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inêiltens coiniaiêbus mundorum y incipit déorsum Undere radioê admirandos.
GaltiBatias, moitié chrétien, moitié platonicien et cabalistique.
I}eus inUlUctualem in se igngm proprium comprehendens j cuncia perficU et menie tradit aecundà f êicque omnia êuni ah uno igné progenita , paire genita lux.
Ici le Platonicisme se mêle encore plus évidemment ayec la doctrine de Zoroastre.
Mens patrie striduii j intelligens indefesso consilio ; omni'^ formes ideœ fonte vero ah uno euolantes exsilierunt, et divisœ iniellectualem ignem sunt nactœ.
Proposition toute platonique^ mais embarrassée de l'allégorie et du verbiage oriental.
Anima existens y ignis splendens , vipatris immortaUs manet et vitœ domina est^ et tenet mundi multas plenitudines , mentem enim imiiatur ; sed hahet congenitum quid corporis.
n est incroyable en combien de façons l'esprit inquiet se replie. Ici on aperçoit des vestiges de Leibnitianisme.
Opifex quifahricatus est mundum , erat ignis moles j gui totum murukim ex igné et aqua et terra et aère omnia composuit.
Ces élémens étaient regardés par les Zoroastriens comme les canaux matériels du feu élémentaire.
Oportet tefestinare ad lucem et patrie radios , unde missa es^
iibi anima mnltam induta lucem ^ mentem enim in anima reposuit
et in corpore deposuit.
Ici l'expression est de Zoroastre^ mais les idées sont de Platon.
Non deorsum prorsus sis est nigritantem mundum , oui pro^
funditas semper infida suhstrata est et hœdes j circum quœque
nubilis squaÛidus , idolis gaudens ^ amené y prœceps , tortuosusy
caecum y pro/undum semper conuolvens y semper tegens ohscurum
corpus iners et spiritu carens , et osor lucis mundus et tortuosa
Jluenta y suh quà multi trahuntur.
Galimatias mélancolique, prophétique et sybillain. Quœre animi cancUem , undè autquo ordine servusfactus cor^ porisy in ordinem à quo ejfluxistiy iterum resurgas.
C'est la descente des âmes dans les corps y selon l'hjrpothese platonicienne.
Cogitatio igné tota primum hahet ordinem ; mortalie enim ignis proximus foetus y à Deo lumen hahehit.
Puisqu'on voulait faire passer ces fragmens sous le nom de Zoroastre , il fallait bien revenir an principe igné. Lunœ cursum et astrorum progressum et strepiium dimitte y
3io . P E
semper currit opéré nevessilalis ; astrorum progressas tui gratta
non est éditas.
Ici l'auteur a perdu de vue la doctrine de Zoroastre , qui est toute astrologique ;.et il a dit quelque chose de sensé.
Natura suadet esse dœmonas puros , et mala materiœ germi" nia y utilia et bona , etc.
Ces démons n'ont rien de commun avec le magianisme \ et ils sont sortis de l'école d'Alexandrie.
Philosophie morale des Perses. Ils recommandent la chasteté, l'honnêteté , le mépris des voluptés corporelles , du faste , de la vengeance des injures^ ils défendent le vol; il faut craindre; réfléchir ; consulter la prudence dans ses actions j fuir le mal , embrasser le bien ; commencer le jour par tourner ses pensées vers l'être suprême; l'aimer, l'honorer, le servir; regarderie soleil quand on le prie de jour , la lune quand on s'adresse k lui de nuit ; car la lumière est le symbole de leur existence et de leur présence ; et les mauvais génies aiment les ténèbres.
Jl n'y a rien dans ces principes qui ne soit conforme au sentiment de tous les peuples , et qui appartienne plus à la doctrine de Zoroastre , que d'aucun autre philosophe.
L'amour de la vérité est la fin de tous les systèmes philoso^ phiques ; et la pratique de la vertu , la fin de toutes les législations : et qu'importe par quels principes on y soit conduit !
PERSÉCUTER , v. act. PERSl^CUTEDR , s. m. et PERSÉ- CUTION , s. f. ( Droit naturel , Politique et Morale. ) La persé^ cution est la tyrannie que le souverain exerce ou permet que l'on exerce en son nom contre ceux de ses sujets qui suivent des opinions différentes des siennes en matière de religion.
L'histoire ne nous fournit que trop d'exemples de souverains aveuglés par un zèle dangereux , ou guidés par une politique' barbare, on séduits par des conseils crdieux , qui sont devenus les persécuteurs et les bourreaux de leurs sujets , lorsque ces derniers avaient adopté des systèmes religieux qui ne s'accordaient point avec les leurs. Sous Rome païenne les empereurs persécutèrent la* religion chrétienne avec une violence et une cranté qui font frémir. Les disciples du Dieu de la paix leur paraissaient des novateurs dangereux qui méritaient les traitemens les plus barbares. La Providence se servit de ces persécutions pour étendre la foi chez tons les peuples de la terre , et le sang des martyrs devint un germe fécond qui multiplia les disciples de Jésus- Christ , sanguis martyrum semen christianorum:
A peine l'Eglise eut-elle commencé à respirer sous les empereurs chrétiens , que "Ses enfons se divisèrent sur ses dogmes , et l'arianisme protégé par plusieurs souverains ^ excita contre
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les défensenrs cle la foi ancienne des persécutions qui ne le cëdaient guère à celles du paganisme. Depuis ce temps de siècle en siècle Terreur appuyée du pouvoir a souvent persécuté la vëritë 9 et par une fatalité déplorable , les partisans de la vérité , oubliant la modération que prescrit l'évangile et la raison , se sont souvent abandonnés aux mêmes excès qu'ils avaient justement reprochés à leurs oppresseurs. De là ces persécutions , ces supplices , ces proscriptions , qui ont inondé le monde chrétien de flots de sang , et qui souillent l'histoire de PÉglise par les traits de la cruauté la plus rafEnée. Les passions des persécuteurs étaient allumées par un faux zèle ^ et autorisées par la cause qa'ils voulaient soutenir , et ils se sont cru tout permis pour venger l'Étre-Suprême. On a pensé que le Dieu des miséricordes approuvait de pareils excès , que l'on était dispensé des lois immuables de l'amour du prochain et de l'humanité pour iés hommes que l'on cessait de regarder conmie ses semblables , dès-lors qu'ils n'avaient point la même façon de penser. Le meurtre , la violence et la rapine ont passé pour des actions agréables à la Divinité y et par une audace inouie , on s'est arrogé le droit de venger celui qui s'est formellement réservé la vengeance. Il n'y a que l'ivresse du fanatisme et des passions , ou: l'imposture la plus intéressée qui ait pu enseigner aux hommes qu'ils pouvaient , qu'ils devaient même détruire ceux qui ont des opinions différentes des leurs , qu'ils étaient' dispensés envers eux des lois de la bonne foi et de la probité. Oii en serait le monde si les peuples adoptaient ces sentimens destructeurs 7 L'univers entier , dont les habitans dif!èrent dans leur culte et leurs opinions y deviendrait un théâtre de carnage , de perfidies et d'horreurs. Les mêmes droits qui armeraient les mains des Chrétiens, allumeraient la fureur insensée du musulman , de l'idolâtre , et toute la terre serait couverte de victimes que chacun croirait immoler à ion Dieu.
