‹ ŒuvresChapitre 29 sur 50 · GG P O · texte numérisé non relu

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me semble, que les sujets du roi de Tyr rendaient' à ce prince un culte idolâtre , même durant sa vie , et il est assez yraisemblablc qu'il devint dans la suite un des Neptunes grecs.

Sous prétexte d'expliquer Tantiquité , M. Pluche la renverse et la détruit entièrement. Sa chimère est que toutes les coutumes civiles et religieuses de l'antiquité sont provenues de l'agriculture , et que les dieux et les déesses mêmes proviennent de cette moisson fertile. Mais s'il y a deux faits dans l'antiquité ,• que le scepticisme même avait honte , dans ses momens de sincérité et de bon sens , de révoquer en doute , c'est que ce culte idolâtre des corps célestes , a eu pour premier fondement l'influence sensible et visible qu'ils ont sur les corps sublunaires , et que les dieux tutélaires des passions païennes étaiefnt des hommes déifiés après leur mort , et à qui leurs bienfaits envers le genre humain ou envers leurs concitoyens avaient procnré les honnenrs divins ; qui croirait que ces deux faits puissent être niés par une personne qui prétend à la connaissance de l'antiquité , et qui se propose de l'expliquer? Mais ni les hommes y ni les dieux ne peuvent tenir contre un système. M. Pluche nous assure que tout cela est illusion; que l'antiquité n'a eu aucune connaissance de cette matière; que les corps célestes n'ont point été adorés k cause de leur influence; qu'Osiris, Isis, Jupiter , Pluton , Neptune , Mercure, que même les héros demi-<lieux , comme Hercule et Minos , n'ont jamais existé ; que ces prétendus dieux n'étaient que les lettres d'un ancien alphabet , de simples figures qui servaient à donner des instructions au laboureur égyptien. Ses hiéroglyphes sont presque entièrement confinés k la seule agriculture et à l'usage des calendriers ; ce qui suppose ou qu'ils n'ont point été destinés dans leur origine à représenter les pensées des honunes, sur quelques sujets qu'elles pussent rouler , ou que les soins de ces fameux personnages de l'antiquité , qui ont établi , affermi et gouverné les sociétés , étaient absorbés par l'agriculture , ou qu'ils n'étaiçnt occupés d'aucune autre idée. L'agriculture , en un mot, est la b^se principale et fondamentale à ce système de l'antiquité ; tout le reste n'y est inséré que pour l'ornement de la scène. Ce système , que l'on peut regarder comme le débordement d'une imagination féconde , est lui-même comme l'ancienne j dont les débordemens du Nil couvraient les terres les plus fertiles de l'Egypte; et qui, échanfiSée et mise en fermentation par les rayons puissaos du soleil , produisait des hommes et des monstres. Les dieux de M. l'abbé Pluche paraissent sortir des sillons , comme l'on dit qu'il est autrefois arrivé au dieu Tagès.

Mais comment prouve-t-il la justesse du principe sur lequel

il fonde son système , et la vérité des conséquences qu'il en déduit? Il les prouve aUernativement l'un par l'autre , ce principe par la conséquence , et la conséquence par le principe. Toutes les fois qu'il veut prouver qu'un hiéroglyphe que l'on prenait pour la figure réelle d'un dieu , n'est qu'un symbole de l'agriculture , il suppose que ce ne peut être la figure réelle d'un dieu, parce que les dieux n'ont point existé ; il en conclut que c'est un symbole ; il lui plaît que ce soit un symbole de l'agriculture ; et lorsqu'il veut prouver que les dieux n'ont point existé , alors il suppose que l'hiéroglyphe que l'on prenait pour la figure réelle d'un dieu, n'était qu'un symbole de l'agriculture.

En général on peut dire contre le système de M. Pluche, qu'il est absurde de supposer que les Égyptiens n'aient fait usage des hiéroglyphes que pour les choses qui concernent le labourage. Il est fort naturel de croire , que l'esprit n'ayant pas encore inventé des ^gncs qui servissent à représenter les sons et non les choses , les législateurs et les magistrats auront élé obligés de puiser dans cette source , c'est-à-dire , de recourir aux hiéroglyphes pour s'exprimer aux yeux du peuple sur les matières - relatives au culte religieux , au gouvernement de la société ^ à l'histoire des héros , aux arts et aux sciences. Le genre d'expression était extrêmement imparfait , et le sujet des méprises.infiniesy toutes les fois qu'au défaut des images réelles on était obligé d'employer des images symboliques. Souvent on substi^ tuait le symbole k l'idée ; et c'est ainsi qu'après s'être servi de la figure des animaux et des végétatifs , pour exprimer les attributs des dieux et des héros y on a substitué k ces dieux et à ces héros les animaux et les végétatifs même. On a cru que ces dieux les animaient , qu'ils s'étaient cachés sous leur figure , et on les a adorés. Ce progrès est sensible dans l'exemple d'Osiris et d'Apis.

