MATELOTS, ETC
La scène se passe à Elsptieur.
AVERTISSEMENT
Le .drame d'Hanvlet est de contexture simple. Hamlet, roi de Danemark, est mort subitement. Sou fils, nommé Hamlet comme- lui, apprend par une révélation surnaturelle — l'apparition du spectre de son père V- qu'un crime horrible a été commis. Le roi a été assassiné par son frère Claudius qui .convoitait à la fois son trône et sa femme et qui, en effet, lui a succédé et a épousé sa veuve, très peu de temps après sa mort. . '
Le spectre adjure son fils Hamlet de le venger, et le jeune homme obéit à cet ordre. Le caractère d'Hamfet .est complexe : à la fois raisonnable et de cerveau troublé, rêsplu ethésitant,l'esprit oscillant entre la raison et là folie, et cependant marchant à son but avec une implacable volonté, Hamlet représente la faiblesse humaine aux prises avec la fatalité, l'angoisse dé l'honnêteté en face du crime. Il vivait heureux, gai, amoureux. La mort, inattendus de son père, puis la voix sortie de la tombe ont déséquilibré son cerveau. Il sent peser sur lui le poids d'une .coercition supérieure et il. lui obéit, en chancelant. Mais 'il;frappe-, et quand il tombe lui-même,;assassiné, la vengeance —* dont il a dû êti^e lMnstr.unrênt-+ est* accomplie. ;
If y ailôini on le voit, de la création Shakespearienne: au..personnage hé.r.oJ'corEoma^qHe,-- admis. ■ sur là- scène française. Hamlet s-est métamorphosé en une sorte. d'Hérnani, mâtiné d,e ïiené et de Werther. Peut-être cette traduction contribuerà-t-elle a remettre au point le type si réellement humain dont M. Catulle Mendès a, dans un excellent article critique, restitué la véritable physionomie.
Voir la note) à la fin du drame* . • \
La plate-forme du château d'Elseneuf. — La nuit. FRANCISCO en sentinelle, BERNARDO, puis HORATIO et MARCELLUS.
BERNÂRDO, entrant, enveloppe'dans son manteau.
Qui vive ?...
FRANCISCO
Hé! à vous de répondre! Halte!; Découvrez-vous!...
BERHARPO, ouvrant son manteau.
Longue vie au Roi 1
FRANCISCO
Bernârdo ?...
BERNARDO
Lui-même...
FRANCISCO
Vous venez exactement à l'heure... .
BERNARDO. -
lia juste frappé minuit. Va-t'en au lit, Francisco.
FRANCISCO
Un vrai soulagement ! Merci! IÏ fait un rude froid, j-en^ai mal jusqu'au coeur...
BERNARDO
Avez-vous eu tranquille garde?...
" FRANCISCO^ . ;. V--
Pas une souris qui bouge...
:■;' BERNÂRDO. ■■"•
Bien;. Bonne nuit! Si vous rencontrez Hpratio et Marcellus, mes compagnons de garde, dites-leur de se; hâter. (Il s'éloigne Je long du/ mmpari, — Etvtrent Horatào et; Marceïïus.) ; ; ' ;-: ;■ ;:'";;'- ■-. \ Les indications d'actes n'appartiennent pas:ât Shakespeare, Ellèsi ont été établies,par l?ûsàge;
FRANCISCO, au moment de sortir.
Je crois les entendre... Halte! Ho! Qui vive ?....
HORATIO
Amis de ce pays.
MARCELLUS
Et hommes-lige du Danemark...
FRANCISCO
Je vous souhaite bonne nuit.
MARCELLUS
Adieu, brave soldat. Qui vous a relevé?
FRANCISCO
Bernârdo a pris ma place... Bonne nuit! (Il sort.)
MARCELLUS, appelant.
Holà! Bernârdo!
BERNÂRDO, s'approchant.
Hein? Est-ce Horatio?
HORATIO
En voilà un morceau! [Il lui tend la main.)
BERNARDO
Bienvenu, Horatio! Bienvenu, mon bon Marcellus!...
MARCELLUS, à mi voix.
Est-ce que... la chose est encore apparue cette nuit?
BERNARDO
Je n'ai rien vu.
MARCELLUS
Horatio dit que c'est seulement une illusion et ne veut pas que croyance s'impose à lui au sujet de cette effroyable vision, deux fois vue de nous. Aussi l'ai-je engagé à venir avec nous compter les minutes de cette veille... si l'apparition vient encore, il faudra qu'il contrôle nos yeux et qu'il lui parle...
HORATIO
Peuhl Elle n'apparaîtra pas...
BERNÂRDO, lui désignant un banc de pierre.
Asseyez-vous un instant, et. laissez-nous encore une fois donner assaut à vos oreilles, si bien fortifiées contre le récit de ce que, deux nuits, nous avons vu...
HORATIO
Soit. Asseyons-nous et écoutons Bernârdo. (Ils s'assoient.)
BERNARDO
Donc, la toute dernière nuit, quand cette'môme étoile, qui va duvpôle à l'ouest,, en était arrivés à illuminer cette partie du ciel où elle brille maintenant, Marcellus et moi-même, la cloche de l'horloge battant une heure...
. MARCELLUS, l'interrompant. .
Paixl Brise là! Regarde, le voilà qui vient encore.,.. (Entre le spectre, couvert d'une armure. Les trois hommes se lèvent.)
BERNÂRDO,. à voix basse.
... -Figure toute pareille à celle du Roi mort!...
MARCELLUS, à Horatio.
Tu sors des écoles, Horatio, parle lui...
BERNARDO
Ne semble-t-il pas tout pareil au roi... remarquez cela, Horatio.
HORATIO
Tout pareil!... cela me herse de peur et de surprise 1... (Le spectre s'avance.)
BERNARDO
Il voudrait qu'on lui parlât...
MARCELLUS
Questionne-le, Horatio.
HORATIO, très ému, mais faisant bonne contenance.
