‹ Œuvres de William ShakespeareChapitre 25 sur 176 · FIN D HAMLET · texte numérisé non relu

FIN D HAMLET

OEUVRES D,E SHAKESPEARE NOTE. —De toutes les: pièces de Shakespeare, Hamlet est celle qui a le plus fréquemment fait ci vibrer la fibre commerciale" de nos marchands do p spectacle :. c'est qu'en effet elle prête à un certain h développement de mise en scène, la fable en est /; dramatique, l'évolution scènique, toutes considé- ^ rations, =qui sont de particulière puissance sur 1 l'intellect spéculateur des négociants d'art. La i valeur propre de l'oeuvre les a certes moins tou- i chés que la possibilité d'attirer le public par des 1 trùcs de féerie. Pas un n'aurait eu la pensée d'offrir aux spectateurs un Hamlet simple, dénué < d'oripeaux suggestifs et de lumières éblouis- i santés. > Naturellement, il s!est trouvé pour ce travail nombre de complices, les uns, acteurs en quête de vedette, les autres, auteurs dramatiques à court de sujets personnels. Or jusqu'ici, chez nous, il est d'axiome ■— indiscuté, solide, fixe — que l'art dramatique est soumis à des règles spé-ciales, à un canon formulé, on ne sait où ni par qui, et qui imposent leur tyrannie, sans que révolte soit possible. Ce qui est hors de ce moule ne peut être admis à l'honneur d'appa-raîtt'G devant des Français que sous toutes réserves de remaniements et de chàtrages : et en même temps les artistes ne tiennent un person-nage pour possible qu'à cette condition expresse — non qu'ils se métamorphoseront en lui •— mais bien qu'ils le transformeront en leur propre personnalité.

En vertu de ces principes, l'oeuvre trop large ..■pour le concept d'un adaptateur, le rôle de trop vaste envergure pour la nullité d'un paradiste quelconque doivent être passés au laminoir, afin d'être aplatis à la minceur de ces compréhensions falotes.

Ces gens-là—si on a l'audace de discuter avec eux — vous assomment d'un argument de fer :

— Ainsi le veut le goût du public!...

Pour tout dire d'un mot : « Votre Shakespeare, en son intégrité, est impossible à la scène ». Et .dé s'armer-de ciseaux, de pinces, de 1 gouttières, de bandages, pour exercer sur ce sauvage des opérations orthopédiques, jusqu'à ce que sa réduction puisse tenir dans la petite boîte où on ■prétend'Renfermer.,

Ainsi ce pauvre'H'amlet. Ce Scandinave blond,, aux yeux.-bl'eus,. à la panse un peu lourde et à l'haleine courte,, devient — maquillé sous le cold-eream et la patte de lapin —un beau brun du IVJidi, a yeux creux cercles, de noir.. Le goût, du

public exige, paraîk-it, .qu'il soit museuleux de 'biceps et de cuisses. Au personnage humain,

insouciant de sa plastique, se substitue un bel-- . lâtre- pour avânt-scènes, ronflant, des: r et roulant

des boules de loto.

Quant à la pièce elle-même... heureusement

encore intervient: le goût du public.

Il n'est pas Un de nos adaptateurs qui ne se

croie créé et mis au monde pour réformer les

pièces de Shakespeare, auquel, en l'admirant tout

haut, ils appliquent tout bas 1 les épithèlés de bar--

bare et de sauvage ivre, dont naguère le gratifiait

Voltaire. Eux seuls connaissent, exactement les

limites auxquelles doit s'arrêter l'élan du génie:

ils • le surveillent et quand il s'élève trop haut,

ils lui cassent les ailes, pour qu'il retombe dans

leur poussière.

C'est en vérité un singulier aplomb que celui

de Ducis et d'autres qu'on voudrait ne point nom--

mer d'avoir prétendu rapetisser à leur taille ce

colosse que fut Shakespeare 1 : et on rirait volon--

tiers, si on ne s'irritait, à songer que, dans leur

jugeotle, ils ont cru rendre service à l'art éternel

en accoutrant de leurs oripeaux les personnages

du tragique anglais. Le pis, c'est que sincèrement

et de bonne foi, ils s'imaginent que, sans eux,

sans leur besogne d'émasculateUrs, Shakespeare

n'aurait jamais pu prétendre à l'honneur d'esca--

lader nos scènes de théâtre.

Ainsi Shakespeare — le niais I — a donné pour

père à Ophélia une sorte d'homme d'État fan--

toche, de ministre Guignol, pontifiant et radotant,

dont la bêtise, doublée d'une active canaillerie,

est l'outil slupide et criminel de la mort de sa

fille, de l'infamie de Laertes, de la mort d'Hamlet.

Ce gredin inconscient, plat courtisan et royal

valet, prêt aux plus basses besognes qu'il Couvre

de son infatuation grotesque, est le propre por--

trait de plus d'un homme d'État dont la suffisance

et l'absence de scrupules furent grosses de

catastrophes. On a jugé — pourquoi ? — que le

goût français répugne à pareille évocation : dans

les versions acceptées, Polonius reste à la canto--

nade oii, si on le tolère quelques instants sur la.

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