S\\si persécution est contraire à la douceur évangéliqne et aux lois de l'humanité , elle n'est pas moins opposée à la raison et à la saine politique. Il n'y a que les ennemis les plus cruels du bonheur d'un état qui aient pu suggérer à des souverains que ceux de leurs sujets qui ne pensaient point comme eux étaient devenus des victimes dévouées à la mort et indignes de partager les avantages de la société. L'inutilité des violences suffit pour désabuser de ces maximes odieuses. Lorsque les hommes , soit par les préjugés de l'éducation, soit par l'étude et la réflexion , ont embrassé des opinions auxquelles ils croient leur bonheur étemel attaché , les tourmens les plu^ affreux ne font que les rendre pins opiniâtres; l'âme invincible au milieu des supplices
s'applaudit de jouir de la liberté qu'on veut lui ravir ; elle brave les vains efforts du tyran et de ses bourreaux. Les peuples sont toujours frappés d'une constance qui leur parait merveilleuse et surnaturelle ; ils sont tentés de regarder comme des martyrs de la vérité les infortunés pour qui la pitié les intéresse ; la religion du persécuteur leur devient odieuse ) la persécution fait des hypocrites et jamais des prosélytes. Philippe II, ce tyran dont la politique sombre crut devoir sacrifier k son zële inflexible cinqnante-trois mille de ses sujets pour avoir quitté la religion de leurs pères , et embrassé les nouveautés de la réforme , épuisa les forces de la plus puissante monarchie de l'Europe. Le seul fruit qu'il recueillit fut de perdre pour jamais les provinces du Paysbas excédées de ses rigueurs. La fatale journée de la S. Barthélemi , oii l'on joignit la perfidie à la barbarie la plus cruelle , a-t-elle éteint l'hérésie qu'on voulait opprimer ? Par cet événement affreux la France fut privée d'une foule de citoyens utiles; l'hérésie aigrie par la cruauté et par la trahison reprit de nouvelles forces , et les fondemens de la monarchie furent ébranlés par des convulsions longues et funestes.
L'Angleterre, sous Henri YIII, voit traîner au supplice ceux qui refusent de reconnaître la suprématie de ce monarque capricieux ; sous sa fille Marie , les sujets sont punis pour avoir obéi à son père.
Loin des souverains , ces conseillers intéressés qui veulent en faire les bourreaux de leurs sujets. Ils leur doivent des sentimens de père , quelles que soient les opinions qu'ils suivent lorsqu'elles ne troublent point l'ordre de la société. Elles ne le troubleront point lorsqu'on n'emploiera pas contre elles les tourmens et la violence. Les princes doivent imiter la divinité , s'ils veulent en être les images sur la terre ; qu'ils lèvent les yeux au ciel , ils verront que Dieu fait lever son soleil pour les méchans comme pour les bons , et que c'est une impiété ou une folie que d'entreprendre de venger le très-haut. Foyê% Tolérance.
PERSONNALISER, v. act. ( Grammaire. ), c'est donner un corps, une âme, du mouvement, de l'action, des discours à des êtres métaphysiques qui n'existent que dans l'entendement , ou qui sont inanimés dans la nature. C'est la ressource des poètes et des peintres. On dit aussi personnifier. Je permets plus volontiers cette machine aux poètes qu'aux peintres. Les êtres personnifiés répandent de l'obscurité dans les compositions de la peinture.
PERSUASION , s. f. ( Gramm. ), c'est l'état de l'âme considéré relativement à la vérité ou 1^ fausseté d'un fait ou d'une proposition j à sa vraisemblance ou k son défaut de vraisemblance ,
k sa possibilité ou à son impossibilité ; c'est le jugement sincère et intériear qu'elle porte de ces choses. Apres l'examen , on peut être persuadé d'une chose fausse; mais celle dont on est conyaincu est toujours vraie. La conviction est l'effet de l'évidence qui ne trompe jamab. La persuasion est l'effet des preuves morales qui peuvent tromper. La conviction , non plus que Tévi^ dence ne sont pas susceptibles de plus ou de moins. Il n'en est pas ainsi de la persuasion , elle peut être plus ou moins forte. La persuasion excuse souvent l'action. Les anciens avaient fait de la persuasion une déesse j c'était la patrone des poètes et des orateurs.
PETIT-MAITRE ( Langue française. ) , nom qu'on a donné à Itt jeunesse ivre de l'amour de soi-même , avantageuse dans ses propos y affectée dans ses manières, et recherchée dans son ajustement. Quelqu'un a défini le petit^maitre , un insecte léger qui brille dans sa parure éphémère , papillonne , et secoue st$ ailesf poudrées.
Le prince de Condé devenu riche et puissant , comblé de la gloire que ses succès lui avaient acquise, était toujours suivi d'un nombreux cortège, hes jeunes seigneurs de sa cour furent tifipelés petils^matires y parce qu'ils étaient attachés à celui qui paraissait le maître de tous les autres.
Nos petitS'-maUres ^ dit M. de Voltaire, sont l'espèce la plus ridicule qui rampe avec orgueil sur la surface de la terre. Ajoutons que partout oh l'on tolère ces sortes d'hommes , on y trouve aussi des femmes changeantes , vaines , capricieuses , intéressées , amoureuses de leur figure , ayant enfin tous les caractères de la corruption des mœurs et de la décadence de l'amour. Aussi le nom de petil^matire s'est-il étendu jusqu'au sexe taché des mêmes défauts , et qu'on nomme petites^matlresses»
Quand Rome asservie n'eut plus de part aux affaires du gouvernement, elle regorgea de peiiU^maUres et de petites-maîtresses , enfiins du luxe , de l'oisiveté et de la mollesse des Sybarites; ib étaient fard et cassolette depuis la tête jusqu'aux pieds; c'est un mot de Sénèque : NosH iUos juvenes , dit-il , epist. gS , barhà et coma niiidos , de capsula totos.
