DICTIONNAIRE
encyclopédique!
Polyandrie , «. f. ( Hlat, morale et poUHqûe. ) Ce mot indique l'état d'une femme qui a plusieurs maris.
L'histoire, tant ancienne que moderne, nous fournit de« «xemples de peuples chfiz qui il était permis aux femmes de prendre plusieurs époux. Quelques auteurs qui ont écrit sur le Droit naturel, ont cru que la polyandrie n'avait rien de contraire aux lois de la nature ) mais pour peu que l'on y fasse atten* tion, on s'apercevra aisément que rien n'est plus opposé aux vues du mariage. £n effet , pour la propagation de l'espèce une femme n'a besoin que d'un mari , puisque conununémeat elle ne met au monde qu'un enfant à la fois : d'ailleurs la multiplicité des maris doit anéantir ou diminuer leur amour pour les enfans^ dont les pères seront toujours incertains. Concluons de là que la polyandrie est une coutume encore plus impardonnable que la poljgamie; qu'elle ne peut avoir d'autre motif qu'une lubricité très-indécente de la part des femmes , à laquelle les législateurs n'ont point dû avoir égard y que rien n'est plus propre à rompre ou du xnoins à relâcher les liens qui doivent unir les époux ; «nfîn que cette coutume est propre à détruire l'amour mutuel des parens et des enfans.
Chez les Malabares , les femmes sont autorisées par les lois à prendre autant de maris qu'il leur plaît, sans que l'on puisse les en empêcher. Cependant quelques voyageurs prétendent que le nombre des maris qu'une femme peut prendre est fixé à douze ; ils conviennent entrje eux du' temps pendant lequel chacun vivra a^ec l'épouse commune. On assure que ces arrangemens ne donnent Heu à aucune mésintelligence entre les époux ; d'ailleurs dans ce pays les mariages ne sont point des engagemens éternels, ils ne durent qu'autant qu'il plait aux parties contractantes. Ces mariages ne sont pas fort ruineux , le mari en est quitte pour donner une pièce de toile de coton à la femme qu'il veut épouser; de son côté, elle a rempli ses devoirs en préparant les alimens de son mari , et en tenant ses habits propres et ses armes bien nettes. Lorsqu'elle devient grosse , elle déclare de qui est l'enfant, c'est le père qu'elle a nommé qui en demeure chargé. D'après des coutumes si étranges et si opposées aux nôtres , on voit qu'il a fallu des lois pour assurer l'état des enfans^ ils suivent toujours la condition de la mère qui est certaine. Les 3. 23
neveux paf les femmes sont appelés aux successions comme étant les plus proches parens , et ceux dont la naissance est la moins douteuse.
POLYTHÉISME , s. m. ( Métaphyaiq. ) Le polythéUme est une opinion qui suppose la pluralité des dieux. Il est étonnant dans quels excès l'idolâtrie a précipité ses sectateurs. Lises-en la description dans le discours de M. de Meaux sur lUistoire universelle. « Tout était dieu , dit ce grand prélat , excepté Dieu » lui-même , et le monde que Dieu avait fait pour manifester sa » puissance , semblait être devenu un temple d'idoles. Le genre ?» humain s'égara jusqu'à adorer ses vices et ses passions ; et il ne » faut pas s'en étonner, il n'j avait point de puissance plus iné- » vitabie ni plus tjrannique que la leur. L'homme accoutumé » à croire divin tout ce qui était puissant, comme il se sentait » entraîné au vice par une force invincible , crut aisément que » cette force était hors de lui , il s'en fit bientôt un dieu. C'est » par là que l'amour impudique eut tant d'autels, et que des » impuretés qui font horreur, commencèrent à être mêlées dans » les sacrifices. La cruauté j entra en même temps. L'honune w coupable qui était troublé par le sentiment de son crime , et M regardait la divinité comme ennemie , crut ne pouvoir l'apaiser » par les victimes ordinaires. Il fallut verser le sang humain » avec celui des bêtes. Une aveugle fureur poussait les pères » à immoler leurs enfans , et à les brâler à leurs dieux au lien M d'encens. Ces sacrifices étaient communs dès le temps de » Moïse , et ne faisaient qu'une partie de ces horribles iniquités » des Amorrhéens, dont Dieu commit la vengeance aux Israé- >« lites. Mais ils n'étaient pas particuliers à ces peuples. On sait » que dans tous les peuples du monde , sans en excepter aucun , » les hommes ont sacrifié leurs semblables; et il n^ a point eu » d'endroits sur la terre oh l'on n'en ait servi à ces tristes et M affreuses divinités , dont la haine implacable pour le genre » humain exigeait de telles victimes. Au milieu de tant d'igno^ » rances l'homme vint à adorer jusqu'à l'œuvre de ses mains, w II crut pouvoir renfermer l'eiprit divin dans ses statues; et . » il oublia si profondément que Dieu l'avait fait , qu'il crut à » son tour pouvoir faire un dieu. Qui le pourrait croire , si l'exft périence ne nous faisait voir qu'une erreur si stupide et si » brutale n*était pas seulement la plus universelle , mais encore M la plus enracinée et la plus incorrigible parmUei; hommes? » Ainsi il faut reconnaître , à la confusion du 'genre humain , » que la première des vérités , celle que le monde prêche , celle » dont l'impression est la plus puissante , était la plus éloignée )» de la vue des hommes. »
