O II
Les Persesquî élaîent îmbus du platonisme, trompés par Taffinftë qu'ils remarquèrent entre les dogmes de cette école dont ils sortaient et la doctrine des Gnostiques orientaux , qui n'était qu'un pythagorico-platonisme défiguré par des chimères chaldéennes et zoroastriques , se méprirent sur l'origine de cette secte. Bien loin de se dire Platoniciens, les Gnostiques orientaux reprochaient à Platon de n'avoir rien entendu à ce qu'il y a de secret et de profond sur la nature divine , Platonem in prof undUatem inUUigibilis esaentiœ non penetrcuae. Porphyre Ennéad. 7J, /. IX , c. (y. Plotin indigné de ce jugement des Gnostiques , leur dit : ijuaêi ipsi quidem inteUigibilem naluram cognoscendo aUingenUs, Plato aiUem reliquiquê beati viri minime ! « Comme » si vous saviez de la nature intelligible ce que Platon et les M autres hommes de sa trempe céleste ont ignoré. » Plot, ibid. Il revient encore aux Gnostiques en d'autres endroits , et toujours avec la même véhémence. « Vous vous faites un mérite , » ajoute^t-il , de ce qui doit vous être reproché sans cesse ; » vous vous croyez plus instruits , parce qu'en ajoutant vos ex- » travagances aux choses sensées que vous^vez empruntées , » vous avez tout corrompu. »
. D'oii il s'ensuit qu'à travers le système de la philosophie orien'taie , quel qu'il fikt , on reconnaissait des vestiges de pythagoricoplatonisme. Us avaient changé lesdénominatioi}s. Ils admettaient la transmigration des âmes d'un corps dans un autre. Us professaient la Trinité de Platon , l'être , l'entendement et un troisième architecte ; et ces conformités , quoique moins marquées peut-être qu'elles ne le paraissaient à Plotin , n'étaient pas les seules qu'il y eût entre le gnosbme et le platonico-pythagorisme. '
Le platonico-pythagorisme passa de la Grèce à Alexandrie. Ltes Egyptiens avides de tout ce qui concernait la divinité , accoururent dans cette ville , fameuse par ses philosophes. Us brouillèrent leur doctrine avec celle qu'ils y puisèrent. Ce mélange passa dans la Chaldée , où il s'accrut encore des chimères de 2ioroastre , et c'est ce chaos d'opinions qu'il faut regarder comme la philosophie orientale , ou le gnosisme , qui introduit avec ses sectateurs dans l'Eglise de Jésus-Christ , s'empara de ses dogmes , les corrompit , et y produisit une multitude incroyable d'hérésies qui retinrent le nom de gnosisme^
Leur système de théologie consistait à supposer des émanations, et à appliquer ces émanations aux phénomènes du monde visible. C'était une espèce d'échelle oii des puissances moins parfaites placées les unes au-dessous des autres , formaient autant de degrés depuis Dieu jusqu'à^ Thomme ^ oii commençait le mal
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moral. Toute la portion de la chaîne comprise entre le grand abîme incompréhensible ou Dieu jusqu'au monde ëtait bonne , d'une bonté qui allait à la vérité en dégénérant; Je reste était mauvais^ d'une dépravation qui allait toujours en augmen-*tant. De Dieu au monde visible , la bonté était en raison inverse de la distance ; du monde au dernier degré de la chaîne, la méchanceté était en raison directe de la distance.
Il y avait aussi beaucoup de rapport entre cette théorie et celle de la cabale judaïque.
Les principes de Zoroastre ; les séphiroths des Juifs ; les éons des Gnostiques ne sont qu'une même doctrine d'émanations , sous des expressions différentes. Il y a dans ces systèmes des sexes différens de principes , de séphiroths , d'éons , parce q^'il y fallait expliquer la génération d'une émanation y et la propagation successive de toutes.
Les principes de 2iOroastre , les séphiroths de la cabale , les éons perdent de leur perfection à mesure qu'ils s'éloignent de Dieu dans tous ces systèmes , parce qu'il y fallait expliquer Vorigine du bien et du mal physique et moral.
Quels moyens l'homme avait-il de sortir de sa place, de changer sa condition misérable , et de s'approcher du principe premier des émanations ? C'était de prendre son corps en aversion ; d'affaiblir en lui les passions ; d'y fortifier la raison ; de méditer ; d'exercer des œuvres de pénitence ; de se purger ; de faire le bien ; d'éviter le mal , etc.
Mais il n'acquérait qu'à la longue, et après de longues transmigrations de son âme dans une longue succession de corps , cette perfection qui l'élevait au-dessus de la chaîne de ce monde visible. Parvenu à ce degré , il était encore loin de la source divine ; mais en s'attachant constamment à ses devoirs , enfin il y arrivait ; c'était là qu'il jouissait de la félicité complète.
Plus one doctrine est imaginaire , plus il est facile de l'altérer; aussi les Gnostiques se divisèrent-ils en une infinité de secteg différentes.
L'éclat des miracles et la sainteté de la morale du Christianisme les frappèrent; ils embrassèrent notre religion , mais sans renoncer à leur philosophie, et bientôt Jésus -Christ ne fut pour eux qu'un bon très-parfait , et le Saint-Esprit un autre.
Comme ils avaient une langue toute particulière , on les entendait peu. On voyait en gros qu'ils s'écartaient de la simplicité du dogme , et on les condamnait sous une infim'té de faces diverses.
On peut voir à f article Cabale , ce qu'il y a de commun entre a. 16
la philosophie orientale et la philosophie judaïque; à Varticle Ptthagobe , ce que ces sectaires avaient emprunté de ce philosophe ^ k l'article Platonisue , ce qu'ils devaient à Platon ; à Fartiile 3ts\:^Qmasr et Gnostiqce, ce qu'ils avaient reçu du Christianisme; et l'extrait abrégé qui va suivre de la doctrine de Zoroastre j montrera la conformité de leurs idées avec celle de cet homme célèbre dans l'antiquité .
Selon Zoroastre , il y a un principe premier , infini et étemel. ^ De ce premier principe éternel et infini , il en est émané deux autres*
Cette première émanation est pure , active et parfaite.
Son origine , ou son principe , est le feu intellectuel.
Ce feu est très-parfait et très- pur.
Il est la source de tous les êtres y immatériels et matériels.
Les êtres immatériels forment un monde. Les matériels en forment un antre.
Le premier a conservé la lumière pure de son origine ; le second Ta perdue. Il est dans les ténèbres , et les ténèbres s'accroissent à mesure que la distance do premier principe est plus grande.
Les dieux et les esprits voisins do principe lumineux , sont ignés et lumineux.
Le feu et la lumière vont toujours en s'affaiblissant ; oit cessent la chaleur et la lumière , commencent la matière , les ténèbres et le mal , qu'il faot attribuer à Arimane et non à Oresmade.
La linnière est d'Orosmade ; les ténèbres sont d' Arimane : ces principes et leurs effets sont incompatibles.
La matièi^e dans une agitation perpétuelle tend sans cesse à se spiritualiser , à devenir lucide et active.
Spiritualisée , active et lucide , elle retourne à sa source , au feu pur , à Mithras , oii son imperfection finit , et oh elle jouit de la suprême félicité.
On voit que dans ce système, l'homme confondu avec tons les -jtres du monde visible , est compris sous le noiii commun de mùtière.
Ce que nous venons d'exposer de la philoaophiê ^rienUtU y laisse encore beaucoup d'(4)9curité. Nous connaîtrions mieux l'histoire des hérésies com()rises sous le nom de gnoêisme ; noua aurions les livres des Gnostiques ; ceux qu'on attribue à Zoroastre, Zostriam , Mésus, Allogène ne seraient pas supposés , que nous ne serrons pas encore fort instruits. Comment se tirer de leur nomenclature? comment apprécier la juste v^leor de leurs me-
taphores? comment interpréter leurs symboles ? comment suivre le Bl de leurs abstractions? comment exaller son imagination au point d'atteindre à la leur ? comment s'enivrer et se rendre fou assez pour les entendre ? comment débrouiller le chaos de leurs opinions? Contentons- nous donc du peu que nous en savons, et jugeons assez sainement de ce que nous ^ons , pour ne pas re* gretter ce qui nous manque.
ORIGINALITÉ, s. f. ( Gramm.)^ manière d'exécuter une cbose commune, d'une manière singulière et distinguée : Vori^inalité est très-rare. La plupart des hommes ne sont en tous genres, que des copies les uns des autres. Le titre d^original se donne en bonne et en mauvaise part.
ORIGINE, s. f. {Gramm.)y commencement, naissance, germe, pnncipe de quelque chose. V origine des plus grandes maisons a d'abord été fort obscure. Les pratiques religieuses de. nos jours ont presque toutes leur origine dans le paganisme. Une mauvaise plaisanterie a été Vorigine d'un traité fatal à la nation, et d'une guerre sanglante oii plusieurs milliers d'hommes ont perdu la vie. Ménage a écrit des origines de notre langue.
0(JBLI, s. m. ( Gramm, ), terme relatif k la mémoire. Tomber dans VottbH , c'est passer de la mémoire des hommes. Ce sont les hommes de génie qui envient les grandes actions k Voubli, U j eut , dit Horace , des héros avant le règne d'Agamemnon ; mais leurs noms sont tombés dans Voubls; une nuit éternelle ensevelit leurs actions; on ignore leurs travaux; on ne les regrette point ; on ne donne point de larmes à leurs malheurs , parce qu'il ne s*est point trouvé un homme inspiré des dieux , qui les ait chantés. Le poète , au défaut d'un héros , peut chanter les dieux , la nature , et celle que son cœur adore , et s'immortaliser lui-même. Les autres hommes au contraire ne tiennent l'immortalité que de lui. Comparaison de la gloire qui s'acquiert par les lettres , et de celle qui s'acquiert par tout autre moyen ; beau sujet de discours académique, oii l'on n'aurait pas de peine k taire entrer l'éloge du fondateur de l'académie , du roi , du cardinal de Richelieu , des gens de lettres, des académiciens, de tons les hommes illustres qui ont été honorés de ce titre, oit l'homme lettré ne perdrait rien de son importance, pesé dans la balance avec le grand politique, le grand capitaine, le grand monarqne ; et oii il ne serait pas difficile de prouver qu'une belle ode est bie» une chose aussi rare , aussi grande , aussi précieuse , qu'une bataille gagnée.
OUBLIER, V. act. {Oramm. ), perdre la mémoire; on oublié une langue qu'on a apprise ; on oublie quelquefois ses amis dans Tabsence ou 4aii5 le besoin ; on oublia une injure; on D'oubli (^
rien pour pallier ses torts ; on oublie de faire une visite utile } on oiiblieXe respect qu'on doit à un magistrat; on s'oublie quand on perd de vue ce qu'on est ; l'homme s'oublie dans le plaisir } il y a des occasions où il ne faut pas s'oublier^ etc. D'où l'oa voit combien de formes diverses le besoin fait prendre à ces expressions , et combien la langue est pauvre , comparée k la nature et à l'amendement.
PACIFICATION, s. f. ( ffisl. mod. ), l'action de remettre ou de rétablir la paix et la tranquillité dans un état.
Dans notre histoire y on entend par édit de pacificalion plusieurs ordonnances des rois de France , rendues pour pacifier les troubles de religion qui s'élevèrent dans le royaume pendant le xv« siècle.
