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tenrogé par quelqu'un sur ce que c'étaient que les dieux j e^ sur ce qui leur plaisait le plus. Je ne sais là-dessus qu'une chose , répondit-il 9 c'est qu'ils haïssent les curieux.
Eubulide le milésien succéda à £uclide. Cet homme avait pris Aristote en aversion , et il n'échappait aucune occasion de le décrier : on compte Démosthëne parmi ses disciples. On prétend que l'orateur d'Athènes en apprit entre autres choses k corriger le vice de sa prononciation. Il se distingua par l'invention de différens sophismes dont les noms nous sont parvenus. Tels sont le menteur , le caché , l'électre , le voilé , le sorite , le cornu , le chauve : nous en donnerions des exemples s'ils en valaient la peine. Je ne sais qui je méprise le plus , ou dn philosof^e qui perdit son temps à imaginer ces inepties , ou de ce Phiîetas de Cos, qui se fatigua tellement à les résoudre qu'il en mourut.
Clinomaqué parut après Euhulide. Il est le premier qui fit des axiomes , qui en disputa, qui imagina des catégories y et autres questions de dialectique.
Clinomaqué partagea la chaire d'Eubulide avec Akxinus , le plus redoutable sophiste de cette école. Zenon , Aristote , Menédème , Stilpon , et d'autres , en furent souvent impatientés. Il se retira ji Olympie , oii il se proposait de fonder une secte , qu'on appellerait du nom pompeux de cette ville , Volympique. Mais le besoin des choses de la vie , l'intempérie de l'air , l'insalubrité du lieu dégoûtèrent ses auditeurs ; ils se retirèrent tous , et le laissèrent là seul avec un valet. Quelque temps après, 'se baignant dans PAlphée , il fut blessé par un roseau , et il mourut de cet accident. Il avait écrit plusieurs livres que nous n'avons pas , et qui ne méritent guère nos regrets.
Alexinus , ou si l'on aime mieux , Eubulîde , eut encore pour disciple Euphante. Celui-ci fut précepteur du roi Antigooe. il ne se livra pas tellement aux difficiles minuties de l'école éristique , qu'il ne se réservât desmomens pour une étude plus utile et plus sérieuse. Il composa un ouvrage de l'art de r^ner qui fut approuvé des bons esprits. Il disputa dans un âge avancé le prix de la tragédie , et ses compositions lui firent honneur. Il écrivit aussi l'histoire de son temps. Il eut pour condisciple Apollonius Cronus , qu'on connaît peu. Il forma Diodore , qui porta le même surnom et qui lui succéda. On dit de celui-ci , qu'enifbarrassé par Stilpon en présence de Ptolomée Soter , il se retira confus , se renferma pour chercher la solution des difficultés que son adversaire lui avait proposées , et qui lui avait attiré de l'empereur le surnom de Cronus , et qu'il mourut de travail et de chagrin. Ceuton et Sextus Empyricus le nomment cependant parmi les plus fiers logiciens. Il eut cinq filles, qui toutes se fi-
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rent cle la répaUtîon par leur sagesse et leur babileté dans la dialectique. Philon, maître dç Caraéade , n'a pasdëdaigué d'écrire leur histoire. Il y a eu un grand notnl>re de Diodore et d'£uclide , qu'il ne faut pas confondre avec les philosophes de la secte m^gariquê, Diodore s'occupa beaucoup des propositions conditionpelles. Je doute que ses règles valussent vùex^ que celles d'Aris* tote et les nôtres. Il fut encore un des sectateurs de la physique atomique. 11 regardait les corps conune composés de particules indivisibles, et les plus petites possibles, finies en grapdeur , infinies en nombre; mais leur accordait-il d'autres qualités q^e la figure et la position , c'est ce qu'on ignore , et par conséquent si ces atomes étaient ou non les mêmes que cens de Oémocrite.
Il ne nous reste d'Icbties que le nom ; aucun philosophe de la secte ne fut plus célèbre que Stilpon.