Qui es-tu, toi qui usurpes cette heure nocturne et en même temps la forme superbe et guerrière sous laquelle marchait naguère la Majesté, aujourd'hui ensevelie, du Danemark? Par le ciel, je te somme, parle!- (Le speclre traverse et s'éloigne.)
MARCELLUS
Il est offensé !
BERNARDO
Vois, il s'en va!...
HORATIO
Arrête! parle! parle! je te somme de parler ! (Le spectre sort.)
MARCELLUS
Le voilà parti, il ne répondra pas...
BERNARDO
Hé mais! Horatio? Vous tremblez, vous êtes tout pâle! N'y a-t-il pas là quelque chose de plus qu'une illusion? Qu'en pensez-vous?...
HORATIO
Devant mon Dieu, je ne pourrais y croire, sans le sincère et réel témoignage'de mes propres yeux.
MARCELLUS
N'est-il pas pareil au Roi ?
HORATIO
Comme tu l'es à toi-même! Telle était justement l'armure qu'il; portait, quand 1 il combattit l'orgueilleux Norvégien... et ainsi, il fronça le sourcil quand, dans une furieuse querelle 2, il précipita le Polonais de son traîneau sur la glace... c'est étrange !... ■ ■ ' ~
MARCELLUS
Ainsi deux fois déjà et juste à cette heure morte, de cette allure martiale il est venu pendant notre garde...
HORATIO
A quelle idée spéciale s'arrêter, je n'en sais rien. Mais dans ma première pensée, en gros, cela annonce quelque étrange éruption contre notre pays.
1 Itharrows me, cela me herse... me déchire comme avec une herse... On trouve dans Rabelais — herper — dans le sens d'horripiler et de herser.
s Parle. On dit encore en français — avoir des paroles, des mots — pour se quereller.
MARCELLUS
Bien ! maintenant asseyez-vous et dites-moi — celui qui le sait — pourquoi ainsi ces factions strictes et sévères chaque nuit fatiguent les sujets de ce royaume... et pourquoi chaque jour ces fontes de canons de bronze, pourquoi ces achats à l'étranger de munitions de guerre ? Pourquoi ces réquisitions de charpentiers de marine, dont le dur travail ne distingue pas le dimanche des jours de la semaine ? Que signifie cette suante hâte qui fait la nuit travailleuse se joindre au jour... qui peut me renseigner ?
HORATIO
Je le puis. Du moins, voici la rumeur. Notre dernier roi — dont l'image vient de nous apparaître — avait été, vous le savez, défié au combat par Fortinbras de Norvège, qu'emportait une rivalité d'orgueil ; et dans ce combat, notre vaillant
■w»*»iriL^8sk Hamlet — car ainsi l'estimait toute cette Kr-- / ' v"~"ï^ ^^^^WC^^^' aux mains d'Hamlet. Mais voici que le jeune
—- pour le manger et le boire, à une entreprise où il y a de l'estomac * et qui n'est autre, ainsi qu'il semble bien à notre gouverne-ment, que de reconquérir sur nous, à main armée et par tous moyens de force, les dites provinces ainsi perdues par son père. Et voilà, je le déclare, la raison de nos préparatifs, la cause de nos factions et le vrai motif de ce branle-bas et remue-ménage dans tout le pays...
BERNARDO
Pas autre chose, je le crois. C'est bien ça. Il se pourrait aussi que cela se rapportât à la venue— pendant notre garde — de cette formidable figure, armée et si semblable au roi qui a été — et qui est — la raison d'être de ces guerres.
HORATIO
Voilà une paille à troubler l'oeil de l'esprit! Dans la très haute et très glorieure Rome, un peu avant que tombât le tout-puissant Julius, les sépulcres lâchaient leurs hôtes et les morts en linceul braillaient et baragouinaient à travers les rues de Rome... il y eut des étoiles à traînes de flammes, des rosées de sang, des cataclysmes dans
1 Une entreprise thaï haih a siomach in it, qui a un estomac en elle. L'estomac étant pris comme siège de la rancune pour un affront mal digéré. Nous disons en français familier : — Il a de l'estomac — pour de l'aplomb et surtout do la persévérance. le soleil et l'astre humide dont ■ l'influence domine l'empire de Neptune fut malade d'une éclipse, presque comme au Jugement dernier. Et même, pareils symptômes d'événements terribles, comme fourriers précédant le Destin et prologues des malheurs à venir, le ciel et la terre à la fois en ont aussi révélé sous nos climats à nos compatriotes... (Rentre le spectre.) Mais tout doux! Attention! Le voilà qui revient... je vais lui couper le chemin, dût-il me pulvériser! (Il va au spectre, résolu-ment.) Halte, illusion! Si tuas quelque son, une voix à ton usage, parle-moi! S'il y a quelque bonne chose à faire qui puisse donner aise à toi et grâce à moi, oh! parle-!'... Ou si, durant ta vie, tu as enfoui quelque trésor volé dans le sein de la terre — ce pour quoi, dit-on, souvent vous autres esprits errez dans la mort — dis-le! Arrête et parle! (Le coq chante. Le spectre s'éloigne lentement.)
BERNARDO
Marcellus, arrête-le!...
MARCELLUS. - '
Faut-il que je le frappe d'un coup de pertuisane ?
BERNARDO
Fais-le, s'il ne s'arrête pas. (Le spectre s'efface peu à peu, ils le cherchent:)
MARCELLUS
Il est ici... .
BERNARDO
Il est là... (Le spectre disparaît.)
HORATIO
Il est parti. Nous avons eu tort, étant si majestueux, de le menacer d'un air de violence. Car il est invulnérable et nos vains coups ne seraient que ridicules moqueries.
BERNARDO
Il allait parler quand le coq a chanté...
HORATIO
Et alors il a tressailli, comme un coupable à une effrayante assignation... J'ai en-tendu dire que le coq qui est la trompette du matin, de son gosier aigu et perçant réveille le dieu du jour et, à son signal, dans la mer comme dans le feu, dans la terré comme dans Fair, les vagabonds et errants Esprits se hâtent vers leurs refuges... et de cette vérité, voilà présentement la preuve.