Les athées prétetadent que le culte religieux rendu à des hommes après leur mort , est. la première source de l'idoUtrie , et ils en concluent que la religion est originairement une institution politique , parce que les premiers hommes qui furent déifiés , étaient ou des législateurs y ou des magistrats , ou d'autres bienfaiteurs publics. C'est ainsi que parmi les anciens , Evhémerus , surnommé V athée , composa un traité pour prouver que les premiers dieux des Grecs étaient des hommes. Gicéron qui pénétra son dessein , observe fort judidensement que ce sentiment tend il renverser toute religion. Parmi les modernes , l'an*glais Toland a écrit une brochure dans le même dessein , intitulée j de l'origine de Pidolâine y et des motif e dupctgarUême, La conduite uniforme de ces deux écrivains est singulière. £vhé« merus prétendait que son desseiif était seulement d'exposer la fausseté de la religion populaire de la Grèce , et Toland a pré<tendu de même que sA dessein n'était que d'écrire contre l'idolâtrie païenne , tandis que le but réel de l'un et de l'autre était de détruire la religion eu général.
On doit avouer que cette opinion sur la première origine de l'idolâtrie a une apparence plausible , mais cette apparence n'est fondée que sur un sophisme qui confond l'origine de l'idolâtrie avec celle de tout culte religieux en général. Or il est non-seu«lement possible , mais même il est extrêmenient probable que le culte de ce qu'on croyait la première et la grande cause de toutes choses y a été antérieur à celui des idoles y le culte idolâtre n'ayant aucune des circonstances qui accompagnent une institution originaire et primitive , ayant au contraire tontes celles qui* accompagnent une institution dépravée et corrompue. Cela est non-seulement possible et probable , nuis l'histoire païenne prouve de plus que le culte rendu aux hommes déifiés après leur mort , n'est point la première source de l'idolâtne.
Un auteur dont l'autorité tient une des premières places dans le monde savant , aussi différent de Toland par le cœur que par l'esprit y je veux dire le grand Newton , dans sa chronologie grecque , parait être du même sentiment que lui sur l'origine de l'idolâtrie. « Eacus , dit-il y fils d'Egina , et de deux générations » plus ancien que la guerre de Troie , est regardé par quelques 9» uns comme le premier qui ait bâti un temple dans la Grèce. M Yers le même temps les oracles d'Egypte y furent introduits, » ainsi que la coutume de faire des figures pour représenter les n dieux y les jambes liées ensemble «de la même manière que les » momies égyptiennes. Car l'idolâtrie naquit dans la Chaldée » et dans l'Egypte , et se répandit de là , etc. Les pays qu'arro- » sent le Tigre et le Nil y étant extrêmement fertiles y furent les
n premiers habités par le genre humain , et par conséquent ils » commencèrent les premiers à adorer leura rois et leurs reines » après leur mort. » On voit par ce passage que cet illustre savant a supposé que le culte rendu aux hommes déifiés y était le premier genre d'idolâtrie , «t il oe fait qu'en insinuer la raison; savoir que le culte rendu aux hommes après leur mort , a introduit le culte des statues. Car les Egyptiens adorèrent d'abord leurs grands hommes décédés en leurs propres personnes ^ c'est-à-dire leurs momies; et api^s qu'elles eurent été perdues , consumées on détruites , ils les adorèrent sous des figures qui les représentaient, et dont les jambes , à l'imitation des momies , étaient liées ensemble. Il parait que M. Newton s'est lui-même donné le change en supposant que le culte des statues était inséparablement uni k l'idolâtrie en général ; ce qui est contraire à ce que rapporte Hérodote , que les Perses oui adoraient les corps célestes , n'avaient point de statues de l 'rs dieux , et à ce que Denis d'Halicamasse nous apprend > que les Romains , dont les dieux étaient des hommes déifiés après leur mort , les adorèrent pendant plusieurs siècles sans statues.