De ce qui n'était que l'origine d'une seule branche de l'idolâtrie 9 M. Pluche en a voulu faire .l'origine de toute l'idolâtrie. Des images empruntées de la diversité des objets visibles qui sont sur la terre et dans les cieux ^ ne pouvant manquer d'avoir quelque rapport avec les productions de l'agriculture , qui sont en même temps les effets de la fécondité de la terre et de l'influence des astres. De ce rapport Al Pluche a conclu qu'il fallait expliquer les hiéroglyphes relativement à l'agriculture ; et ce qui s'y trouvait sur les dieux , sur le gouvernement et sur l'histoire , est devenu dans son esprit un instrument ou une instruction pour le labourage. II a employé les monumens même de l'antiquilé pour la détruire , comme le père Hardouin s'est servi de mé» dailles pour renverser l'histoire. Ses conjectures ont pris la place des faits , l'imagination a dégradé la vérité ; et j'oserais dire qu'il

ne serait pas difficile , en conséquence des mêmes principes , de prouver que les dieux d'Egypte , au lieu de provenir de l'agriculture proviennent des jeux de cette nation , de leurs fêtes , de leurs combats , de leur manière de chasser , de pécher, et même si l'on voulait de leur cuisine , et les langues orientales ne manqueraient pas de fournir des étymologies pour soutenir ces difierens sentimens.

L'idolâtrie ayant déifié les hommes , il était tout naturel qu'elle communiquât à ses dieux les défauts des hommes. C'est aussi ce qui arriva. Les dieux du paganisme furent donc hommes en toutes manières , à cela près qu'ils étaient plus puissans que des hommes. Les hommes jouissaient du plaisir secret de voir retracée dans de si respectables modèles l'image de leurs propres passions , et d'avoir pour fauteurs et pour complices de leurs débauches « les dieux mêmes qu'ils adoraient. Sous le nom de fausses divinités , c'étaient en effet leurs propres pensées , leurs plaisirs et Içurs fantaisies qu'ils adoVaient. Ils adoraient Vénus , parce qu'ils se laissaient dominer par l'amour sensuel , et qu'ils en aimaient la puissance. Ils érigeaient des autels à Bacchus le plus enjoué de tous les dieux , parce qu'ils s'abandonnaient et qu'ils sacrifiaient , pour ainsi dire , à la joie des sens plus douce et plus enivrante que le vin. La manie de déifier alla si loin , qu'on déifia même les villes , et Rome fut considérée comme une déesse.

Le polyihèiême considéré en lui-même, est également contraire à la raison et aux phénomènes de l'univers. Quand on a une fois admis l'existence d'une nature infiniment parfaite , il est facile de comprendre qu'elle est l'unique , et qu'aucun être ne peut l'égaler. Si notre raison peut s'élever jusqu'à ce principe , il existe une telle nature y elle fera aisément et sans nul secours cet autre pas, qui es( plus facile sans comparaison que le premier, donc il hy a qu^un seul dieu,^S^\\ pouvait y avoir trois ou quatre de ces natures , il pourrait y en avoir non-seulement dix millions, mais aussi une infinité , car on ne saurait trouver aucune raison d'un certain nombre plutôt que d'un autre. Comme donc le nombre binaire enfermerait une superfluité qui choque notre raison , l'ordre demande que l'on se réduise à l'unité. Si chacune de ces matières était souverainement parfaite , elle n'aurait besoin que d'elle-même pour jouir d'une félicité infinie ; la société des autres ne lui servirait donc de rien , et ainsi notre raison ne pourrait souffrir aucune pluralité. C'est un de ses axiomes , que la nature ne fait rien en vain , et que c'est en vain que l'on emploie plusieurs causes pour un effet qu'un plus petit nombre de causes peut produire aussi commodément : la maxime qui a

été appelée la raison des nominaux , parce qu'elle leur a servi à retrancher des écoles de philosophie une infinité d'excrescences et d'entités superflues; la maxime, did-je, qu'il ne faut point multiplier les êtres sans nécessité , est uu principe qu'aucune secte de philosophie n'a rejeté ; or elle ruine sans ressource le polythéisme,

he polythéisme n^est pas moins contraire aux phénomènes qu'à la raison , puisqu'on né voit aucun désordre dans le monde, ni aucune confusion dans ses parties qui puisse faire soupçonner qu'il j a plusieurs divinités indépendantes auxquelles il soit sou-^ mis. Or cependant c'est ce qui arriverait , si le polythéisme avait lieu. M. Bayle prouve parfaitement hien que ta religioa païenne était un principe d'anarchie. En effet , ces dieux qu'elle répandait partout, et dont elle remplissait le ciel et la terre , la mer et l'air , étant sujets aux mêmes passions que l'homme , la guerre était immanquable entre eux. Ils étaient et plus puissans et plus habiles que les hommes : tant pis pour le monde. L'ambition ne cause jamais autant de ravages que lorsqu'elle est secondée d'un grand pouvoir et d'un grand esprit.