Stilpon fut instruit par les premiers hommes de son temps. Il fut auditeur d'Euclide , et contemporain de Thrasîmaque , de Diogène le cynique, de Pasiclès le tbébain, de Dioclès, et d'antres qui ont laissé une grande réputation après eux. Il ne se distingua pas moins par la réforme des penchans vicieux qu'il avait reçus de la natur^ , que par ses talens. Il aima dans sa jeunesse les femmes et le vin. On l'accuse d'avoir eu du goût pour la courtisane Nicarète, femme aimable et instruite. Mais on sait que de son temps les courtisanes fréquentaient assea souvent les écoles des philosophes. Laïs assistait aux leçons d'Anslippe , et Aspasie fiaiit autant d'honneur à Socrate qu*aucun autre de 9es disciples. Il eut use fille qui n'imita pas la sévérité des moeurs de son père , et il disait à ceux qui lui parlaient de sa mauvaise conduite : « Je ne suis pas plus déshonoré par ses vices » qu'elle n'est honorée par mes vertus. » Quelle apparence qu'il eût osé s'exprimer ainsi , s'il eàt donné à sa fille l'exemple de l'incontinence qu'on lui reprochait ! Le refus qu'il fit des richesses que Ptolomée Soter lui ofirait , après la prise de Mégare , montre qu'il fut au-dessus de toutes lès grandes tentations de la vie. « Je n'ai rien perdu , disait-il à ceux qui lui demandaient l'état de ses biens , pour qu'ils lui fussent restitués , après le pillage de sa patrie par Démétrius, fils d' Antigène^ m il me reiîe mes con* » naissances et mop éloquence. >• Le vainqueur fit épargner sa maison et se plut à l'entendre. Il avait de la simplicité dans l'esprit, un beau naturel, une érudition très-étendue. Il jouissait d'une %i grande célébrité , que s'il lui arrivait de paraître dans les rues d'Athènes , on sortait des maisons pour le voir. Il fit un grand nombre de sectateurs k la philosophie qu'il avait embras*» sée. n dépeupla les autres écoles : Métrodore abandonna Théophraste pour l'entendre ; Clitarque et Simmias , Aristote } et
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Peonias Aristide. Il entraîna Phrasidenns le përîpate'tîcien , Alcinus Zenon , Cratës, et d'autres. Les dialogues qu'on lui attribue ne sont pas dignes d'un homme tel que lui. II eut un fils Bppelë Dryson ou Brison qui cultiva aussi la philosophie , et qu'on compte parmi les maîtres de Pirrhon. Les subtilités de la secte ënstique conduisent naturellement au scepticisme. Dans la rc* cherche de la vérité , on part d'un fil qui se perd dans les ténèbres y et qui ne manque guère d'y ramener , si on le suit sans discussion. Il est un point intermédiaire oîi il faut savoir s'arrêter ; et il semble que l'ignorance de ce point ait été le vice principal de l'école de Mégare et de la secte de Piri»hon.
11 nous reste peu de chose de la philosophie de Stilpon , et ce peu encore est-il fort au-dessous des talens et de la réputation de ce philosophe.
Il prétendait qu'il n'y a point d'universaui , et que ce ,mot , AomiTw, par exemple, ne signifiait rien d'existant. Il ajoutait qu'une chose ne pouvait être le prédicat d'une autre, etc.
Le souverain bien , selon lui , c'était de n'avoir l'àme troublée d'aucune passion»
On le soupçonnait dans Athènes d'être peu religieux. Il fut traduit devant l'aréopage , et condamné à l'exil pour avoir répondu à quelqu'un qui lui parlait de Minerve , w qu'elle n'était point » fille de Jupiter , mais bien du statuaire Phidias. » Il dit une autre fois à Cratcs qui l'interrogeait sur les présens qu'on adresse aux dieux , et sur les honneurs qu'on leur rend : « Étourdi , quand *• tu auras de ces questions à me faiie , que ce ne soit pas dans » les rues. » On raconte encore de lui un entretien en songe avec Neptune , oii le dieu ne pouvait être traité aussi familièrement que par un homme libre de préjugés. Mais de ce ^ue Stilpon faisait asse« peu de cas des dieux de son pays , s'en suit-il qu'il fût athée ? Je ne le crois pas.
MÉLANCOLIE , s. f. c'est le sentiment habituel de noire iraperfection. Elle est opposée à la gatté qui naît du contentement de nous-mêmes : elle est le plus souvent l'effet de la faiblesse de l'âme et des organes : elle l'est aussi des idées d'une certaine perfection , qu'on ne trouve ni en soi , ni dansles autres , ni dans les objets de ses plaisirs , ni dans la nature : elle se plaît dans la médiUtion qui exerce assez les facultés de l'âme pour lui donner un sentiment doux de son existence , et qui en même temps la dérobe au trouble des passions , aux sensations vives qui la plongeraient dans l'épuisement. La mélancolie n'est point l'ennemie de la volupté , elle se prête aux illusions de l'amour , et laisse tavoarer les plaisirs délicats de l'âme et des sens. L'amitié lui est nécessaire , elle s'attache à ce qu'elle aime , comme le lierre à
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Tormeau. Le Féti la représente comme une femme qni a de la jeànesse et de l'embonpoint sans fraîcheur. Elle est entourée de livres épars > elle a sur la table des globes renversés et des instrumens de mathématique jetés confusément: un chien est at« taché aux pieds de sa table , elle médite profondément sur une tête de mort qu'elle tient entre ses mains. M. Vien Ta représentée sous Vemblëme d'une femme très-: jeune > i^'^'^ maigre et abattue % elle est assise dans un fauteuil, dont le dos est opposé au jour ; on voit quelques livres et des instrumens de musique dispersés dans sa chambre, des parfums brdlent à c6té d'elle; elle a sa tête appuyée d'une main , de l'autre elle tient une fleur à la-r quelle elle ne fait pas attention ; ses yeux sont fixés à terre , et son âme toute en elle-même ne reçoit, des objets qui l'environnent aucune impression.