Mais j'aime singulièrement le trait qu'il cite d'un petit^-maitre de Roipe , qui ayant été porté par ses esclaves du bain dans une chaise k porteurs , trouva bon de leur demander d'un ton que nous imaginons entendre , s^il était assis^ regardant conmie une chose au-dessous de lui de savoir ce qu'il faisait. Il convient de transcrire ici tout le passage en original. Audio quemdam ex deUcatis , si modd deUciœ vocandœ sunt , vitam et consuetudi" nem dediscere , càm ex balneo inter manus elatua , et in sella
posUus essei, dixissê interrogando y jam sedeo? Nimis humilis
et contempti hominia tfsse videtur quid facicU» Sénëque , de hre^
vitale pitWy c, xij. N*y aurait-il point de nos aimables qui
eussent fait paroli à ce petit^mattre romain? pour moi , je crois
qu'oui.
PHÉNICIENS, Philosophie des. ( Hist. de la Philosophie. ) Voici un peuple intéressé, turbulent, inquiet , qui ose le premier s'exposer sur des plancbes fragiles , traverser les mers , visiter les nations , lui porter ses connaissances et ses productions, prendre les leurs , et faire de sa contrée le centre de l'univers habité.. Mais ces entreprises hardies ne se forment point sans l'invention des sciences et des arts. L'astronomie , la géométrie , la mécanique , la politique sont donc fort anciennes chez les Phéniciens. Ces peuples ont eu des philosophes et même de nom. Moschus ou Mochus est de ce nombre. Il est dit de Sidon. H n'a pas dépendu de Possidonius qu'on ne dépouillât Leucippe et Démocrite de l'invention du système atomique en faveur du philosophe phénicien ; mais il y a mille autorités qui réclament contre le témoignage de Possidonius.
Après le nom de Moschus , c'est celui de Cadmus qu'on rencontre dans les annales de la philosophie phénic^nne. Les Grecs le font fils du roi Agénor ; les Phéniciens , plus croyables sur un homme de leur nation, ne nous le donnent que comme l'intendant de sa maison. La mythologie dit qu'il se sauva de la cour d'Agénor avec Harmonie , célèbre joueuse de flûte, qu'il aborda » dans la Grèce , et qu'il y fonda une colonie. Nous n'examinerons pas ce qu'il peut y avoir dé vrai et de faux dans cette fable. Il est certain qu'il est l'inventeur de l'alphabet grec , et que ce service seul exigeait que nous en fissions ici quelque mention.
Il y eut entre Cadmus et Sanchoniaton , d'autres philosophes \ mais il ne nous reste rien de leurs ouvrages.
Sanchoniaton est très-ancien. Il écrivait avant l'ère troieone» Il touchait au temps de Moïse. Il était de Biblos. Ce qui nous reste de ses ouvrages est supposé. Voici son système de cosmogonie.
L'air ténébreux , l'esprit de l'air ténébreux et le chaos wàt les principes premiers de l'univers.
Ils étaient infinis , et ils ont existé long-temps avant qu'aucune limite les circonscrivit.
Mais l'esprit aima ses principes ; le mélange se fit ; les choses . se lièrent ; l'amour naquit et le monde commença.
L'esprit ne connut point sa génération.
L'esprit liant les choses engendra mot.
Mot est , selon quelqaes uns , le limon ; selon d^autres ^ la pu« tréfaction d'une masse aqueuse.
Voilà l'otigine de tous les germes, et le principe de toutes les choses; de là sortirent des animaux privés d^organes et de sens qui devinrent avec le temps des êtres intelligens , contemplateurs du ciel ; ils étaient sous la forme d'œufs.
Apres la production de moi y suivit celle du soleil , de la lune et des autres astres.
De l'air éclairé par la mer et échauffé par la terre , il résulta les vent« , les nuées et les plnies.
Les eaux furent séparées par la chaleur du soleil , et précipitées dans leur lieu ; et il j eut des éclairs et du tonnerre.
A ce bruit les animaux assoupis sont réveillés ; ils sortent 4u limon et remplissent la terre, l'air et la mer, mâles et femelles.
Les Phéniciens sont les premiers d'entre les hommes ; ils ont été produits du vent et de la nuit.
Yoilà tout ce qui nous a été transmis de la philosophie des Phéniciens. C'est bien peu de chose. Serait-ce que l'esprit de commerce est contraire à celui de la philosophie? Serait-ce qu'un peuple qui ne voyage que pour s'enrichir, ne songe guère à s'instruire? Je le croirais volontiers. Que l'on compare les essaims incroyables d'européens qui ont passé de notre mondé dans celui que Colomb a découvert , avec ce^que nous connaissons de* l'histoire naturelle des contrées qu'ils ont parcourues , et l'on jugera. Que demande uii commerçant qui descend de son vaisseau sur un rivage inconnu , est-ce quel dieu adorez-vous ? avez-vons un roi ? quelles sont vos lois ? Rien de cela. Mais avezyouf de l'or? des peaux ? du coton ? des épices? 11 prend ces subs- ^ tances , il donne les siennes en échange ; et il recommence cent fois la même chose sans daigner seulement s'informer de ce qu'elles sont, comment on les recueille. Il sait ce qu'elles lui produiront à son retour , et il ne se soucie pas d^en apprendre davantage. Voilà le commerçant hollandais. Et le commerçant français? Il demande encore, vos femmes sont-elles jolies?
PHILOSOPHE, s. m. Il n'y a rien qui coAte moins à acquérir au jourd'hni que le nom de philosophe ; une vie obscure et retirée, quelques dehors de lagesse,avec un peu de lecture, suffisent pour attirer ce nom à des personnes qui s'en honorent sans le ménier.
D'autres en qui la liberté de penser tient lieu de raisonnement , se regardent comme les seuls yériishles philosophes , parce qu'ils ont osé renverser les bornes sacrées posées par la religion , et qu'ils ont brisé les entraves oii la fdi mettait leur raison. Fiers de s'être défaits des préjugés de l'éducation ^ en matière de reli-
gion, ils regardent avec mépris les autres comme'des âmes faibles, des génies serviles, des esprits pusillanimes cfui se laissent effrayer par les canséquences ou conduit Tirréligion , et qui n'osant sortir un instant du cercle des vérités établies , m marcher dans des routes nouvelles , s'endorment sous le )oug de la superstition.
