‹ Œuvres de William ShakespeareChapitre 81 sur 176 · LES TROIS SORCIÈRES · texte numérisé non relu

LES TROIS SORCIÈRES

Montrez-vous! montrez-vous! montrez-vous!

TOUTES

Montrez-vous à ses yeux et blessez son coeur... Venez comme des ombres et partez ! (Huit rois apparaissent et passent. Le dernier avec un miroir à la main. Banquo suit.)

MACBETH, leur parlant à mesure qu'ils passent.

Tu es trop pareil au spectre de Banquo! A bas!... ta couronne brûle mes pru-nelles... tes cheveux, à toi, autre front cerclé d'or, sont comme ceux du premier... un troisième est comme le précédent... ignobles sorcières!... pourquoi me montrez-vous cela?... un quatrième!... Fuyez mes yeux!... Quoi! la lignée s'étirera-t-elle jusqu'au craquement du jugement?... un autre encore?... un septième?... Je ne vivrai plus!... Et encore le huitième apparaît, qui porte un miroir i, m'en montrant beaucoup plus !... et j'en vois qui portent des globes à deux plis et la triple cou-ronne !... Horrible vue ! Oui, maintenant, je vois !... c'est vrai !... car le' tout sanglant Banquo ricane sur moi et les montre du doigt,comme siens !... Quoi! en est-il ainsi?

PREMIÈRE SORCIÈRE

Oui, Messire, tout cela est ainsi... mais pourquoi Macbeth se tient-il ainsi, stu-péfié ? Venez, soeurs, égayons ses visions et montrons-lui le meilleur de nos plaisirs ! Je charmerai l'air pour lui donner une musique, tandis que vous exécuterez votre antique ronde, pour que ce grand roi puisse gracieusement dire que notre obéis-sance a payé sa bienvenue. (Musique. Les sorcières dansent et disparaissent.)

MACBETH

Où sont-elles ? Parties ? Que cette heure funeste reste à jamais maudite dans lé calendrier... (Appelant) Entrez... de là, dehors!...

LENOX, entrant.

Quelle est la volonté de votre Grâce ?

MACBETH

Avez-vous vu les soeurs du Destin ?

LENOX

Non, My Lord?

* Voir la théorie des Miroirs magiques où se reflètent les causes des choses, c'est à dire les événements à venir qui préexistent en potentialité. Livres déjà cités auxquels il convient d'ajouter ceux de MM. Marius Decrespe, Sédir et L. Mauchel.

MACBETH

Ne sont-elles pas venues auprès de vous?

La lignée de Banquo.

LENOX

Non certes, My Lord.

MACBETH

Soit infecté l'air par lequel elles chevauchent ! et damné quiconque à foi en elles ? J'ai entendu le galop d'un cheval. Qui est venu ?

LENOX

Ce sont deux ou trois, My Lord,.qui vous apportent un mot...-Macduff a fui en Angleterre.

MACBETH

Fui en Angleterre !

LENOX

Oui, mon bon Lord.

MACBETH

O temps, tu as anticipé sur mes furieux exploits ! Le projet fugitif n'est jamais atteint à moins que l'action n'aille avec lui. De ce moment, les très premiers mouve-ments de mon coeur seront les premiers mouvements de ma main. Et même mainte-nant, pour couronner d'actes mes pensées, qu?il soit pensé et agi. Je vais surprendre le château de Macduff, m'emparer de Tife... passer au fil de l'épée sa femme, ses enfants et toutes les âmes malheureuses qui tracent sa lignée... pas de fanfaronnades imbéciles... je ferai cela, avant que le projet refroidisse. Mais plus de ces visions!... (A Lenox.) Où sont ces gentlemen? Allons, conduisez-moi où ils sont... (Ils sortent.)

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