MENSONGE OFFiaEUX : un cerUin roi , dit Musladin Sadi dans son Rosarium politicum , condamna à la mort un de ses esclaves qui , ne voyant aucune espérance de grâce , se mit à le maudire. Ce prince qui n'entendait point ce qu'il disait , en demanda l'explication à un de ses courtisans. Celui-ci qui avait le cœur bon et disposé à sauver la vie au coupable , répondit : « Seigneur , ce misérable dit que le paradis est préparé pour » ceux qui modèrent leur colère, et qui pardonnent les fautes; » et c'est ainsi qu'il implore votre clémence. » Alors le roi pardonna à l'esclave , et lui accorda sa grâce. Sur cela un autre courtisan d'un méchant caractère , s'écria qu'il ne convenait pas à un homme de son rang de mentir en présence du roi , et se tour* nant yers ce prince : « Sçigneur , dit-il , je veux vous instruire » de la vérité; ce malheureux a proféré contre vous les plus in- M dignes malédictions, et ce seigneur vous a dit un mensonge » formel. » Le roi s'apercevant du mauvais caractère de celui qui tenait ce langage , lui répondit : « Cela se peut ; mais son » m^n^oTi^ff vaut mieux que votre vérité, puisqu'il a tâché parce u moyen de sauver un homme , au lieu que vous cherchez à le » perdre. Ignorez-vous cette sage maxime , que le mensonge qui » procure du bien , vaut mieux que la vérité qui cause du dom- » mage? n Cependant ^ aurait dd ajouter le prince , qu'on ne me mente jamais.
MÉPRIS, s. m. ( Morale. ) L'amour excessif de l'estime fait que nous avons pour notre prochain ce mépris qui se nomme insolence y hauteur ou fierté ^ selon qu'il a pour objet nos supérieurs , nos inférieurs ou nos égaux. Nous cherchons à abaisser davantage ceux qui sont au-dessous de nous , croyant nous élever à mesure qu'ils descendent plus bas; ou à faire tort à nos égaux y pour nous oter du pair avec eux 3 ou même à ravaler nos
supérieurs, parce qu'ils nous font ombre par lenr grandeur. Notre orgueil se trahit Tisiblement en ceci : car si les hommes nous sont un objet de mépris y pourquoi ambitionnons-nous leur estime ? Ou si leur estime est digne de faire la plus forte passion de nos âmes, comment pouyon^nous les mépriser? Ne serait-ce point que le mépria du prochain est plutôt àlfecté que véritable ? Nous entrevoyons sa grandeur , puisque son estime nous paraît d'un si grand prix ; mais nous disons tous nos efforts pour la cacher , pour nous faire honnenr à nous-mêmes.
De là naissent les médisances , les calomnies , les louanges empoisonnées , lu satire , la malignité et l'envie, il est vrai que celle-ci se cache avec un soin extrême , parce qu'elle est un aveu forcé que nous faisons dil mérite ou du bonheur des autres, et un hommage forcé que nous leur rendons.
De tons les sentimens d'orgueil , le mépris du prochain est le plus dangereux , parce que c'est celui qui va le pins directement contre le bien de la société , qui est U fin à laquelle se l'apporte l'amour de l'estime.
MÉTEMPSYCOSE , s. f. {Métaph. ) Les Indiens , les Perses , et en général tous les orientaux , admettaient bien la métempsy^ cùse comme un dogme particulier , et qu'ils affectionnaient beaucoup ; mais pour rendre raison de l'origine du mal moral et du mal physique , ils avaient recours à celui des deux principes qui était leur dogme favori et de distinction. Origene qui affectait un christianisme tout métaphysique, enseigne que ce n'était ni pour manifester sa puissance , ni pour donner des preuves de sa bonté infinie , que Dieu avait créé le monde ; mais seulement pour punir les &iÂes qui avaient failli dans lè ciel , qui s'étaient écartées de l'ordre. Et c'est pour cela qu'il a entremêlé son ouvrage de tant d'imperfections , de tant de défauts considérables , afin que ces intelligences dégradées , qui devai^t être ensevelies dans les corps , souffrissent davantage.
L'erreur d'Ôrîgëne n'eut point de suite ; elle était trop grossifcVe pour s'y pouvoir méprendre. A l'égard de la métempsycose ^ on abusa étrangement de ce dogme , qui souffirit trois espèces de révolutions. En premier lieu les orientaux et la plupart des Grecs croyaient que les âmes séjournaient tour à tour dans les corps des différens animaux, passaient dès plus nobles aux plus vih, des plus l*aisonhabIes aux plus stupides; et cela suivant les vertus qu'elles avaient pratiquées , ou les vices dont elles s'étaient souillées pendant le Cours de chaque vie. 2"*. Plusieurs disciples de Pythagore et de Platon ajoutèrent que la même âme , pour surcroît de pdne , allait encore s'ensevelir dans une plante ou dans un arbre ^ persuadé que tout ce qui végète a du sentiment, et par-
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tictpe k rintellîgence nniverselle. Enfin qnând le Christianisme parut , et qu'il changea la face du monde en découvrant Les folles imftétéB qui y régnaient , les Çelses , les Crescens , les Porphyres eurent honte de la manière dont Ja métempsycoae avait ixé propopée jusqu'à eux ; et ils conyinrent que les âmes ne sortaient du corp^ d'un homme quepour entrer dans celui d*nn antre homme. Par là, disaient-ils, on suit exactement le fil de la nature , oh tout se fait par des passages doux , lies , homogènes , et non par des passages brusques et yiolens; mais on a beau YOttloir adoucir un dogme monstrueux au fond , tout ce qu'on gagne par ce$ sortes d'adouQSsemens , c'est de le rendre plus monstrueux encore.