Mais ce qui est remarquable , c'est que dès l'entrée de la question y les esprits forts renversent eux-mêmes ce qu'ils prétendent établir. Lehr grand principe est que la crainte d'abord fait des dieux , prUnuê in orbe deosfecit timor ; et cependant si on veut les croire , ces premiers dieux furent des hommes déifiés après leur mort , â cause de leurs bienfaits envers leur patrie et le genre humain. Sans m'arrêtera cette contradiction , il est certain que ce grand principe de crainte est en toute manière incompatible avec leur système. Car les siècles où la crainte régnait le plus , et était la passion dominante du genre humain , furent ceux qui précédèrent l'établissement des sociétés civiles , lorsque la main de chaque homme était tournée contre son frère. Si la crainte était donc le principe de la religion , il s'ensuivrait incontestablement que la religion existait avant l'établissement des sociétés.
Comme l'espérance et la crainte , l'amour et la haine sont les grands ressorts des pensées et des actions des hommes , je ne crois pas que ce soit aucune de ces passions en particulier , mais je crois que tontes ensemble ont contribué à faire naître l'idée des êtres supérieurs dans l'esprit des premiers mortels , dont la raison brute n'avait point acquis la connaissance du vrai Dien , et dont les mœurs dépravées en avaient effacé la tradition.
Ces premiers hommes encore dans l'état de nature^ oii ils trouvaient toute leur subsistance dans les productions de la terre, ont dû naturellement observer ce qui avançait ou retardait ces
productions ; en sorte que le soleil qui anime le système du inonde dut bientôt être regardé comnie la divinité éminemment bienfaisante. Le tonnerre , les éclairs y les orages , les tempêtes furent regardés comme des marques de sa colère } et chaque orbe céleste en particulier fut envisagé sous la même face , à proportion de son utilité et de sa magnificence ; c'est ce qui parait de plus naturel sur l'origine de l'idolâtrie , et les réflexions suivantes le vont mettre entièrement dans son jour.
On trouve des vestiges de l'adoration des astres chez toutes les nations. Moïse Maimonide prétend qu'elle a précédé le déluge, et il en fixe la naissance vers le temps d'Enoch ; c'est aussi le sentiment de la plupart des rabbins , qui assurent que ce fut là un des crimes que Dieu châtia par les eaux du déluge. Je ne détaillerai point ici leurs raisons , qui sont combattues par les SS. Pères et par les meilleurs interprètes de l'ancien Testament , et je tomberai d'accord avec ces derniers , que l'idolâtrie n'a commencé qu'après le déluge ; mais en même temps je dois avouer qu'elle fit des progrès si rapides et si contagieux , que les origines de tous les grands peuples qui tirèrent leur naissance ou des enfans ou des petits enfans de Noé , en furent infectés. Les Juifs, hors quelques intervalles d'égarement , se conservèrent dans la créance de l'unité de Dieu , sons la main duquel ils étaient si particulièrement. Ils ne méconnurent point le grand ouvrier , pour admirer les beautés innombrables de l'ouvrage. Il faut cependant convenir , que si le peuple hébreu n'a point adoré les astres, il les a du moins regardéà^ comme des êtres intelligens qui se connaissent eux-mêmes , qui obéissent aux ordres de Dieu , qui avancent ou retardent lenrs cotirses , ainsi qu'il le leur prescrit. Origène va encore plus loin , et il soupçonne que les astres ont la liberté de pécher et de se repentir de leurs fautes. Sans doute que lui , qui allégorisait toutes choses , prenait à la lettre ce passage de Job : les cieux et les astres ne sont pas purs devant Dieu, Que d'erreur^ grossières sont nées de l'ignorance de l'astronomie ! combien les découvertes modernes nous ont dévoilé de vérités capitales, de points importans!
Les peuples les ,plus anciens du Nord et du Sud , les Suèves , les Arabes, les Africains, qui ont vécu long- temps sans être ciyilisés, adoraient tous les corps célestes. M. Sale, auteur anglais , entièrement versé dans l'histoire des Arabes , rapporte qu'après de longues observation? et expériences sur les changemens qui surviennent dans l'air , ces peuples attribuèrent enfin aux étoiles une puissance divine. Les Chinois • les Péruviens et les Mexicains paraissent aussi avoir d'abord adoré les corps célestes; actuellement même les Chinois lettrés qui forment une
secte particulière , semblent se faire une divinité ^'une certaine vertu répandue dans l'unÎTers, et surtout dans le ciel matériel.
