‹ Œuvres de William ShakespeareChapitre 80 sur 176 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

Noirs esprits — et blancs 5,

Rouges espirits — et gris

Mèle\, mMe\, mêleç,

Ce que vous pouve^ mêler.

1 On a cru longtemps que le crapaud pouvait être enfermé à l'intérieur d'une pierre, par une sorte dé cristallisation enveloppante, et n'y point mourir.

2 Seps, espèce de serpent décrit par Linné.

3 Mandragore, -dont la racine affecte la forme d'un petit squelette.

[* La baguette magique d'if ou de coudrier doit être fendue à son extrémité en forme de fourche à deux, dents. Les occultistes savent de plus quelle: est l'influence de l'ambiance sur les choses : agir la nuit ou pendant une éclipse,.c'est profiter pour le mal des exhalaisons d'acide carbonique, des électri-cités négatives,' et aussi des pensées mauvaises qui constituent: le milieu nocturne. Le royaume du mal, c'est le cône d'ombre. Voir plus loin.

* Les sorcières chantaient aussi — Bâton noir, bâton-blanc, mène-nous au sabbat.

DEUXIÈME SORCIÈRE

Par les piqûres de mes pouces *, quelque chose dé mauvais vient par'ici. Ouvrez,, serrures, à qui frappe...

MACBETH, entrant.

Eh bien, vous, secrètes et noires saganes 2 de minuit, qu'est-ce que vous faites? '■'.'.'■'■'-

TOUTES

Une oeuvre sans nom.

- MACBETH

Je vous conjure, par ce que vous professez (dé quelque façon que vous veniez à le connaître), répondez-moi. Dussiez-vou's déchaîner les vents et les faire combattre contre les églises, dussent les vagues écumantes culbuter et engloutir les naviguants — dussent les blés être versés sur tige 3 et les arbres abattus —- dussent les châteaux s'écrouler sur les têtes de leurs gardiens—dussent palais et pyramides pencher leurs têtes sur leurs fondations— dut le trésor des germes de la nature s'abîmer tout à la fois, jusqu'à ce que se fatigue la Destruction, répondez à ce que je vous demandé.

PREMIÈRE SORCIÈRE

Parle.

DEUXIÈME SORCIÈRE

Demande. ■■<■■■

TROISIÈME SORCIÈRE

Nous répondrons.

PREMIÈRE SORCIÈRE

Dis si tu aimes mieux entendre cela de nos bouches ou de celles dé nos maîtres ?

MACBETH

Appelez-les, faites-les moi voir...

PREMIÈRE SORCIÈRE, s'approchant du chaudron.

Versons dedans le sang d'une truie qui a mangé ses neuf petits cochons : de la graisse qui a sué du gibet d'un meurtrier *... jetons dans la flamme,

TOUTES

Viens, haut ou bas : lestement, manifeste et toi-même et ton pouvoir ! (Tonnerre. Apparaît une tête armée.)

* Comme les sorcières étaient invulnérables, grâce au diable, on ne pouvait les torturer qu'en leur: enfonçant des aiguilles sous les ongles du pouce. On a remarqué,, d'ailleurs, que les hystériques et les névrosés sont doués d'une sensibilité extrême au bout des doigts : et la photographie a révélé que ces pointes étaient le siège d'un rayonnement électrique (ou fluidïque). La preuve en a été faite dans les expériences du Dr Liiys, du DpBaraduc et du, professeur russe Jodko.

2 Liags. Le mot n'est que la reproduction du latin Saga, magicienne. Les occultistes,français: ont' le mot sagane. La langue a conservé sage-femme.

3 Bladed corn — de l'écossais Blaud, bleaddit. Le patois du morvan a blêgê;-, aiblégé dans le même sens.

•> Un sait qu'en goétie— comme en: occultisme —-tout corps 1, tout objet dégagé un fluide, une aura qui est imprégnée non seulement du bien ou du inal physique existant dans Tétre ou dans Fobjet, mais: aussi — et surtout — du bien ou du mal moral qui sont en eux. C'est: ainsi que: d'un animâL torturé, mourant dans des convulsions de rage, Yaura est un poison:; ce qui a été cueilli sous une; potence procède de la fureur ou du désespoir du supplicié, et aussï dé ressence de crime dont ilf est. encore pénétré. Enfin l'appareil du supplice; le sang, la niort attirent les élémentauk W. Guaita, Papys et notre traité dé Magie pratique. *

: -Uv. .27. : JJ; .,

MACBETH

Dis-moi, toi, puissance inconnue...