Mais on doit avoir une idée pins juste du philosophe ^ et voici le caractère que nous lui donnons.
Les autres bonmies sottt déterminés à agir sans sentir, ni connaître les causes qui les font mouvoir , sans même songer qu'il y en ait. Le philosophe Siu contraire démêle les causes autant qu'il est en lui, et souvent même les prévient, et se livre à elles avec connaissance : c'est une horloge qui se monte , pour ainsi dire , quelquefois elle-même. Ainsi il évite les objets qui peuvent lui causer des sentimens qui ne conviennent ni au bien-être , ni à l'être raisonnable , et cherche ceux qui peuvent exciter en lui des affections convenables à l'état oii il se trouve. La raison est à l'égard du philosophe ^ ce que la grâce est à l'égard du chrétien. La grâce détermine le chrétien à agir; la raison détermine le philosophe.
Les autres hcmimes sont emportés par leurs passmns , sans que les actions qu'ils font soient précédées de la réflexion : ce sont des hommes qui marchent dans les ténèbres ; au lieu que le philosophe dans ses passions mêmes, n'agit qu'après la réflexion; il marche la nuit, mais il est précédé d'un flambeau.
Le philosophe forme ses principes sur une infinité d'observations particulières. Le peuple adopte le principe sans penser aux observations qui l'ont produit : il croit que la maxime existe pour ainsi dire par elle-même; mais le philosophe prend la maxime dès sa source; il en examine l'origine; il en connaît la propre valeur , et n'en fait que l'usage qui lui convient.
La vérité n'est pas pour le philosophe une maîtresse qui corrompe son imagination, et qu'il croie trouver partout ; il se contente de la pouvoir démêler oii il peut l'apercevoir. Il ne la confond point avec la vraisemblance; il prend pour vrai ce qui est vrai , pour faux xe qui est faux , pour douteux ce qui est douteux , et pour vraisemblable ce qui n'est que vraisemblable. Il fait plus , et c'est ici une grande perfection du philosophe , c'est que lorsqu'il n'a* point de motif propre pour juger , il sait demeurer indéterminé.
. Le monde est plein de personnes d'esprit et de beaucoup d'esprit, qui jugent toujours ; toujours ils devinent, car c'est deviner que de juger sans sentir quand on a le motif propre du jugement. Us ignorent la portée de l'esprit humain ; ils croient qu'il peut
tout connattré : ainsi ils trouvent de la honte à ne point prononcer de jugement, et s'imaginent que l'esprit consiste à juger. Le philoêophe croit qu'il consiste à bien juger : il est plus content de lui-^nieme quand il a suspendu la faculté de se déterminer que s'il s'était déterminé avant d'avoir senti le motif propre à la décision. Ainsi il juge et parle moins , mais il juge plus sûrement et parle mieux) il n'évite point les traits vifs qui se présentent naturellement à l'esprit par un prompt assemblage d'idées qu'on est souvent étonné de voir unies. C'est dans cette prompte liaison que consiste ce que communément on appelle esprit; mais aussi c'est ce qq'il recherche le moins , et il préfère à ce brillant le soin de bien distinguer ses idées , d'en connaître la juste étendue et la liaison précise , et d'éviter de prendre le change en portant trop loin quelque rapport particulier que les idées ont entre elles. C'est dans ce discernement que consiste ce qu'on appelle jugement et Justesse d'esprit : à cette justesse se joignent encore la souplesse et la netteté. Le philosophe n'est pas tellement attaché à un système, qu'il ne sente toute la force des objections. La plupart des hommes sont si fort livrés à leurs opinions, qu'ils ne prennent pas seulement la peine de pénétrer celles des autres. Le philosophe comprend le sentiment qu'il rejette , avec la même étendue et la même netteté qu'il entend celui qu'il adopte.
L'esprit philosophique est donc un esprit d'observation et de justesse, qui rapporte tout à ses véritables principes; mais ce n'est pas l'esprit seul que le philosophe cultive , il porte plus loin son attention et ses soins.
L'homme n'est point un monstre qui ne doive vivre que dans les abîmes de la mer , ou dans le fond d'une foret : les seules nécessités de la vie lui rendent le commerce des autres nécessaire ; et dans quelque état oh il puisse se trouver , ses besoins et le bien-être l'engagent à vivre en société. Ainsi la raison exige de lui qu'il connaisse, qu'il étudie, et qu'il travaille à acquérir les qualités sociables.
Notre philosophe ne se croit pas en exil dans ce monde ; il ne croit point être en pays ennemi; il veut jouir en sage économe des biens que la nature lui offre; il veut trouver du plaisir avec les autres : et pour en trouver, il en faut faire : ainsi il cherche à convenir à ceiix avec qui le hasard ou son choix le font vivre ; et il trouve en même temps ce qui lui convient : c'est un honnête homme qui veut plaire et se rendre utile.
La plupart des grands à qui les dissipations ne laissent pas asses de temps pour méditer , sont féroces envers ceux qu'ils ne croient pas leurs égaux. Les philosophes ordinaires qui méditent
trop, ou plutôt qui méditent mal , le sont envers tout le monde; ils fuient les hommes , et les hommes les évitent. Mais notre phi^ losophe qui sait se partager entre la retraite et le commeree des hommes, est plein d'humanité. C'est le Chrêmes de Térence qui sent qu'il est homme , et que la seule humanité intéresse 4 la mauvaise ou à la bonne fortune de son voisin. Homo sum^ humani à me nihil alienum puio.