En un mot , toute l'antiquité est unanime sur ce point , et elle nous apprend que le premier culte religieux rendu à des créatures , a eu pour objet les corps célestes ; c'était urne vérité si évidente et si universellement reconnue , que Critius fameux athée , a été obligé de l'admettre. Il ne peut j avoir que la force de la vérité qui lui ait arraché cet av^u , puisque cela même détruit entièrement son système sur l'origine de la religion; voici le passage.
« n y eu un temps oii rhomme vivait en sauvage , sans lois , ^ sans gouvernement , ministre et instrument de la violence , oii » la vertu n'avait point de récompense, ni le vice de châtiment. » Les lois civiles furent inventées pour refréner le mal ; alors ^ la justice présida à la conduite du genre humain. La force » devint l'esclave du droit , et un châtiment inexorable pour* » suivit le coupable ; ne pouvant plus désormais violer ouver-> ^ tement la justice j les hommes conspirèrent secrètement ponr » trouver le moyen de nuire aux autres. Quelque politique ruse, » habile dans la connaissance du cœur humain , imagina de » combattre ce complot par un autre , en inventant quelque » nouveau principe , capable de tenir dans la crainte les mé- » chans, lorsque même ils diraient , penseraient ou feraient du )> mal en secret ; c'est ce qu'il exécuta en proposant aux peuples )• la créance d'un Dieu immortel , être d'une connaissance sans » bornes , d'une nature supérieure et éminente. Il leur dit que ce » Dieu pouvait entendre et voir tout ce que les mortels faisaient w et disaient ici bas^ et que la première idée du crime le plus >• caché ne pouvait point se dérober à la connaissance d'un être, >» dont la connaissance était l'essence même de sa nature ; c'est » ainsi que notre politique en inculquant ces notions , devint » fauteur d'une doctrine merveilleusement séduisante , tandis » qu'il cachait la vérité sous le voile brodé de la fiction ; mais » pour ajouter la terreur au respect , il leur dit que les dieux » habitaient les lieux consacrés k tous les fantômes et à ces hor- » reufs paniques, que les hommes ont été si ingénieux à ima- » giner pour s'épbuvanter eux-mêmes, ajoutant des misères ima- » ginaires à une vie déjà surchargée de maux. Ces lieux oii la >* lumière foudroyante des météores enflammés , accompagnée »• des éclats horribles du tonnerre , traverse la voûte étoilée des >» cieux , l'ouvrage admirable de ce vieux et sage architecte , M le temps oii les cohortes associées des sphères lumineuses , rem- » plissent leurs révolutions régulières et bienfaisantes , et d'oii » des pluies rafraîchissantes descendent pour recréer la terre
> altérée j telle fat rhabîtation qu'il assigna à sês 6ienx , place » propre à Texercice de leurs fonctioDS j telles furent les terreurs » dont il se servit pour prévenir les maux , étouffer les désordres » dans leur naissance , faire jouer le ressort de ses lois , et intro-t » dnire la religion si nécessaire aux magistrats. Tel est à mon » avis , l'artifice dont on s'est servi pour faire croire àdes hommes » mortels , qu'il y avait des êtres immortels.
Ce serait abuser de la patience du lecteur , que d'accumuler les citations ; mats comme l'Egjpte et la Grèce , de tous les pays, sont ceux ok la politique et récononoûe civile prirent les racines les plus profondes et s'étendirent de là presque partout , •ffacèrent la mémoire de Tancienne idolâtrie , par l'idoUtrie plus récente de déifier les hommes après leur mort , et que plusieurs auteurs modernes en ont conclu , que ce dernier genre d'idolAtrie avait été le premier de tous ; je rapporterai ici seulen^nt deux témoignages de l'antiquité , pour prouver que l'adoration des corps célestes a été le premier genre d'idolâtrie dans ces deux pays , aussi-bien que dans tous les autres. « U me parait , dit •» Platon dans son Cratylns , que les premiers homm^ qui ont m habité la Grèce, n'avaient point d'autres dieux que ceux que » plusieurs barbares adorent encore actuellement^ savoir, le » soleil , la lune , la terre , les étoiles , les cieux. » Par ces nations barbares, Platon entend également, celles qui étaient '^•civilisées et celles qui ne Téuient pas ; savoir , les Perses et les sauvages d'Afirique , qui au rapport d'Hérodote , adoraient également les astres , dont la lumière bienfeisante renouvelle toute la natnre.