PREMIÈRE SORCIÈRE

Il connaît ta pensée : Écoute ses paroles, mais toi, ne dis rien...

L'APPARITION \ ■k* Macbeth ! Macbeth ! Macbeth ! gare à Macduff ! gare au Thane de Tife... I^Bk Renvoyez-moi! Assez!... (Elle disparaît.) ;-'fl m MACBETH.

:'<|I| Qui que tu sois, pour ton bon conseil, merci. Tu as piqué droit à ma ff§Hr peur. Seulement un mot de plus...

WÊÊf PREMIÈRE SORCIÈRE.

Il ne viendra pas à l'ordre. En voici un autre plus puissant que le premier. (Tonnerre. Apparition d'un enfant ensanglanté.)

L'APPARITION

Macbeth! Macbeth! Macbeth!...

MACBETH

Eussè-je trois oreilles que je t'écouterais !...

L'APPARITION

Sois sanguinaire, ferme et résolu. Ris et nargue le pouvoir de l'homme, car pas un, né d'une femme, ne fera de mal à Macbeth. (Elle disparaît.)

MACBETH. -jÉâmmU

Alors vis, Macduff. Pourquoi ai-je besoin de te craindre ? Mais i^|P(|||||f(|| je ferai cette assurance doublement sûre et je m'associerai avec le jRp^|fflw||| destin... Tu ne vivras pas, pour que je puisse dire à la Peur au coeur y^.^^jjW|||| pâle: — Tu mens! — et dormir en dépit du tonnerre. (Tonnerre. WJ^SSK^m^ Apparition d'un Enfant couronne, parlant un arbre dans sa main.) Qu'est ||Eft|B|^''î cela qui se lève comme la pousse d'un roi et porte sur son front de fflBAV|L&,r baby le cercle et la pointe 2 de la souveraineté. [l'fflfflRp ^'fi

TOUTES. ' ■Wïii'!Jii|ll|ji

Écoute, mais ne parle pas? ^^fPPfjf

L'APPARITION

Aie la fougue et l'orgueil du lion. Ne te soucie pas de qui s'irrite ou s'indigne, non plus du lieu où sont les conspirateurs. Macbeth ne sera jamais vaincu, jusqu'à ce que le grand bois de Birnam, de la haute colline de Dunsinane, vienne à sa rencontre. (Elle disparaît.)

MACBETH

Cela ne sera jamais... qui peut enrôler la forêt, forcer l'arbre à desceller sa

1 Ces apparitions — et tous les détails prouvent que Shakespeare connaissait à fond la théorie — sont formées par le fluide astral émanant de Macbeth, et par les fluides élémentaires dès sorcières : de telle sorte que les paroles prononcées par les spectres sont à la fois l'écho des pensées du roi et le reflet de ce que les sorcières voient sur le plan astral. Voir les ouvrages d'Éliphas Lévi, de Papas et de Georges Vitoux. Gervinus a écrit cette phrase : — les soeurs fatidiques sont seulement la person-nification de la tentation intérieure — Les mots — matérialisation, coagulation — seraient plus justes. Mais l'idée est, dans le sens occultiste, parfaitement exacte.

2 La couronne fermée. L'arbre porté dans la main de l'enfant est le reflet astral du bois de Birnam dont il va être question plus loin; de même que l'enfant ensanglanté de l'apparition précédente repré-sentait l'enfant Macduff arraché vivant du sein de sa mère. Voir la dernière scène du drame. racine liée à la terre ? Douces prédictions;, bonnes ! La tète de la rébellion ne se lèvera jamais jusqu'à ce que se.lève le bois de Birnam et notre si haut placé Macbeth vivra le bail de la nature, rendra son souffle en temps et coutume de mortel... Cependant mon coeur bat de savoir une chose... si votre art peut m'en dire tant! la race de Banquo régnera-t-elle toujours dans ce royaume ?

TOUTES

Ne cherche pas à en savoir plus.

MACBETH

Je serai satisfait. Refusez-moi cela... alors qu'une éternelle malédiction tombe sur vous! Faites-moi savoir... (On entend des hautbois.) Pourquoi ce chaudron s'en-fonce-t-il ? Quel bruit est-ce là ?

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