emploie ici ces mots que comme léger juron. \
Mrs QUICKLY.
Vous aurez pour votre compte une 1... tête d'imbécile !... Non, je connais l'idée d'Anne là dessus. Pas une jeunesse à Windsor ne connaît mieux que moi l'idée d'Anne ni ne pourrait faire plus: que moi avec elle, dieu merci !
FENTON, au dehors.
Qu'est-ce qui est là dedans, holà ? .'"■•'■
Mrs QUICKLY. '
Mon Dieu, qui est là? Approchez de la maison, je vous prie.
. FENTON, entrant 2.
Hé, bonne femme, comment va ?
Mrs QUICKLY. '. ' , I
Au mieux qu'il plaise à votre Honneur de demander. "
FENTON
- Quelles nouvelles ? Comment va gentille mistress Anne?
Mrs QUICKLY.
En sincérité, Sir... elle est jolie,: et honnête et gentille... et une qui est votre amie, je peux vous dire ça en passant... j'en remercie Dieu!
FENTON
Ferai-je quelque chose de bon, crois-tu? Ne perdrai-je pas ma peine?
Mrs QUICKLY, montrant le ciel.
Vrai, Sir, tout est dans ses mains, là-haut ! Mais, tout de même, maître Fenton, je peux jurer sur un livre qu'elle vous aime... est-ce que votre Honneur n'a pas un poireau au-dessus de l'oeil ?
■. FENTON
Oui, pardieu! j'en ai un! Mais quoi?
Mrs QUICKLY.
■Bien.-., il y a là une histoire qui pend... de bonne foi, c'est une malicieuse petite 3 Nanette ! Mais je le déteste 4, la plus honnête fille qui ait jamais cassé son,pain ■!.... nous avons eu une heure de causerie sur ce poireau. Je ne rirai jamais comme en compagnie de cette fille ! Mais.,, vrai, elle est trop adonnée à la malicolie 5, à la rêvasserie... mais pour vous... bien, allez donc l
FENTON
Bien, je la verrai aujourd'hui. Tiens ! vôSià de l'argent pour toi! Que j'aie ta voix de mon côté l Situ la vois avant-moi,, recommande moi.
Mrs QUICKLY.
Le ferai-je ?.,. ma foi, nous le ferons...' et j'en dirai à Votre Honneur davantage sur le poireau, la première fois que nous serons en confidences... et sur d'autres poursuivants... • :
4 Mrs Quickly emploie le mot An,une — qui fait ealémbourg avec Anne. Nospaysans: diraient aussi Âne tête.
2:. Fenton, jeune homme élégant et sympathique.. '-, ".;:'■..
8 Suçh another nan -^ les allemands ont dans; le: même sens «KC/I sa einet
'■* Méprise.pour :—Je l'atteste ! . ,.
\ Méprise pour mélancolie^ ".'.■■'■■■'' ''■ ■ " ■'■.'"'- '. ,
FENTON
Bien, adieu. Je suis très pressé...
Mrs QUICKLY.
Adieu à Votre Honneur... (Seule.) Vrai, un honnête gentleman... mais Anne ne l'aime pas... car je connais l'idée d'Anne aussi bien que personne... assez là dessus !... qu'est-ce que j'ai oublié ?... (Elle sort.)
Devant la maison de Page.
Entre MISTRESS PAGE, une lettre à ta main.
Mrs PAGE.
Quoi! ai-je esquivé les lettres d'amour aux temps de ma beauté pour y être main-tenant en butte ? Voyons ? (Elle lit.)
Ne ne demande^ pas la raison pourquoi je vous aime: car quoique l'amour emploie la raison pour son directeur *, il ne l'admet pas pour son conseiller. Vous n'êtes pas jeune, moi non plus, allons-y donc, il y a sympathie. Vous êtes gaie, moi aussi. Ho! Ho! voici plus de sympathie. Vous aimeç le vin sec, et moi aussi! Désirerie^-vous meil-leure sympathie ? Qu'il te suffise, mistress Page (du moins, si l'amour d'un soldat peut suffire) que je t'aime. Je ne dirai pas: — aie pitié de moi — ce riest pas une phrase de soldat. Mais je dis, aime moi. — Par moi
Ton propre vrai chevalier — qui de jour et de nuit — ou par toute lumière — avec toute sa force — combattra pour toi!... John Falstaff.
' Precisian. Le mot semble incompris. On le remplace, pour faciliter la besogne, par physician> médecin, mais le texte exact donne precisian. Quand on ne peut résoudre un problème, il ne convient pas d'en supprimer les termes. Or, le dictionnaire Littrô lui-même donne au mot precisian un sens très net — membre d'une secte anglaise de rigoristes. Il est donc très naturel que la raison soit con-sidérée comme le tyran de l'amour, comme son mentor et directeur (do conscience). Walter Scott emploie le mot precisian au deuxième chapitre de Kenilworth, pour qualifier une confrérie de puritains. H6
Quel Hérode de juiverie est-ce là!... O m&tivâis, mauvais monde! un homme qui est bien près d'être mis en pièces par l'âge-, se montrer en jeune galant! Quelle légè-reté cet ivrogne flamand a-t-il pu attraper — au nom du diable! —- dans ma conver. sation, qu'il ose m'assaillir de cette façon! Comment, il n'a pas été trois fois en ma compagnie!.,, que luiaurai-je dit?... J'ai été très frugale de gaieté, Dieu me par-donne ! Oui, je proposerai un bill au Parlement p'o'U'r la mise à bas des hommes ! Comment me vëngërâhje de lui! car vengée, je le serai, aussi sûr que ses tripes sont faites de puddings 1-.".. (Entre mistress Ford.)
Mrs FORD>.
Mistress -Pâfê! croyez-moi, j'allais chez vous-,