Le second témoignage que j'ai à rapporter , regarde les Egyptiens , et il est tiré du premier livre de Diodore de Sicile. « Les 3» premiers hommes , dit-il , en parlant de cette nation , levant » les yenx vers le ciel , frappés de crainte et d'étonnement à la » vue du spectacle de l'univers , supposèrent que le soleil et la w hme en étaient les principaux dieux et qu'ils étaient éternels. » La raison que cet historien rapporte rend sa proposition générale , rétend k toutes les nations , et fait voir qu'il croyait que ce genre d'idolâtrie avait été le premier en tout antre lieu aassir bien qu'en Egypte.
En général , les anciens croyaient que tout ce qui se meut d^ loi-mime et d'une manière réglée , participe bien sârement k la divinité , et que le principe intérieur par lequel il se meut , est noa-seolement incréé , mais encore exempt de toute altération. Cela supposé , on voit que dans la pensée ou étaient les anciens, que les astres se mouvaient d'eux-mêmes , ils devaient néces*-
sairement les regarder comme des dieux , comme les antturs et les conservateurs de l'univers.
Au reste , c'étaient le soleil et la lune , qui par leur éclat et leur lumière se rendaient dignes des principaux hommages , dont le peuple superstitieux honorait les astres. Le soleil se nommait le n>f , le matire et le souverain ; et la lune la reine ^ \a princesse du ciel. Tous les autres globes lumineux passaient ou pour leurs sujets , ou pour leurs conseillers , ou pour leurs gardes , ou pour leur armée. L/Ecriture-Sainte parait elle-même s'accommoder à ce langage , en faisant mention de la milice du ciel , à qui le peuple offrait se» hommages.
Théodoret , en voulant piquer tes païens sur le culte qu'ils ren» daient encore de son temps aux astres , fait une réflexion bien sensée. Le souverain arbitre de la nature , dit-il , a doué ges ouvrages de toutes les perfections dont ils étaient susceptibles ; mais comme il a craint que l'homme faible et timide nVn fût ébloui , il a entremêlé ces mêmes ouvrages de quelques défauts et de quelques imperfections , afin que d'un côté ce qu'il y a de grand et de merveilleux dans l'univers s'attirât notre admiration , et que de l'autre , ce qui s'y trouve d'incommode et de diffécence , nous 6tAt la pensée de lui rendre aucun culte divin. Ainsi de quelque éclat , de quelque lumière dont brillent le soleil et la lune , il ne faut qu'un simple nuage pour effacer l'un en plein midi , et pour obscurcir l'autre pendant les plus bellefl|# nuits de l'été. Ainsi la terre est une source inépuisable de trésors, elle ne ressent aucune vieillesse, elle renouvelle ses libéralités eu faveur des hommes laborieux; mais de peur qu'on ne fût tenté de l'adorer et de lui offrir des respects , Dieu en a fait un théâtre des plus grandes imitations , le séjour des maladies cruelles et des guerres sanglantes. Parmi les animaux utiles se trouvent les serpens venimeux , et parmi les plantes- salutaires se cueillent des herbes qui empoisonnent»
On invoquait plus particulièrement le soleil sur les hauts lieux ou toits des maisons , à la lumière et en plein jour : on invoquait de IsL même manière la lune dans les bocages et les vallées , à l'ombre et pendant la nuit ; et c^est à ce culte secret qu'on doit rapporter l'origine de tant d'actions indécentes , de tant de coutumes folles , , de tant d'histoires impures , dont il est étonnant que des hommes, d'ailleurs sensés et raisonnables , aient pu faire une matière de religion. Mais de quoi ne sont pas capables ceux qui viennent à s'oublier eux-mêmes ^ et qui font céder la lumière de l'esprit aux rapides égaremens du cœur? A cette adoration des astres tenait celle du feu , en tant qu'il est le plus noble des élémens ^ et une
yÎTe image du soleil. On ne voyait même autrefois ancan sacrifice nî aucune cérémonie religieuse , oii il n'entrât du feu. Celui qui servait à parer les autels , et à consumer les victimes qu'on iminolait aux dieux , était traité avec beaucoup d'égard et de distinction. On feignait qu'il avait été apporte du ciel , et même sur l'autel du premier temple que Z oroastre avait fait bâtir dans la ville de Zix en Médie. On n'y jetait rien de gras ni d'impur ; on n'osait même le regarder fixement : tania gentium in rébus frivoUs , s'écrie Pline , plerumque religio est. Pour en imposer davantage , les prêtres païens toujours fourbes et imposteurs , entretenaient ce feu secrètement, et faisaient accroire au peuple, qu'il était inaltérable et se nourrissait de lui-même. Le lieu du inonde oii l'on révérait davantage le feu , était la Perse. Il j avait des enclos fermés de murailles et sans tott , oii l'on en faisait assidûment , et où le peuple soumis venait à certaines heures pour prier. Les personnes qualifiées se minaient à y jeter des essences précieuses et des fleurs odoriférantes. Les enclos qui subsistent encore peuvent être regardés comme les plus anciens monumens de la superstition.