Il serait inutile de remarquer ici combien le philoaopJie est jalouiL de tout ce qui s'appelle honneur et probité , La société civile est , pour ainsi dire , une divinité pour lui sur la terre; il l'encense , il l'honore par la probité , par une attentiop exacte à ses devoirs , et par un désir sincère de n'en être pas un niembre inutile ou embarrassant. Les sentimens de probité entrent autant dans la constitution mécanique du philosophe , que les lumières de l'esprit. Plus vous trouverez déraison dans un homme, plus vous trouverez en lui de probité. Au contraire oii règne le fanatisme et la superstition, régnent les passions et l'emportement. Le tempérament du philosophe , c'est d'agir par esprit d'ordre ou par raison ; comme il aime extrêmement la société , il lui importe bien plus qu'au reste des hommes de disposer tous ses ressorts à ne produire que des effets conformes à l'idée d'honnête homme. Ne craignez pas que parce que personne n'a les jeux sur lui , il s'abandonne à une action contraire à la probité. Non. Cette ac* tion n'est point conforme à la disposition mécanique du sage; il est pétri , pour ainsi dire , avec le levain de l'ordre et de la règle ; il est rempli des idées du bien de la société civile ; il en connaît les principes bien mieux que les autres hommes. Lt crime trouverait en lui trop d'opposition , il aurait trop d'idées naturelles et trop d'idées acquises à détruire. Sa faculté d'agir est pour ainsi dire comme une corde d'instrument de musique montée snr un certain ton; elle n'en saurait produire un contraire. Il craint de se détonner, de se désaccorder avec lui-même; et ceci me fait ressouvenir de ce que Velleius dit de Caton d'Utique. « Il n'a jamais , dit-il , fait de bonnes âctious pour paraître w les avoir faites , mais parce qu'il n'était pas en lui de faire » autrement. »
D'ailleurs dans toutes les actions que les hommes font , ils ne cherchent que leur propre satisfaction actuelle : c'est le bien ou plutôt l'attrait présent, suivant la disposition mécanique ou ils se trouvent , qui les fait agir. Or le philosophe est disposé plus que qui que ce soit par ses réflexions à trouver plus d'attrait et de plaisir à vivre avec vous , à s'attirer votre confiance et votre estime , à s'acquitter des devoirs de l'amitié et de la reconnaissance. Ces sentimens sont encore nourris dans le fond de son
cœur par la religion , ou Tônt conduit les lumières naturelles de sa raison. Enc</re un coup, l'idée de malhonnête homme est autant opposée à l'ide'e de philosophe^ que l'est l'idée de stupide; et Teipérience fait voir tous les jours que plus on a de raison et de lumière , plus on est sûr et propre pour le commerce de la vie. Un sot, dit La Rochefoucauld , n'a pas assez d'étofie pour être bon : on ne pèche que parce que les lumières sont moins fortes que les passions; et c'est une maxime de théologie vraie en un certain sens, que tout pécheur est ignorant.
Cet amour de la société si essentiel au philosophe^ fait voir combien est véritable la remarque de l'empereur An^onin : M Que les peuples seront heureux quand les rois seront philo^ M sophes , ou quand les philosophes seront rois ! »
Le philosophe est donc un honnête homme qui agit en tout par raison , et qui joint à un esprit de réflexion et de justesse les mœurs et les qualités sociables. Entez un souverain sur un philosophe- d'une telle trempe , et vous aurez un parfait souverain.
De cette idée il est aisé de conclure combien le sagp insensible des Soïciens est éloigné de la perfection de notre philosophe : on tel philosophe est homme , et leur sage n'était qu'un fantàme. Ils rougissaient de l'humanité , et il en fait gloire; ils voulaient follement anéantir les passions , et nous élever au-dessus de notre nature par une insensibilité chimérique : pour lui , il ne prétend pas au chimérique hpnneur de détruire les passions, parce que cela est impossible; mais il travaille à n'en être pas tyrannisé , à les mettre à profit , et à en faire un usage raisonnable , parce que cela est possible , et que la raison le lui ordonne.
On voit encore par tout ce que nous venons de dire , combien s'éloignent de la juste idée du philosophe ces indolens, qui, livrés à une méditation paresseuse, négligent le soin de leurs affaires temporelles, et de tout ce qui s'appelle ybr/w/i^. Le vrai philosophe n'est point tourmenté par l'ambition , mais il veut avoir les commodités de la vie; il lui faut, outre le nécessaire précis, un honnête superflu nécessaire à un honnête homme, et par lequel seul on est heureux : c'est le fond des bienséances et des agrémens. Ce sont de faux philosophes qui ont fait naître ce préjugé , que le plus exact nécessaire lui suffit, par leur indolence et par des maximes éblouissantes.
PHILOSOPHIE , s. f. Philosophie signifie , suivant son étymologic , Yamour de la sagesse. Ce mot ayant toujours été assez vague , à cause des diverses significations qu'on y a attachées , il faut faire deux choses dans cet article; i*». rapporter histori-
quement Torigine et les différentes acceptions de ce terme ; 2"*. en ^xer le sens par une bonne définition.
i\ Ce que nous appelons aujourd'hui Philosophie^ s'appelait d'abord aophie ou sagesse ; et l'on sait que les premiers philosophes ont été décorés du titre de sages. Ce nom a été dans les premiers temps ce que le nom de bel esprit est dans le nôtre ^ c'est-à-dire qu'il a été prodigué à bien des personnes qui ne méritaient rien moins que ce titre fastueux. C'était alors l'enfance de l'esprit humain , et l'on étendait le nom de sagesse à tous les arts qui exerçaient le génie , ou dont la société retirait quelque avantage ; mais comme le savoir y l'érudition est la principale culture de l'esprit , et que les sciences étudiées et réduites en pratique appok*tent bien des conomodités au genre humain , la ssi^esse et l'érudition furent confondues ; et l'on entendit par être versé ou instruit dans la sagesse , posséder l'encyclopédie de ce qui était connu dans le siècle oii l'on vivait.
Entre toutes les sciences , il y en a une qui se distingue par l'excellence de son objet ^ c'est celle qui traite de la divinité , qui règle nos idées et nos sentimens à l'égard du premier être , et qui y conforme notre culte. Cette étude étant la sagesse par excellence , a fait donner le nom de sages à ceux qui s'y sont appliqués , c'est-à-dire aux théologiens et aux prêtres. L'Ecriture elle-même donne aux prêtres chaldéens le titre de sages , sans doute parce qu'ils se l'arrogeaient , et que c'était un usage universellement reçu. C'est ce qui a eu lieu principalement ches les nations qu'on a coutume d'appeler barbares ; il s'en fallait bien pourtant qu'on pût trouvej la sagesse chez tous les dépositaires de la religion. Des superstitions ridicules , des mystères puérils , quelquefois abominables ; des visions et des mensonges distinés à affermir leur autorité et à en imposer à la populace aveugle , voilà à quoi se réduisait la sagesse des prêtres de ces temps. Les philosophes les plus distingués ont essayé de puiser à cette source : c'était le but de leurs voyages , de leur initiation aux mystères les plus célèbres ; mais ils s'en sont bientôt dégoûtés y et l'idée de la sagesse n'est demeurée liée à celle de la théologie que dans l'esprit de ces prêtres orgueilleux et de leurs imbéciles esclaves.