François I et Henri II avaient rendu des édits très-sévères contre ceux qui feraient profession des nouvelles opinions de Luther et de Calvin. Charles IX, en i56i , suivit à cet égard les traces de ses prédécesseurs; mais les hommes souffriront toujours impatiemment qu'on les gène sur un objet , dont ils croient ne devoir compte qu'à Dieu; aussi le prince fut-il obligé aa mois de janvier i562 , de révoquer son premier édit par un nouveau qui accordait aux prétendus réformés le libre exercice de leur religion , excepté dans les villes et bourgs du royaume. £a j563 , il donna à Amboise un second édit de pacification qui accordait aux gentilshommes et hauts-justiciers , la permission de faire faire le prêche dans leurs maisons pour leur famille et leurs sujets seulement. On étendit même ce privilège aux villes , mais avec des restrictions qui le rendirent peu favorable aux Calvinistes; au lieu qu'on les obligea à restiti^r aux Catholiques les églises qu'ils avaient usurpées. L'édit de Lonjumeau suivit en i558; mais les deux partis qui cherchaient à s'y tromper mutuellement, étant peu de temps après rentrés en guerre, Charles IX , par un édit donné à Saint-Maur au mois de septembre i568, révoqua tous les précédens édits de pacification. Cependant la paix ayant été faite le 8 aodt 1670 , dès le 10 du même mois , ce prince rendit un nouvel édit , qui , aux' privilèges accordés par les précédens, ajouta celui d'avoir quatre places de sâreté ; savoir , la Rochelle , Montauban , Coignac et la Charité , pour leur servir de retraite pendant deux ans.
Le massacre de la Saint-Barlhélemi et un édit qui le suivit de près, annulla toutes ces conditions; mais Henri III, en 1576, donna un nouvel édit de pacification plus favorable aux Calvinistes, qu'aucun des précédens; la ligue qui commença alors, le fit révoquer aux états de Blois sur la fin de la même année ; mais le roi se vit obhgé de faire en leur faveur l'édit de Poitiers
du 8 septembre 1577, P®*" lequel en rétablissant à certains égards, et en restreignant à d'autres les privilèges accordés par les précédens édits pour le libre exercice de leur religion , il leur accorda déplus d'avoir des chambres mi-parties, et huit places de sûreté pour six ans , savoir , Montpellier , Aiguesmortes , Nyons , Seyne, la Grand'Tour, et Serres, en Dauphfné; Périgueux, la Kéole, et le mas de Verdun en Guienne. Mais en i585 et 1 588, la ligue obtint de ce prince la révocation totale de ces ëdits.
Enfin Henri IV, en iSgi , cassa les derniers édits d'Henri HI , et en iSgS donna k Nantes ce fameux édit de paclffcaùon, qui entre autres choses permettait aux prétendus réformés l'exercice public de leur religion dans tous les lieux oii il avait été fait publiquement pendant les années i5g6 et 1^97, et leur eu accordait l'exercice particulier à deux lieues des principales villes , pour chaque bailliage oti on n'en pouvait établir l'exercice public sans trouble. Louis XIII le confirma à Nimes , en 1610, et Louis XIV, en 1632, pendant les troubles de la minorité ; mais il le révoqua en i656 , et le supprima en i685.
Les Protestans se sont plaints avec amertume de la révocation de l'édit de Nantes , et leurs plaintes ont été fortifiées de celles de tous les gens de bien catholiques , qui tolèrent d'autant plus volontiers l'attachement d'un protestant à ses oiiinioos , qu'ils auraient plus de peine à supporter qu'on les troublât dans la profession des leurs ; de celles de tous les philosophes , qui savent combien notre façon de penser religieuse dépend peu de nous , et qui prêchent sans cesse aux souverains la tolérance générale , et aux peuples l'amour et la concorde ; de celles de tous les bons politiques qui savent les pertes immenses que l'état a faites par cet édit de révocation , qui exila du royaume une infinité de familles , et envoya nos ouvriers et nos manufactures chez l'étranger.
Il est certain qu'on viola à l'égard des Protestans , la foi des traités et des édits donnés et confirmés par tant de rois y et c'est ce que Bayle démontre sans réplique dans ses leltres critiqués sur l'histoire du Calvinisme. Sans entrer ici dans la question , si Je prince a droit ou non de ne point tolérer les sectes opposées à la religion dominante dans son état , je dis que celui qui penserait aujourd'hui qu'un prince doit ramener par la force tous ses sujets à la même croyance , passerait pour un homme de sang ; que grâces à une infinité de sages écrivains , on a compris que rien n'est plus contraires la saine religion , à la justice , à la bonne politique et à l'intérêt public ^ue la tyrannie sur les âmes.
On ne peut nier que Tétat ne soit dans un danger imminent lorsqu'il est divisé par deux cultes opposes , et qu'il est difficile d'établir une paix solide entre ces deux cultes 5 mais est-ce une raison pour exterminer les adhérens à l'un des deux? n'en serait-ce pas plutôt une au contraire pour affaiblir l'esprit de fanatisme , en favorisant tous les cultes indistinctement? moyen qui appellerait en même temps dans l'état une infinité d'étrangers ^ qui mettrait sans cesse un homme à portée d'en voir un autre séparé de lui par la manière de penser sur la religion , pratiquer cependant les mêmps vertus , traiter avec la même bonne foi, exercer les mêmes actes de cluu'tti , d'humanité et de bienfaisance ; qui rapprocherait les sujets les uns des autres ^ qui leur inspirerait Id respect pour la loi civile qui les protégerait tous également ; et qui donnerait k la morale que la nature a gravée dans tous les cœurs , la préférence qu'elle mérite.
Si les premiers chrétiens mouraient en bénissant les empereurs païens , et ne leur arrachaient pas par la force des armes des édits favorables à la religion, ils ne s'en plaignaient pas moins amèrement de la liberté qu'on leur ôtait > de servir leur Dieu selon la lumière de leur x:onscience.
En Angleterre , par édit de pacification on entend ceux que fit le roi Charles I , pour mettre iîn aux troubles civils entre l'Angleterre et l'Ecosse en i638. Foyez Édit.
On appelle aussi pacification en Hongrie des conditions proposées par les états du royaume , et acceptées par l'archiduc Léopold en i655; mais ce prince devenu empereur, ne se piqua pas de les observer exactement , ce qui causa de nouveaux troubles dans ce royaume pendant tout son règne.
PAIN BÉNI {Hiat. Ecoles.) , c'est un pain que l'on bénit tous les dimanches à la messe paroissiale , et qui se distribue ensuite aux fidèles.
L'usage était dans les premiers siècles du Christianisme , que tous ceux qui assistaient h la célébration des saints mystères ^ participaient à la conmiunion du pain qui avait été consacré f mais l'Église ayant trouvé de l'inconvénient dans cette pratique, à cause des mauvaises dispositions ou pouvaient se trouver les Chrétiens , restreignit la communion sacramentelle à ceux qui s'y étaient duement préparés. Cependant pour conserver la mémoire de l'ancienne communion , qui s'étendait à tous , on continua la distribution d'un pain ordinaire , que l'on bénissait , comme l'on fait de nos jours.
Au reste , le goût du luxe et d'une magnificence onéreuse. à bien du monde , s'étant glissé jusque dans la pratique de la religion, Tusago s'est introduit dans les grandes villes de donner au
llenie pain , du gâteau plus ou moins délicat , et d'y joindre d'autres accompagnemens coûteux et embarrassaos ; ce qui constitue les familles médiocres en des dépenses qui les incommodent , et qui seraient employées plus utilement pour de vrais besoins. On ne croirait pas , si on ne le montrait par un calcul exact , ce qu'il en coûte à la nation tous les ans pour ce seul article.
On sait qu'il y a dans le royaume plus de quarante raille paroisses oii l'on distribue du pain béni , quelquefois même à deux graod'messes en un jour , sans compter ceux des confréries , ce^x des diifêrens corps des arts et du négoce. J'en ai vu fournir vingt-deux pour une fête par les nouveaux maîtres d'une communauté de Paris. On s'étonne qu'il y ait tant de misère parmi it nos extravagances et nos folies , je en ait pas encore davantage, e crois qu'on peut du fort au faible , tain béni y compris les embarras et les lus environ pour chaque fois qu'on le m peu moins dans les campagnes , il en ts les villes , et bien des gens trouveront Faible ; cependant quarante mille pains font quatre - vingt mille livres , somme [uante - deux dimanches , fait plus de
ci 4900^9^<>^ lî^*
largne cette dépense au public ? On l'a
1 ne porte pas plus de bénédiction que
ir le bénir; et par conséquent on peut
I coûte rien , et supprimer la dépense du
^ ne vraie perte.
, disons un mot du luminaire. 11 n'y a guère d'apparence de le supprimer tout-à-fait ; nous sommes encore trop enfans, trop esclaves de la coutume et du préjugé^ pour sentir qu'il est des emplois du bien plus utiles et plus religieux , que de brûler des cierges dans une église. Néanmoins tout homme éclairé conviendra qu'on peut épargner les trois quarts du luminaire qui se prodigue aujourd'hui , et qui n'est proprement qu'une pieuse décoration. Cela posé , il y a dans le royaume plus de quarante mille églises en paroisses; on en peut mettre un pareil nombre pour les églises collégiales , coQvens , communautés , etc. , ce qui fait quatre-vingt mille églises pour le tout. J'estime du plus au moins l'épargne du luminaire'qu'on peut faire en chacune , k 5o liv. par année ; cette somme, bien que modique, multipliée par quatre - vingt mille églises y- produit quatre millions par an. Voilà donc avec les
quatre millions ci -dessus , une perte annuelle Ae huit millions dans le royaume ; et cela pou^ de petits objets et de menus frais auxquels on n'a peut-être jamais pensé , ci . . . . 8,000,000 liv. Combien d'autres inutilités cpùteuses en ornemens superflus, en sonneries , processions , reposoirs , etc. Populus hic lahiia me honorât , cor autem eorum kngè est à me, Matt. x%>. 8,
La religion ne consiste pas à décorer des temples , à charmer les yeux ou les oreilles ; mais à révérer sincèrement le créateur , et à nous rendre conformes à Jésus-Christ. AimoOs Dieu d'un amour de préférence , et craignons de lui déplaire en violant ses conmiandemens ^ aimons notre prochain conune nous-mêmes , et soyons en conséquence toujours attentifs à lui faire du bien y ou du moins toujours en garde pour ne lui point faire de mal ; enfin remplissons le devoir de notre état : voilà précisément la religion que Dieu nous prescrit, et c'est celle-là tout juste que les hommes ne pratiquent point ^ mais ils tâchent de compenser ces manquemens d'une autre manière : ils se mettent en frais , par exemple , pour la décoration des autels , et pour la pompe des cérémonies ; les omemens , le luminaire^ le chant , la sonnerie , ne sont pas épargnés ; tout cela fait proprement l'âme de leur religion , et la plupart ne connaissent rien au-delà. Piété grossiër-e et trompeuse , peu conforme à l'esprit du Christianisme , qui n'inspire que la bienfaisance et la charité fraternelle !
Que de biens plus importans à faire , plus dignes des imitateurs de Jésus-Christ ! Combien de malheureux , estropiés , infirmes , sans secours et sans consolation ! Combien de pauvres honteux sans fortune et sans emploi ! Combien de pauvres ménages accablés d'enfans ! Con^bien enfin de misérables de toute espèce , et dont le soulagement devrait être le graàd objet de la commisération chrétienne ! objet par conséquent à quoi nous devrions consacrer tant de sommes que nous prodiguons ailleurs sans fruit et sans nécessité.
PAIX , s. f . ( Droit neU, politique et moral. ) ; c'est la tran-? qnillité dont une société politique jouit ^ soit au dedans , par le bon ordre qui règne entre ses membres } soit au dehors y par la bonne intelligence dans laquelle elle vit avec les autres peuples. Hobbes a prétendu que les hommes étaient sans cesse dans un état de guerre de tous contre tous ; le sentiment de ce philosophe atrabilaire ne parait pas mieux fondé que s'il eût dit que l'état de la douleur et de la maladie est naturel à l'homme. Ainsi que les corps physiques , les corps politiques sont sujets à des révolutions cruelles et dangereuses , quoique ces infirmités soient des suites nécessaires de la faiblesse humaine , elles ne
peuvent être appelles un état naturel. La gnerre est un fruit de la dépravation des hommes ; c'est une maladie convulsive et violente du corps politique; il n'est en santé , c'est-à-dire dans son état naturel , que lorsqu'il jouit de la paix ; c'est elle qui donne de la vigueur aux empires ; elle maintient l'ordre parmi les citoyens ; elle laisse cnx lois la force qui leur est nécessaire 5 elle favorise la population , ^'agriculture et le commerce ; en un mot elle procure aux peuples le bonheur qui est le but de toute société. La guerre au contraire dépeuple les états \ elle y fait régner le désordre ; les lois sont forcées de se taire à la vue de la licence qu'elle introduit ; elle rend incertaines la liberté et la propriété des citoyens ; elle trouble et fait négliger le commerce ; les terres deviennent incultes et abandonnées. Jamais les triomphes les plus éclatans ne peuvent dédommager une nation de la perte d'une multitude de ses membres que la guerre sacrîfte ; ses victoires mêmes lui font des plaies profondes que la paix seule peut guérir.
