‹ Œuvres de William ShakespeareChapitre 82 sur 176 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

A Tife. — Une chambre du château de Macduff,

Entrent LADY MACDUFF, son fils et ROSSE.

LADY MACDUFF

Qu'a-t-il donc fait qui l'ait obligé à fuir le pays?

ROSSE. ; .'"•'

Il faut avoir patience, madame.

LADY MACDUFF. ".'.." . i

Il n'en a pas eu. Sa fuite est une folie.:: quand ce ne sont pas nos actes, laVpeur fait de nous des traîtres.

■ - ROSSE

Vous ne savez pas si ce fut de sa part sagesse ou peur. .". '. .

LADY MACDUFF

Sagesse! d'abandonner sa femme, d'abandonner ses enfants, son domaine, ses titres en un lieu d'où il s'enfuit lui-même!. II.ne nous aimé pas, il lui manque l'ins-tinct de nature : car le pauvre roitelet, le plus petit des . oiseaux, combattrait, ses; petits étant dans son nid,, contre le hibou!.Tout cela est peur, et rien n'est amour, pas plus que sagesse, quand la fuite court ainsi contre toute ;raison.

ROSSE

Ma tiès chère cousine, je. vous en prie, faites-vous, la leçon 1... car, pour votre mari, il est r.oblo, 5-age, judicieux et connaît au mieux les crises du moment. Je

■• School yoursi-lf. n'ose point parler plus avant. Mais bien cruels sont les temps, quand nous sommes des traîtres et ne le savons pas nous-mêmes ; quand nous entendons parler de ce qui nous fait peur, et ne savons pas ce qui nous fait peur — et flottons sur une mer violente et sauvage, en tous sens et mouvements 1. Je prends congé de vous: il ne sera pas longtemps avant que je sois de nouveau ici. Les choses — au pire — ces-seront ou autrement regrimperont à ce qu'elles étaient auparavant. Ma jolie cousine, bénédiction sur vous!

LADY MACDUFF, prenant son enfant dans ses bras.

Il a un père et déjà il est sans père!

ROSSE

Je serais d'autant plus fou, si je restais plus longtemps, que ce serait ma disgrâce et votre perte. Je prends congé immédiat. (Sort Rosse.)

Hfejk Petit, votre père est mort. Qu'allez-vous faire main-fç||&j|(i ^éi^^^^^^^m^ÊtÊ ^c veux cme' avcc cc clLlc j'aura' : ccsL ce qu'ils W'J/^,y.'!|rffPPS^JBff^y • Pauvre oiseau! tu n'as jamais redouté le (ilet, le

Petit, votre père est mort... ' L ENFANT.

Pourquoi en aurais-je eu peur, mère? Ils ne sont pas faits pour les petits oiseaux... Mon père n'est pas mort, quoi que vous disiez...

LADY MACDUFF

Si, il est mort! Comment feras-tu pour avoir un père?

L'ENFANT

Et vous, comment ferez-vous pour avoir un mari?

LADY MACDUFF

Hé! j'en puis acheter vingt au marché.

L'ENFANT

Alors vous les achèterez pour les revendre.

LADY MACDUFF

Tu parles avec tout ton esprit... et j'en donne ma foi, avec assez d'esprit pour toi.

L'ENFANT

Mon père était-il un traître, mère ?

LADY MACDUFF

Oui, c'est cela qu'il était.

* Eacli ivay and move. Le mot move est ici substantif et non verbe. Ainsi disparaît l'obscurité signalée par Guizot.

L'ENFANT

Qu'est-ce que c'est, un traître ?

LADY MACDUFF

Quelqu'un qui jure et ment. '.-.■■ :

L'ENFANT

Ce sont tous des traîtres, ceux qui font cela?

LADY MACDUFF

Quiconque fait cela est un traître et doit être pendu.

L'ENFANT

Et ils doivent être pendus, tous ceux qui jurent et mentent?

LADY MACDUFF

Tous.

' ' ' L'ENFANT. ■ ■

Qui doivent les pendre ?...

LADY MACDUFF

Hé! les honnêtes gens.

L'ENFANT

Alors les menteurs et les jureurs sont des bêtes : car les menteurs et les jureurs sont assez pour cogner sur les honnêtes ge^s et les pendre.

LADY MA.CDUFF.

Que Dieu te garde, pauvre singe! mais comment feras-tu pour avoir un père...

L'ENFANT

S'il était mort, vous pleureriez sur lu; : si vous ne pleuriez pas, ce serait bon signé que j'aurais vite un nouveau père!

LADY MACDUFF

Pauvre jacasse! comme tu parles!

UN MESSAGER, entrant.

Dieu vous bénisse, belle dame! je ne vous suis pas connu, quoique je sois par-faitement au courant de votre haute situation. Je soupçonne que quelque danger s'approche "très près de vous. Si vous voulez prendre l'avis d'un père de famille, qu'on ne vous trouve pas ici. Partez, avec vos petits enfants. A vous effrayer ainsi, il me semble, je suis trop brutal. Mais ce qui serait pire, ce serait l'horrible cruauté qui est tout proche de votre personne. Le ciel vous préserve! Je n'ose pas rester plus longtemps! '[Il sort.)

LADY MACDUFF

Où fuirais-je! Je n'ai pas fait de mal. Mais je me rappelle maintenant, je suis; en ce monde terrestre où faire le mal est souvent louable, où faire le-bien, quelquefois, passe pour dangereuse folie. Pourquoi alors, hélas! mettrais-je en avant cette défense de femme, disant: —Je n'ai pas fait de mal!... (Entrent des assassins.) Ho ! quelles sont ces figures?

UN ASSASSIN

Où est votre mari?

LADY MACDUFF

Je l'espère, en nulle place si sacrilège qu'un.homme tel que toi puisse le trouver...

L ASSASSIN

C'est un traître!

L'ENFANT

Tu en as menti, toi, vilain aux oreilles poilues 1 !

L'ASSASSIN

Quoi? toi, oeuf! jeune fretin de trahison! (// le frappe.)

L'ENFANT

Mère, il m'a tué! Sauve-toi! je t'en prie! {Il meurt n-, — Lady Macduff s enfuit, criant au meurtre, poursuivie par les assassins.)

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