MODiaXÉ , MODIQUE ( Oramm. ) , terme relatif à la quantité. Ainsi on dit d'un revenu qu'il est modiqae , lorsqu'il suftt à peine aux besoins essentiels de la vie. La médiocrité se dit de l'état et de la personne. On voit souvent la médiocrité de talens élevée aux emplois les plus grands et les plus difficiles. Ce siècle est celui des hommes médiocres , parce qu'ils peuvent s'asservir bassement à capter la bienveillance des protecteurs qui les préfèrent à d'habiles gens qu'ils ne voient point dans leurs antichambres, et qui peut-être les humilieraient s'ils en étaient approchés, et à d'honnêtes gens qui ne se prêteraient point à leurs vne< in j ustes.
MODIFICATION, MOMFIER, MODIFICATIF, MODI- FIABLE. ( Oramm. ) Dans l'école , modlfloatiùn est synonyme à mode ou accident. Voyez MooB et Accident. Dans l'usage commun de la société, il se dit des choses et des personnes. Des choses , par exemple , d'un acte , d'une promesse , d'une proposition , lorson'on la restreint à des bornes dont on convient. L'homme Kbre ou non, est un être qu'on mod^e. Le modificatif est la chose qui modifie ; le modifiable est la chose qu*on peut modifier. Un homme qui a de la justesse dans l'esprit , et qui sait combien il y a peu de propositions généralement vraies en morale, les énonce toujours avec quelque modificai^ t^tiï les restreint à leur juste étendue, et qui les rend incontestables dans la conversation et dans les écrits. Il n'y a point de causes qui n'aient son «fiet 5 il n'y a point d'e£kt qui ne modifie la chose sur laquelle la cause agit. Il n'y a pas un atome dans \o. nature qui ne M>it exposé à l'action d'une infinité de causes diverses 9 il n'y a pas une de ces causes qui s'exercent de )a même manière en deux points difiérens de l'espacé : il n'y a donc pas deux atomes rigoureusement semblables dans la nature. Moins un être est libre , pins on est sûr de le modrfiorj et pins la modification luî est nécessairement attachée. Les mod^caiione
qui noas ont ëlé imprimées , nous changent sans ressource , et pour le moment, et pour toute la suite de la yie, parce qu'il ne se peut jamais faire que ce qui a ëtë une fois tel n'ait pas été tel.
MOEURS , s. f. {Monde, ), actions libres des hommes, naturelles ou acquises , bonnes ou mauvaises , susceptibles de règle et de direction.
Leur variété chez les divers peuples du monde dépend du climat, de la religion , des lois, du gouvernement, des besoins , de l'éducation , des manières et des exemples. A mesure que dans chaque nation une de ces causes agit avec plus de force , les autres lui cèdent d'autant.
Pour justifier toutes ces vérités, il faudrait entrer dans des détails que les bornes de cet ouvrage ne sauraient nous permettre ; mais en jetant seulement les yeux sur les différentes formes du gouvernement de nos climats tempérés , on devinerait assez juste par cette unique considération , les mœurs des citoyens. Ainsi , dans une république qui ne peut subsister que du commerce d'économie, la simplicité des mœurs y la tolérance en matière de religion , l'amour de la frugalité, l'épargne , l'esprit d'intérêt et d'avarice, devront nécessairement dominer. Dans une monarchie limitée , oii chaque citoyen prend part à l'administration de l'état , la liberté y sera regardée comme un si grand bien , que toute guerre entreprise pour la soutenir , y passera pour un mal peu considérable; les pehpies de cette monarchie seront fiers, généreux, profonds dans les sciences et dans la politique , ne perdant jamais de vue leurs privilèges , pas même au milieu du loisir et de la débauche. Dans une riche monarchie absolue , oii les femmes donnent le ton , l'honneur', l'ambition , la galanterie , le goût des plaisirs , la vanité , la molesse , seront le caractère distinctif des sujets; et comme ce gouvernement produit encore l'oisiveté , cette oisiveté corrompant les mœurs , fera naître k leur place la politesse des manières. Voysz Maméres.
mosaïque et Chrétienne Philosophie. ( His%, dé la PhUo-
Sophie. ) Le scepticisme et la crédulité sont deux vices égale-
Tment indignes d'un homme qui pense. Parce qu'il y a des choses
fausses , toutes ne le sont pas ; parce qu'il y a des choses vraies ,
. toutes ne le sont pas. Xie philosophe ne nie ni n'admet rien sans
.examen; il a dans sa raison tme juste confiance; il sait par
expérience, que la recherche de la vérité est pénible , mais il ne
la croit point impossible ; il ose descendre au fond de son puits ,
tandis que Thomme méfiant ou pusillanime se tient courbé sur
les bords y et juge de là ^ se trompant , soit qu'il prononce qu'il
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Taperçoît malgré la distance et Tobscnrité , soit qu'il prononce qu'il n'y a personne. De là cette multitude incroyable d'opinions diverses ; de là le doute , de là le mépris de la raison et de la philosophie y de là la nécessité prétendue de recourir à la révélation , comme au . seul flambeau qui puisse nous éclairer dans les sciences naturelles et morales; de là le mélange monstrueux de la théologie et des systèmes ; mélange qui a achevé de dégrader la religion et la philosophie : la religion , en Tassujétis- ^ sant à la discussion ; la philosophie , en l'assujétissant à la foi. On raisonna quand il fallait croire , on crut quand il fallait raisonner ; et l'on vit éclore en un moment une foule de mauvais chrétiens et de mauvais philosophes. La nature est le seul livre du philosophe ; les saintes Écritures sont le seul livre du théologien. Ils ont chacun leur argumentation particulière. L'autorité de l'Église , de la tradition , des pères , de la révélation j fixe l'un } l'autre ne reconnaît que l'expérience et l'observation pour guides : tons les deux usent de leur raison , mais ^'une manière particulière et diverse qu'on ne confond point sans inconvénient pour les progrès de l'esprit humain , sans péril pour la foi : c'est ce que ne comprirent point ceux qui, dégoâtés de la philosophie sectaire et du pirrhonisme , cherchèrent à s'instruire des sciences naturelles dans les sources oii la science du salut était et avait été jusqu'alors la seule à puiser. Les uns s'en tinrent scrupuleusement à la lettre des Écritures; les antres comparant le récit de Moïse avec les phénomènes , et n'y remarquant pas toute la conformité qu'ils désiraient , s'embarrassèrent dans des explications allégoriques : d'oii il arriva qu'il n'y a point d'absurdités que les premiers ne soutinssent ; point de découvertes que les autres n'aperçussent dans le même ouvrage.