Ce qui embarrasse les savans sur l'origine de l'idolâtrie , c'est qu'on n'a pas fait assez d'attention aux degrés par lesquels l'idolâtrie des hommes déifiés après leur mort, a supplanté l'ancienne et primitive idolâtrie des corps célestes. Le premier pas vers l'apothéose a été de donner aux héros et aux bienfaiteurs publics le nom de l'être qui était le plus estimé et le plus révéré. C'est ainsi qu'un roi fut appelé le soleil^ k cause de sa munificence , etvune reine la lune ^ à cause de sa beanté. Ce même genre d'adulation subsiste encore parmi les nations orientales , quoique dans un degré subordonné ; ces titres étant aujourd'hui plutôt un com« pliment civil, qu'un compliment religieux. A mesure qu'un genre d'adulation fit des progrès , oa retourna la phrase , et alors la planète fut appelée du nom du héros , afin sans doute d'accoutumer plus facilement k ce nouveau genre d'adoration , ce peuple déjà accoatttn|é k celle des planètes. Diodore de Sicile après avoir dit que le soleil et la lune furent les premiers dieux d'Egypte, ajoute qu'on appela le soleil du nom A^Oêirisy et la lune du nom à^Iêie.
Par cette manière d'introduire un nouveau genre .d'idolâtrie , l'ancienne et la nouvelle furent confondues ensemble. On peut juger de l'excès de cette confusion par la savante collection de Yossios , sur la théologie des païens , oii l'on voit de combien d'obscurités on a embrouillé ce point de l'antiquité, en se proposant de l'expliquer , dans la supposition qu'un de ces deux genres d'idolâtrie , n'était qu'une idée symbolique de l'autre. .
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M. Tabbé Pluche , dans son histoire du ciel y a inventé un non«« veau système sur Torigine de ridoUtrie. Il prétend que ce n'est point l'admiration du soleil qui a fait adorer le soleil k la pUce de son auteur. Jamais , dit-^1 , ce spectacle de l'univers n'a corrompu les Itommes^ jamais il ne les a détournés de la pensée d'un être moteur de tout , et de la reconnaissance qu'ils doivent à une providence toujours féconde en nouvelles libéralités ; il les y rappelle , loin de les en détourner. L'écriture symbolique des Egyptiens , si on l'en croit, par l'abus que la cupidité en a fait, est la source du mal. Tontes les nations s'y sont empoisonnées, en recevant les caractères de cette écriture sans en recevoir le sens. Une autre conséquence de ce système, tout aussi naturelle, c'est que les anciens dieux n'ont point été des hommes réels ; la seule méprise des figures hiéroglyphiques a donné naissance an ^eux, aux déesses, aux métamorphoses , aux augures, et aux oracles. Cest \k ce qu'il appelle rappoiter toutes les branches de , l'idolâtrie k une seule et même racine ; mais ce système est démenti par les mystères si célèbres parmi les païens ; on y enseignait avec soin que les dieux étaient des hommes déifiés après leur mort. M, l'abbé Pluche tâche de prouver son sentiment par l'autorité de Cicéron , et Cicérondit positivement dans ses Tusculanes , que les cieux sont remplis dngenre humain. Il dit encore dans son Traité de la nature des dieux, que les dieux étaient des hommes pnissans et illustres , qui avaient été déifiés après kur mort. Il rapporte qu'Ëvhémems enseigne oii ils sont enterrés , sans parler , ajoute-t-il , de ce qui s'enseigne dans les mystères d'£leusis et de Samotfarace. Cependant malgré des preuves si décisives , M. l'abbé Pluche , en parlant des mystères , prétend que ce ne sont point des dieux qu'il faut chercher sons ces enveloppes , qu'elles sont plutôt destinées k nous apprendre l'état des choses qui nous intéressent , et ces choses quignons intéressent ne sont , selon lui , que le sens des figures qu'on y représentait , réduit aux régleraens du labourage encore informe , aux avantages de In paix, et à la justice c[ui donne droit d'espérer une meilleure vie.