Si la raison gouvernait les hommes , si elle avait sur les chefs des nations l'empire qui lui est dû , on ne les verrait point se livrer inconsidérément aux fureurs de la guerre , ils ne marqueraient point cet acharnement qui caractérise les bétes féroces. Attentifs à conserver une tranquillité de qui dépend leur bonheur , ils ne saisiraient point toutes les occasions de troubler celle des autres ; satisfaits des biens'que la nature a distribuée à tous ses enfans y ils ne regarderaient point avec envie ceux qu'elle a accordés à d'autres peuples; les souverains sentiraient que des conquêtes payées du sang de leurs sujets , ne valent jamais le prix qu'elles ont coûté. Mais par une fatalité déplojrable , les nations vivent entre elles dans une défiance réciproque; perpétuellement occupées à repousser les entreprises injustes des autres , ou à en former elles-mêmes , les prétextes les plus frivoles leur mettent les armes à la main , et l'on croirait qu'elles ont une volonté permanente de se priver des avantages que la Providence ou leur industrie leur ont procurés. Les passions aveugles des princes les portent à étendre les bornes de leurs états ; peu occupés du bien de leurs sujets , ils ne cherchent qu'à grossir le nombre des hommes qu'ils rendent malheureux. Ces passions allumées ou entretenues par des ministres ambitieux, ou par des guerriers dont la profession est incompatible avec le repos , ont eu dans tous les âges les effets les plus funestes pour l'humanité. L'histoire ne nous fournit que des exemples de pai:é violées, de guerres injustes et cruelles, de champs dévastés, de villes réduites en cendres. L'épuisement seul semble forcer les princes à la paix ; ils s'aperçoivent toujours trop tard que le
sang iu cîtojen s*est mêlé à celui de rennemi ; ce carnage înntile n'a servi qu'à cimenter l'édifice chimérique de la gloire du conquérant 9 et de ses guerriers turbulens; le bonheur de ses peuples est la première victime qui est immolée à son caprice ou aux vues intéressées de ses courtisans.
Dans ces empires , établis autrefois par la force des armes , ou par un reste de barbarie, la guerre feu le mène aux honneurs^ à la considération , à la gloire ; des princes ou des ministres pacifiques sont sans cesse exposés aux censures^, au ridicule , à la haine d'un tas d'hommes de sang , que leur état intéresse an désordre. Probus , guerrier doux et humain , est massacré par ses soldats pour avoir décelé ses dispositions pacifiques. Dans un gonvemement militaire le repos est pour trop de gens un état violent et incommode ; il faut dans le souverain une fermeté inaltérable , un amour invincible de l'ordre et du bien public , pour résister aux clameurs des guerriers qui l'environnent. Leur voix tumultueuse étouffe sans cesse le cri de la nation , dont le seul intérêt se trouve dans la tranquillités Les partisans de la guerre ne manquent point de prétexte pour exciter le désordre et pour faire écouter leurs vœux intéressés : «» c'est par la guerre , » disent-ils , que les états s'affermissent ; une nation s'amollit , » se dégrade dans la paix; sa gloire l'engage à prendre part aux » querelles des nations voisines ; le parti du repos n'est celui » que des faibles. » Les souverains trompés par ces raisons spécieuses , sont forcés d'y céder ; ils sacrifient à des craintes , k des vues chimériques la tranquillité , le sang et les trésors de leurs suîets^. Quoique l'ambition , l'avarice , la jalousie et la mauvaise foi des peuples voisins ne fournissent que trop de raisons légitimes pour recourir aux armes , la guerre serait beaucoup moins fréquente , si on n'attendait ^ue des motifs réels ou une nécessité absolue de la faire ; les princes qui aiment leurs peuples , savent que la guerre la plus nécessaire est toujours funeste , et que jamais elle n'est utile qu'autant qu'elle assure la paix. On disait au grand Gustave, que par ses glorieux succès il paraissait que la Providence l'avait fait nattre pour le salut des hommes ; que son courage était un don de la Toute-Puissance, et un effet visible de sa bonté. Dites plutôt de sa colère , répartit le conquérant j si la guerre que je fais est un remède , il est plus insup^ portable que vos maux,
PALINODIE, s. f. ( Belles^Lettres. ) , discours par lequel on rétracte ce que l'on avait avancé dans un discours précédent. De là vient cette phrase , palinodiam canere , chanter la palr^ nodie , c'est-à-dire faire une rétractation, royez Kétractatiox.
Ce mot vient du grec wixa ^ de nouveau , derechef^ et «i/JW ♦
P A sSi
chdxnter, ou «Vif « chant ^ en latin r€cantatio\ ce qui signifie proprement un désaveu de ce qu'on avait dit : c'est pourquoi tout poëme, et en général toute pièce qui contient une rétractatiou de quelque offense faite par un poète à qui que ce soit , s'appelle palinodie.
On en attribue l'origioe au poète Stésichore et k cette occasion. Il avait maltraité Hélène dans un poème fait à dessein contre elle. Castor et Pollux , au rapport de Platon , vengèrent leur soeur outragée en frappant d'aveuglement le poète satirique ; et pour recouvrer la vue , Stésichore fut obligé de chanter la /mk/i*
i poème, en soutenant qu'Hélène .11 louait également ses charmes i'avoir obtenu la préférence sur
religion chrétienne , S. Justin , i sous ce titre une hymne qu'ils rt belle pour le fond des choses le lecteur en va juger, même par
[e ciel tout entier ne fait qne sa trône d'or , et entouré d'anges it la terre; de sa droite il atteint m ; à son aspect les plus hautes mers frissonnent dans leurs plus
ader qu'Orphée qui avait établi
divinités , ait pu changer ainsi
able palinodie ; aussi la critique
euses qui ne forent pas inconnues
aux premiers siècles du Christianisme.
La sixième ode du premier livre des odes d'Horace , qui commence par ces mots , 6 maire pulchra filia pulckrior , est ime vraie palinodie , mais la plus mignonne et la plus délicate.
PAPEGAI, s. m. ( Uêoge. ) Le papegai ou papegaut , comme l'on parle en quelques provinces, est proprement un but, ou , pour mieux dire , un oiseau de bois garni de plaque de (er , et que des habitans d'une ville ou bourgade se proposent d'abattre à coup de fusil : c'est ce qu'on nomme ordinairement Vexercice de C arquebuse. Le vainqueur ou le roi , c'est-à-dire celui qui abat l'oiseau a , dans plusieurs contrées du royaume, des attributions assignées sur le produit des aides.
Sur quoi j'observe que cet exercice n'étant plus nécessaire , comme il pouvait l'être autrefois, il conviendrait deie supprimer tout-à-fait^ d'autant plus qu'il est dangereux^ à bien des égards,
et qu'on en voit souvent arriver des malheurs ; outre que la chasse étant communément défendue aux bourgeois et aux peuples , il leur est inutile , ou même nuisible de contracter une habitude qui peut devenir vicieuse. Cela posé , les attributions faites aux rois de l'arquebuse pourraient devenir beaucoup plus utiles, si l'on en faisait un encouragement pour les opérations champêtres , que notre ministère s'empresse d'aider et de perfectionner.
Dans cette vue, on pourrait fonder pour prix annuel de l'économie rustique en chaque arrondissement de la campagne , une médaille d'or de cinquante francs, au moins, h prendre sur le produit des aides, on sur les autres fonds destinés à l'arquebuse; et cela en faveur des laboureurs et ménagers «qui au jugement de leurs pareils seront reconnus les plus laborieux et les plus habiles; et que l'on estimera tant par les productions et les récoltes , que par les entreprises et les inventions nouvelles. Chaque lauréat portera sa piédaille , comme une marque d'honneur , et cette distinction l'exemptera pendant l'année, lui et toute sa famille , de la milice , des collectes et -des corvées. Ceux qui rendront leur médaille, recevront la valeur en argent. Ce genre de récompense paraîtrait mieux employé qu'à l'exercice de l'arquebuse.
PARMÉNIDÉENNE. Philosophie, ou Philosophie de Parmé- HîOE. ( Hisi. de la Philosophie. ) Parménide fut un des philosophes de la secte Eléatique. Voyez ce que nous en avons dit à Variicle Eléatique, secte. Selon lui , la philosophie se considérait ou relativement à l'opinion et à la sensation , ou relativement à la vérité. Sous le premier point de vue, la matiëre étant en vicissitude perpétuelle , et les sens imbéciles et obtus , ce que l'on assurait lui paraissait incertain , et il n'admettait de constant et d'assuré que ce qui était appuyé sur le témoignage de la raison : c'est là toute sa logique. Sa métaphysique se réduisait au petit nombre d'axiomes suivans. Il ne se fait rien de rien. Il n'y a qu'un seul principe des choses. Il est immobile et immuable : c'est l'Être universel : il est éternel ; il est sans origine , sa forme est sphértque ; il est le seul Être réel : le reste n'est rien ; rien ne s'ongendre , rien ne périt. Si le contraire nous parait , c'est que l'aspect des choses nous en impose. Sa physique n'est guère plus étendue , ni plus savante. Il regardait le froid et le chaud comme les principes de tout. Le feu ou le chaud, c'est la même chose. La terre ou le froid , c'est la même chose; Le feu est la cause efficiente; la terre est la cause matérielle. La lune erapriu|^tc du soleil sa lumière , et , à proprement parler , elle brille <m même éclat. La terre est ronde : elle occupe le
centre : elle est suspendue en un équilibre, que sa distance égale de tout ce qu'on peut regarder comme une circonférence, entretient. Elle peut être ébranlée , mais non déplacée. Les hommes sont sortis du limon, par l'action du froid et du chaud. Le monde passera 3 il sera consumé. La portion principale de l'âme réside dans le cœur.
Il s'occupa beaucoup de la dialectique , mais il ne nous reste rien de ses principes : on lui attribue l'invention du sophisme de Zenon , connu sous le nom à^ Achille,
Platon nous a laissé un dialogue intitulé , le Parménide, parce que le philosophe Éléatique y fait le rôle principal. Voici les principes au'on y établit.
Itude. L'unité est l'idée origiou pluralité est des individus
jres communes qui contiennent ises , qui les constituent et qui
le unité commune dans chaque
le peuvent ni se concevoir , ni >ece que par l'unité commune, chose les individus. L'espèce est
ïndement comme des notions;
des causes.
lent aui choses l'existence et la
Il n'y a rien qu'on ne puisse réduire à l'unité de l'idée ; ces choses en elles-mêmes sont donc réellement invisibles.
Il y a l'idée du beau , c'est la même que celle du bon ; il y a les choses ou leurs idées.
La première est Dieu : les autres sont les espèces des choses dans l'ordre de la nature.
U y a dans ces idées secondaires une sorte d'unité, le fondement des singuliers.
L'espèce distribuée en plusieurs individus séparés est une, toute en elle, non-distincte d'elle.
Son étendue a plusieurs individns , ne rend point son idée divisible. L'idée a son essence en soi , l'individu a son idée propre : l'idée , comme telle, n'est donc pas un simple rapport.
