PANTOMIME
(Entrent, très amoureusement, un Roi et une Reine, la Reine embrassant le Roi et le Roi la Reine. — Elle s'agenouille et lui fait de grandes proleslaïfoiù. —~ il là relevé et penche sa tète sur son cou. — // s'étend sur un banc fleuri. — Ella, le voyant endormi, le laisse. ■— Alors arrive un personnage qui lui enlève sa couronne, la baise, verse du poison dans l'oreille du Roi et sort. — La Reine revient. — Elle trouve le Roi mort et se ivre à des attitudes de désespoir. ■— L'empoisoiiiiëûr, avec d'eux ou trois muets, revient, semblant se lamenter avec elle. — Le cadavre est emporté. — L'empoisonneur tente la Reine avec des présents. — Elle semble montrer de la répugnance et refuser. — Mais à la fin, elle accepte son aiïïoïïr. — Les acteurs sorléài.)
OPHÉLIA, à Hamlet qui est à ses pieds.
Que signifie cela, My Lord?
HAMLET
Cela est une damnable irnp'ûdiéité * et signifie crime...
OPHÉLIA
Sans doute cette pantomime forme l'argument de la pièce. (Entre stir le tréteau un acteur seul, remplissant le rôle du Prologue.) <
HAMLET
Nous allons le savoir par ce personnage. Les aëtturs ne pëùvërit garder tin secret. Ils nous diront tout.
1 Galembourg intraduisible. Le texte dit : a suit bf sables. — Sable signifie à là fois noir et martre zibeline.
2 Allusion au Hobby Boise, jéii dans lequel un homme s'affublait d'un cartonnage de cheval et qui fut supprimé par les puritains comme indécent. .
3 C'était comme un choeur muet, indiquant les principales péripéties de la pièce qui allait être . jouée. .
4 Une grande discussion s'est élevée entre l'es commentateurs stir les mots ïniii'cî'ng• ijïâiîëeftoi qui semblent d un anglo-espagnol peu explicable. Nous préférons" ici là ver'sïo'n- béll'iq.iië micMiig '— edfe rliptio.ii.de. inihehïng et malecho — -corruption, de mâttai'ctite ^- là phrase d'Hàmlët visant l'acte iiàp'it dique de la Reine, séduite par les présents de l'empoisonneur. •" . *4
OPHÉLIA
Nous dira-t-il ce que signifiait ce spectacle ?
HAMLET
Oui... et tout spectacle que vous voudrez lui montrer. N'ayez pas honte de lui montrer, il n'aura pas honte de vous dire ce que cela veut dire...
OPHÉLIA
Vous êtes méchant, vous êtes méchant!... je regarde la pièce,
LE PROLOGUE, Sllf la SC-èllC.
Pour nous et. pour notre tragédie,
ici courbés devant votre clémence,
Nous vous prions d'écouter patiemment.
HAMLET
Est-ce un prologue ou la devise d'une bague ?
OPHÉLIA
C'est bien court, mon Seigneur.
■ - HAMLET
Comme l'amour d'une femme !
SUR LA SCÈNE. — Entrent un Roi et une-Reine.
LE ROI
Trente pleines fois le char de Phébns est allé an tour
Du bassin salé de Neptune et de l'orbe de la Terre.
El trente douzaines de hnïos, de leur éclat d'emprunt,
• Autour du monde ont été douze fois trente mois,
Di ,-uis que l'amour a uni nos coeurs et l'Hymen nos mains.
U..ion mutuelle sous lès liens les plus sacrés.
LA REINE
Ainsi, maintes journées, puissent le soleil et la lune. , .
Nous faire encore compter autant, avant que l'amour soit fini.
Mais, malheur sur moi I Vous ôLes si.malade depuis longtemps,
Si loin de votre joie et de votre précédent çfal
Que je me méfie de vous. Pourtant, quoique je me défie,
Ceci ne doit, My Lord, en rien vous déconforler.
Car les femmes craignent trop, de même qu'elles aiment,
Et chez les femmes peur et amour gardent leurs proportions,
S it en néant, soit en excès.
Ce qu'est mon amour, des preuves vous l'ont appris
Et la taille de mon amour est celle de ma crainte.
Où amour est grand, les petits doutes sont de la peur,
Où les grandes peurs s'accroissent, o-rand amour s'accroît... •
LE ROI
Sur ma foi, je dois le quitter, amour, et trop promplement I
Mes puissances actives se refusent a leurs fonctions,
Et tu vas vivre, derrière moi. dans ce beau monde,
4 Shakespeare dans cette pièce improvisée copié et parodie la manière affectée mise à la mode par Lyly, qui, dans son roman A'Euphues et ses pièces, notamment Alexandre et Campaspe, fit grand usage de ces parallélismes d'idées et de mots. — Voir le livre de M. Mézières : Prédécesseurs et con-temporains de Shakespeare, Honorée, aimée ! Et sans doute pour un autre époux Aussi aimable, tu iras...