Cette espèce de philosophie n'était pas nouvelle : voyez ce que nous avons dit de celle des Juifs et des premiers Chrétiens , de la cabale , du Platonisme des temps moyens de l'école d'Alexandrie , du Py thagorico-Platonico-Cabalisrae , etc.
Une observation assez générale , c'est que les systèmes philosophiques ont eu de tout temps une influence fâcheuse sut la médecine et sur la théologie. La méthode des théologiens est d'abord d'anathématiser les opinions nouvelles, ensuite de les concilier avec leurs dogmes ; celle des médecins > de les appliquer tout de suite à la théorie et même à la pratique de leur art. Les théologiens retiennent long-temps les opinions philosophiques qu'ils ont une fois adoptées. Les médecins moins opiniâtres , les abandonnent sans peine ; ceux-ci circulent paisiblement au gré des systématiques, dont les idées passent et se renouvellent; ceux-là font grand bruit, condamnant comme hérétique dans
un moment ce qn'îls 6nt approuvé eomme catbolîqne dans nn antre, et montrant toujours plus d'indulgence ou d'ayersion pour un sentiment , selon qu'il est plus arbitraire ou plus obscur , c'est-à-dire qu'il fournit un plus grand nombre de points de contact , par lesquels il peut s'attacher aut dogmes dont il ne leur est pas permis de s'écarter.
Parmi ceux qui embrassèrent Fespece de pbilosopbie dont il s*agit ià j il j en eut qui ne confendabt pas tout-à-fait les limites de la raison et de la foi , se contentèrent d'éclairer quelques points de l'Écriture , ert y appliquant les découTertes des philosophes. Ils ne s'apercevaient pas que le peu de service qu'il» rendaient à la religion , même dans le cas oh leur travail était heureux , ne pouvait jamais compenser le danger dn mauvais exemple qu'ils donnaient. Si l'on en était plus disposé à croire le petit nombre de vérités sur lesquelles l'Histoire - Sainte se conciliait avec les phénomènes naturels , ne prenait-on pas une pente toute contraire dans le grand nombre de cas oh l'expérience et la révélation semblaient parle!- diversement ? Cest là en effet tout le fruit qui résulte des t>uvrages de Severlin , d'Alstedins , de Glassius , de 2u£old , de Valois , de Bochart , de Mains, dlJr^ sin , de Schèuchzer , de Orabôvius , et d'une infinité d'autres qui se sont efforcés de trouver dans les saintes Ecritures tout ce que les philosophes ont écrit de la logique , de la morale , de la métaphysique , de la physique , de la chimie , de l'histoire nahirelle , de la politique. Il me semble qu'ils auraient dA imiter les philosophes dans leur précaution. Ceux<K:i n'ont point publié de systèmes , sans prouver d'abord qu'ils n'avaient rien de contraire à la religion : ceux-là n'auraient jamais dd rap* porter les systèmes des philosophes à l'Écriture -Sainte , sans s'être bien assurés auparavant qu'ils ne contenaient rien de contraire à la vérité. Négliger ce préalable , n'était-ce pas s'exposer à faire dire beaucoup de sottises à TEsprit-Saint ? Les rêveries de Robert Pulde n'honoraient - elles pas beaucoup Moïse ? Et quelle satire plus indécente et plus cruelle ponrraiton faire de cet auteur sublime , que d'établi!* une concorde exacte entre ses idées et celles de plusieurs physicietis que je pourrais citer?
Laissons donc là les ouvrages de Bigot , de Fromond , de Ga^ manh , de Pfeffer, de Bayer, d'AsIach , de Danée , de Dickinson , et lisons Moïse , sans chercher dans sK Genèse des découvertes qui n'étaient pas de son teihps , et dont il ne se proposa jamais de nous instruire.
Alstedius j Glassius et Znzold ont cherché à concilier la logique des philosophes avec celle des théologiens ; belle entreprise !
Valois , Bocfaart j Maïas , Ursîn j Scheuchcer ont vn dans Moïse tout ce que nos philosophes , nos naturalistes ^ nos mathëmaticiens tnéoie ont découvert.
Bnddëe vons donnera te Catalogne de cenx qni ont démontré qne la dialectîqne et la métaphysique d'Aristote est la même que celle de Jésus-Christ.