Les notions que nous avons sont conformes aux idées des choses ^ elles rendent leurs formes éternelles 5 mais ce ae sont que
des images , et non des êtres réels; cVst le fondement da commerce de la nature et de l'entendement. ^
La première idée archétype a ses propriétés , comme d'être ■«impie on une , sans parties , sans figure , sans mouvement , sans limites y infinie , éternelle , cause de l'e&istence des choses et de leurs facultés , supérieure à toute essence j diffuse en tout ^ et circonscrivant la multitude dans les limites de l'unité.
hes idées secondaires ont aussi leurs propriétés , comme d'être unes, mais finies, d'exister k là vérité dans l'entendement divin, mais de se voir dans les individus , comme l'humanité dans l'homme : elles sont unes et diverses, unes en elles-mêmes, diverses dans les singuliers : elles sont eu mouvement et en repos ; elles agissent par des principes contraires , mais il est un lien commun de similitude qui lie ces contraires } il y a donc quelque chose d'existant qui n'est pas elles : elles agissent dans le temps , mais quelle que soit leur action , elles demeurent les mêmes.
Toute cette métaphysique a bien du rapport avec le système de Leibnitz , et ce philosophe ne s'en défendait guère.
On peut la réduire en peu de mots à ceci. L'existence difiere de l'essence ; l'essence des choses existantes est hors deis choses : il y a des semblables et des dissemblables. Tout se reporte à certaines classes et à certaines idées. Toutes les idées existent dans une unité; cette unité, c'est Dieu. Toutes les choses sont donc unes. La science n^est pas des singuliers , mais des espèces ; elle diffère des choses existantes. Puisque les idées sont en Dieu, elles échappent donc à l'homme ; tout lui est incompréhensible et caché ; ses notions ne sont que des images , des ombres.
Nous craignons que Platon n'ait fort altéré la philosophie de Parmcnide. Quoi qu'il en soit , voilà ce que nous avons cru devoir en exposer ici , avant que de passer au temps ou les opinions de ce philosophe reparurent sur la scène , élevées sur les ruines de celles d'Aristote et de Platon, par un homme qui n'est pas aussi connu qu'il le méritait , c'est Bernardinus Telesius.
Telesius naquit dans le royaume de Naples , en i5o8, d'une famille illustre. On lui reconnut de la pénétration : on l'encouragea à l'étude des lettres et de la philosophie ; et l'exemple et les leçons d'Antoine Telesius son oncle ne lui furent pas inutiles. Il passa ses premières années dans les écoles de Milan. De là il alla à Rome, où il cultiva tout ce qu'il y avait d'hommes célèbres. La nécessité de prendre possession d'un bénéfice qu'on lui avait conféré , le rappela dans sa patrie. U y vivait ignoré et tranquille lorsqu'elle fut prise et saccagée par les Français. Telesius fut jeté dans une prison oit il aurait perdu la vie , sans
ejuelqnes protecteurs qui se souvinrent de lui et qui obtinrent sa
liberté. Il se réfugia à Padoue , oii il se livra à la poésie , à la
philosopbie et à la morale. Il fit des progrès surprcnans dans les
malbématiques ; il s'attacba à pcrfectiouoer l'optique , et ce ne
fut pas sans succès. De Padoue il revint à Rome , oii il connut
L'baid Bandinelli et Jean délia Casa ; il obtint même la faveur
de Paul IV , de retour de Rome , où il épousa Diane Sersali qui
lui donna trois eiifans. La mort prématurée de sa femme le
toucha vivement , et le ramena à la solitude et à Tétude des
sciences auxquelles les affaires domestiques l'avaient arracbé. Il
relut les anciens ; il écrivit ses pensées , et il publia l'ouvrage
intitulé , de natura , juxta propria principia. Cet onvrage fut
applaudi ; les Napolitains l'appelèrent dans leurs écoles. Il céda
2 Fessa dans cette ville sa nouvelle
t il y fonda une espèce d'académie.
I II était aimé , honoré , estimé ,
1 qui souffraient impatiemment le
1 ans ses leçons et ses écrits , s'éle-
y itèrent , et lui otèrent le repos et
J ublia dans le cours de ^e^ études
( ) nous avons cité.
Telesius. H y a trois principes des < els, c'est le froid et le chaud; un
i i matière.
ture est antérieur au mouvement i re et de nature ; il en est la cause.
kés sont du froid.
:haud.
^ le froid et le chaud , ont besoia d'une masse coqporelle qui les soutienne ; c'est la matière.
La quantité de la matière n'augmente ni ne diminue dans l'univers. La matière est sans action : elle est noire et invisible de sa nature j du reste propre à se prêter à l'action des deux principes.
Ces deux principes actifs ont la propriété de se multiplier et de s'étendre.
Ils sont toujotirs opposés , et tendent sans cesse à se déplacer.
Ils ont l'un et Tautre la faculté de connaître et de sentir nonseulement leurs propres actions » leurs propres passions , mais les actions et les passions de leur antagoniste.
Ils ont d'abord engendré le ciel et la terre : le soleil a fait le reste.
La terre a produit les mers , et les produit tons les jours. C'est à la chaleur et à la diversité de son action et de l'opposition du principe contraire qu'il faut attribuer tout ce qui différencie les êtres entre eux.
Il nous est impossible d'avoir des notions fort distinctes de ces effets.
Le ciel est le propre séjour de la chaleur : c'est là qu'elle s'est principalement retirée , et qu'elle est à l'abri des attaques du îroid.
Des lieux placés au-dessous des abîmes de la mer servent d'asile au froid : c'est là qu'il réside ^ et que la chaleur du ciel ne peut pénétrer.
La terre a quatre propriétés principales j le froid , l'opacité j la densité et le repos.
De ces quatre principes deux résident tranquilles dans ses entrailles , deux autres se combattent perpétuellement à sa sur^ face.
Ce combat est l'origine de tout ce qui se produit entre le ciel et la terre , sans en excepter les corps qui la couvrent et qu'elle nourrit.
Ces corps tiennent plus ou moins du principe qui prédomine dans leur formation.
Le chaud a prédominé dans la production du ciel et des corps célestes.
Le ciel et les astres ont un mouvement qui leur est propre. Ce mouvement varie ; mais ces phénomènes ne supposent aucune intelligence qui y préside.
Le ciel est lucide de sa nature : les astres le sont aussi , quoiqu'il y ait entre eux plusieurs différences.
Les plantes ne sont pas sans une sorte d'âme : cette âme est un peu moins subtile que celle des animaux.
Il y a différens degrés de perfection entre les animaux.
L'âme de l'homme est de Dieu. C'est lui qui la place dans leurs corps , à mesure qu'ils naissent : c'est la forme du corps ; elle est incorporelle et immortelle.
Tous les sens , excepté celui de l'ouïe y ne sont qu'un toucher.
La raison est particulière à l'homme : les animaux ne l'ont pas.
Ceux qui désireront connaître plus au long le système de Te— lesius , et ce qu'il a de conforme avec les principes de Parménide, peuvent recourir à l'ouvrage du chancelier Bacon ; ils y verront conunent des efforts que le froid et le chand font pou> se surmonter mutuellement et s'assembler, la terre pour convertir le soleil y et le soleil pour convertir la terre ; efforts qui durent sans ^esse et qui n'obtiennent point leur fin ; sans quoi le principe
du repos ou celai du mouvement s'anéantîssant , tout (inîraît: comment , dis-je , le froid et le chaud ayant des vicissitudes continuelles , il en résulte une infinité de phénomènes différens.
Ces phénomènes naissent ou de la force de la chaleur , ou de la disposition de la matière , ou de la résistance ou du concours des causes opposées.
La chaleur varie en intensité , en quantité , eu durée , eu nioyen , en succession.
La succession varie, selon la proximité, réloignement , l'allée , le retour la répétition , les intervalles.
£n s'affaiblissant , la chaleur parait avoir quelque chose de commun avec le froid , et en produire les effets.
C'est à la chaleur du soleil qu'il faut principalement attribuer les générations.
Cet astre atteint à toutes les parties de la tetre , et n'en laisse aucune sans chaleur.
Il raisonne du froid , comme il a raisonné du chaud.
Il y distingue des degrés et des effets proportionnés à ces degrési ces effets sont les contraires ydes effets du chaud.
Jetant ensuit^ les yeux sur la matière subjuguée alternativement par les deux principes , il y aperçoit la propriété d'augmenter y de diminuer et de changer la chaleur.
Ou la chaleur y préexistait, ou non ; si elle y préexistait , elle s'accroît de celle qui survient.
Nous ne pousserons pas plus loin cette analyse : ce qui précède suffit pour montrer combien on peut déduire d'effets d'uti si petit nombre de principes , et combien aussi il en reste d'inexplicables.
Mais ce qui jette particulièrement du ridicule sur les idée^ de Telesius , c'est que la terre, ce point de l'espace, devient le théâtre d'une guerre qui décide de l'état de l'univers.
Ce philosophe est moins à louer de l'édifice qu'il a bâti , que du succès avec lequel il a attaqué celui qui sr.bsistait dp son temps.
PARAITRE, verb. act. et auxil. , se montrer, se faire voir, se manifester , avoir les apparences , etc. Il se dit des personnes et . des choses. Il se lève dès que le ]our parait. Il xok paraître un livre. Il stparu de nos jours des fanatiques bien singuliers. Les muerais ont paru sur la cèle. Il a yoxxXw paraître dans cette circonstance, et cette folie l'a jeté dans une dépense ruineuse. Jamais la maxime de paraître honnête, savant, au lieu de l'étré, ne fut plus suivie qu'aujourd'hui. Cette province a été surchargée d'impÂts , et il y paraît bien. Un sceptique dit cela me parait; un dogmatique , cela est. Il n'osera paraître au spectacle.
PAROLE, s. m. (Gramm,) ^ mot articulé qui indique un objet , une idée. Il n'y a que l'homme qui s'entende et qui se 3. 17
fasse entendre en parlant. Paroh se dît finssi d'ane «Msime, une sentence. Le chrétien doit compter toutes seg parohê. Cet. homme a )e talent de la parole comme persoiiB^ pevt-^tre ne l'eut jamais. }jssparol$9 volent, les efiets restent. Les thiéologiens appelent l'Évangile la p($roU de pieu. Donner sa parole^ c'est promettre. Estimer sur paro^, c'est estimer sur reloge des autres. Porter des parole^ de mariage , et en (sutamer les propositions , c'est la même chose.
PAROLE pNfAVTiifE. { Lang . franc , ) filous appelons au propre paroles enfantines , ces demi-mots par lesquels les enfans qui p'ont pas encore l'usage lil^re d^ leur langue , expriment leurs pensées. Rien n'est plus joli que de converser avec euf dans ces premières années oii ils commencent à prononcer à moitié plusieurs mots y dont la prononciation imparfaite donne une grâce înfii^ie à tous leurs petits discours , dimidiaia verba , dàm tentant intégra pronuntiare , loçuelam ipso offensantis linguee fmgmin^ dulciorem , auscuUantibus prœbent. Mais ce langage imparfait , ce ton enfantin , cette voix à demi-basse , que quelques jolies femmes affectent d'imiter , est ridicule quand on n'est plus dana cet âge tendre ou la nature en faisait tout le charme. C'est aipsi que les mines dans un âge avancé , sont des grimaces.
PARTIR , V. n. {Gramm.) Ce verbe , relatif à la translation d'un lieu 6ié dans un autre, a un grand nombre d'acceptions. Ainsi l'on dit, les courriers parlent k différens jours et à difie* rentes heures , selon les différens lieux de leur destination. J'estime peu la vie, je ne crains ni la mort ni ses suites: je suis toujours prêt à partir- Cet homme pari de la main , il n'j a qu'à lui faire signe. Lâchez la bride à ce cheval , et il partira '9ur-le-champ. Il prend son fusil , le coup part , et l'homme est mort. Toutes ces idées partent d'un cerveau creux. Cet ouvrier pe Caisse f^r partir son ouvrage de son atelier qu'il ne soit parfait y ni ce commerçant la marchandise de sa boutique qu'elle ne soit bien payée. Partez ^ dit le maître eu fait d'armes à son écolier. Le carrier qui sépare la pierre avec le marteau et le coin , la fait partir du coup qui la fend. Ils ont toujours maille à partir y ou ils se querellent pour de^ riens. Partir en blason , voyez Parti.