- MARCELLUS
t II s'est évanoui au chant du coq. On dit aussi que, lorsque vient l'époque où est célébrée la naissance de Notre Sauveur, cet oiseau du point du; jour chante toute la nuit, et alors -dit-on - pas un Esprit; n'ose sortir. Les nuits sont sûres, pas de planète qui vous frappe, pas de fée qui vous emporte, pas de sorcière oui-ail pouvoir d incantation, tant ce moment est saint et plein de grâce 1 :
HORATIO
Ainsiai-je entendu dire, et je crois en partie à'cela. Mais regarde, le mat& de son -«eau vêtu, foule la .?^.*^^:^.^^ iW. èe^tS Sne'a^ ^^^^^^ de ce que nous avons vu cette nuit, à notre jeune ami Hamlet, Car, sur ma vie, cet Esprit, muet pour nous,.lui parlera. Consens
'Dans le sens astrologique; :. tez-vous à ce que nous l'informions de ceci, comme action nécessaire à notre aiîection et conforme à notre devoir ?
MARCELLUS
Faisons cela, je vous prie; et je sais où ce matin, nous le trouverons, le plus à propos. (Ils sortent.)
SCENE II Une salle d'Etat dans le château d'Elseneur. — Un trône, à es/rade. ■— LE ROI. LA
REINE, sur leur trône. — Devant eux, CORNELIUS et VOLTIMÂND. —
Autour, seigneurs parmi lesquels le chambellan POLONIUS et LAERTES, son
fils. — HAMLET, sombre, à l'écart. — Seigneurs cl courtisans.
LE ROI ', parlant à sa cour.
Quoique de la mort de notre cher frère Hamlet la mémoire soit encore fraîche et qu'il nous siérait de garder nos coeurs en douleur, quoique noire royaume tout entier soit encore contracté dans un spasme de désespoir, cependant si bien la raison a
1 l.o roi Claudius, il no faut pas l'oublier, est l'assassin do son frère qu'il dit plourcr : co discours est un type d'hypocrisie emphatique.
tiamtvt — Acte l, Sccne IV. -,
GEU V R E S DE SH'AK ES P E A RE lutté contre la nature qu'avec la plus sage tristesse nous pensons à lui et en même temps avec un ressouvenir de nous-mêmes. C'est pourquoi celle qui était naguère notre soeur, aujourd'hui, notre Reine et impériale associée en ce belliqueux Etat, nous L'avons, avec une joie douloureuse, un de nos yeux riant et l'autre pleurant, avec plaisir funéraire et chagrin matrimonial, pesant en égale balance le délice et la peine, nous Savons prise pour épouse. Nous n'avons pu en cela résister à vos meilleurs conseils qui se sont librement donné cours en cette affaire. A vous tous, merci !
■ « Maintenant il s'ensuit — comme vous le savez — que le jeune Fortinbras, se faisant une faible idéé'de notre valeur, croyant sans doute que, par la mort de notre défunt et cher frère, notre Etat était détraqué et hors de son cadre, et aussi entraîné par le rêve de sa propre force, ce Fortinbras, dis-je, n'a point failli à nous empester de messages, réclamant la restitution des territoires perdus par son père, avec toutes les sanctions des lois, au profit de notre très vaillant frère. Voilà pour lui.
« Maintenant pour nous-même et pour l'objet de cette réunion, voilà ce qu'est l'affaire. Nous .avons écrit à Norway, oncle du jeune Fortinbras — qui, impotent et grabataire, entend à peine parler dès projets de son neveu — pour qu'il ait à lui interdire d'aller plus avant. Car les levées et les enrôlements se font en grosses proportions parmi ses sujets.
« C'est pourquoi nous vous dépêchons, vous, bon Cornélius, et vous Voltimand, comme porteurs de ces compliments au vieux Norway, sans vous donner d'ailleurs mandat personnel plus étendu pour besogner avec le Roi que de vous en tenir aux limites exactes des articles ci-détaillés. Adieu et faites que votre hâte recommande vos services.
CORNELIUS et VOLTIMAND.
En ceci comme en toutes choses, nous ferons notre devoir...
LE ROI
Nous n'en doutons nullement. Du fond du coeur, bon voyage!... (Voltimand et Cornélius saluent profondément et se retirent.)
LE ROI, continuant, à Laertes.
Et maintenant, Laertes, quelles sont vos nouvelles ? Vous nous avez parlé d'une requête. Qu'est-ce, Laertes? Vous ne pouvez parler raison au Roi de Danemark et perdre vos paroles. Que pourrais-tu réclamer, Laertes, qui ne fut, même avant ta • demande, une offre de ma par.t? La tête n'est pas plus la sujette du coeur, la main n'est pas plus la servante dé la bouche que le roi de Danemark n'est lié à ton père. Que désires-tu, Laertes?
. . . LAERTES.
Redouté Seigneur, votre congé et faveur pouf retourner en France;; Si volontiers que je sois venu en Danemark pour montrer mon dévouement lors de votre couron-nement,: autant maintenant,: je lejdpis confesser, mon devoir rempli, mes pensées; et mes. voeux se tournent de nouveau vers la Frahce,,^ Je les ineline devant yqtre gra* jeieuxeongévet.pard'oni.. '■■'• ■''./ y'
■" "'LE ROI.. ;''-■ ■./■;'■•■■■'■ - ^ y^^ dit Rolonius?
POLONIUS 1
Il m'a, Monseigneur, arraché lentementson Congé, par d'importunes prières et à la fin, j'ai, sur son voeu, apposé le sceau de mon> pénible consentement... Je vous supplie, donnez-lui congé de partir.
LE ROI
Prends ta belle heure, Laertes : que le temps suit tien et déperisé-le, à tes meil-leurs caprices et volontés. (Polonius et Laertes s'écartent. Hamlell est toujoursimmobileet sombre. Le roi s'adresse à lui.) Et maintenant, Hamlet, mon cousin, mon fils...
