‹ Œuvres de William ShakespeareChapitre 6 sur 176 · UN COMÉDIEN · texte numérisé non relu

UN COMÉDIEN

Je garantis à Votre Honneur... ' -'

HAMLET

Non plus, ne soyez pas trop mou 3. Mais que votre propre circonspection soit votre tutrice. Accommodez l'action à la parole, la parole à l'action, avec cette obser-vation spéciale que vous ne dépassiez pas la modération de la nature. Car tout ce qui est ainsi surfait est hors de l'objet même du théâtre dont le but— et aux pre-miers temps et aujourd'hui — fût et est de tenir haut, pour ainsi dire, le miroir de la nature, de montrer à la vertu sa propre physionomie, à l'infamie sa propre image en même temps que l'âge juste4', le corps même de l'époque, sa forme et son cachet.

« Et maintenant, tout cela, outrance ou mollesse, quoique faisant rire, l'ignorant, ne peut que blesser l'homme de goût, dont la critique, si vous le permettez, doit être pesée plus lourd qu'un plein théâtre d'autres gens. Oh! il y a des comédiens que j'ai vu jouer et que j'ai entendu louer et très hautement, pour ne pas dire sacrilègement, qui n'ayant ni l'accent de chrétiens ni l'allure de chrétiens, païens ni même humains, piaffaient et beuglaient tellement que je pensais que quelques bricoleurs de la nature avaient fait des hommes et ne les avaient pas bien faits, tant ils imitaient abominable-ment la nature.

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