Ce cheval a le partir prompt , il a de la grâce au partir. Cet musiciens ne sont pas partis ensemble , et cela a fait un treamauvais effet. Il y a eu un temps oii lorsqu'il arrivait à nos musiciens de partir à temps , et de rencontrer l'accord , c'était um hasard si heureux , qu'ils en étaient tout émerveillés.
PARTISAN , s. m. {Oramm. ), celui qui a embrassé le parti de quelqu'un ou de quelque chose. Il y eut un temps oii l'on
Goosle
pensa traiter ici les partisans de la musique italienne comme des criminels d'état. Chaque auteur a ses partisans. Je suis ^vaLuà partisan des anciens ; mais cela ne m'empêche pas de rendre justice aux modernes ^ et je ne brûle point la Jérusalem délivrée aux pieds de la statue de Virgile y ni la Henriade aux pieds de la statue d'Homère.
PARVENIR , V. û. {Gramm,), arriver au lieu oii l'on se proposait d'aller. On ne panfiendra jamais jusqu'au pôle ; on eu est empêché par la rigueur du froid , les neiges et les glaces. S'il est difficile d'atteindre au souverain bonheur , c'est qu'il est imp<] (uveraine perfection. C'est un secret
auqu s. Ce discours parvint aux. oreilles
du pi »e de s'en offenser. Les cris de l'in-
nocei rs , et ne parviennent pas jusqu'au
ciel. hautes dignités , et son élévation a
été ( mal gouverné , et à la considérar
tion reconnu son incapacité. Il est rare
qu'o lies honnêtes. Il est plus rare encore
qu'u te traitable.
Vi ), qui passe vite, qui ne durequ'ua
insta ade sont passagères. C'est une fer-
veur quefois à l'ennui d*un tempérament
qui f pper dans l'un et dans l'autre sexe ,
ou q te à de nouveaux besoins dont. on
igno] laurait satisfaire , qui entraîne tant
de je ctimes de leur inexpérience au fond
des cloîtres oii elles se croient appelées par la grâce , et oii elles ne rencontrent que la douleur et le désespoir.
PASSEDROIT , s. m. ( Politique, ) Les princes , ou ceux qui sont les distributeurs de leurs grâces , commettent des injustices que l'on nomme passedroits ; lorsqu'ils accordent des récompenses, des grades, des dignités à des personnes qu'ils veulent favoriser , au préjudice de celles qui par leurs services ou par la carrière qu'elles avaient embrassée , avaient droit d'espérer ces grâces. Les récompenses sont entre les mains des souverains , des moyens puissans pour ' exciter dans leurs sujets l'amour de Ja patrie et de leurs devoirs. Rien n'est donc plus contraire aux intérêts d'un état, que de priver ceux qui en ont bien mérité des avantages qui leur sont dûs. La douleur causée par cette privation devient encore plus sensible lorsqu'ils voient qu'on leur préfère des hommes qui n'ont d'autre titre que la faveur et l'intrigue. De telles injustices détruisent l'émulation et l'énergie nécessaires dans les personnes qui servent leur pays. Des intrigans parviennent 4 des places dont ils sont incapables , et le
inérite réel , qnî ne sait point s'abaisser à la flatterie et aux pratiques sourdes , est écarté , ou demeure eoseveli dans une obscu-^ rite qui le rend inutile à la patrie.
PASSIONS , s. f. pi. ( Philos, Logique , Morale, ) Les pencbans , les inclinations, les désirs et les aversions, poussés à un certain degré de vivacité, joints à une sensation confuse de plaisir ou de douleur , occasionés ou accompagnés de quelque ^nouvement irrégulier du sang et des esprits animaux , c'est ce que nous nommons passions. £Iles vont jusqu'à oter tout usage de la liberté , état où Tàrae est en quelque manière rendue pae^ eive ; de là le nom de passions.
L'inclination ou certaine disposition de l'âme, naît de l'opinion où nous sommes qu'un grand bien ou un grand mal est renfermé dans un objet qui par cela même excite la passion. Quand donc cette inclination est mise en jeu (et elle y est mise par tout ce qui est pour nous plaisir ou peine) , aussitôt Tâme , comme frappée immédiatement par le bien ou par le mal , ne modérant point l'opinion où elle est que c'est pour elle une cbose très-importante, la croit par là même digne de toute son attention; elle se tourne entièrement de son côté, elle s'y fixe, elle j attache tous ses sens , et dirige loutes-ses facultés à la considérer ; oubliant dads cette contemplation , dans ce désir ou dans cette crainte presque tous les autres objets : alors elle est dans le cas d'un homme accablé d'une maladie aiguë ; il n'a pas la liberté de penser à autre chose qu'à ce qui a du rapport à son mal. C'est encore ainsi que \es passions sonX les maladies de l'âme.
Toutes nos sensations, nos imaginations, même les idées intellectuelles , sont accompagnées de plaisir ou de peine , de sentimens agréables ou douloureux^ et ces sentimens sont indépendans de notre volonté; car si ces deux sources de bien et de mal pouvaient s'ouvrir et se fermer à son gré , elle détournerait la douleur, et n'admettrait que le plaisir. Tout ce qui produit en nous ce sentiment agréable , tout ce qui est propre à nous donner du plaisir, à l'entretenir , à l'accroître, à écarter ou à adoucir la peine ou la douleur, nous le nommons bien. Tout ce qui excite un sentiment opposé , tout ce qui produit un effet contraire , nous l'appelons mal.
' Le plaisir et la peine sont donc les pivots sur lesquels roulent toutes nos affections , connues sous le nom à* inclinations et de passions , qui ne sont que les différens degrés des modifications de notre âme. Ces sentimens sont donc liés intimement aux pas" gions ; ils en sont les principes , et ils naissent eux-mêmes de di* verses sources que l'on peut réduire à ces quatre.
!•• Les plaisirs ei les peines des sens. Cette douceur ou cette
amertume jointe à la sensation , sans qu'on en connaisse la cause » sans qu*on sache comment les objets excitent ce sentiment , qui s'élëye avant que l'on ait prévu le bien ou le mal que la présence et l'usage de cet objet peut procurer j ce que Ton en peut dire ^ c'est que la bonté divine a attaché un sentiment agréable à Vexer» cice modéré de nos facultés corporelles. Tout ce qui satisfait nos besoins sans aller au-delà , donne le sentiment de plaisir. La vue d'une lumière douce , des couleurs gaies sans être éblouissantes , des objets à notre portée , des sons nets , éclatans qui n'étourdissent pas , des odeurs qui n'ont ni fadeur ni trop de force , des goûts qui ont une pointe sans être trop aiguë , une chaleur tempérée , Tattoucheraent d'un corps uni 5 tout cela plaît parce que cela exerce'zios facultés sans les fatiguer. Le contraire ou l'excès produit un effet tout opposé. -
20. Les plaisirs de V esprit ou de l* imagination forment la seconde source de nos passions : tels sont ceux que procure la vue. ou la perception de la beauté prise dans un sens général , tant pour les beautés de la nature et de l'art , que pour celles qui ne sontsaisies que par les yeux de l'entendement , c'est-à-dire celles qui se trouvent dans les vérités universelles , celles qui découlent des lois générales, des causes fécondes. Ceux qui ont recherché le principe général de la beauté , ont remarqué que les objets propres à faire naître chez nous un sentiment de plaisir , sont ceux qui réunissent la variété avec V ordre ou V uniformité, La variété nous occupe par la multitude d'objets qu'elle nous présente; l'uniformité en rend la perception facile, en nous mettant à portée de les saisir rassemblés sous un même point de vue. On peut donc dire que les plaisirs de l'esprit , comme ceux des sens , ont une même origine , un exercice modéré de nos facultés.
Recourez à l'expérience ; voyez dans la musique les conson** nances tirer leur agrément de ce qu'elles sont simples et variées ; variées , elles attirent notre attention ; simples , elles ne nous fatiguent pas trop. Dans l'architecture , les belles proportigns* «ont ceHes qui gardent un juste milieu entre une uniformité ennuyeuse, et une variété outrée qui fait le goiU gothique. La sculpture n'a-t-elle pas trouvé dans les proportions du corps humain cette harmonie , cet accord dans les rapports , et cette variété des différentes parties qui constituent la beauté d^une statue? La peinture est assnjétie aux mêmes règles.
Pour remonter de Tart à la nature , la beauté d'un visage n*emprunte-t-elle pas ses charmes des couleurs douces, variées, de la régularité des traits , de Pair qui exprime différens senti- Biens de l'âme? Les grâces du corps ne consistent-elles pas dau*^
sGî P A
un juste rapport des inonvemens à la fin qu'on s'y propose ? La kiature elle-même embellie de ses couleurs douces et variées , de cette quantité d'objetâ proportionnés , et qui tous se rapportent à un tout , que nous oflre-t-elle ? une unité combinée sagement avec la variété la plus agréable. L'ordre et la proportion ont tellement droit de nous plaire , que nous l'exigeons jusque dans les productions si variées de l'enthousiasme , dans ces peintures que font la poésie et l'éloquence des mouvemens tumultueux de l'âme. A plus forte raison l'ordre doit-il régner dans les ouvrages faits pour instruire. Qu'est-ce qui nous les fait trouver beaux? si ce n'est l'unité de dessein, l'accord parfait des diverses parties entre elles et avec le tout , la peinture ou l'imitation exacte des objets des mouvemens , des sentimens , des passions , la convenance des moyens avec leur fin , un juste rapport des façons de penser et de s'exprimer avec le but qu'on se propose.
C'est ainsi que l'entendement trouve ses plaisirs dans la même source de l'esprit et de l'imagination } il se plaît à méditer des vérités universelles qui comprennent sous des expressions claires une multitude de vérités particulières , et dont les conséquences se multiplient presque à l'infini. C'est ce qui fait poifr certains esprits les charmes de la métaphysique , de la géométrie et des sciences abstraites , qui sans cela n'auraient rien que de rebutant. C'est cette sorte de beauté qui fait naître mille plaisirs de la découverte des lois générales que toute la nature observe avec une fidélité inviolable , de la contemplation des causes secondes qui se diversifient à l'infini dans leurs effets, et qui toutes son\ soumises à une unique et première cause.
L'on peut étendre ce principe de nos plaisirs , et sa privation , source de nos peines , sur tous les objets qui sont du ressort de l'esprit. On le trouvera partout ; et s'il est quelques exceptions , elles ne sont dans le fond qu'apparentes , et peuvent venir ou de préventions arbitraires , sur lesquelles même il ne serait pas difficile de faire voir que le principe n'est point altéré , ou de ce que notre vue est trop bornée sur des objets fins et délicats.