Le désordre commença bientôt dans la famille divine. Titaù le fils aîné du premier des dieux fut privé de la succession par l6f intrignes de ses sœurs , qui ayant gagné leur mëré , firent en sorte qu'il cédât son droit à Saturne son frère puiné , de sorte qu'une cabale de femmes troubla la loi naturelle dès la première 'génération. Saturne dévorait ses enfans mâles pour tenir parole à Titan , mais son épouse le trompa , et fit nourrir en secret trois de ses fils. Titan ayant découvert ce manège , résolut de tiret* raison de cette injure, et fit la guerre à Saturne et le vainquit , et renferma dans une noire prison lui et sa femme. Jupiter fils de Saturne /soutint la guerre, et remit en liberté son père et sa mère ; et alors Titan et ses fils , chargés de fers , furent enfermés dans le Tartare , qui était la même prison oh Saturne et son épouse avaient été enchaînés. Saturne redevable de sa liberté à son fils, n'en fut pas reconnaissant. Un oracle lui avait prédit que Jupiter le détrônerait 3 il tâcha de prévenir cette prédiction. Mais Jupiter s^étant aperçu de l'entreprise , le renversa du trône , le chargea de chaînes , et le préc^ita dans le Tartare. Il le châtia même , comme Saturne en avait osé envers son père. Le sang qui coula de la plaie que Saturne reçut en cette occasion , tomba sur la terre, et produisit des géans , qui s'efforcèrent de déposer Jupiter. Le combat fut rude et douteux pendant assez long-temps. Enfin la victoire se déclai'a pour Jupiter.

Ce sont les principales guerres divities dont les païens aient 3. 24

fait mention. Ils se sont autant éloignés du vraisemblable , eo ne continuant point l'histoire de cette suite de rébellions, qui ont dû être fréquentes , qu'ils s'y étaient conformés en la conduisant jusqu'à la gigantomachie. Rien ne choque plus la vraisemblance , que de voir qu'ils ont supposé que les autres dieux ne conspiraient pas souvent contre Jupiter , et que par des ligues et des contre-ligues ils ne tâchaient pas de s'agrandir , ou de s'exposer aux usurpateurs. La suite naturelle et inévitable da caractère qu'on leur donne, était qu'ils se querelassent plus souvent , et qu'ils entreprissent plus fréquemment de s'emparer des états les uns des autres , que les hommes ne se querellent et ne forment de pareilles entreprises. Cela va loin, comme^vous voyez. Junon seule, telle qu'on la représente , devait tailler plus de besogne à Jupiter son mari , qu'il n'en eût su expédier. Elle était jalouse , fiëre , vindicative excessivement, et se voyait tous les jours trahie par son mari. Quels tumultes ne devait «elle pas exciter ? Quels complots ne devait-elle pas former contre un époux ^i infidèle? Il se tira d'une guerre qu'elle lui avait suscitée , et d'une seconde conspiration oii elle entra. Quels désordres ne causa-t^lle pas dans le monde pour se venger de ses rivales , et pour perdre tous ceux qui lui déplaisaient? Il n'y a rien de plus vraisemblable dans l'Enéide , que le personnage qu'elle y joue ; personnage si pernicieux , qu'elle fait sortir des enfers une furie , pour inspirer la rage martiale à des peuples qui ne songeaient qu'à la paix. Souvenez-vous qu'il y -avait encore d'autres déesses. Il n'eàt fallu que celle-là pour mettre le trouble parmi les dieux. Cela rendait inévitables les factions et les intrigues, les complots et les querelles. Un bel esprit (le chevalier Temple) les a bien décrites , en disant que ce sont des guerres d'anarchie, dont les mauvais fruits mûrissent tôt ou tard , et bouleversent quelquefois les sociétés les plus florissantes. L'histoire est-ioute remplie de ces soHes de choses. Voici donc comme je raisonne. Malgré toutes les précautions qu'on a prises dans les états , malgré les différentes formes de gouvernement qu'on y a successivement introduites, on n'a jamais pu oter les semences de l'anarchie , ni empêcher qu'elle ne levât la tcte de temps en temps. Les séditions , les guerres civiles , les révolutions sont fréquentes dans tous les états, quoique plus ou moins dans les uns que dans les autres. Pourquoi cela? C'est que les hommes sont sujets à de mauvaises passions. Ils sont envieux les uns des autres. L'avarice , l'ambition , la volupté , la vengeance les possèdent. Ceux qui doivent commander , s'en acquittent mal. Ceux qui doivent obéir , s'en acquittent encore quelquefois plus mal. Vous donnes des bornes à l'autorité royale -, c'est le

