SCÈNE VI
Devant le château. — Hautbois. — Serviteurs dé Macbeth formant groupe. -'
Entrent DUNCAN, MALCOLM, DONALBAIN, ËANQUO, LENOX,
MACDUFF, ROSSE, ANGUS et leur sutie,
DUNCAN
Ce castel a une plaisante situation : l'air, légèrement et doucementjSë recom-mande de lui-même à nos sens satisfaits4'.
* V. Lombroso, La Femme criminelle, chap. VII, Le Mensonge.
2 Look up clear... io aller favour evei is to fear..,
3 Ils n'ont pas prononcé le mot d'assassinat et ils se sont compris.
4 To oitr gentle sensés—à nos sens (qu'il rend) agréables. C'est la ligure de rhéthorique appelée Prolepsis.
Le château de Macbeth.
BANQUO
Cet hôte de l'été, le martinet, hanteur de temples, prouve par son affectueux habitat, que l'haleine du ciel fleure amoureusement ici : pas unç sajllie, une frise, pas un pilier, pas un coin propice, où cet oiseau n'ait fait son lit suspendu, son berceau procréateur. Où ils nichent et fréquentent le plus, j'ai observé que l'air est délicat.
Entre LADY MACBETH.
DUNCAN
Voyez! voyez! notre hôtesse honorée! L'amour qui nous suit est quelquefois notre tourment, mais nous le remercions encore comme amour. Ainsi je vous . apprends comment vous prierez Dieu de nous récompenser de vos peines et de nous remercier pour votre tourment 1.
LADY MACBETH
Tous nos efforts, en tous points faits deux fois et encore doublés, seraient pauvre et simple affaire pour lutter contre ces honneurs, profonds et larges, dont Votre Majesté charme notre maison. Pour ceux de jadis et pour les dernières dignités amoncelées sur eux, nous restons vos ermites... 2
DUNCAN
Où est leThane de Cawdor? Nous l'avons poursuivi aux talons et avions le dessein d'être son pourvoyeur. Mais il monte bien : et son grand amour — aigu comme son éperon —- T'a aidé vers sa maison avant nous. Belle et noble hôtesse, nous sommes votre hôte, ce soir...
LADY MACBETH
Vos serviteurs toujours ont leur, famille, eux-mêmes, et ce qui est leur, en. dépôt pour en rendre compte au bon plaisir de votre Hautesse et encore vous restituer ce qui est vôtre 3. . -.•.....
DUNCAN. - .....-,
Donnez-moi votre main : conduisez-moi à mon hôte. Nous l'aimons hautement et continuerons nos grâces sur lui. A votre disposition, hôtesse... {Ils.sortent.) ■-, ;i
1 La phrase, pour être sans doute fort galante, n'en est pas moins obscure. Nous avouons n'avoir pu en déterminer le sens exact. 11 n'apparaît pas que les autres traducteurs aient éclairai ce mystère royal. Il est d'ailleurs fort -intéressant de noter ce langage alambiqué et précieux mis par Shakespeare:•. flans la bouche des grands, alors qu'ils sont, poùrrait-on dire, dans l'exercice de leurs fonctions : il est ik-ussi niais qu'une règle de protocole. - "'
Nous avons recherché dans les traductions allemandes si quelque éclaircissement jaillirait de l'in-terprétation donnée par nos voisins. Ôr ils s'en sont tenus au strict mot à mot : ' • "'.
Seht, unsere edle WirthinI
Die Liebe, die unsîolgt, wird oft uns lâstig. .;,
Dôch dankt man ihr als Liebé. Lernt dàraùs '"■ ■*;''■'■• ';•'•''- ::
Noch Gôttes Lohn fur eure Mtlh uns geben .'...; V■■:.
Und Dank fur eure Last.
En résumé, la phrase ou plutôt l'idée est aussi incompréhensible en allemand qu'en français ou en
anglais.
2 We rest your hermits — ceux qui ne vivent que de vos bienfaits. On dirait aujourd'hui : Nous
sommes vos pauvres. •
J L'exagération de ces servilités emprunte un caractère tragique aux pensées intimes que le,
spectateur sait exister dans l'âme 4e LadyMiacbeth, ' " "' ' " '!