Parcoures Ru^ger , Wucherer et Wolf , et vons les verres se tourmentant pour attrihuer aux auteurs rëtélés tout ce que nos philosophes ont écrit de la nature , et tout ce qu'ib ont rêvé de ses causes et de sa fin.
Je ne sais ce que Bigot a prétendu , mais Fromond veut absolument que la terre soit immobile. On a de cet auteur deux traités sur Time et sur les météores , moitié phSosophiqnés , moitié chrétiens,
Casmann a publié une biographie naturelle , morale et économique , d'oh il dédttit une morale et une politique théosophique : celui-ci pourtant n'asseryissait pas tellement la philosophie à la révélation , ni la révélation à la philosophie , qu'il ne prononçât trës-nettement qu'il ne valût mieux s'en tenir aux saintes Ecritures sur les préceptes de la vie , qu'à Aristote et aux philosophes anciens } et à Aristote et aux philosophes anciens sur les choses naturelles , qu'à la Bible et à l'Ancien Testament. Cependant il défiend l'âme du monde d'Aristote contre Platon ; et il promet une grammaire , une rhétorique , une logique, une arithmétique, une géométrie , une optique et une musique chrétienne. Voilà les extravagances oii l'on est conduit par un zële aveugle de tout christianiser.
Abteditts , malgré son savoir , prétendit aussi qu'il fallait conformer la philosophie aux saintes Écritures , et il en fit un essai sur la jurisprudence et la médecine , oii l'on a bien de U ]peine à retrouver le jugement de cet auteur.
Bayer , encouragé par les tentatives du cbancefier Bacon , publia Fonvrage intitulé , iê fil du labyrintKe ; ce ne sont pas des spéculations frivoles ; plusieurs auteurs ont suivi le fil de Bayer, et sont arrivés à des découvertes importantes sur lia nature , mais cet homme n'est pas exempt de la folie de son temps.
Aslach aurait un nom bien mérité parmi les philosophes , si le même défaut n'eût défiguré ses écrits ; il avait étudié , il avait vu , il avait Voyagé; il savait , mais il était philosophe et théologien ; et il n'a jamais pn se résoudre à séparer ces deux caractères. Sa religion est philosophique, et sa physique est chrétienne.
n faut porter le même jugement de Lambert Danée.
Bickittson n'a pas été plus sage. Si vous en croyez celui-ci |
Moïse a donne en sis pages toiut ce qa^on a dit et tout ce qu'on dira de bonne cosmologie.
Il y a deux mondes , le supérieur immatériel y Tinférienr ou le matériel. Dieu , les anges et les esprits bienheureux habitent le premier f le second est le nôtre , dont il explique la formation par le concours des atomes que le Tout - Puissant a mû» et dirigés. Adam a tout sn. Les connaissances du premier homme ont passé à Abraham ^ et d*Abraham à Moïse. Les théogoniesdes anciens ne sont que la vraie cosmogonie défigurée par des> symboles. Dieu créa des particules de toute espèce. Dans le commencement elles étaient immobiles : de petits vides les sé« paraient. Dieu leur communiqua deux mouvemens y l'un doux et oblique , l'autre circulaire : celui-ci fut commun à la masse entière , celui-là propre à chaque molécule. De là des collisions ^ des séparations , des unions y des combinaisons ; le feu , l'air y l'eau , la terre, le ciel , la lune , le soleil y les astres, et tout cela comme Moïse Ta entendu et l'a écrit. Il y a des eaux supérieures , des eaux inférieures , un jour sans soleil , de la lumière sans corps lumineux ; des germes , des plantes , des âmes , les unes matérielles et qui sentent; des âmes spirituelles ou immatérielles , de&forces plastiques , des sexes , des générations ; quesais-je encore? Dickinson appelle à son secours toutes les vérités et toutes les folies anciennes et modernes } et quand il en a fait une fable qui satisfait aux premiers chapitres de la Genèse , il croit avoir expliqué la nature et concilié Moïse avec Aristote , Épicure y Démocrite et les autres philosophes.
Thomas Bumet parut sur la scène après Diclinson. Il naquit de bonne maison en i63a , dans le village de Richmond. Il continua dans l'université de Cambridge les études qu'il avait commencées au sein de sa famille. Il eut pour maîtres Cudworth y Widdringhton , Sharp et d'autres qui professaient le platonisme qu'ils avaient ressuscité. Il s'instruisit profondément de la philosophie des anciens. Ses défauts et ses qualités n'échappèrent point à un homme qui ne s'en laissait pas imposer , et qui avait* un jugement à lui. Platon lui plut comme moraliste y et lui déplut comme cosmologue. Personne n'exerça mieux la liberté ecclésiastique ; il ne s'en départit pas même dans l'examen de la religion chrétienne. Après avoir épuisé la lecture des auteurs de réputation , il voyagea. Il vit la France , l'Italie et l'Allemagne. Chenun faisant, il recueillait sur la terre nouvelle tout ce qui pouvait le conduire à la connaissance de l'ancienne. De retour , il publia la première partie de la théorie sacrée de là terre , ouvrage oii il se propose de concilier Moïse avec les phénomènes. Jamais tant de recherches | tant d'érudition y tant
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de connaissances 9 d'esprit et de talens ne furent plus mal employés. Il obtint la faveur de Charles II. Guillaume III accepta la dédicace de ta seconde partie de sa théorie , et lui accorda le titre de son chapelain , à la sollicitation du célèbre Tillotson. Mais notre philosophe ne tarda pas à se dégoûter de la cour, et à revenir à la solitude et«ux livres. Il ajouta à sa théorie ses archéologues philosophiques , ou les preuves que presque toutes les nations avaient connu' la cosmogonie de Moîse comme il Tavait conçue ; et il faut avouer que Burnet aperçut dans les. anciens beaucoup de singularités qu'on n'y avait pas remarquées : mais ses idées sur la naissance et la fin du monde y la création y nos premiers parens , le serpent , le déluge et autres points d^ notre foi , ne furent pas accueillies des théologiens avec la même indulgence que des philosophes. Son christianisme fut suspect. On le persécuta } et cet homme paisible se trouva embarrassé dans des disputes , et suivi par des inimitiés qui ne le quittèrent qu'au bord du tombeau. H mourut âgé de 86 ans. Il avait écrit deux ouvrages , l'un de Tétat des morts et des ressuscites , l'autre de la foi et des devoirs dn chrétien , dont il laissa des copies à quelques amis. Il en brûla d'antres par humeur. Voici l'analyse de son système.