moyen d'inspirer l'envie de parvenir à la puissance despotique. £n un mot , les uns abusent de l'autonté , et les autres de la liberté. Or puisque iei dieux étaient sujets aux mêmes passions que l'bomme, il fallait donc nécessairement qu'il y eât des guerres entre eux, et des guerres d'autant plus funestes, qu'ils surpassaient l'homme en esprit et en puissance ; des guerres qui ébranlassent jusqu'au centre de la mer et de la terre, l'air et les cieux , des guerres enfin qui missent l'anarchie , le trouble et la confusion dans tous les corps de Tunivers. Or puisque cette anarchie n'est point venue , c'est une marque qu'il n'y a point eu de guerre entre les dieux ; et c'est en même temps une preuve qu'ils n'existaient point , car s'ils eussent existé , ils n'eussent point pu être d'accord. Je ne voudrais point d'autre raison que celle-là pour me convaincre de la fausseté de la religion païenne. Le polythéisme étant si absurde en lui-même , et si contraire en même temps aux phénomènes , vous me demanderez peutêtre ce qu'en pensaient les plus sages d'entre les païens. C'est à quoi îe vais satisfaire. Il y avait autrefois trois classes de dieux , rangés avec beaucoup d'adresse : les poétiques , les politiques ^ et les philosophiques. C'est la division qu'en fait le grand pontife Scevola, qui se trouvant à la tête de tous les ministres de la superstition , ne devait point s^y méprendre. Les dieux poétiques sem«* blaient abandonnés au vulgaire qui se repaît de fictions. Les politiques servaient dans les occurrences délicates , oii il fallait relever les courages abattus, les manier avec dextérité, leur donner une nouvelle force. Les philosophiques enfin n'oiïraient rien que de noble, de pur, de convenable au petit nombre d'honnêtes gens qui parmi les païens , savaient penser. Ces derniers ne reconnaissaient qu'un seul Dieu qui gouvernait l'univers par le ministère des génies ou des démons, à qui ils donnaient le nom de di%finités subalternes, M. Bayle prétend qu'aucun philosophe païen n'a eu connaissance de l'unité de Dieu; car tons ceux, dit-il , qui semblent reconnaître cette vérité, ont réduit à la seule divinité du soleil tous les autres die^x du paganisme, on n'ont point admis d'autre dieu que l'univers même , que la nature , que l'âme du monde. Or on comprend aisément , pour • peu qu'on y fasse attention , que l'unité ne peut convenir ni a}i. soleil, ni au monde, nia l'âme du monde. Cela est visible à l'égard du soleil et du monde : car ilssont composés de plusieurs portions de matière réellement distinctes^ les unes des autres ; et il ne serait pas moins absurde de soutenir qu'un vaisseau n'est qu'un seul être , ou qu'un éléphant n'est qu'une seule entité , que de l'af&rmer du monde , soit qu'on le considère comme une simple machine , soit qu'on le considère comme un aniniaL Toute ma-

chine , tout animal est essentiellement un compose de diverses pièces. L'âme du monde est aussi composée de parties difiexentes. Ce qui anime un arbre n'est point la même chose que ce qui anime un chien. Personne n'a mieux décrit que Virgile le dogme de l'âme du monde , laquelle il prenait pour Dieu.

£ise apibui partem ditnnœ menU* et haustus ^thereos dixere : Deum namque ire per onyte$ Terrasque , tractusque maris , cœlumque profundum , Hinc pecudesi armenta, viros, genus omnejèrarum, ^uemque sibi tenues nascentem arcessere vitam,

Viac. Georg. lib. IF', v, aao.

On voit par là clairement la Divinité divisée en autant de parties qu'il y a^de bétes et d'hommes. Cet esprit , cet entendement répandu , selon Virgile , par toute la masse de la matière , peut-il être composé de moins de parties que la matière? ne faut-il pas qu'il soit dans l'air par des portions de sa substance numériquement distinctes des portions par lesquelles il est dans l'eau réellement ? donc les philosophes qui semblent avoir enseigné l'unité de Dieu ont été plus polythéintea que le peuple. Ils ne savaient ce qu'ils disaient, s'ils croyaient dire que l'unité appartient à Dieu. Elle ne peut lui convenir selon leur dogme , que de la manière qu'elle convient à l'Océan , à une nation y à une ville , à un palais , à une armée. Le dieu qu'ils reconnaissaient être un an>as d'une infinité de parties , si elles étaient homogènes, chacune était un dieu , ou aucune ne l'était. Or si aucune ne l'avait été, le tout n'aurait pas pu être dieu. Il fallait donc qu'ils admissent au pied de la lettre une infinité de dieux, ou pour le moins un plus grand nombre qu'il n'y en avait dans le poëme d'IIésiode , ni dans aucune autre lithurgie. Si elles étaient hétérogènes , on tombait dans la même conséquence , car il fallait que chacune participât à la nature divine et à l'essence de l'âme du monde. Elle n'y pouvait participer sans être un dieu , puisque l'essence des choses n'est point susceptible du plus ou du moins. On l'a toute entière , ou l'on n'en a rien du tout. Voilà donc autant de dieux que de parties dans l'univers. Que si la nature de Dieu n'avait point étécommuni-* quée à quelques unes des psrties, d'où serait venu qu'elle aurait été communiquée à quelques autres? Et quel composé bizarre et monstrueux ne serait-ce pas qu'une âme composée de parties non vivantes et non animas , et de parties vivantes et animées? Il serait encore plus monstrueux de dire qu^aucune portion de dieu n'était un dieu , et que néanmoins toutes ensemble elles composaient un dieu ^ car en ce cas-là , l'être divin eût été le résultat d'un assemblage de plusieurs pièces non divines , il eût

été fait de rien , toat comme si l'étendue était composée de points mathématiques.