HAMLET,- entra ses dents.
Un peu plus que cousin, un peu moins que fils.
LE ROI
Comment se fait-il que ces nuages pèsent encore sur vous ?
HAMLET
Mais non, Seigneur... je suis trop dans le soleil...
LA REINE, à Hamlel.
Bon Hamlet, écarte ces teintes de nuit : laisse tes yeux se poser sur le roi de Danemark comme sur un ami. Ne cherche pas; toujours ainsi, de tes paupières voi-lées, ton noble père dans la poussière... Tu le sais, c'est commun, tout ce qui vit doit mourir, passant à travers la nature vers l'Eternité!
HAMLÉT, impassible.
Oui, madame... c'est commun...
LÀ REINE
Si cela est, pourquoi cela te semble-t-il si particulier ?...
HAMLET; '
Cela semble?.... Non, madame, cela est. Je ne confiais pas : semble. Ce n'est pas seulement, bonne mère, mon vêtement couleur d'encre, ni les habits ordinaires d'un noir solennel, ce n'est pas le souffle sifflant d'une respiration, difficile, non,, ce n'est pas le fécond ruisseau coulant de mes yeux, ce n'est pas la dépression hâve du visage qui me révèlent moi-même, en toute vérité. Ces : façons Jà... semblent; m effet, car ce sont là actions qu'un homme peut jouer.;. Mais j'ai au dedans de moi ce qui dépasse l'apparence... le reste n'est que harnais et costumé de douleur...
LÉ ROI
C'est chose douce et recommandable dans votre nature, Hamlet, que de rendre ces devoirs de deuil à votre père. Mais, vous devez le savoir, votre père a perdu son père, ce père a perdu le sien; et le survivant dut, en obligation filiale et pour quelque temps, garder une tristesse funéraire. Mais persévérer dans ces doléances obstinées, c'est un entêtement impie, une douleur malséante à un homme. Cela montre une volonté très incorrecte contre le ciel, un coeur sans énergie, un esprit. insoumis,^un intellect naïf et sans éducation. Car pour ce que nous savons devoir arriver, pour ce qui est aussi commun que la chose la plus vulgaire du monde, à quoi bon irions-nous, dans notre opposition maussade, prendre cela tant à coeur ? Fi ! c'est une faute contre le ciel, une faute contre les morts, une faute contre la nature, une absurdité contre la raison, dont le thème commun est la mort des pères et qui nous crie depuis le pre--
Polonius, père de Laertes et d'Ophélia, est un vieux conseiller grotesque, radoteur, au langage ridicule mier cadavre jusqu'à celui d'aujourd'hui : — Cela doit être! — Nous vous en prions, rejetez à terre cette inutile douleur et pensez à nous comme à un père. Car, que le monde en prenne note, vous êtes le plus proche du trône, et avec pas moins de noblesse et d'amour que n'en porte à son fils le plus cher des pères, je remplis mon rôle envers vous. Car votre intention de retourner à l'Ecole de Wittenberg est abso-lument l'opposé de notre désir. Et nous vous supplions, résignez-vous à rester ici, dans la joie et le réconfort de nos yeux, vous, le premier dans notre cour, notre cou-sin et notre fils...
LA REINE
Ne laisse pas ta mère perdre ses prières, Hamlet. Je t'en prie, reste avec nous. Ne va pas à Wittenberg.
HAMLET
Je vous obéirai de mon mieux, madame.
LE ROI
Ha! voilà une aimable et belle réponse! Soyez comme nous-mcme. en Dane-mark. (A la Reine.) Venez, madame. Ce gentil et spontané consentement d'Hamlet se pose souriant sur mon coeur. Aussi bien, en signe de grâces, pas une joyeuse santé ne boira Danemark aujourd'hui, sans que le puissant canon aille le dire aux nuages, sans que le ciel répète encore le toast du Roi, en redisant le terrestre tonnerre... Sortons! (Sortent le Roi, la Reine, les Lords, Polonais et Laertes.)
HAMLET, seul, pâle, immobile.
Oh! que cette trop,, trop solide chair se dissolve, se fonde et se résolve en eau ! Ou alors que l'Éternel n'ait pas dirigé ses commandements contre le meurtre de soi-même! O Dieu! O Dieu! que lourds, décrépits, plats et sans profit me parais-sent tous les usages de ce monde! Fi de lui!... Fil c'est un jardin mal sarclé qui pousse en graine; des choses pullulantes et grossières l'encombrent...
« Qu'on dût en venir là! De deux mois seulement... mort! Non, pas même autant! Pas deux! Un si excellent roi qui était à celui-ci ce qu'est Hypérion 1 à un Satyre!... et si amoureux de ma mère qu'il ne permettait pas aux vents du ciel de visiter son visage trop rudement!
« Ciel et terre! Dois-je me souvenir? Elle se pendait à lui, comme si son désir grandissait d'avoir été rassassié! Et puis... en un mois!... Oh! ne pensons pas à cela! Fragilité, ton nom est femme!... un petit mois! A peine si avaient vieilli les souliers avec lesquels elle avait suivi le corps de mon pauvre père! toute pleurs, comme Niobé! Et c'est elle, elle-même!... O Dieu! une bête qui manque de discer-nement et de raison, aurait gardé plus long deuil... c'est elle qui s'est mariée à mon oncle, au frère de mon père, mais pas plus pareil à mon père que moi à Hercule ! Un mois! avant même que le sel de ses pleurs non sincères eût quitté le sillon de ses yeux rougis... elle s'est mariée! O très infâme passion... courir avec telle dex-térité à des draps incestueux! Ce n'est pas bien, cela ne peut venir à bien. (Entrenl Horaiio, Bernardo et Marcellus.) Mais brise-toi, mon coeur, car il faut que je tienne ma langue!...
1 Personnage mythologique, un des Titans.
HORATIO
Salut à Votre Seigneurie!
HAMLET
Heureux de vous voir bien!... Horatio? — ou je m'oublie moi-même!