Entre le commencement et la fin du monde , on peut concevoir des périodes, des intermédiaires, ou des révolutions générales qui changeront la face de la terre.
Le commencement de* chaque période fut comme un nouvel ordre de choses.
H viendra un dernier période qui sera la consommation de tout.
C'est surtout à ces grandes catastrophes qu'il faut diriger ses observations. Notre terre en a souffert plusieurs dont l'histoire sacrée nous instruit , qui nous sont confirmées par l'histoire profane , et qn'il faut reconnaître toutes les fois qu'on regarde à ses pieds.
Le déluge uiiiversel en est une.
La terre , au sortir du chaos , n'avait ni la forme , ni la conteiture que nous lui remarquons.
Elle était composée de manière qu'il devait s'ensuivre une dissolution , et de cette dissolution un déluge.
II ne faut que regarder les montagnes , les vallées , les mers , les entrailles de la terre , sa surface , pour s'assurer qu'il j a eu bouleversement et rupture.
Puisqu'elle a été submergée par le passé , rien n'empêche qu'elle ne soit un jour brûlée.
Les parties solides se sont précipitées au fond des eaux ; lei eaux ont surnagé; l'air l'est élevé au-dessus des eaux.
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Le sëfonr â^» eaux et leur poids agissant sur la surface de la terre, en ont consolidé l'intérieur.
Des poussières séparées de l'air , et se répandant sur les eaux qui courraient la terre , s'y sont assemblées , durcies , et ont formé une croate.
Voilà donc des eaux contenues entre un noyau et une enveloppe dure.
C'est de là qu'il déduit ta cause du déluge, la fertilité de la première terre et l'état de la nôtre.
Le soleil et l'air continuant d'échauffer et de durcir cette croûte , elle s'entr'ouvrit , se brisa , et ses masses séparées se précipitèrent au fond de l'abîme qui les soutenait.
De là la submersion d'une partie du globe , les goufires , les vallées , les montagnes , les mers , les fleuves , les rivières , les continens, leurs séparations , les tles et l'aspect général de notre globe.
Il part de là pour expliquer avec assez de facilité plusieurs grands phénomènes.
Avant la rupture de la croûte , la sphère était droite ; après cet événement , elle s'inclina. De là cette diversité de phénomènes naturels dont il est parlé dans les mémoires qui nous restent des premiers temps, qui ont eu lieu^ et qui ont cessé; les âges d'or et de fer, etc.
Ce petit nombre de suppositions lui sufBt pour justifier la cosmogonie de Moïse avec toutes ses circonstances.
Il passe de là à la conflagration générale et à ses suites; et si l'on veut oublier quelques observations qui ne s'accordent point avec l'hypothèse de Bumet , on conviendra qu'il était difficile d'imaginer rien de mieux. C'est une fable qui fait beaucoup d'honneur à l'esprit de l'auteur.
D'autres abandonnèrent la physique , et tournèrent leurs vues du côté de la morale , et s'occupèrent à la conformer à la loi de J'Évangile; on nonune parmi ceux-ci Seckendorf , Boeder, Paschius , Geuslengius , Becman , Wesenfeld , etc. Les uns se tirèrent de ce travail 4ivec succès ; d'autres brouillèrent le Christianisme avec difierens systèmes d'éthique tant anciens que modernes , et ne se montrèrent ni philosophes, ni chrétiens. Voyez la morale chrétienne de Crellius, et celle de Danée; il règne une telle confusion dans ces ouvrages , que l'homme pieux et l'homme qui cherche à s'éclairer ne savent ni ce qu'ils doivent faire , ni ce qu'ils doivent s'interdire.
On tenta aussi d'allier la politique avec la morale du Christ , au hasard d'établir pour la société en général des principes qui ,
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saîvû à la. lettre y la réduiraient en un monastère. Fbyez làdessus Buddëe , Fabricius et PCaffius.