De sublimes génies se livrant donc à leurs méditations , ont voulu déduire des idées et des principes que la nature et la raison fouruissent , une sagesse solide , un système certain et ap* puyé sur des fondemens inébranlables; mais s'ils ont pu secouer par ce moyen le joug des superstitions vulgaires, le reste de leur entreprise n'a pas eu le même succès. Après avoir détrait y ils
ti^onl su édifier , semblables en quelque sorte à ces conqueVans , qui ne laissent après eux que des ruines. De lâ cette foule d'opinions bizarres et contradictoires , qui a fait douter s'il restait «ncore quelque sentiment ridicule , dont aucun philosophe ne se fût avisé. Je ne pois m'empécher de citer un morceau de M. de Fontenelle , tiré de sa disaeriation sur les anciens et sur les modernes , qni revient parfaitement à ce sujet. « Telle est M notre condition , dit-il , qu'il ne nous est point permis d'ar- M rîyer tout d'un coup à rien de raisonnable sur quelque ma- M tiëre que ce soit : il faut avant cela que nous nous égarions » long^temps , et que nous passions par diverses sortes d'erreurs , » et par divers degrés d'impertinences. Il eût toujours dû être » bien facile de s'aviser que tout le jeu de la nature > consiste » dans les figures et dans les mouvemens des corps ; cependant » avant que d'en venir là , il a fallu essayer des idées de Platon , » des nombres de Pythagore , des qualités d'Arislote ; et tout » cela ayant été reconnu pour faux , oii a été réduit à prendre w le vrai système. Je dis qu'on y a été réduit , car en vérité il » a'en restait plus d'autre ; et il semble qu'on s'est défendu de » le prendre aussi long*tems qu'on a pu. ^^ous avons l'obligation » aux anciens de nous avoir épuisé la plus grande partie des » idées fausses qn'on se pouvait faire ; il fallait absolument payer >» à l'erreur et k l'ignorance le tribut qu'ils ont payé, et nous ne n devons pas manquer de reconnaissance envers ceux qui nous M en ont acquittés. Il en va de même sur diverses matières , oii » il y a je ne sais combien de sottises que nous dirions si elles ik n'avaient pas été dites , et si on ne nous les avait pas pour » ainsi dire enlevées. Cependant il y a encore quelquefois des » moderne^ qui s'en ressaisissent , peut^tre parce qu'elles n'ont » pas encore été dites autant qu'il le faut. »
Ce serait ici le Heu de tracer un abrégé des divers sentiment qni ont été en vogue dans la Philoêophie; mais les bornes de nos articles ne le permettent pas. On trouvera l'essentiel des opinions les plus âmenses dans divers autres endroits de ce dictionnaire , sous les titres auxquels elles se rapportent. Ceux qui veulent étudier la iteatière à fond, trouveront abondamment de quoi se satisfaire dans l'excellent ouvrage que M. Brucker a publié d'abord en allemand , et ensuite en latin sous ce titre ; Jacobi Bruckeri historia critica PhilosophicB^ à mundi incu^ nabulU ad nostram usgue œiatem deducta. On peut peut aussi lire l'histoire de la Philosophie par M. Deslandes.
L'ignorance , la précipitation , l'orgueil , la jalousie , ont enfanté des monstres bien flétrissaas pour la Philosophie ^ et qui
Xmi détourné les nns de Tétiidier, ou jeté les autres dans mi doute universel.
N'outrons pourtant rien. Les travers de l'^prît humain n'ont pas empêché la Philosophie de recevoir des accroissemens considérahles , et de tendre à la perfection dont elle est snsceptihle ici has. Les anciens ont dit d'excellentes choses , surtout sur les devoirs de la morale , et même sur ce que l'homni£ doit à Dieu ^ et s'ils n'ont pu arriver à la belle idée qu'ils se formaient de la sagesse , ils ont au moins la gloire de l'avoir conçue et d'en avoir tenté l'épreuve. Elle devint donc entre leurs mains une science pratique qui embrassait les vérités divines et humaines , c'est-à-dire tout ce que l'entendement est capable de découvrir au sujet de la divinité , et tout ce qui peut contribuer an bonheur de la société. Des qu'ils lui eurent donné une forme systématique 9 ils se mirent à l'enseigner , et l'on vit naître les écoles et les sectes ; et comme pour faire mieux recevoir leurs préceptes ils les ornaient des embellissemens de l'éloquence, celle-ci se confondit insensiblement avec la sagesse , chez les Grecs surtout 9 qui faisaient grand cas de l'art de bien dire , à cause de son influence sur les affaires d'état dans leurs républiques. Le nom de sage fut travesti en celui de sophiste ou makre d'élo^ çuenee ; et cette révolution (ît beaucoup dégénérer une science qui dans son origine s'était proposée des vues bien plus nobles. On n'écouta bientôt plus les maîtres de la sagesse pour s'nstmire dans des connaissances solides et utiles à notre bien*étre y mais pour repaître son esprit de questions curieuses , amuser ses oreilles de périodes cadencées , et adjuger la pahne au plus op^ niâlre , parce qu'il demeurait maître du cbasip de bataille.
Le nom de sage était trop beau pour de pareilles 901$, ou plutôt il ne convient point à l'homme : c'est l'apana^^ de la divinité , source éternelle et inépuisable de la vraie sagesse* Pjthagore qui s'en aperçut, substitua à cette dénomination fastueuse le titre modeste de philosophe ^ qui s'établit de manière qu'il a été depuis ce temps-là le seul usité. Mais les sages raisons de ce changement n'étouffèrent point l'orgueil des Philosophas , qui continuèrent de vouloir passer pour les dépositaires de la vraie sagesse. Un des moyens les plus ordinaires dont ils se servirent pour se donner du relief, ce fut d'avoir une prétendue doctrine de réserve , dont ils ne faisaient part qu'à leurs disciples affidés , tandis que la foule des auditeurs était repue d'instructions vagues. Les Philosophes avaient sans doute pris cette idée et cette méthode des prêtres , qui n'initiaient à la connaissance de leurs mystères qu'après de longues épreuves } mais les tterets des uns
et des autres ne yalalent pas la peine quW se donnait pour y avoir part.
Dans les ouvrages philosophiques de l'antiquité qui nous ont été conservés 9 quoiqu'il y règne bien des défautfi , et surtout celui d'une bonne méthode , on découvre pourtant les semences dç la plupart des découvertes modernes. Les matières qui n'avaient pas besoin du secours des observations et des instruraens y comme le sont celles de la morale > ont été poussées aussi loin que la raison ponmt les conduire. Pour la physique , il n'est pas sur« prenant que favorisée des secours que les derniers siècles ont fournis, elle surpasse aujourd'hui de beaucoup celle dès anciens. On doit plutôt «'étonner que ceux-ci aient si bien deviné en bien des cas oii ils ne pouvaient voir ce que nous voyons à présent» On en doit dire autant de la médecine et des mathématiques 5 comme ces sciences sont composées d'un nombre infini de vues , et qu'elles dépendent beaucoup des expériences que le hasard seul fait naître , et qu'il n'amène pas à peint nommé , il est évident que les physiciens , les médecins et mathématiciens doivent être naturellement plus habiles que les anciens.