HORATIO
Lui-même, My Lord, et toujours votre humble serviteur...
HAMLET
Mon bon ami, monsieur. J'échangerai ce nom avec vous. Et que faites-vous hors de Wittenberg, Horatio?... Ah! Marcellus!...
Le château WElseneur.
MARCELLUS
Mon bon Seigneur!
HAMLET
Je suis très joyeux de vous voir. (A Bemardo.) Et vous aussi, monsieur. Mais, de bonne foi, que faites-vous hors de Wittenberg?
HORATIO
Caprice de truand, monseigneur.
HAMLET
Je ne voudrais pas entendre votre ennemi parler ainsi... ne faitespas à mon oreille cette violence de l'obliger à croire à ce rapport de vous-même contre vous-même ! Je sais que vous n'êtes pas un truand... mais quelles sont vos affaires à Elseneur ? Nous vous apprendrons à boire profond, avant que vous partiez...
My Lord, je suis venu pour voir les funérailles de votre père...
Je t'en prie, ne te moque pas de moi, condisciple! Je crois que c'était pour voir les noces de ma mère...
HORATIO, embarrasse.
En effet, My Lord, elles suivirent de près...
HAMLET
Économie, économie, Horatio! Les funéraires victuailles ont servi froides aux tables du mariage... (Il rit. Puis soudain, sombre, hagard..) Je voudrais avoir ren contré dans le ciel mon plus cher ennemi avant d'avoir jamais vu ce jôuf-là, Horatio!... mon père!... il me semble... je vois mon père!...
HORATIO
Où donc, My Lord?
HAMLET, revenant à lui.
Dans l'oeil de mon âme, Horatio!
HORATIO 1
Je l'ai vu une fois, c'était un noble roi !
HAMLET
C'était un homme, prenez-le en tout et pour tout, je né reverrai jamais son pareil!...
HORATIO, avec embarras.
Seigneur, je crois bien... que je l'ai vu... cette nuit!...
HAMLET, tressaillant.
Vu?... qui ?...
HORATIO
My Lord, le Roi votre père■].,...
HAMLET
Le Roi... mon père!...
HORATIO
Pour un instant, ajoutez 2 à votre surprise l'attention de votre oreille, pendant que je vais, sous le témoignage de ces messieurs, vous révéler cette merveille.
HAMLET
Pour l'amour de Dieu, laissé-moi t'entendre...
HORATIO
Deux nuits de suite, ces gentilshommes, Marcellus et Bernardo, pendant leur garde, dans la morte solitude, au milieu de la nuit, ont eu cette rencontre : Une figure pareille à votre père, .exactement armée à point,, de pied; en cap, apparaît devant eux et d'une marche solennelle va. lentement et majestueusement auprès d'eux... trois fois il est passé; sous leurs yeux troublés de surprise et de: peur, à la distance de son bâton... tandis qu'eux, presque: figés par la terreur, restaient muets et n;è: lui parlaient pas;. Ils: me firent part: de cette chose effroyable, en secret, et moi, avec eux,- la troisième; nuit;, j'ai monté la; garde... alors eomme; ils me. l'avaient ■".-., 'Depuis le commencement, de la scène, les amis d'ÏIamlet sont embarrassés, hésitant a venir au réer sujet,de leur visite.
2 Le texte dit: Season youi'admiration with an iiileiii car, —-Assaisonnez votre, surprise avec; une oreille attentive... . , .
HAMLET : .fj:
raconté, l'heure, la forme de la chose, chaque mot était vrai et exact... et je reconnus votre père... ces deux-mains ne sont pas plus pareilles.,.
- - . HAMLET
Mais où cela? j
MARCELLUS
Seigneur, sur la plate-forme où nous veillions... V
HAMLET
Vous ne lui parlâtes point ?
HORATIO
My Lord, je l'ai fait... mais aucune réponse.,, pourtant, une fois, je crois, il a rêve la tête et il a fait un mouvement, comme s'il voulait parler. Mais à ce moment même, le coq du matin a chanté haut... et à ce bruit, il s'est contracté en hâte et s'est évanoui à notre vue...
HAMLET
C'est très étrange !
HORATIO
Comme je vis, mon honoré seigneur, c'est vrai!.., nous avons cru; qu'il était écrit dans notre devoir de vous faire connaître cela...
HAMLET. -,-.'.'
Certes, certes, messieurs. Mais cela me trouble. Etes-vous de garde, cette nuit ?
tous.
Oui, My Lord.
HAMLET
Vous dites qu'il était armé ? „.
TOUS
Oui, My Lord, armé...
HAMLET.. . - ,
De pied en cap?
TOUS. -
De la tête aux pieds,
HAMLET
N'avez-vous pas vu son visage?
■ HORATIO:. •■'
Si fait.,,, il portait sa visière levée,.:. ':-
HAMLET
Et. avait-il l'air irrite ?- ■'■'■ .":■".-'■■..'■ - •.', ; HORATIO; -.;-■ ;..;;■-,;
; ; Une eon^ . C'..::.-,
;..:.;: HAML;ETv, ;: :-:V;'.■:■■■• .-;- v-V-"/.". ";-;--- '■;'-,- ■•..;'"-;
Pâle ou rouge? ■• .v--; .. V^Qhi:'teès:.p|leL^.:.;;\.;';r:.:; - v^--:,'V; ' ■' ,,; ^ ''c:J^'-:-^:":'''; '■"" :-::', ;:J»-.' /".■'-■' ' ■ ;' ,'■'/.':' . HAM:LEt*V '•'.' . ;:■*■".■" 7v!; .:.-v.;—: \';
Et a-t-if fixé ses yeux sur vous ? ; : ' J;\-/:
HORATIO
Avec insistance.
HAMLET
J'aurais voulu être là.
HORATIO
Cela vous aurait stupéfié.
HAMLET
Probablement, probablement! Est-il resté longtemps ?
HORATIO
Le temps moyen qu'il faut pour compter jusqu'à cent.