Valentin Alberti prétend qu'oa n'a rien de mieux k faire pour poser les yrais fondemens du droit naturel, que dp partir de rétat de perfection , tel que l'Ëcriture-Sainte noiis le représente , et de passer ensuite aux changemens qui se sont introduits dans le caractère des hommes sous l'état de corruption, foyex son Compendium juriê xuiiuralis orihodoxiof thêologiœ cwtfomuUum*
Voici un homme qui s'est fait un nom au temps oii les esprits foulaient ramener tout à la révélation. C'est Jean Amos Com^ nius. Il naquit en Moravie l'an 1592. Il étudia àHerborn.Sa pe^ trie était alors le théâtre de la guerre. {1 perdit %eh biens , ses ouvrages et presque sa liberté. Il alla chercher un asile en Pologne. Ce fut là qu'il publia son Janua linguarum re^enUa, qui fut traduit dans toutes les langues. Cette première production fut suivie du Synop9Ù physicw ad lumen tUifinum njormaiœ* On l'appela en Suisse et en Angleterre. Il fit ces deux voyages. Le comte d'Oxenstiern le protégea , ce qui ne l'empêcha pas de mener une vie errante et malheureuse. Allant de province en province et de ville en ville , et rencontrant la peine partout , il arrira à Amsterdam. Il aurait pu y demeurer tranquille; mais il se mit à faire le prophète , et l'on sait bien que ce métier ne s'accorde guère avec le repos. Il annonçait des pertes, des guerres, des malheurs de toute espèce , la fin du monde , qui durait encore , à son grand étonnement, lorsqu'il mourut en 1671. Ce fut un des plus ardens défenseurs de la physique de Moïse. Il ne pouvait souffrir qu'on la décriât , surtout en public et dans les écoles. Cependant il n'était pas ennemi de la liberté de penser* Il disait du chancelier Bacon , qu'il avait trouvé la clef du sanc» tuaire de la nature ; mais qu'il avait laissé à d'autres le soin de l'ouvrir. Il regardait la doctrine d'Aristote comme pernicieuse; et il n'aurait pas tenu à lui qu'on ne brdUt tous les livres de ce philosophe , parce qu'il n'avait été ni circoncis ni baptisé.
Bayer n'était pas plus favorable à Aristote; il prétendait que MA manière de philosopher ne conduisait à rien , et qu'en s'y assujétissant on disputait à l'infini , sans trouver un point oii l'on put s'arrêter. On peut regarder Bayer conune le disciple de Comenins. Outre le Fil du làbyrimhe , on a de lai un ouvrage in^ titulé : Fundamenta imUFpretaiwniê et administrcUionie gene^ ralia ex mundo , menée et Scripturie jacia , ou Osiium velcUtium naiurm echronogrt^hicè delineaium. Il admet trois principes; la matière , l'esprit et la lumière. Il appelle la matière la masse mosaïque ; il la considère sons deux points de vue , l'un de prejnière création , l'autre de seconde création. Elle ne dura qu'un
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jour dans son état de première crëatîon ; il n'efi reste plus rien. Le monde , tel qu'il est , nous la montre dans son ctat de seconde création. Pour passer de là à la genèse des choses , il pose pour principe que la masse unie à Tésprit et à la lumière constitue le corps ; que la masse était informe , discontinue , en vapeurs , poreuse et cohérente en quelque sorte 5 qu'il y a une nature fabricante , un esprit vital , un plasmateur mosaïque , des ouvriers externes , des ouvriers particuliers; que chaque espèce a le sien , chaque individu; qu'il y en a de solitaires et d'universaux; que les uns peuvent agir sans le concours des autres ; que ceux^-ci n'ont de pouvoir que celui qu'ils reçoivent, etc. Il déduit l'esprit vital de l'incubation de l'Esprit-Saint ; c'est l'esprit vital qui forme les corps selon les idées de l'incubateur ; son action est ou médiate ou immédiate , on interne ou externe ; il est intelligent et sage , actif et pénétrant ; il arrange , il vivifie , il ordonne ; il se divise en général et particulier , en naturel et accidentel , en terrestre et céleste , en sidéréal et élémentaire , substantifique , modifiant , etc. L'esprit vital commence , la fermentation achève. A ces deux principes , il en ajoute un instrumental , c'est la lumière ; être moyen entre la masse ou la matière et l'esprit; de là naissent le mouvement , le froid , le chaud , et une infinité de mots vides de sens , et de sottises que je n'ai pas le courage de rapporter , parce qu'on n'aurait pas la patience de les lire.
Il s'ensuit de ce qui précède , que tous ces auteurs plus instruits de la religion, que versés dans les secrets de la nature, n'ont servi presque de rien au progrès de la véritable philosophie.
Qu'ils n'ont point éclairci la religion , et qu'ils ont obscurci la raison.
Qu'il n'a pas dépendn d'eux qu'ils n'aient déshonoré Moïse , en lui attribuant tontes leurs rêveries.
Qu'en voulant éviter un écueil , ils ont donné dans un autre; et qu'au lieu d'illustrer la révélation , ils ont par un mélange insensé , défiguré la philosophie.
Qu'ils ont oublié que les saintes Écritures n'ont pas été données aux hommes pour les rendre physiciens, mais meilleurs.
Qu'il-y a bien de la différence entre les vérités naturelles contenues dans les livres sacrés , et les vérités morales.
Que la révélation et la raison ont leurs limites , qu'il ne faut pas confondre.
Qu'il y a des circonstances oii Dieu s'abaisse à notre façon de voir , et qu'iailors il emprunte nos idées , nos expressions , nos comparaisons , nos préjugés mêmes.
Que s'il en usait autrement , souvent nous ne l'entendrions pas.