IjC nom de PMloâophù demeora toujours vague , et comprit dans sa vaste enceinte , outre la connaissance des choses divines et humaines , celle des lois , de la médecine , et même des di* verses branches de l'érudition , con^ne la grammaire » la rhéto* riqne , la critique^ sans en excepter l'histoire et la poésie. Bien plus : il passa dans l'Église ; le Christianisme fut appelé la PAi^ losophie^ainte ; les docteurs de la religion qui en enseignaient les vérités , les ascètes qui en pratiquaient les austérités , fuient qualifia de philoêophêê.
Les divisions d'une science conçue dans une telle généralité , furent fort arbitraires. La plus ancienne et la plus reçue a été celle qui rapporte la PhUowphie à la considération de Dieu et à celle de l'honinM.
Arîstote en introduisit une nopvelle ; la voici. Tria gênera suni ^âoreticarum scientiarum , mathematica y phyaioa , iheologica* Un passage de Sénèque indiquera celle de quelqnes autres sectes. SldcU vero Philosophîfle trea parUê essê divêrunt^ monUem , naturaUmy êi roHonalem : prima componU animum^ seeunda r#» non naiwam scrutalur , tsrtia propriêUUis vêrborum êxigit ei êtrueiuram el argumentationes , n$ pro Vêris fcJsa subrepani, JBpicurei duaa paries Philosophiae puiaverunt êêse , fuUurakm atqu€ moratem ; rcUionaUm rsmouerunt, Deinde cum ipsis rébus cogêreniur ambigua êêcernsrê , falta sub spêcis péri laientia coarguersy ijpsi quoque locum^ quem dejudicio e4 yegg$lé appeiianif ttlio norrUne rationalem induxerunt : $êd eum accesaiomm êe%0
ncUuralis pariis exiHimant..., Cyrenaici naturctUa eum raiio^ nalibus sustulerunt ^ et conUntifuerunt moralibus ^ etc. Seneca , epiêt. 89.
Les écoles ont adopté la dirîsion de ]a Philosophie en quatre 'parties , logique , métaphysique , physique et morale.
2**. Il est temps de passer au second point de cet article , oii il s'agit de fixer le sens du nom de la Philosophie , et d'en donner une bonne. définition. Philosoplier , c'est donner la raison des choses , ou du moins la chercher , car tant qu'on se borne à voir et à rapporter ce qu'on voit , on n'est qu'historien. Quand oa calcule et mesure les proportions des choses , leurs grandeurs , leurs valeurs , on est mathématicien ; mais celui qui s'arrête à découvrir la raison qui fait que les choses sont , et qu'elles sont plutôt ainsi que d'une autre manière , c'est le philosophe proprement dit.
Cela posé , la définition que M. Wolf a donnée de la Philo^ Sophie y me parait renfermer dans sa brièveté tout ce qui caractérise cette science. C'est , selon lui , la science des possibles en tant que possibles. C'est une science , car elle démontre ce qu'elle avance. C'est la science des possibles , car son but est de rendre raison de tout ce qui est et de tout ce qui peut être dans toutes les choses qui arrivent 3 le contraire nourrait arriver. Je hais un tel , {e pourrais l'aimer. Us corps occupe une certaine place dans l'univers , il pourrait en occuper une autre ; mais ces différens possibles ne pouvant être à la fois, il y a donc une raison qui détenuine l'un à être plutôt que l'autre; et c'est cette raison que le philosophe cherche et assigne.
Cette définition embrasse le présent , le passé , et l'avenir , et ce qui n'a jamais existé et n'existera jamais , comme sont toutes les idées universelles , et les abstractions. Une telle science est une véritable encyclopédie ; tout y est lié , tout en dépend. C'est ce que les anciens ont senti, lorsqu'ils ont appliqué le nom de Philosophie^ comme nous l'avons vu ci-dessus , à toutes sortes de sciences ei d'arts; mais ils ne justifiaient pas Tiafluence universelle de ce|^ science sur tontes les antres. Elle ne saurait être mise dans un plus grand jour que par la définition de M. Wolf. Les possible» comprennent les objets de tout ce qui peut occuper l'esprit on l'industrie des hommes : aussi toutes les sciences , tous les arts ont*ils leur philosophie, La chose est claire : tout se fait en ju<risprudence , en médecine , en politique , tout se fait , ou da moins, tout doit sefai're par quelque raison. Découvrir ces raisons et les assigner , c'est donc donner la Philosophie des sciences susdites ; de mêlée l'architecte , le peintre , le sculpteur , je dis plus , un simple feadeur de bois , a ses raisons de faire ce qu'il
fait , comme il le fait , et non autrement. Il est yrai que la plu«> part de ces gens travaillent par routine , et emploient leurs instmmens sans sentir quel en est le mécanique , et la proportion avec les ouvrages qu'ils exécutent ; mais il n'en est pas moins certain que chaque instrument a sa raison , et que s'il était fait autrement , l'ouvrage lie réussirait pas. Il n'y a que le philosophe qui fasse ces découvertes , et qui soit en état de prouver que les choses sont comme elles doivent être , on de les rectifier , lorsqu'elles en sont susceptibles , en indiquant la raison des changemens qu'il veut y apporter.
Les oiijets de la philosophie sont les mêmes que ceux de nos connaissances en général , et forment la division naturelle de cette science. Us se réduisent à trois principaux , Dieu , Vâmê et la maiière. A ces trois objets répondent trois parties principales de la philoêophie. La première , c'est la ihéoiogiê ncUureUe , ou la science des possibles à l'égard de Dieu. Les possibles à l'égard de Dten , c'est ce qu'on peut concevoir en lui et par lui. Il en est de même des définitions des possibles k l'égard de l'âme et du corps. La seconde , c'est la psychologie qui concerne les possibles k l'égard de l'âme. La troisième , est la physique qui concerne les possibles à l'égard des corps.
Cette division générale souffre ensuite des sons-divbions particulières; voici la manière dont M. Wolf les amène.