MARCELLUS et BERNARDO.
; Plus longtemps, plus longtemps !
HORATIO
Pas quand je l'ai vu.
HAMLET. • . • ■
Sa barbe était-elle grisonnante? Non ?
HORATIO
Elle était comme je l'ai vue pendant sa vie, sable 1 et argent...
HAMLET
Je veillerai cette nuit... peut-être reviendra-t-il?
HORATIO
Je le garantirais...
HAMLET
Si Cela assume la forme de mon noble père, je lui parlerai, quand même, l'enfer lui-même béerait et m'ordonnerait de me tenir en paix. Je vous prie tous, si jus-qu'ici vous avez caché cette vision, tenez-la encore en silence : et quelque autre chose qui puisse arriver cette nuit, laissez agir votre intelligence, mais non votre langue... je vous rendrai ces preuves d'affection 2. Ainsi, adieu. Sur la plate-forme, entre onze et douze heures... vous aurez ma visite...
TOUS. '
Nos hommages à votre Seigneurie...
HAMLET
Vos amitiés... comme la mienne à vous. Adieu. (Ils sortent. Hamlet seul.) L'Esprit de mon père tout armé! Tout n'est pas bien. Je soupçonne quelque horrible drame. Je voudrais que la nuit fut venue ! Jusque-là reste calme, mon âme ! De sinistres actions vont surgir, toute la terre les recouvrit-elle, aux yeux des hommes. (Il sort.)
SCÈNE III Une chambre dans la maison de POLONIUS. — Entrent LAERTES et OPHÉLIA.
LAERTES.
Mes bagages sont embarqués. Adieu, ma soeur, et quand le vent sera favorable et qu'un navire sera prêt, ne vous endormez pas et envoyez-moi de vos nouvelles.
1 Saule, en blason, signifie noir,
a I tvill vequite your lovas, C'est lo sens do : —■ A charge de revanche,
OPHÉLIA
En doutez-vous?
LAERTES.
Quant à Hamlet, et à la frivolité de sa recherche, tenez cela pour une fantaisie et un jeu dans le sang, une violette dans la jeunesse de la prime nature, précoce, mais
Craignez cela, Op/iclia...
non permanente, douce, mais sans durée, le parfum et la distraction d'une minute. Rien de plusl
OPHÉLIA, tristement.
Rien de plus ?
LAERTES.
Croyez-le, rien de plus ! Car la nature, en croissant, ne grandit pas seulement en os
1 Bulk, charpente, carcasse.
et en muscles,,. Mais, comme se. modifié ce temple 1, ainsi s'élargit le service intérieur de l'esprit et de l'âme. Peut-être,;il vous ainie maintenant et maintenant pas dé souillure, pas de eautèle ne gâtent la vertu de sa volonté. Mais il vous faut craindre que, sa grandeur entrant en balance, sa volonté ne lui appartienne pas. Car il est lui-même le sujet de son origine. IL ne peut pas, comme personne sans valeur, tailler sa propre destinée. Car de son choix dépendentla sûreté et là santé de l'État tout entier : et par conséquent son choix doit être circonscrit par la voix et l'assentiment de ce corps dont il est la tête. Donc s'il vous dit qu'il vous aime, il sied à votre sagesse de ne le croire qu'autant qu'il peut, en ses actions etsituations particulières, donnera ses paroles une réalité. Ce qui ne peut franchir la limite fixée par la voix toute puissante du roi de Danemark. Donc pesez quelle perte subirait votre honneur si d'une oreille trop cré-dule vous écoutiez ses chansons ; ou perdre votre coeur ou bien ouvrir Votre chaste trésor à des sollicitations: sans frein, craignez cela, Ophélia, craignez cela, ma chère soeur, et gardéz-voùs en deçà de votre affection, hors du trait dangereux du désir. La plus chaste vierge est assez prodigue si elle dévoile ses beautés à la Lune. La. ■ vertu elle-même n'échappe pas aux coups de la calomnie. La mouche2-pique les enfants du printemps trop souvent avant que les boutons soient de clos, et au matin, a-l'a lim-pide rosée dé la jeunesse, les souillures contagieuses sont les plus menaçantes. Soyez donc prudente. La meilleure sûreté git dans la crainte. La jeunesse se rebelle contre elle-même, alors même que personne n'est proche 8,
OPHÉLIA
Je conserverai l'effet de cette bonne leçon comme le gardien de mon coeur. Mais, mon cher frère, ne venez pas, comme certains disgracieux pasteurs, me montrer le rude et épineux chemin vers le ciel, pendant que, libertins insoucieux et gras, ils fou-lent les primeroses du sentier de rineonduite et ne se soucient pas de leur propre leçon.
LAERTES.
Oh ! ne crains rien pour moi !.,. Mais je m'attarde... voici mon père! (Entre Polo, nius. S''inclinant devant lui.) Une double bénédiction est une double grâce. L'occa-sion sourit à un second adieu.!■...-
POLONIUS
Eh quoi! encore icij Laertes! A bord, à bord, par pudeur! Le vent se pose sur l'épaule de votre navire et vous êtes attendu. Là, ma bénédiction sûr vous? (Posant sa main sur la tête, de Laertes.) Et inscris dans ta mémoire ces quelques préceptes: : Ne donne pas de langue à ta pensée ni l'action à; une pensée "mal bâtie. Sois familier, mais jamais vulgaire. Les amis que tu as, une fois leur affection éprouvée, accroche-lés à ton âme avec des crampons d'acier. Mais n'engourdis pas ta main à l'accueil de tout Camarade frais éclos et sans plumes... Garde-toi d'une entrée en querelle; : mais, y étant, soutiens-la si bien que l'adversaire se garde de toi. Donne atout homme ton
1 La structure extérieure, à moins que Temple né doive être pris: dans un tout autre sens, celui de tempe, crâne, boîte osseuse de la tête,
î The çaûker galls ihe infants of tire spvzng. On appelle cauher fly une mouche qui pique les fruits■ Il convient de remarquer le verbe to galî, piquer, qui donne l'étymologie de la noix dé galle, produite, on le sait, par lapiqûre.'d'un insecte. Cette étymôtôgië à échappé à Littré,
8 Vers très obscur qui signifie sans doute que la jeunesse doit être d'autant plus 1 prudente qu'elle porte en elle-même le germe du danger. oreille, mais à très peu ta voix. Prends étude de tout homme, mais réserve ton juge-ment. Achète ton habit aussi cher que le peut ta bourse, mais pas dé fantaisie trop visible: riche, non pas fastueux. Car l'extérieur souvent proclame l'homme et ceux de France, de meilleur rang et posteront en cela très bon choix et bon genre1... Ne sois ni emprunteur ni préteur, car souvent le prêt perd et soi-même et l'ami,., l'em-prunt émousse la pointe de l'économie 2. Ceci surtout : envers toi-même sois vrai, et il s'ensuivra, comme la nuit suit le jour, que tu ne pourras plus être faux pour personne. Adieu! que ma bénédiction assaisonne tout cela en toi!...