Qu'on se tourne de quelque côté qu'on voudra ; on ne peut trouver jamais dans les systèmes des anciens philosophes , l'unité de Dieu , ce sera toujours une unité collective. Alfectez de dire sans nommer jamais l'armée , que tels, ou tels bataillons ont fait ceci , ou sans jamais articuler ni régimens , ni bataillons y que l'armée a fait cela , vous marquerez également une multitude d'acteurs. S'il n'y a qu'un seul Dieu , selon eux , c'est de la même manière qu'il n'y a qu'un peuple romain , ou que , selon Aristote, il n'y a qu'une matière première. Voyez dans S. Augustin les embarras ou la doctrine de Yarron se trouve réduite. Il croyait que Dieu n'était autre chose que l'âme du monde. On lui fait voir que c'est une division de Dieu en plusieurs choses , et la réduction de plusieurs choses en un seul Dieu. Lactance aussi a très-bien montré le ridicule du sentiment des Stoïques , qui était à peu près le même que celui de Yarron. Spinosa est dans le mêmet labyrinthe. Il soutient qu'il n'admet qu'unesubstance , et il )a nomme Dieu. II semble donc n'admettre qu'un Dieu ; mais dans le fond il en admet une infinité sans le savoir. Jamais on ne comprendra que l'unité de substance , à quoi il réduit l'univers , soit autre chose que l'unité collective , ou que l'unité formelle des Logiciens , qui ne subsiste qu'idéalement dans notre esprit. S'il se trouve donc dans les philosophes païens quelques passages qui semblent autoriser d'une manière plus orthodoxe l'unité de Dieu , ce ne sont la plupart du temps qu'un galimatias pompeux ; faites-^n bien l'analyse , il en sortira tou« jours une multitude de dieux. On n'est parfaitement unitaire qu'autant qu'on reconnaît une intelligence parfaitement simple , totalement distinguée de la matière et de la forme du monde ^ productrice de toutes choses , et véritablement spirituelle. Si l'on affirme cela , Ton croit qu'il n'y a qu'un Dieu ; mais si on ne l'affirme. pas, on a beau siffler tous les dieux du paganisme, et témoigner de l'horreur pour la multitude des dieux , on eu admettra réellement une infinité. Or c'est là précisément le cas de tous les anciens philosophes que nous avons prouvé ailleurs n'avoir aucune teinture de la véritable spiritualité.

Si M. Bayle s'était contenté de dire qu'en raisonnant conséquemment , on ne se persuaderait jamais que l'unité de Dieu fût compatible avec la nature de Dieu , telle que l'admettaient les anciens philosophes y je me rangerais à son avis. II me semble que ce qu'ils disaient de l'unité de Dieu , ne coulait point de leur doctrine touchant la nature de cet Être. Je parle même de la doctrine des premiers pères de l'Eglise , qui mettaient dans

Dieu une espèce de matérialisme. Cette doctrine bien pénétrée » et conduite exactement de conséquence en conséquence , était réponge de toute religion. Les raisonnemens de M. Bayle , que )'ai apportés en objection , en sont une preuve bien évidente. Mais comme les opinions , inconséquemment et trës-imperti— nemment tirées d'une hypothèse , n'entrent pas moins facilement dans les esprits , que si elles émanaient nécessairement d'un bon principe ; il faut convenir que les philosophes païens ont véritablement reconnu l'unité de Dieu , quoiqu'elle ne coulât pas de leur doctrine sur la nature d'un Être suprême. Il n'y a point eu de philosophes païens qui aient plus insisté sur le dogme de la Providence que les Stoïques. Ils croyaient pourtant que Dieu était corporel. Ils joignaient donc ensemble la nature corporelle à une intelligence répandue partout. Or l'unité proprement dite , n'est pas plus difficile k concilier avec une telle nature, que la Providence , ou plutôt elles sont toutes deux égalenient incapables de lui être assorties. Combien de philosophes modernes, qui sur les traces de M. Locke, s'imaginent que leur âme est matérielle I en sont-il» pour cela moins persuadés de sa véritable unité ? L'idée de l'unité de Dieu est si naturelle et si conforme à la droite raison , qu'ils l'ont entée sur leur système , quelque discordant qu'il fût avec cette idée. Ils se sont rapprochés de l'orthodoxie par ces inconséquences , car il est sûr que s'ils avaient bien suivi leur pointe, je veux dire qu'ils se fussent attachés- régulièrement aux résultats de leur, principe , ils auraient parlé de Dieu moins noblement qu'ils n'ont fait. Tous les systèmes des anciens philosophes sur la nature de Dieu , conduisaient k Tirréligion ^ et si tous les philosophes ne sont point tombés daos cet abîme , ils en ont été redevables , encore un coup, au défaut d'exactitude dans le raisonnement. Ils sont sortis de leur route, attirés ailleurs par les idées que la nature avait imprimées dans leur esprit , et que l'étude de la morale nourrissait et fortifiait.