Mais pour renverser de fond en comble tout le système do' M. l'abbé Pluche , je vais rapporter un témoignage décisif , tiré de deux des plus grands pères de l'Eglise , et qui prouve que l'hiérophante dans les mystères même d'Egypte , oii M. l'abbé Pluche a placé le lieu de la scène , enseignait que les dieux nationaux étaient des hommes qui avaient été déiffés après leur mort. Le trait dont il s'agit est du temps d^ Alexandre , lorsque l'Egypte n'avait point encore sucé l'esprit subtil et spéculatif de la philosophie des Grecs. Ce conquérant écrit à sa mère que )e suprême hiérophante des mystères égyptiens lui avait découvert en secret
les tnstrocUoDS mysténenses que Vf>n y ctonnaît , concernant la sature des «Keax Bati<maux. Saint Augustin et saint Cyprien BOils ont conservé ce fait curieux de l'histoire ancienne : voici ce qu'en dit le premier dans le huitième livre de la Ciié de Dieu. « Ces choses sont de la même espèce que celles qu'Alexandre I» écrivit à sa raëre , comme lui ayiint été révélées par on certain M Liéoii , le suprénte hiérophante des mystères d'£gypte; savoir >> que Picus , non-seulement Faunus , Enée , Romulus , et même » Hercule , Esculape , Bacchos , fils de Sémélé , Castor et Pollnx , » et les autres de mêflse rang , étaient des hommes que l'on avait » déifiés après leur mort ^ mais eacore que les dieux de la pre^ » mière classe, auxquels Cicérou parait faire allusion dans ses » Tusculases, comme Jupiter , Jonon , Saturne , Neptune , Vu!- » caîn , Yesta , et plusieurs autres , que Yarron voudrait par des » allégories transformer dans les élémens ou les parties du » monde , avaient été de même que les autres y des hommes » morteb. Léon rempli de crainte , sachant qu'en révélant ces » choses, il révélait les secrets des mystères, supplia Alexandre , » qu'après les avoir communiqués à sa mère , il lui ordoniiAt » de brûler sa lettre. » Saint Cyprien dit que la crainte du pouvoir d'Alexandre eatorqua de l'hiérophante U secret dêë kommes fiieus.
Ces difKrens témoignages confirment de plus en plus que ks mystères avaient été destinés à découvrir la fausseté des divinités populaires , afin de soutenir la religion des hommes de bon sens , et de les exciter au service de leur patrie. Dans cette ancienne institution imaginée par les hommes les phw sages et les plus habiles , en enseignant que les dieux étaient des boames déifiés à cause de leurs bienfaits envers la société : rien n'était plus propre que l'histoire de ces bienfaits à exciter le zèle à l'héroïsme. D'un autre côté , la découverte du véritable état de ces héros sur la terre , qui «avaient participé à tontes les faiblesses de la nature bumaine , prévenait le mal qu'aurait pu produire Thistoire de leurs vices et de leurs déréglemens ; histoire propre à faire accroire aux hommes qu'ils étaient autorisés par l'exemple des dieux k donner dans les mêmes excès. Si l'on suppose avec M. Pluche , que tons les dieux provenaient d'un alphabet égyptien 9 quel motif peut-on supposer dans les peuples , qui les ait entraînés vers l'idolâtrie ? Ils s'y seraient précipités , pour ainsi dire , de gaité de cœur , sans y avoir été déterminés , sans aucune de ces passions vives et véhémentes qui agissent également sur le cœur et sur l'Ikprit , qui accompa^ent toujours les grandes révolutions , et qui régnant avec une force universelle dans le cœur de tous les hommes , peuvent seules être envisagées comme
]a cause d'une pratique universelle. Mais que Ton snppfose an contraire ce que toute l'antiquité nous apprend , que kis peuples ont adoré leurs ancêtres et leurs premiers rois , à cause des bienfaits qu'ils en avaient reçus , on ne peut alors concevoir un motif plus puissant ni plus capable de les avoir conduits k l'idolâtrie ^ et de la sorte l'histoire du genre humain se concilie avec la connaissance de la nature hunuine, et celle de l'effet des passions.