LAERTES.
Très humblement je prends congé de vous, monseigneur.
POLONIUS
Le temps vous presse. Allez, vos serviteurs attendent.
LAERTES.
Adieu, Ophélia. Souvenez-vous bien de ce que je vous ai dit.
OPHÉLIA
C'est enfermé dans ma mémoire et vous-même en garderez là clef...
LAERTES.
Adieu. (// sort). .
POLONIUS
Ophélia, qu'est-ce qu'il vous a dit?
OPHÉLIA
S'il vous plaît, quelque chose touchant le seigneur Hamlet,..
POLONIUS
Pardieu, bien pensé!... On m'a dit qu'en ces derniers temps il vous a très sou-vent donné son temps, en particulier : Et vous-même ayez été de vos audiences très libérale et généreuse. S'il en est ainsi (et ainsi a-t-il été mis en mol et cela par ma*nière de précaution) je dois vous dire que vous ne vous comprenez pas vous-même aussi clairement qu'il le conviendrait à ma fille et à mon honneur. Qu'y a-t-il entre vous ? Livrez-moi toute la vérité 1 '
OPHÉLIA
Il m'a fait récemment, My Lord, maintes offres de son affection. :t
POLONIUS
Affection!,.. Peuh! vous parlez comme une fille pas mûre, pas encore éprouvée à ces périlleuses circonstances... et croyez-vous à ces... offres, comme vous les appelez!
OPHÉLIA
Je ne sais pas, Seigneur, ce que je croirais...
POLONIUS
Parbleu! je vais vous instruire. Croyez... que;vous êtes un bébé et que yqus .'pàet pris pour argent comptant ces offres qui ne sont point sterlùigs*... Of remous vous--
* Select and generous.ïl est à remarquer que le mot sélect a pénétré: dans noire ïangue. ■Qaaaafca generous, G est exactement l'adjectif du mot genre {gender, race) et dans Pârgol boidCTardie*-"nw^s e.n avons fait genreux. •'.'■■'■..... - .■ ■-■■■■<i^-T :!<*» w, '■■ \
■j; Huslmndry:, mot dans lequel se.trouve: house, maison, - comme ejfosi maison^ flans êmxmmw, du- îoids S1S" 6 (t<i'>oaalbl- La livre: sterling est ce que nous appelions autrefois ta lîwe; avoir,-: même pour plus cher ou (pour ne pas briser le souffle de cette pauvre phrase, et aller de l'avant) vous m''offrirez pour un imbécile!...
OPHÉLIA
My Lord, il m'a... importunée de son amour de très honorable façon.
POLON!US
Ouais... vous appelez cela des façons! Allez, allez!
OPHÉLIA
Et il a donné pour appui à ses discours, My Lord, presque tous les serments sacrés du ciel!...
POLONIUS
Ouais! pièges à attraper des bécasses! Je sais, quand le sang brûle, combien l'âme prodigue les serments à la langue : ces flammes-là, ma fille, donnant plus de ->'— .-.-""T ' ^^-jh$$>&z^ des entremetteurs, non de cette couleur
Seigneur, je crois bien.., que montrent leurs habits, mais bien des suppliants d'actes sacrilèges, qu'ils soufflent comme devoirs * sanctifiés et pieux... pour mieux tromper. Ceci pour conclure : en termes nets, à partir de ce moment, je ne veux plus vous voir ainsi contaminer vos moments de loisir à causer et bavarder avec le seigneur Hamlet. Voyez à cela, je vous l'ordonne, et allez votre chemin...
OPHÉLIA
J'obéirai, seigneur!
SCÈNE IV La plate-forme. — Comme à la première scène. — Entrent HAMLET, HORATIO
et MARCELLUS.
HAMLET
L'air mord méchamment. Il fait très froid.
HORATIO
C'est un air piquant et aigre...
HAMLET
Quelle heure?
1 II y a ici deux versions, Bonds, devoirs, et Bawds, nom ignoble des entremetteurs. Le texte primitif porto Bonds et est adopté par Schmidt dont le Lexique fait autorité. Nous n'admettons pas unemodification — d'ailleurs inutile —• qui met un mol obscène dans la bouche d'un père parlant à sa fille. Bawds so retrouvera a sa place dans le Roi Jean, Je crois qu'il va être minuit...
MARCELLUS
Non! c'est sonné...
HORATIO
En vérité! Je n'ai pas entendu. Alors cela tire au moment où l'Esprit eut l'habitude de se promener. (On entend des fanfares de trompettes et des décharges d'artillerie.) Que signifie cela, My Lord! .
HAMLET
Le roi veille cette nuit et fait fête, il tient grande beuverie et mène le branle-bas des danses et du bruit, et quand il vide ses coupes de vin du Rhin, timbales et trom-pettes braillent son triomphant exploit...
HORATIO
Est-ce une coutume ?
