SOLDATS
MALCOLM
Je voudrais que les amis que nous avons perdus fussent revenus saufs.
SIWARD. - : -
Il en est qui doivent partir: et encore par ceux-ci (il montre ceux qui sont là) je vois qu'un si grand jpur est acheté à bpn marché.
MALCOLM
Macduff nous manque et votre noble fils.
ROSSE
Votre fils, My Lord-, a payé la dette du soldat. Il a seulement vécu jusqu'à ce qu'il fut un homme, et pas plus tôt a-t-il affirmé sa valeur, en la posture sans recul o.ù il a combattu, qu'il est mort comme un homme. .
SIWARD. ■•
Alors il est mort ?
ROSSE
Oui, et emporté du champ de bataille. Votre douleur ne doit pas être mesurée à sa valeur... car alors elle n'a pas délimite.
SIWARD
A-t-il ses blessures par devant? .
ROSSE
Certes, au front.
SIWARD
Alors qu'il soit le. soldat de Dieu ! Eussè-je autant de. fils que j'ai de cheveux, je ne voudrais pas pour eux une plus belle mort... ainsi son glas est sonné2...
■ '■ . MALCOLM
Il vaut plus de tristesse et je la dépenserai pour lui. ,
"'SIWAfiD.:'; '.';-'
H ne vaut rien de plus... ils l'ont dit, il est bien parti et a payé sa coche 3. Ainsi
* To be baïted ivith curse, — Bait est l'appâtqui attire les poissons. C'est trop compléter Shakespeare que d'écrire■;—. pour entendre la Canaille aboyer. {F. Y. II.) Le patois normand? donnéi abel, abêtir, amorcer;
2 Ms knell isknolled, Répétition sonore, que ne peut remlvelo fiançais;. ;,
» Ifis score. Le morceau de bois sur lequel aujourd'hui encore, a la campagne, le créancier iww^u.e: 5 iS que Dieu soit avec lui!... (Voyantentrer Macduff qui porte la tête de Macbeth au bout d'un pieu.) Et voici une nouvelle consolation !
MACDUFF, à Malcolm.
Salut, roi! car tu l'es! Regarde où est la tête maudite de l'usurpateur. Le temps est délivré. Je te vois entouré de l'élite — perle de ton royaume, qui en esprit, te donne mes salutations et dont je désire entendre la voix crier avec la mienne : — Salut, roi d'Ecosse.
TOUS
Salut! roi d'Ecosse!
MALCOLM i.
Nous ne dépenserons pas une large dépense de temps, hommes, avant que nous fassions le compte de toutes nos affections et que nous nous acquittions envers vous. Mes Thanes et Cousins, désormais soyez comtes 2, les premiers qui en Ecosse aient été nommés à pareille dignité. Ce qu'il y a encore à faire et qui avec le temps sera nouvellement semé — comme de rappeler d'exil nos amis qui ont fui les pièges d'une espionneuse tyrannie — de mettre en accusation les cruels ministres du boucher mort et de sa démoniaque reine, qui — à ce qu'on pense — de sa propre et violente main a pris sa propre vie — cela et tout ce qui est nécessaire et en appelle à nous, par la grâce de La Grâce, nous l'exécuterons cn temps, lieu et mesure... salut à vous tous à la fois et à chacun de vous... je vous invite à nous voir couronner à Scone... (Fanfares. — Ils sortent.) par scs coches ou entailles les dettes do soa client. On dirait plutôt maintenant son ardoise. Les pêcheurs normands ont encore Vécorcur, le marqueur.
■• Nol spend a large cjcpense.
* EarV— en vieux saxon, eorl, guerrier. NOTE 4. — Macbeth est le type du soldat brutal et ambitieux, courageux jusqu'à l'héroïsme, ris-quant sa vie pour là cause à laquelle il s'est lié ; mais avec la volonté bien arrêtée de parvenir au plus haut degré de récompenses possibles. De plus, sa situation de cousin du roi a déjà éveillé en lui l'ambition du trône, et aussi la jeunesse des enfants de Duncan. A supposer même que ces pensées soient encore inconsciemment latentes en lui, elles sont prêtes à jaillir du moindre choc d'événements. La victoire qu'il a remportée pres-que seul contre les ennemis du roi, par la double fièvre morale et physique qu'elle a développée en lui, le rend plus apte à la tentation. Et dès les premières paroles des Sorcières, l'idée de royauté s'impose à lui. Nombreux sont dans l'histoire les soldats qui, après un triomphe, ont aussitôt songé à une couronne ; et il ne faut pas remonter bien haut dans les annales de notre pays pour y ren-contrer, au Mexique, un maréchal de France, ambitieux du titre d'empereur.
Mais, nous l'avons expliqué, déjà, songeant à la faible barrière qui le sépare du trône, Macbeth avait parlé du crime, en ses entretiens intimes avec sa femme.
Cependant — et cela est encore un trait de profonde observation — ces victorieux, comme épouvantés de leurs propres rêves, sont des hésitants. Ainsi en témoignent les quelques mots adressés à Banquo par Macbeth : — Si vous le voulez, nous causerons de tout cela, à loisir. — Il lui plairait s'assurer un complice. Il ne sait encore à quel parti il s'arrêtera, quand une cir-constance décisive donne tout-à-coup à ses vagues projets une forme et un but. Duncan désigne son fils pour lui succéder et dès maintenant lui confère le titre de prince de Cumberland. C'est la ruine des espérances de Macbeth. Jusque là il se disait: — Si la fortune me veut roi, eh bien, elle me peut couronner, sans que je bouge — Mais maintenant il sait que pour parvenir au but; il lui faudra agir : — Voilà un pas sur lequel je tomberai, si je ne le saute 1 — Déjà, dans ses réflexions, le mot de meurtre avait éclaté, et à présent, il murmure : — Que la lumière ne voit pas mes noirs et pro-fonds désirs
La psychologie, d'ailleurs simple, du person-nage de Macbeth a mieux été comprise par, le public Français — ou plutôt par les adaptateurs — que les figures plus compliquées d'Hamlet ou de Roméo. Nous avons été dès longtemps séduits parle fantastique des sorcières, parles exagéra-tions même du rôle de Macbeth. Ceci nous a paru essentiellement théâtral. Il est bien entendu qu'encouragés par le ton héroïque que Shakes--
» Consulter Sl^pfer, Shakespeare et Us Tragiques Grecs Méjsières, Darme^teter, les études de Guizot, Fr. V. Hugo, Taille, eto.
peare donne à ses personnages nous avons pu,
à notre grande satisfaction, forcer le ton de notre
romantisme.
Il faut avoir le courage de le reconnaître, en
beaucoup de parties, Macbeth n'est pas à la hau-r
teur du génie Shakespearien. Ainsi on ne saurait
trop lui reprocher au premier acte la tirade du
soldat blessé, redondante et prétentieuse, alors
que la situation réclamerait, d'un personnage de
celte sorte une vigueur dépourvue de tout orne--
ment littéraire. Certaines expressions — et nous
les avons notées — sont intéressantes, mais les
jeux de beau langage produisent un effet singulier
dans la bouche d'un soldat qui, à en juger par la
brutalité de ses chefs, n'était certainement rien
moins qu'un dilettante.
Il règne, entre les rôles de Rosse, de Dùneati,
de Macbeth même une uniformité de grandilo--
quence à laquelle Shakespeare ne nous a pas
habitués. Mais d'autre part, il convient de louer
hautement le subit changement de ton général,
alors que les sorcières rentrent en scène. La