Ce n'est point une simple conjecture que de croire qu'une reconnaissance superstitieuse fît regarder conune des dieux les inventeurs des choses utiles à la société. Eusebe juge compétent , s'il j en eut jamais, dessentimensde l'antiquité , atteste ce fait, comme un fait notoire et certain. Ce savant évéque dit , que ceux qui dans les premiers âges du monde excellèrent par leur 'sagesse j leur force , ou leur valeur , ou qui avaient le plus contribué au bien commun des hommes , ou inventé, ou perfectionné les arts, furent déifiés durant leur vie même , ou immédiatement après leur mort. C'est ce qu'Eusëbe avait lui-même puisé dans une des histoires des plus anciennes et des plus respectables, l'histoire phénicienne et ^nchonia te , qui donne un détail fort exact de l'origine du culte des héros , et qui nous apprend expressément que leur déification se fit immédiatement après leur mort , temps ou le souvenir de leurs bienfaits était encore récent dans la mémoire des hommes , et oii les mouve- « mens d'une reconnaissance vive et profonde absorbant , pour ainsi dire , toutes les facultés de leur âme , enflammaient les cœurs et les esprits de cet amour et de cette admiration , que M. Pope a si parfaitement dépeint dans son Essai sur T homme.
Un mértel gëii<freax » par ses soînt , sa Taleary
Du public qu^il aimait , faisait-îl le bonheur ?
Admirait-on en lui les qualités aimables
Qui rendent aux enfans les pères respecubles?
U commandait sur tous , il leur donnait la loi ,
Et le père du peuple en derenait le roi.
Jusqu'à ce temps faial , seul reconnu pour maître ,
Tout patriarche était le monarque , le prêtre ,
Le père de IV'tat qui se formait sons lui.
Ses peuples après Dieu n'avaient point d'autre appui.
Ses ycnz étaient leur loi , sa bouche leur oracle ,
Jamais ses yolontés ne trouvèrent d'obstacle ;
De leur bonheur commun il devint l'instrument ,
Du sillon étonné tira leur aliment.
111 en r porta les arts , leur apprit à réduir^
Le feu , l'air y et les eaux aux lois de leiu* empire ,
Fit tomber à leurs pieds les habitans des airs ,
Kt tira les poissons de l'abtme des mers.
Lorsqu^enfin abattu sous le poids des anodes
Il sVteînt et finit ses longues destinées ,
Cet honunc comme on dieu si long- temps honora ,
Comme un faible mortel par les siens est pleuré.
Jaloux d^en consenrer les traits et la figure ,
Leur zèle industrieux inTenta la peinture.
Leurs neveux attentifs à ces hommes fameux
Qui par le droit du sang avaient régné sur eux ,
Trouvent-ils dans leur suite un grand , un premier père.
Leur aveugle respect Tadore et le révère.
Ces premiers sentimens antérieurs à Tidolàf rie , en furent la prenaière cause par les passions d'amour et d'admiration qu'ils excitèrent dans un peuple encore simple et ignorant. On ne doit pas être étonné qu'un peuple de ce caractère ait ét^é porté à regarder comme des espèces de dieux , ceux qui, avaient enseigné aux hommes à s'assujettir les élémens. lis devinrent le sujet de leurs hymnes , de leurs panégyriques , et de leurs hommages ; et l'on peut observer que parmi toutes les nations , les hommes dont la mémoire fut consacrée par un culte religieux, sont les seuls de ces temps anciens et ignorans, dont le nom n'ait point été enseveli dans l'oubli.
On a vu dans les temps postérieurs , lorsque les circonstances étaient semblables , des hommes parvenir aux honneurs divins avec autant de facilité et de succès, que les anciens héros, qu'Osiris , Jupiter , ou Bélns ; car la nature en général est uniforme dans ses démarches. On s'est à la vérité moqué des apothéoses d'Alexandre et de César ; mais c'est que les nations au Tnilieu desquelles ils vivaient , étaient trop éclairées. Il n'en fut pas de même d'un Odin , qui vivait vers le temps de César, et qui fut rais parle peuple du nord au-dessus de tous les autres dieux. C'est que ces peuples étaient encore barbares et sauvages , et qu'une pareille farce ne peut être jouée avec applaudissement, que le lieu de la scène ne soit parmi un peuple grossier et ignorant, t
Tacite rapporte que c'était une coutume générale parmi les nattons du nord, que de déifier leurs grands hommes, non à la manière des Romains leurs contemporains, uniquement par flatterie et par persuasion intime , mais sérieusement et de bonne foi. Un trait qui se trouve dans Ezéchiel, confirme que l'apothéose se faisait souvent du vivant même des rois. Ton cœur 9^ en glorifie , dit Dieu en s'adressant au roi de Tyr par la bouche de «on prophète , iu as dit y je suis un dieu ^ je suis assis sur le trône de Dieu au milieu de la mer^ cependant tu rCesqiCun homme et non un dieu,... Diras-tu encore que tu es un dieu ? Mais tu trou» veras que tu es un homme et non un dieu- Ce passage indique , ce