HAMLET
Oui, pardieu, c'en est une. Mais à mon sens, bien que je sois né ici et fait à ces . façons, c'est une coutume plus honorable à enfreindre qu'à observer. Ces bombances *.à têtes lourdes, nous font de l'est à l'ouest, diffamer et insulter par les autres nations : elles nous traitept d'ivrognes et du mot de pourceau salissent notre nom. Et de fait, de nos exploits, si hautement accomplis, cela ôte toute sève et toute moelle. Ainsi en est-il souvent de certains hommes, alors qu'ils ont en eux quelque tare vicieuse de nature : car, dès leur naissance (dont ils ne sont pas coupables, puisque la créature ne choisit pas son origine) par la surcroissance de quelque disposition:, souvent sont -.jetés bas lès remparts et bastions de la raison. Ou bien c'est quelque habitude qui fait si fort fermenter le germe des louables instincts que chez ces hommes, portant — dis-je?— l'empreinte d'un défaut unique — stigmate de nature ou de n:auvaise étoile — leurs vertus — fussent-elles pures comme la grâce, si infinies qu'on les . puisse développer— subissent, dans la critique générale, la corruption de ce défaut particulier : la goutte de mal souvent étouffe toute noble substance sous son propre maléfice... (Entre le Spectre.)
HORATIO
Regardez, My Lord... il vient !
HAMLET
Anges et ministres de grâce, défendez-nous! (7/ va au spectre.) Que tu sois-un-esprit de pureté ou un gobelin 2 damné, que tu apportes avec toi les souffles du ciel ou les vents de l'enfer, que tes desseins soient pervers ou charitables... tu viens sous une forme si interrogeable que je veux te parler,,. Je t'appelle Hamlet, Roi, Père!. Royal Danois, oh ! réponds-moi ! Ne me laisse pas déchiré par l'ignorance! Mais dis pourquoi tes os canonisés, enfermés dans la mort, ont déchiré leur linceul;pourquoi le sépulcre, où nous t'avons vu paisiblement inhumé, a ouvert ses lourdes: mâchoires de marbre pour te rejeter ? Que signifie cela, que toi,, corps mort, de nou-veau, en complet acier, tu revisitës ainsi les rayons de la luné, rendant la nuit Mdeusey et, en nous, débiles de nature, si horriblement secoues notre organisme avec des;
* Revels, à'oh réveillon.
8 Le mot: gobelin, lutin, démon, se retrouve dans tous les pays, kobold en Allemagne,, cobel chez: les grecs, eobol chez les sarmales, gob en Ecosse. Gob, d'après Wieris, est le roi dés gnomes. pensées, hors des atteintes de nos âmes? Dis, pourquoi cela? Dans quel but? Que devons-nous faire?...
HORATIO, sur un s:gne du spectre.
Il vous fait signe de vous en aller avec lui... Comme s'il désirait quelque aparté avec vous seul...
MARCELLUS
Regardez combien courtoisement il vous appelle en un lieu plus éloigné... mais n'allez pas avec lui...
HORATIO
• Non, à aucun prix!
HAMLET
Il ne parlerait pas... donc je le suivrai!... aJÉSPp^y■::;i/fBilffÉfF Quoi ? Qu'y a-t-il à craindre? Je n'estime
ffi&l^EKriaa^^ Pas nia vie au prix d'une épingle I... Et pour C^p^'^ffi'(|i]j«^B^^fe mon âme, que peut-il lui faire, étant comme /f '. ?*L ilfl Bt m' une criose immortelle? Il m'appelle en-r„^ ^fSj^'g^^P^lil^^ Mais s'il vous entraîne dans les flots, ^^ÊpW^p. ■ 'l'(WÊg{'\^^mr'" ->:''-//; • ^Y Lord, ou vers l'effrayante cime de la fa-i§Hfef§|ftf 'wlaSKil 1 'Il\\\\\\n/' ' ,y ' laise, qui surplombe sur sa base dans la mer, ^^^^^llli'W^KtlI lulllilwV. S' ';' 1 '' Prcna' 1 quc!quc autre horrible forme -^^^^SflIlfflill^Bull MllllWV'^' 1U' VOUS Pr'vat c'e 'a souvcl'<'lincté de votre ^fw^olffll ILHFV 'I wtllli)/ raison et vous plongeât en démence!... Pen-- ''''' '•'-^^pfIff II «ir^''''ul 1, n'i' W ■'-' sez ** ce'a--- Cet endroit même met des lu-- . --'-■'.., ./'^' .'.'v'S'.' f/Jwnfi: !nM '11^1^^ ■ / 'T bies de désespoir, sans autre motif, dans
''■"'.''H '] |j ™|Ç|jfl ''''l \| Xn toute cervelle qui voit tant de brasses jusqu'à
Polonius. la mer et qui l'entend mugir au dessous.
HAMLET
Il m'appelle encore... allons, je te suivrai !
MARCELLUS
Vous n'irez pas, My Lord. (Ils s'efforcent de le retenir.)
HAMLET, se débattant,
Otez vos mains 1 !
HORATIO
Soyez raisonnable ! Vous n'irez pas I
HAMLET
Mon destin m'appelle et fait chaque faible artère de ce corps aussi forte que les muscles du lion de Némée. (Le spectre lui fait signe.) Il m'appelle encore. Lâchez-moi, messieurs... (Se dégageant de leur étreinte.) Par le Ciel! messieurs, je
< Hold offyour hands. F.-V. Hugo a traduit par — Lâchez ma main — Lapsus évident. fais un spectre dé celui qui m'arrête ! Arrière, vous dis-jè! Va... je te suis.!,.. (Sortent le spectre et Hamlel.)
HORATIO
Sa fureur grandit avec ses imaginations...
MARCELLUS
Suivons-le! Il ne nous siérait pas d'obéir...
HORATIO
Suivons-le... A quelle issue aboutira ceci?
MARCELLUS
Quelque chose est pourri dan s l'Etat de Danemark... ' -
HORATIO
Le ciel réglera cela...
MARCELLUS
Hé bien 1 suivons-le 1