3**. Un troisième ordre de plaisirs et.de peines sont ceux qui en afiVctant le cœur font naître en nous tant d'inclinations ou de passion^ si différentes. La source en est dans le sentia^nt de notre perfection ou de notre imperfection , de nos vertus ou de nos vices. De toutes les beautés , il en est peu qui nous touche plu» que celle de la vertu qui constitue notre perfection ; et de toutes les laideurs , il n'en est point à laquelle nons soyons ou nous devions être plus sensibles qu'à celle du vice. L'amour de nousmêmes , cette passion si naturelle , si universelle , et qui est , on peut le dire , la base de toutes nos affections y nous fait chercher
laof cesse etr nov$ et lio^s de nous , ies j^renves ie ce que nous sommes à l'ëgard de la perfection ^ mais oU les trouver? Serait-ce émas VvtsBge de nos facultés convenable à notre nature ? ou dan^ un nsage conforme à l'intention du Créateur? ou au but que BOUS nous proposons 9 qui est la félicité? Réunissons ces trois différentes feçons d^envisagfer la A^Iicité^ et nou^ y trouverons la^ règle tfie nous prescrit ce troisième principe de nos plaisirs et de 0oi( p^nes. C'etft <jùe noire perfeciioft &i laféliciié consistent à posséder et à faite usage dêsfàcuUés propres à nous procurer un solide bonheur y cahforme aux inietUionê de not^ auéêur , jncmi" fsslêês dans la nature qu'il nous a donnée,
Dès^lore nous ne pouvons apercevoii* en nous-mêmes ces fis* cnhés^ et sentir qne nous en faisons un usage convenifble à notlré niture , k leur destination et à notre but / sàtas éprouver ûM \o\e secrète et une satisAiction intérieure , qui est le plus agréable de nous les sentimens. Celui-là an contraire qui fegerdant éû hii-^méme n'y voit qu'imperfection et qu'un abus Continuel dé^ tttleds dont Dieu l'a doué , a besfu s'applaudir tout haut d'étrd farvenu pai^ sts désordres au comble de la fortune , son âme est en secret déchirée par de cuisens l'emords qui lui mettent sans ceisse devant les yeux sa honte , et qui lui rendent son existence haïssable. En vain ^[Kmr étouffer ce sentiment douloureux, otr font en détoumet son attention , il se livre auï plaisii^ des sens ;* il s'occupe, il se distrait , il cherche k se fbir lui-même ; il ne* peut se dérdbér à' ce jugé terrible qu'il porte en lui et partout •veehii.
C'est donc encore un usage njodérié de nos' facultésr, s6it dix co^i^ , soit de l'e^tt , qui en fait la pe^fl^ctton ; et cet usa^ fait Battre cheitf nous des sentimens agréables , d'oii se prodiiisent des' ' inelinations et dès passions convenables a notre nature.
4*. J*ari dit qufe l'amour de nous-mêmes nouslMsait chercher Ws de nOcM des preuves de notre perfection : cela même nous fait découvrir une quatrième source de plaisirs et de peines dans te bonheur et le ntalheur d^auirui, Serait-ke que la perception ^fbe noQS en avoris quand nous en^ sommes les témoins', ou que' nous y pensons fortement , fait une image assez semblable à son' iAijèt p*mr notis' toucher à peu près comme si nous éprouvions aetueflement le sentiment même qoMte représehte? Oà y a^-t-iF' quetqoe opéraiioit secrète de la nature qui nous ayant toute formée d^m même sang , nous a voulu lier les ims aux autres enïMis rendant sensibles aux biens et aux maux de nos semblables ? Qboî «jofil enr soit, la chose est certaine j ce sentiment peut êlrÉ^ suspendu pttr l'amour*-propre , ou par des inléi-êts particuliers , mM il se* manifeste inratlliblement dans toutes les occa^ons oh
rien oe Vempèche Je se développer : il se trouve chez tous les hommes à la vérité en différens degrés. La dureté même part quelquefois d'un principe d'humanité ; on est dur pour le méchant ou pour ceux qu'on regarde comme tels dans le monde , dans la vue de les rendre hons , ou pour les mett|*e hors d'état de nuire àu% autres. Cette sensibilité n'est pas égale pour tous les hommes; ceux qui ont gagné notre amitié et notre estimé par de bons offices , par des qualités estimables , par des sentim^ens réciproques ; ceux qui nous sont attachés par les liens du sang , ide l'habitude , d'une commune patrie » d'un mém^ parti , d'une snême profession , d'upe même religion , tous ceux'^-là ont différens droits sur notre sentiment. Il s'étend jusqu'aux caractères de roman ou de tragédie ^ qous prenons part au bien et sku mal qui leur arrive , pins encore si nous sommes convaincus que ces caractères sont vrais. De là les charmes de l'histoire , qui en nous mettant sous les yeux des tableaux de l'humanité , nous touche et nous émeut à ce point précis de vivacité qui fait naître les sentimens agréiibles. De là en un mot toutes les inclinations et les passions qui nous affectept si aisément par une suite de :potre sensibilité pour le genre humain t
Telles sont les sources de nos sentimens variés suivant les dif^ férentes sortes d'objets qui nous plaisent par eux-mêmes et que l'oq peut appeler les biens agréables ; mais il en est d'autres qui I^ous portent vers les biens utiles, c'esti-à-dire vers des objets qui sans produire immédiatement en nous ces biens agréables , servent à nous en procurer ou à nous en assurer la jouissance^ On peut les réduire sous trois chefs : le désir de la gloire , le pouvoir , les richesses. Nous avons yu déjà que tout ce qui semble . Irions prouver que nqus avons quelque perfection , ne peut man*. quer de nous plaire ; de là le cas que nous faisons de î'approba^ tion ) de l'amour , de l'estime des éloges des autres ; de là les sçntinaens d'honneur ou de confusion : de là l'idée que nous nous forr^ons du pouvoir , du crédit qui flattent la vanité de l'ambi^ tieux,, et qui,. ainsi que les richesses, ne sont envisagés par, l'homme ^ge que comu^e uu moyen de parvenir à quelque chose de mieux.
Mais il n'arrive que trop souvent que l'on désire ces bîens^ utiles pour eux-mêmes , en confondant ainsi le moyen avec la fin. L'on veut à tout prix se faire une réputation bonue ou mauvaise ;, l'on nç voit dans les honneurs rien au-delà des honneurs mêmes ; l'on désire les richesses pour les posséder et non pour en JQuir. Se livrer ainsi à des passions aussi utiles qu'elles sont dangereuses 9 c'est se rendre semblable à ces malheureux qui passent leur tri^^ vie à fouiller les eutrailles de la terre pour en tirer des
richesses dont la jouissance est réservée k d'autres. Il faut en cou* Tenir, cet abus des biens utiles vient souvent de l'éducation , de la coutume , des habitudes., des sociétés qu'on fréquente qui font dans l'âme d'étranges associations d'idées , d'oii naissent des plaisirs et des peines, des goûts ou des aversions , des inclinations, des passions pour des objets par eux-mêmes trës-indifférens. A l'imitation de ceux avec qui nous vivons , nous attachons notre bonheur à l'idée de la possession d'un bien frivole qui nous enlève par là toute notre tranquillité; nous le chérissons avec une passion qui étonne ceux qui ne font pas attention que la sphère de nos pensées et de nos désirs est bornée là.
£n indiquant ainsi l'abus qn^ nous faisons de ces biens utiles , nous croyons montrer le remède , et assurer à ceux qui voudront bien ne pas s'y arrêter, la jouissance des biens et des plaisirs agréables par eux-mêmes.
( Jusqu'ici nous avons fait trop d'usage d'un petit maïs excellent ouvrage sur ia théorie dés sentimens agréables , pour ne pas lui rendre tonte la justice qu'il mérite. )
II. Quand nous réfléchissons sur ce qui se passe en nous à la vue des objets propres à nous donner du plaisir ou à nous causer de la peine, nous sentons nakre un penchant, une détermination de la volonté , qui est quelque chose de difiërent du senti-* ment même du bien et du mal. 11 le touche de près , mais c'est une manière d'être plus active , c'^t une volonté naissante que nous pouvoris suivre ou abandonner , au lieu que nous n'avons aucun empire sur cette première modification de l'âme qui est le sentiment. C'est ce penchant , ce goût qui nous détermine aa bien o« à ce qui nous parait l'être , et que nous nommons atia^, chement on désir , suivant qu'on possède le bien ou qu'on le souhaite ; c'est lui qui nous retire du mal ou de ce que nous ju<^^ geons être tel , et qui , si ce mal est présent , s'appelle aversion^. s'il est absent , éloignemtni. C'est ainsi que le beaa ou ce qui nous plaît , nous affecte d'un sentiment qui à son tour excite le désir et fait naître la paséien. Le contraire sait la même marche.
U admiration est la première et la plus simple de nos peusionfl : elle mérite à peine ce nom j c'est ce sentiment vif et subit de plaisii- qui s'excite chez nous à la vne d'un objet dont la perfection nous frappe. On pourrait lui opposer l'é/onneifien/, si ce mot n'était restreint à exprimer un pareil sentiment de peine qui natt à la vue d'une difformité peu commune , et l'horreur en particulier que cause la vne d'un vice on d'un crime extraordinaire. Ces passions sont pour l'ordinaire exdtées par la nouveauté; mais si c'est par un mérite plus réel, alors radmimûon peut
ce que cekii-cî subordonne tout à son bien particulier , se fait le cenlre de tout , et est à lui-même son objet et sa fin ; c*est l'excès d'une passion qui est naturelle et légitime quand elle' demeure dans les bornes de l'amour de soi-même , qu*elle laisse à l'âme la liberté dé se répandre au dehors, et de chercher sa conservation ^ sa perfection et son bonheur hors d'elle, comme' en elle. Ainsi l'amour de soi-même ne détruit point , mais il a une liaison iritime et quelquefois imperceptible avec ce sentiment qui nous fait prendre plaisir au bonheur des autres , ou à ce que nous imaginons être leur bonheur j il ne s'oppose pas à toutes les autres passions qui se répandent sur ceux qui nous environnent, et qui sont tout autant de branches de l'amonr ou de la haine. Celle-ci est cette disposition à se plaire au malheur de quelqu'un, et par une finitè Naturelle, à s'affliger de son bonheur. On hait c6 dont l'idée est déj^agréable , ce qu'on considère comme mauvais on nuisible k nous-mêmes , ou à ce que nous aimons. Si quelquefois on ci^it se haïr , ce n'est pas soi-même que l'on hait ; c'est quelque imperfection que Ton découvre en soi , dont on voudrait se défaire. La haine devrait se borner aux mauvaises qualités, aux défauts 5 taM elle ne s'étend pas trop sur les personnes.
L'admiration .jointe à quelques degrés d'amour fait lV«^/mtf. Si la vfre des défauts ne produit pas la haine , elle fait naître \e tnéffti».
La peine^qwe l'on ressent du mal qîii arrive à ceux que l'on" aime, on eo. général k nos î»emblables , c'est la compnssrnn ; et celle qui résulte du bien qui arrive à ceux que l'on hait, c'est rênvië. Ces' deux passions ne s'excitent que quand nous jugeons notre ami où Celui pour qui nous nous intéressons , indigne du' mal qu'il éprouve , et <jeluî que nous n'aimons pas , du bien drnit il jouit.
L9 rêo^nnahsance est l'aiDolir que nous avons pour quelqu'un ,' il canse dn bien qu'il nous a fait , ou qu'il a eu intention de nonr faire» Si c'est à cause du bien qu'il a fait à" d'éutres , ou en gé-" néral pour quelque bonne qualité morale que nous aimons en lui, c*est faveur. La haine qiie nous sentons envers ceux qui nousont fait tort , c'est la colère. L'indignation porte sui- celui qui fait tort aux antre». L'une et l'aiftre sont souvent suivies du désir de rendre Je mal pour le mal , et c'est la vengeance.
ITI. Si nous étions les maîtres de nous donner un caractère , peut^tfe' que considérant les abîmes oii la fougue des passions peut nous éntratner, nous le formerions sans passions. Cependant elles sont nécessaires k la nature humaine , et ce n'est pas sans des Tues floiiie» de iagesse qu'elle en a été rendue susceptible.
Ce sont les passions qui mettent tout en mouyement, qui animent le tableau de cet ^nivers, qui donnent pour ainsi dire l'âme et la vie à ses diverses parties. Celles qui se rapportent à nousmêmes , nous ont été données pour notre conservation , pour nous avertir et nous exciter à rechercher ce qui nous est nécessaire et utile , et à fuir ce qui nous est nuisible. Celles qui ont les autres pour objets servent au bien et au maintien de la société. Si les premiers ont eu besoin de quelque pointe qui réveillât notre paresse, les secondes, pour conserver la balance, ont dû être vives et actives en proportion. Toutes s'arrêteraient dans leurs justes bornes , si nous savions faire un bon usage de notre raison pour entretenir ce parfait équilibre ^ elles nous deviendraient utiles, et la nature avec ses défauts et ses imperfections , serait encore un spectacle agréable aux yeux du créateur porté à approuver nos vertueux efforts, et à excuser et pardonner nos faiblesses.