Un des plus grands esprits de l'ancienne Rome , s'avisa d'examiner les opinions des philosophes sur la nature divine. Il disputa pour et contre avec beaucoup d'attention. Qu'en arrivat-il? c'est qu'au bout du compte , il se trouva athée, ou peu s'en fallut , ou qu'au moins il n'évita ce grand changement que parce qu'il eut plus de déférence pour l'autorité 4e ses ancêtres que pour ses lumières philosophiques.

Mais une chose qu'on ne peut pardonner aux anciens philoso* phes qui reconnaissaient un seul Dieu , c'est que satisfaits de ne point tomber dans l'erreur, ils regardaient comme une de leurs obligations d'y entretenir les autres. Le sage , avoue l'orateur

philosophe , doit maintenir tout l'extérieur ie la religion qu'il trouve établie , et conserver inviolablement les cérémonies brillantes , sacrées , auxquelles les ancêtres ont donné cours. Pour lui , qu'il considère la beauté de l'univers , qu'il examine l'arrangement des corps célestes , il verra que sans rien changer aux ^choses anciennes , il doit adorer en secret l'Être suprême. En cela consistaitnoute la religion des païens , gens d'esprit. Ils reconnaissaient un Dieu qu'ils regardaient comme remplissant le monde de sa grandeur , de son immensité. Ils retenaient avec cela les principaux usages du pays oh ils vivaient , craignaient surtout d'en troubler la paix par un xele furieux , ou par trop d'attachement à leurs opinions particulières. C'est sur quoi appuie Sénëque d'une manière trës-sensée. Quand nous plions , dit-il , devant cette foule de divinités qu'une vieille superstition a entassée les unes sur les autres , nous donnons ces hommages à la coutume , et non pas à la religion. Nous voulons par là contenir le peuple , et non point nous avilir honteusement.

Suivant quelques philosophes , tout le polythéisme poétique , tout ce qu'il y a eu de divinités parmi les Grecs , tout ce qui entre dans le détail de leurs généalogies , de leurs familles , de leurs domaines , de leurs amours , de leurs aventures « n'est autre chose que la physique mise sur un certain ton et agréablement tournée. Ainsi Jupiter n'est plus que la matière éthérée , et Junon la masse liquide de notre atmosphère. Apollon est le . soleil , et Diane est la lune. Pour abréger , tous les dieux ne sont que les élémens, et les corps physiques ; la nature se trouve partagée entra eux , ou plutôt ils ne sont tous que les différentes parties de divers e^ts ae la nature.

Il faut convenir que cette première institution des dieux , est tm fait d'histoire assez constant , du moins pris en général. On sait que dans l'origine du paganisme , la physique qui n'avait pas encore formé de science , laissait les écrivains dans une si grande sécheresse Sur ie fond des choses , que pour la corriger , ils empruntèrent le secours des allusions et des fables , genre d'éctîre que favorisait le penchant , et en quelque sorte l'enfance des lecteurs ; comme il parait dans Cicéron. Mais ce fait même , la défense du paganisme dans le temps que le Christianisme s'élevait sur ses ruines et ses débris , était la plus forte démonstration contre lui. i"*. Si les dieux n'étaient que des portions de runi- Ttn f il demeurait évident que l'univers prenait la place de son auteur , et que l'homme aveugle décernait à la créature , l'adoration qui n'est dAe qu'au Créateur, a*". Quand même les dieux n'auraient été dans l'origine que les élémens personnifiés, cette théologie symbolique ne devenait-elle pas une occasion de scan-

dale et d'erreur impie? Quelle que fàt l'origine physique du mot Jupiter^ n'ëtait-il pas dans la signification d'usage , le nom propre d'un Dieu , père des autres dieux? Lorsque le peuple lisait dans ses poêles que Jupiter frappait Junon son épouse et sa sœur, concevait-il qu'il ne s'agissait là que du choc des élëmens ? Recourait-il aux allusions pour l'intelligence des autres fables « oii il voyait un sens clair, qui dès le premier aspect, fixait sa croyance? Oii était le poète qui eût appris à distinguer ces images allégoriques d'avec la simplicité de la lettre? Oii étaient même les poètes qui n'eussent pas représenté le même Dieu sous des emblèmes tous difierens, et quelquefois opposés? Il était donc impossible que le vulgaire ignorant saisit au milieu de ces variations un point fixé d'allégorie qui le déterminât, et dès lors il ne lui restait qu'un système scandaleux oii la raison trompée n'offrait à la morale que des exemples trompeurs.