Lorsque nous réfléchissons sur nous-mêmes , nous nous convainquons qu'il y a en nous une faculté de former des idées des choses possAles , et nous nommons cette faculté Veniendement; mais il n'est pas aisé de connaître jusqu'oii cette faculté s'étend , ni comment on doit s'en servir , pour découvrir par nos propres méditations , des vérités inconnues pour nous , et pour juger avec exactitude de celles que d'autres ont déjà découvertes. Notre première occupation doit donc être de rechercher quelles sont les forces de l'entendement humain « et quel est leur légitime nsage dans la connaissance de la vérité 2 la partie de la philo" Sophie ok l'on traite celte matière , s'appelle k^que ou Fttri de penser.
Entre toutes les ehoses possibles , il faut de tonte nécessité qu'il y ait un être subsistant par lui-même ; autrement il y aurait des choses possibles , de la possibilité desquelles on ne pourrait rendre raison , ce qui ne saurait se dire. Or cet être subsis* tant par lui-même , est ce que nous nonunons Dieu. Les autres êtres qui ont la raison de leur existence dans cet être subsistant par lui-même , ont le nom de créatures ; mais comme la philo-- Sophie doit rendre raison de la possibilité des choses , il convient de faire précéder la doctrine qui traite de DieU| à celle qui
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traite des créatures : j'avoae pourtant qu'on doit déjli avoir nue connaissance générale des créatures; mais on n'a pas besoin de la puiser dans la philosophie , parce qu'on l'acquiert dès l'enfance par une expérience continuelle. La partie donc de la phi^ loêophie , oii Ton traite de Dieu et de l'origine àt» créatures , qui est en lui, s'appelle théologie naturelle , ou docÉrine de Dieu.
Les créatures manilestefit leur activité , ou par le mouvement, ou par la pensée. Celles-là sont des corps , ceHes-ci sont des es-» prits. Puis donc que la philosophie s'applique k donner de tont des raisons suffisantes , elle doit aussi examiner les forées on les opérations de ces êtres , qui agissent oy par le mouvement ou pat la pensée. La phUoeophie nous montre donc ce qui peut arriver dans le monde par les forces des corps et par la puissance des esprits. On nomme pneitmatologie ou doctrine des esprits ^ la partie de la philosophie oii l'on explique ce que peuvent effectuer les esprits ; et l'on appelle physique ou doctrine de la nature cette autre partie oh l'on montre ce qui est possible en verta des forces des corps.
L'être quj pense en nous s'appelle âme; or , comme cette âme est du nombre des esprits , et qu'elle a outre l'entendement y nne volonté qui est cause de bien des événemens ; il faut encore que la philosophie développe ce qui peut arriver en conséquence de cette volonté ; c'est k quoi Fon doit rapporter ce que l'on enseigne du droit de la nature , de la morale , et de la politique.
Mais comme tous les êtres , soit corps , ou esprits , ou âmes , se ressemblent k quelques égards , il faut rechercher aussi ce qui peut convenir généralement k tons les êtres , et en quoi consiste leur différence générale. On nomme onthologie^ ou science f onéamenUtie , cette partie de lat philosophie qui renferme la connaissance générale de tons les êtres ; cette sdence fondamentale, la doctrine des esprits , et la théologie naturelle , composent ce qui s'appelle métaphysique ou science prineipaie.
Nous ne nous contentons pas de pousser nos oouMiissances jo5<^ qu'à savoir par quelles forces se produisent certains effets dans la nature , nous allons'' plus loin , et nous nàesurons avec la dernière exactitude les degrés des forces et des effi^ts , afin qu'il paraisse visiblement que certaine force peut produire certains effets. Par exemple , il y a bien des gens qui se contentent de savoir , que l'air comprimé avec force dans une fontaine artificielle , porte l'eau jusqu'à une hauteur extraordinaire ; mais d'autres plus curieux font des efforts pour découvrir de combien s'accrof t la force de Fair , lorsque par la compression il n'occupe que la mjoitié 9 le tiers ou le quart de l'espace qu'il remplissait aupara-
Tant , et ie combien de pieds il fait monter l'eau chaque fois j c^est pousser nos connaissances à leur plus haut degré , que dé savoir mesurer tout ce qui a une grandeur , et c'est dans cette Tue qu'on a inventé les mathématiques.'
Le véritable ordre dans lequel les parties de la philosophie doivent être rangées, c'est de faire précéder celles qui contiennent les principes , dont la connaissance est nécessaire pour rintelligence et la démonstration des suivantes ; c'est à cet ordre que M. Wolf s'est religieusement conformé , comme iî parait par ce que )e viens d'extraire de lui.
On peut encore diviser la philosophie en deux branche^ , et la considérer sons deux rapports ; elle est théorique ou pratique.
La phOoêophie théorique «u spéculative se repose dans une pui^ et simple contemplation des choses ; elle ne va pas plus loin.
La philosophie pratique est celle qui donne des règles pour opérer sur son objet : elle est de deux sortes par rapport aux deux espèces d'actions humaines qu'elle se propose de diriger : ces deux espèces sont la logique et la morale : la logique dirige les opérations de l'entendement, et la morale les opérations de la volonté. Voyez Logique et Morale. Les autres parties de la philosophie sont purement spéculatives.
La philosophie se prend aussi fort ordinairement pour la doctrine particulière ou pour les systèmes inventés par des philosophes de nom » qui ont eu des sectateurs. Lsl philosophin ainsi envisagée s'est divisée en un nc»nbre^ infini de sectes , tant anciennes que modernes f ieh sont les Platoniciens , les Pérfpatéticieas, les f^ûcuriens, les Stoïciens , lis Pythagoriciens , les Pirrhoniens ^ et les Académiciens; et tels sont de nos jours les Cart^ens f les Newtoniens. Voyez V origine ^ le dogme de chaque secU, à rariicle^qui lui est particulier,
he^ philosophie se prend encore pour une certaine manière de philosopher y ou pour certains principes sur lesquels roulent toutes les recherches que l'on fait par leur moyen ; rn ce sens l'on dit , philosophie corpusculaire , philosophie mécanique ^ philosophie expérimentale.
Telle est la saine notion de la philosophie^ son but est Ta certitude , et tous ses pas y tendent par la voie de la démons* tration. Ce qui caractérise donc le philosophe et le distingue du vulgaire , c'est qu'il n'admet rien sans preuve, qu'il n'acquiesce point k des notions trompeuses , et qu'il pose exactement les limites du certain , du probable , et du douteux. H ne se pnie point de mots, et n'explique rien par des qualités occultes , qui ne sont antre chose que l'effet même transformé en cause; il