Mais il faut l'avouer, et l'expérience ne le dit que trop; nos inclinations ou nos passions abandonnées à elles-mêmes apportent mille obstacles à nos connaissances et à notre bonheur. Celles qui sont violeutes et impétueuses nous représentent si vivement leur objet, qu'elles ne nous laissent d'attention que pour lui. Elles, ne nous permettent pas même de l'envisager sous une autre face que celle sous laquelle elles nous le présentent , et qui leur est toujours la plus favorable. Ce sont des verres colorés qui répandent sur tout ce qu'on voit au travers la couleur qui leur est propre. Elles s'emparent de' toutes les puissances de notre âme ; elles ne lui laissent qu'une ombre de liberté ; elles l'étourdissent par un bruit si tumultueux , qjii'il devient impossible de prêter l'oreille aux avis doux et paisibles de la raison«
Les passions plus douces attirent insensiblement notre atten* tion sur l'objet; elles nous y font trouver tant de charmes, que tout autre nous paraissant insipide , bientôt nous ne pouvons plus considérer que celui-là seul. Faibles dans leur principe, e)Ies empruntent leur puissance de cette faiblesse même; la raison ne se défie pas d'un ennemi qui parait d'abord si peu dangereux; mais quand l'habitude s'est formée, elle est surprise de se voir subjuguée et captive.
Les plaisirs du corps nous attachent d'autant plus facilement, que notre sensibilité pour eux est toute naturelle. Sans culture, sans étude , nous aimons ce qui flatte agréablement nofs sens!: livrés à la facilité de ces plaisirs , nous ne pensons pas qu'il n'en est point de plus propres à nous détourner de faire un bon usage de nos facultés ; nous perdons le goul de tous les autres - biens qui demandent, quelques soins et quelque attention , et
ajo P A
.rame asservie amt psAsions que ces plaisirs entraînent, n'a plus d'élévation ni de sentiment pour tout ce qui est véritablement digne d'elle.
Les plaisirs de l'esprit sont bien doux et légitimes , quand on ne les met pas en opposition avec ceux du cœur. Mais si les qualités de l'esprit se font payer par des défauts du caractère , ou seulement si elles émoassent notre sensibilité pour les charmes de la vertu et pour les douceurs de la société , elles ne sont plus que des sirènes trompeuses, dont les chants séducteurs nous détournent de la voie du vrai bonheur. Lors même que l'on ne les regarde que comme des accessoires k la perfection , elles peuvent prodtiire de mauvais effets qu'il est dangereux de ne pas prévenir. Si l'on se livre à tous ses goûts , on effleure tout , et on devient superficiel et léger ; ou si l'on se contente de vouloir paraître savant , on sera un faux savant , ou un homme enflé , présomptueux , opiniâtre. Combien n'est-il pas d'autres dangers dans lesquels les plaisirs de l'esprit nous entraînent !
Rien ne parait plus digne de nos, désirs , que l'amour même de la vertu. C'est ce qui entretient les plaisirs du cœur; c'est ce qui nourrit en nous les passions les plus légitimes. Vouloir sincèrement le bonheur d'autrui , se lier d'une tendre amitié avec des personnes de mérite , c'est s'ouvrir une abondante source de délices. Mais si cette inclination nous fait approuver et embrasser avec chaleur toutes les pensées , toutes les opinions, toutes les erreurs de nos amis, ; si elle nous porte à les gâter par de fausses louanges et de vaines complaisances , si elle nous fait surtout préférer le bien particulier au bien public, elle sort des bornes qui lui sont prescrites par la raison; et l'amitié et la bienfaisance, ces affections de l'âme si nobles et si légitimes, deviennent pour noua une source d^écueils et de périls.
Les peuaions ont toutes , sans en excepter celles qui nous inquiètent et nous tourmentent le plus , une sorte de douceur qui les justifie à elles-mêmes. L'expérience et le sentiment intérieur nous le disent sans cesse. Si l'on pent trouver douces , la tristesse , la haine , la vengeai^ce , quelle passion sera exempte de^ doucenr ? D'ailleurs chacune emprunte pour se fortifier , le secours de toutes les autres ; et cette ligne est réglée de la manière la plus propre à affermir leur empire. Le simple désir d'un objet ne nous entraînerait pas isivec tant de force dans tant de faux jugemens; il se dissiperait même bientôt aux premières lueurs du bon sens; mais quand ce désir est animé par l'amour, augmenté par l'espérance , renouvelle par la joie , fortifié par la crainte, excité par le courage, l'émulation, la colère, et par mille passions qui attaquent tour à tour et de tous côtés la
raMon^ alors il la dompte, il la sul>jt]g«e, il la rend esclave» Disons encore que les passions excitent dans le corps , et surtout dans le cerveau , tous les mouvemens utiles à leur conservation. Par là elles mettent les sens et l'iraeçination de leur parti ^ et cette dernière faculté corrompue, fait des eflbrts continuels contre la raison en lui représentant les choses , non comme elles sont en elles-mêmes, afin que l'esprit porte un jugement vrai , mais selon ce qu'elles sont par rapport k la passion présente , afin qu'il juge en sa faveur.
En un mot, la. passion nous fait abuser de tout. Les idées les plus distinctes deviennent confuses , obscures ; elles s'éva-
) place à d'autres purement accèsport à l'objet que nous ayons en idées les plus opposées , séparer entre elles , faire des coraparaile affinité ^ elle se joue de notre es chimères , des repréisentations et auxquels elle donne des noms il lui convient. Elle ose ensuite X, les confirmer par des exemples u par les raisonnemens les moins t vrais ,'elle sait en tirer les cons les plus favorables à notre sen- -méme. Ainsi elle tourne à son aisonnemeut les mieux établies , fondées, jusqu'aux preuves les amen le plus sévère. Et une fois induit en erreur , il n'y a rien que la passion ne fasse pour nous entretenir dans cet état fâcheux , et nous éloigner toujours plus de la vérité. Les exemples pourraient se présenter .ici en foule; le cours de notre vie en est une preuve continuelle. Triste tableau de l'état oh l'homme est réduit par ses passions ! environné d'écueils, poussé par mille vents contraires , pourraît-il arriver au port ? Oui , il le peut ] il est pour lui une raison qui modère les passions ^ une lumière qui l'éclairé, des règles qui le conduisent , une vigilance qui le Soutient , des efforts , une prudence dont il est capable. Est enim quœdam medicina : cerie ; hofc tamfuii hominum generi infensa algue inimica natura , ut corporibua ioi rss salutares , animis nullam int^eneril , de quibus hoc etiojn est mérita melius , quod corporum adjumenta ad" hibentur extrinsecus , animorum salue inclusa in hie ipsis est, Tusc. tV. s/. *
PASSIONNER , PASSIONNÉ. ( Gramm. ) Le verbe est pea d'osage à l'actif , et I'^q ne dU guère passionner son chant ,
pa$$ionner sa dëclamation , passionner nne affaire. Se pas'^ étonner , c'est se préoccuper fortement et aveagléœent : les gens à imagination se passionnent facilement. Il est difficile de ne pas se passionner pour la chose , lorsqu'on y prend un grand intérêt. Il ne me déplaît pas dans le sens que lui a donn^ un auteur lorsqu'il a dit , j'ai su jouer une de ces langueurs qui touchent , et j'ai vu quelquefois qu'on se passionnait à moa rôle. On dit un amant passionné , un style passionné , un regard passionné , un ton passionné. Les femmes du monde sont libertines et froides ; les femmes recluses et dévotes sont sages et pensionnées. Je suis passionné pour la musique, pour la danse, pour la peinture. \\ est passionné des richesses ; il est passionné de cette femme.
PATIENCE. ( Morale. ) La patience est une vertu qui nous fait supporter un mal qu'on ne saurajt empêcher. Or on peut réduire à quatre classes les maux dont notre vie est traversée. 1". Les maux naturels ; c'est-à-dire, ceux auxquels notre qualité d'hommes et d'animaux périssables nous assujettissent. 2°. Ceux dont une conduite vertueuse et sage nous aurait garantis, mais qui sont des suites inséparables de l'imprudence ou du Vice ; on les ^i^^eWechâtimens. 3**. Ceux par lesquels la constance de l'homme de bien est exercée; telles sont les persécutions qu'il éprouve de la part des méchans. 4''* Joignez enfin les contradictions que nous avons sans cesse à essuyer par la diversité des sentimens« de mœurs et de caractères des hommes avec qui nous vivons. A tous ces maux la patience est norï-seulemeot nécessaire , mais . utile ; elle est nécessaire , parce que la loi naturelle nous en fait un devoir, et que murmurer des événemens, c'est outrager la Providence; elle est utile , parce qu'elle rend lès souffrances plus légères , moins dangereuses et plus courtes^
Abandonnez un épileptique à lui-même , vous le verrez se frapper, se meurtrir et s'ensanglanter; l'épilepsie était déjà un mal, mais il a bien empiré son état par les plaies qu'il s'est faites : il eût pu guérir de sa maladie , ou du moins vivre en l'endurant ; il va périr de ses blessures.
Cependant la crainte d'augmenter le sentiment de nos maux ne réprime point en nous l'impatience : on &^y abandonne d'autant plus facilement , que la voix secrète de notre conscience ne nous la reproche presque pas, et qu'il n'y a point dans ces emportemens une injustice évidente qui nous frappe , et qui nous en donne de l'horreur. Au contraire , il semble que le mal que nous soufTrons nous justifie; il semble qu'il nous dispense pour quelque temps de la nécessité d'être raisonnables. K'emploie-t-on pas même quelque sorte d'art pour s'excuser
âe c€ defaHt , et pour s'y livrer sans scrapule ? ne se de'guiset-on pas souvent l'impatience sous le nom plus doux de vivacité ? Il est vrai qu'elle marque toujours une âme vaincue par les maux, et contrainte de leur céder ; mais il y a des mal- • heurs auxquels les hommes approuvent que l'on soit sensible jusqu'à l'excès , et des événemens oii ils s'imaginent que l'on peut avec bienséance manquer de force , et s'oublier entièrement. C'est alors qu'il est permis d'aller jusqu'à se faire un mérite de l'impatience , et que l'on ne renonce pas à en être applaudi. Qui l'eût cru , que ce qui porte le plus le caractère de petitesse de courage pût jamais devenir un fondement de vanité ?
On donne en général ce nom à toute e qu'elle soit , qui nous rend notre a des peines de corps et des peines de la peine , c'est de résigner sinla perte de la vie , comme à un peines que de plaisirs dans la vie?
st pas encore décidée. On compte bien de plaisirs qu'on ne met point
( Gramm, ) Ce serait une qualité en même espace occupé tout entier par n recevoir un autre. On sent la con- . Les corps sont perméables à d'autres râbles les uns aux autres.
( Gramm. ) C'est la facilité dans l'esprit , de saisir sans fatigue et avec promptitude les choses les plus difficiles , et de découvrir les rapports les plus déliés et les vérités les plus cachées. Le travail opiniâtre supplée quelquefois à la pénétration ; on a de la pénétration dans un genre , et l'on est obtus dans un autre. La pénétration s'accroît par l'application et par l'exercice , mais elle est naturelle , et on ne l'acquiert point quand on ne l'a pas.
PÉNIBLE , adj. (Gramm.), qui se fait avec peine. On croit que Talgèbre est une étude pénible. La route que nous avons à faire en ce monde est courte , mais il y a des hommes pour qui elle aura été bien pénible. La connaissance des langues suppose un exercice de la mémoire long et pénible. Un plaisir qui n'a rien de pénible , est communément insipide.