Quelque parti que prit l'idolâtrie , soit qu'elle regardât ses dieux comme des élémens qu'elle avait personnifiés, soit qu'elle les regardât comme des bommes qu'elle avait déifiés après leur mort , pour les bienfaits dont ils avaient comblé les humains > toujours est-il vrai de dire que son fonds était une ignorance brutale , et une entière dépravation du sens humain. Ajouter à cela que les poètes épuisèrent en sa faveur tout ce qu'ik avaient d'esprit , de délicatesse et de grâces , et qu'ils s'étudièrent ^ employer les couleurs les plus vives pour fonder des vices et des crimes qui seraient tombés dans le décri , sans la parure qu'ils leur prêtaient, pour en couvrir la difformité, l'absurdité et l'infamie.

On sait que le plus sage des philosophes condamnait sans réserve ces fictions profanes, si manifestement injurieuses à la divinité. « Nous ne devons , disait-il , admettre dans notre répn- » blique , ni les chaînes de Junon fo^rmées par son propre ^\s 3 M ni la chute de Yulcain , précipité du haut des cieux pour avoir » pris la défense de sa mère contre Jupiter qui levait la main » sur elle ; ni les autres combats des dieux , soit que ces idées » servent de voiles è d'autres , soit que le poète les donne pour M ce qu'il semble qu'elles sont. La jeunesse qui ne peut démêler M ces vues différentes , se remplit par là dV>pinions insensées qui » ne s'effacent qu'avec peine de son esprit. Il faut au contraire » lui montrer toujours Dieu comme juste et véritable dans ses » œuvres , autant que dans se% paroles. Et en effet , il est cons- » tant dans ses promesses , il ne séduit ni par de vaines images, » ni par de faux discours , ni par des signes trompeurs , ni du- M rant le jour , ni durant la nuit. »

La raison même au milieu des plus épaisses ténèbres y ne

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pouvait se dérober à ces rayons de vérité , tant il est impossible à l'homme d'anéantir l'idée de l'Être unique , saint et parfait qui l'a tiré du néant.

Mais si ces fables dont on repaissait le peuple étaient, de l'aveu même de Platon , si injurieuses à la divinité, et en même temps si funestes à la pureté des mœurs, pourquoi ne travaillait-il pas à le détromper , en lui inspirant une idée saine de la divinité? Pourquoi , de concert avec les autres philosophes, fomentait-if encore son erreur? Le voici , c'est qu'il s'imaginait que le poiythéUme était si fort enraciné , qu'il était impossible àct le détruire sans mettre toute la société en combustion. « II est » très-diffidle , dit-il , de connaître le père , le souverain arbitre >» de cet univers \ mais si vous avez le bonheur de le connaître , M gardez-vous bien d'en parler au peuple. » Les philosophes , aussi-bien que les législateurs, étaient dans ce principe, que Ja vérité était peu propre à Jtre communiquée aux hommes. On croyait sans aucune répugnance qu'il fallait les tromper , ou du moins leur exposer les choses adroitement voilées. De là vient, dit Strabon , que l'usage des fables s'est si fort étendu , qu'on a feint et imaginé, par une espèce de devoir politique, le tonnerre de Jupiter, l'égide de Pallas, le trident de Neptune, les flambeaux et les serpens des Fufies vengeresses ; et ce sont toutes ces traditions ajoutées les unes aux fiutres , qui ont formé l'aucienne théologie , dans la vue d'intimider ceux qui se conduisent par la crainte plut6t que par la raison , trop faible , hélas ! sur l'esprit des hommes corrompus. Sénèqûe dit que le Jupiter du peuple est celui qui est armé de la fo«dre , et dont la statue se voit au milieu du Capifele ; mais que le véritable Jupiter , celui des philosophes , est un Être in^sible , l'âme et Tesprit universel , le mattre et le conservateur de tontes choses, la cause des causes, dont la nature emprunte sa force , et pour ainsi dire sa vie. Varron le plus savant des Romains , dans un fragment de son traité sur les religions, cité par S. Augustin , dit qu'il y a de certaines vérités qu'il n'est pas à propos^de' faire connaître trop généralement pour le bien de l'état; et d'autres choses qu'il ast utile de faire accroire au peuple quoiqu'elles soient fausses , et que -c'est par cette raison que les Grecs cachent leurs mystères en général. Quelque système qu'on embrasse, il faut que le peuple soit séduit; et il veut lui-même être séduit. Orphée en parlant de Dieu disait , je ne le vois point, car il y a un nuage autour de lui qui me le dérobe.