LA REINE
Ohl supprimez le reste I Un tel amour serait, dans mon sein, trahison 1 Un second maril Ah! que je sois maudite...
Nulle n'épouse un second, si elle n'a tué le premier!. Cela est l'absinthe.
HAMLET, cn're ses dents.
LA REINE
Les circonstances qui amènent un second mariage Sont basses raisons d'intérêt et non d'amour. C'est une seconde fois tuer son mari mort, Alors qu'un second mari me baise au lit.
LE ROI
J'ai foi, vous croyez ce que vous dites maintenant. Mais ce que nous avons décidé, souvent nous le brisons. Résolutions sont seulement esclaves de mémoire. Naissance violente, mais peu de force.
D'abord comme un fruit vert elles tiennent à l'arbre Mais tombent sans secousse, quand elles sont mûivs. Il est très nécessaire que nous oubliions De payer à nous-mêmes ce qui est notre propre dette. Ce que, dans la passion, nous nous proposons, La passion finie, perd son objet.
Le Roi se lève!
La violence de la douleur ou de la joie , •
Détruit en elles leurs propres activités.
Où la joie éclate lé plus fort, la douleur se lamente le plus,
La douleur s'éjouit, la joie s'ehdolorè, au moindre accident.
Ce monde n'est pas pour toujours, et il n'est pas étrange
Que même nos amours changent avec nos destins,
Car il est une question laissée à notre examen,
Si l'amour guide la fortune ou la fortune l'amour.
Le grand homme à bas, voyez, son favori s'envole,
Le pauvre qui s'élève, d'ennemis fait des amis
Et jusqu'ici l'amour tend vers'la fortune.
Car qui n'a pas de besoins jamais ne manquera d'ami.
Et celui qui manque essaie-l-il un ami creux
Qu'aussitôt il s'assaisonne un ennemi.
Mais pour régulièrement finir comme j'ai commencé
Nos volontés et nos destins courent en sens si contraires
Que nos destins sont toujours culbutés.
Nos pensées sont à nous, leurs fins ne sont pas nôtres.
Ainsi tu crois que lu n'épouserais pas un second époux,
Mais meurent tes pensées, quand ton premier seigneur est mort!
LA REINE
Que la terre ne me donne pas de nourriture ni le ciel de lumijrc 1
Que joie ou repos, jour et nuit, me soient fermés !
Qu'en désespoir tournent ma foi et mon espoir I
Que les joies d'un ermite en prison soient mon avenir I
Que chaque obstacle, qui pâlit la face do la joie
Se drosse devant mes désirs et les détruise 1
Qu'ici et là-bas me poursuive l'éternelle torture,
Si une fois veuve, j'étais jamais épouse...
HAMLET, à Ophélia, Si elle rompait cela, maintenant !
LE ROI
C'est profondément juré. Douce, laisse-moi ici un moment.
Mes esprits s'engourdissent, cl volontiers, je tromperais
(// s'endort.)
Les ennuis, du jour par le sommeil.
LA REINE
Que le sommeil berce ton cerveau
Et que jamais le mal ne vienne entre nous deux 1
[Elle sort.)
, HAMLET, à la Reine. .
Madame, aimez-vous cette pièce?
LA REINE
La dame proleste trop fort, il me semble.
HAMLET
Oh 1 seulement elle tiendra sa parole.
LE ROI, à Hamlet.
Avezrvous entendu, le sommaire ? N'y a-t-il là rien d'offensant ?
HAMLET
Non, non, ils ne font qu'un jeu... le poison est du jeu... pas la moindre offense!
LE ROI
Comment appelez-vous la pièce ?
La Souricière!,.. Hé! Comment? Métaphoriquement, Cette pièce est la repré-sentation d'un meurtre commis à Vienne. Gonzague est le nom du due, Bàtista, celui de sa femme. Vous verrez après... C'est une oeuvre infâme!,., mais qu'est-ce là?' Votre Majesté et nous, qui avons l'âme libre, cela ne nous touche pas... laissons ruer la rosse écorchée, notre garrot n'est pas déchiré... (Entre sur le tréteau un nou-veau personnage, Lucianùs.) Celui-ci est un certain Lucianus, neveu du Roi.
■ OPHÉLIA, à Hamlet.
Vous faites aussi bien qu'un choeur, My Lord.-.
HAMLET
Je pourrais servir d'interprète entre vous et votre amant, si je pouvais voir folâ-trer les poupées.
OPHÉLIA
Vous êtes piquant, My Lord, vous êtes piquant!
HAMLET
Cela ne vous coûterait qu'un gémissement... pour émûu.sser ma pointe...
OPHÉLIA
Encore mieux... ou pire!...
HAMLET
Ainsi vous abusez vos maris... (A l'acteur.) Commence, meurtrier! Laisse là tes damnables grimaces et commence... va!... (Fredonnant.)
Le croassant corbeau
Braille après sa vengeance...
(Sur la scène.)