PENSÉE, en Peinture , est une légère esquisse de ce qui s'est présenté à l'imagination , sur un sujet qu'on se propose d'exécuter. Ce terme dilfere de celui à^esquisse , en ce que la pensée n'est jamais une chose digérée , au lieu qu'une esquisse , quoique 3. î8
projet d*ouvrage , ne diffère quelquefois de la perfection de Tonvrage même que parce qu'elle est en plus petit volume ; pensée n'a pas la même signification que croquU, On dit j'ai fait un croquis de la pensée de tel , mais on ne dit point j'ai fait une pensée de la pensée de tel. v /^ i» j •
PERFECTION, s. f. ( Métaphysique. ) Cest l'accord qui règne dans la variëtë de plusieurs choses différentes, qui concoui^nt toutes au mêtoe bat. Tout composé fait dans certaines vues est plus ou moins parfait , à proportion que ces parties s'assortissent exactement à ces vues. L'œil , par exemple , est un orcane de plusieurs pièces qui doivent toutes servir à tracer une image claire et distincte de l'objet visible au fond de la rétine. Si toutes ces pièces servent autant qu'elles en sont capables , à cet usage , l'œil est censé parfait. La vie de l'homme , en tant qu'elle désigne l'assemblage de ses actions libres , est censée parfaite , si toutes ses actions tendent à une fin qui leur soit commune avec les actions naturelles. Car de là résulte cet accord entre les actions naturelles et les actions libres , dans lequel consiste la perfection de la vie humaine. An contraire VimpeffecHon , ou le mal métaphysique , consiste dans la contrariété de diverses choses qui s'écartent d'un même but
Toute perfection a une raison générale , par laquelle on pei>t comprendre pourquoi le sujet en qui réside la perfection^ est disposé de telle manière , et non autrement. On peut l'appeler la raison déterminante de la perfection : il n'y a point d'ouvrage de la nature ou de l'art , qui n'ait sa destination ; c'est par elle , en y rapportant tout ce qu'on observe dans le sujet , qu'on estime sa perfection. C'est , par exemple, de la combinaison d'une lentille concave placée à l'opposite d'une lentille convexe dans nn tube, que résulte la possibilité de voir distinctement un objet éloigné , comme s'il était prochain. On démontre que les lentilles doivent être d'une telle grandeur et d'un tel diamètre plutôt que d'un autre ; que le tube doit être construit ainsi et non autrement ; et on démontre ; dis-je, la per^ fection de chacune de ces parties , et conséquemment celle da tout , par leur rapport au but qu'on se propose d'apercevoir les
objets éloignés. , ^ r. ^
Si la raison déterminante est unique, la perfection sera simple j s'il y a plusieurs raisons déterminantes , la perfection est composée. Si un pilier n'est planté que pour soutenir quelque voûte , il aura toute la perfection qu'il lui faut , pourvu que sa grosseur ou sa force soit suffisante pour porter ce poids; mai* s'il s'agit d'une colonne destinée à orner aussi-bien qu'à soutenir il faut la travailler dans cette double vue. Les fenêtres
d'une maison ont une perfection composée en tant qu'elles servent à introduire la lumière , et à procurer un point de Tue agréable.
Il y a ausû des raisons prochaines et des raisons éloignées , primariœ , secundariœ , qui déterminent Xh perfection prochaine ou éloignée d'une chose. Toute perfection a s«s règles , par lesquelles elle est explicable. Lorsque diverses règles qui découlent de différentes raisons d'une perfection composée se contrarient , cette collision produit ce qu'on appelle exception , savoir une détermination contraire à la. règle née de la contrariété des règles. Une perfection simple ne saurait être sujette à excep^ tion; elle n'a lieu que dans la perfection composée. Dès qu'il
1 naîtrait le cas d'une colliseulement deux, leur oppore des exceptions, iv exemple , embrasse pluitîon commode des apparteparties , ornemens intérieurs ne perd rien de vue ; mais à proportion de son impor* allier , il laisse ce dont on
exceptions , ne sont pas des
sujet n'en est point altérée.
l'accord des choses qui ne
supposer l'impossible. Ainsi ,
de cette impossibilité , n'ont
;. Un œil est parfait, quoiqu'il
fonctions du télescope et du
microscope; parce qu'un même organe ne saurait les allier,
et que l'une et l'autre nuiraient k la véritable perfection de l'œil,
qui consiste à découvrir distinctement ce qui est à la portée du
corps.
Le principe des exceptions se trouve dans la raison déterminante de la perfection du tout, qui doit toujours prévaloir sur la perfection d'une partie. C'est un principe capital pour écarter les jugemens faux et précipités sur la perfection des choses ; il faut en embrasser toute l'économie pour raisonner pertinemment. Qui ne cônnait qu'une partie , et forme ses décisions là-dessus , court grand risque de s'égarer, et ne réussit que par hasard. La perfeo^ tion du tout est l'objet de quiconque travaille d'une manière sensée k quelque ouvrage que ce soit : on n'ira pas sacrifier les commodités d'une maison entière , pour rendre une salle parfaite. En un moti dans un tout, chaque partie a Sê. perfection qui lui
est propre; maïs elle est relative et subordonnée à celle du toat | au point que trop de perfection dans une partie, serait une vraie imperfection dans Je tout.
La grandeur de la perfection se mesure par le nombre des déterminations de l'être qui s'accordent avec les règles. Plus il j a de convenances entre les déterminations et les règles , plus îa perfection s'acctolt ; ou bien moins un sujet a de défauts réels et véritables , plus il a de perfection.
PERFECTIONNER , v. act. ( Gramm, ) , cornger ses défauts^ avancer vers la perfection , repdre moins imparfait. On se />erfectionne soi-même ; on perfectionne un ouvrage. L'homme est composé de deux organes principaux; la tête organe de la raison , le cœur , expression sous laquelle on comprend tous les organes des passions ; l'estomac , le foie , les intestins. La tête dans l'état de uature , n'influerait presque en rien sur nos déterminations. C'est le coeur qui en est le principe ; le cœur d'après lequel , l'homme animal ferait tout. C'est l'art qui a perfectionné l'organe de la raison ; tout ce qu'il est dans ses opérations est artificiel ; nous n'avons pas eu le même empire sur le cœur; c'est un organe opiniâtre , sourd , violent , passionné , aveugle. H est resté , en dépit de nos efforts , ce que nature l'a fait ; dur o« sensible , faible ou indomptable , pusillanime ou téméraire. L'organe de la raison est comme un précepteur attentif, qui le prêche sans cesse ; lui , semblable à un enfant , il crie sans cesse ; il fatigue son précepteur qui finit par Pabandonner k son penchant. Le précepteur est éloquent , l'enfant au contraire n'a qu'un mot qu'il répète sans se lasser , c'est oui ou non. Il vient un temps où l'organe de la raison , après s'être épuisé en beaux discours , et instruit par expérience de l'inutilité de son éloquence , se moque lui-même de ses efforts ; parce qu'il sait qu'après toutes ses remontrances , il n'en sera pourtant que ce qu'il plaira au petit despote qui est là. C'est lui qui dit impérieusement , car tel est notre bon plaisir. C'est un long travail que celui de se perfectionner soi-même.
PÉRIPATÉTICIENNE, Philosophie , ou Philosophie d'Abis- TOTE, OM Aristotflisme. (ffist, de la Phiiosoph,) Nous avons traité fort au long du Péripatéticisme , ou de la philosophie d'Aristote à Varlicle Aristotélisme ; il nous en reste cependant des choses intéressantes à dire , que nous avons réservées pour cet article, qui servira de complément à celui du premier volume de cet ouvrage.
J}e ta vie d*j4ri^tote. Nous n'avons rien à ajouter à ce qui en a été dit à Y article Aristotélisme. Consultez cet endroit sur la naissance , l'éducation , les études , le séjour de ce philosophe
k )a cour de Philippe et ù celle <)' Alexandre , sur son attachement et sa reconnaissance pour Platon son maître , sur sa vie dans Athènes , sur Touverture de son école , sur sa manière de philosopher , sur sa retraite a Chalcis , sur sa mort , sur ses ouvrages , sur les différentes parties de sa philosophie en général. Mais pour nous conformer à la méthode que nous avons suivie dans tous nos articles de philosophie , nous allons donner ici les
parties de sa doctrine con-
logîque a pour ohjet ou le ' dire la même chose en des ble j ou la vérité constante vérité probable appartient et certaine à l'analyse. Les ertaines ; celles de la dia-
nr cet effet on se sert du démonstratif et analytique , isme est composé de proposées de termes simples. .
1 synonyme , ou paronyme ; isienrs choses diverses sous squ'il n'y a point de diffésa définition ; paronyme , 5 mêmes en elles , di fièrent
sses les termes univoques ; vories.
^ent se rapporter ou k la a à l'accident qui a besoin d'un sujet ponr être.
6. La substance est ou première proprement dite , qui ne peut être le prédicat d'une autre y ni lui adhérer; ou seconde , subsistante dans la première comme les genres et les espèces.
7. 11 y a neuf classes d'accidens, la quantité , la relation , la qualité , l'action , la passion , le temps , la situation , l'habitude.
8. La quantité est ou contenue ou discrète ; elle n'a point de contraire ; elle n'admet ni le plus ni le moins ^ et elle dénomme les choses , en les faisant égales ou inégales.
9. La relation est le rapport de toute la nature d'une chose k une autre ; elle admet le plus et le moins -, c'est elle qui entraîne une chose par une a^ulre , qui fait suivre la première
d'une précédente , et celle-ci d'une seconde , et qui les joînt.
10. La qualité se dît de ce que la chose est, et l'on en distingue de quatre sortes , la disposition naturelle et l'habitude 9 la puissance et l'impuissance naturelles y la passibilité et la passion , la forme et la figure ; elle admet intensité et rémission , et c'est elle qui fait que les choses sont dites semblables ou dissemblables.
1 1 . Ii'action et la passion ; la passion , de celui qui souffre ; l'action , de celui qui fait, marque Je mouvement, admet des contraires , intensité et rémission. ^
12. Le temps et le lieu , la situation et l'habitude indiquent les circonstances de la chose désignées par ces mots.
i3. Après ces prédicamens, il faut considérer les termes qui ne se réduisent point à ce système de classes , comme les opposés; et l'opposition est ou relative , ou contraire , ou privative , ou contradictoire ; la priorité , la simultanéité , le mouvement y l'avoir.
14* L'énonciation ou la proposition est composée de termes ou mots^ il faut la rapporter à la doctrine de l'interprétation.
i5. Le mot est le signe d'un concept de l'esprit , il est ou simple et incomplexe , ou complexe ^ simple , si le concept ou la perception est simple , et la perception simple n'est ni vraie , ni fausse; ou la perception est complexe, et participe de la fausseté et de la vérité , et le terme est complexe.
16. Le nom est un mot d'institution , sans rapport au temps , et dont aucune des parties prise séparément et en elle-même n'a de signification.
17. Le verbe est un mot qui marque le temps , dont aucune partie ne signifie par elle-même, et qui est toujours le signe des choses qui se disent d'un autre.
18. Le discours est une suite de mots d'institution, dont chaque partie séparée et l'ensemble signifient.
19. Entre les discours'^, le seul qui soit énonciatif et appartenant à l'herméneutique , est celui qui énonce le vrai on le faux ; les autres sont ou de la rhétorique ou de la poésie. Il a son sujet , son prédicat et sa copule.
20. Il y a cinq sortes de propositions , des simples et des complexes , des affirmatives et des négatives , des universelles , des particulières, des indéfinies et des singulières , des impures et modales. Les modales sont ou nécessaires ou possibles , ou contingentes , ou impossibles.
21. Il y a trois choses à considérer dans la proposition, l'opposition , l'équipollence et la conversion.
22. L'opposition est ou contradictoire ou contraire ou souscontraire:
23. L*équipa11ence fait qne deux propositions désignent la même chose , et peuvent être ensemble toutes les deux vraies ou toutes les deux fausses.
24. La conversion est une transposition de termes , telle que la proposition affirmative et négative soit toujours vraie.
25. Le syllogisme est un discours oii de prémisses posées il a'ensuit nécessairement quelque chose.
26. Trois termes font toute la matière du syllogisme. La disposition de ces termes > selon les figures et les modes , en est la forme.