Une autre raison qui portait les législateurs à ne point dépré-* venir l'esprit des peuples des erreura dont ils étaient imbus, c'est

qu'ils avaient enz-mémefi contribué à rétablissement on a la propagation du polythéisme , en protestant des inspirations , et se servant des opinions religieuses qnoique fausses ; et dont' les peuples étaient prévenus , pour leur inspirer une plus grande vénération pour les lois. Lepolyt^iéisme fut entièrement corrompa parles poètes qui inventèrent ou publièrent des histoires scanda-* leuses des dieux et des héros ; histoires dont la prudence des législateurs aurait voulu dérober la connaissance au peuple, ce qui plus que toute autre chose, contribuait k rendre le pofyihéisme dangereux pour l'état , comme il est aisé de s'en convaincre par le passage de Platon que j'ai cité ci-detsns. Trouvant donc les peuples livrés à une religion qui était faite pour le ]^isir , à nne religion dont les divertissemens , les fêtes , les spectacles , et enfin la licence même faisait une partie dn culte , les trouvant, dis-je, enchantés par une telle religion, ib se virent forcés de se prêter à des préjugés trop tenans et trop invétérés. Us crurent qu'il n'était pas dans leur pouvoir de la détruire, pour y en substituer une meilleure. Tout ce qu'ils purent faire , ce fut d'établir avec plus de fermeté le corps de la religion ; et c'est à cet usage qu'ils employèrent un grand nombre de pom<^ penses cérémonies. Dans la suite des temps , le génie de la reli* gion suivit celui du gouvernement civil ;**et ainsi elle s'épura d'elle-même comme k Room , ou elle se corronf^it de plus en plus comme dans la Syrie. Si les législateurs eussent institué une religion nouvelle , ainsi qu'ils instituèrent de nouvelles Idis^ on aurait trouvé dans quelques unes de ces religions des insti*tu lions moins éloignées de la pureté de la religion natnrellew L'imperfection de ces religions est une prebve qu'ils les tron^ vèrent déjà établies , et qu'ils n'en furent pas les inventenn.

On peut dire qae ni les philosophes , ni les législateurs n'ont reconnu cetl^ vérité essentielle , que le vrai et l'utile sont inséparables. Par/là les uns et les autres ont très-souvent manqué leur but. LfCs psemiers négligeant l'utilité , sont tombés dans les opinions les plus absurdes sur4a natnre de Dieu , et sur celle de l'âme ; et les derniers n'étant pas asscE scrupuleux sur la vé^ rite , ont beaucoup contribué k la propagation du pofyihéiême , qui tend naturellement à la destruction de la société. Ce fut même la nécessité de remédier à ce mal qui leur fit établir les mystères sacrés avec tant de succès ; et on peut dire qu'ils étaient fort propres k produire cet effet. Dans le paganisme Texempk des dieux vicieux et corrompus avait une forte influence sur Ici mœurs : lié antfaU ceia , disait-on , et moi chétif mortel je ne UfercUê poB ? Ego lèomuncio hoc nonfacm^m ? Tirence^' S tinaq.

acte IIJ ^ scène p. Euripide met le même argumenl dans la bouche de plusieurs de ses personnages en difierens endroits de ses tragédies.

Voilà ce que Ton alléguait pour sa îostification , lorsqu'on voulait s'abandonner à ses passions déréglées, et ouvrir un champ libre à ses yastes désirs. Or dans les mystères on affaiblissait ce puissant aiguillon , et c'est ce que Ton faisait en conpant la racine du mal. On découvrait à c Ax des initiés qu'on en jugeait capables y l'erreur oii était le commun des hommes : on leur apprenait que Jupiter, Mercure, Vénus 1 Mars, et tontes les divinités licencieuses, n'étaient que des hommes comme les autres, qui durant leur vie avaient été sujets aux mêmes passions et aux mêmes vices que le reste des mortels ; qu'ajant été k divers égards les bienfaiteurs du genre humain , la postérité les avait déifiés par reconnaissance, et avait indiscrëtetnent canonisé leurs vices avec leuk's vertus. Au reste on ne doit pas croire que la doctrine enseignée dans les mystères , d'une cause suprême , auteur de toutes choses, détruisit les divinités tutélaires , ou pour mieux dire les patrons locaux. Ils étaient simplement considérés comme des êtres du second ordre , inférieurs k Dieu ; mais supé^ rieurs à l'homme , et placés par le premier être pour présider aux différentes parties de l'univers. Ce que la doctrine des grands mys^ tères détruisait , c'était le polythéisme vulgaire , on f adoration des hommes déifiés après leur mort.

L'unité de Dieu était donc- établie dans les grands mystères sur les ruines du polythéisme ; cardans les petits on ne démasquait pas encore les erreurs du polythéisme : seulement on y inculquait fortement le dogme de la Providence , et ceci n'est paa une simple conjecture. Lés mystagogues d'Egypte enseignaient dans leurs cérémonies secrètes le. dogme de l'unité de Dieu, comme M. Ladworth savant anglais , l'a évidemment prouvé* Or les Grecs et les Asiatiques empruntèrent leurs mystères des Egyptiens ^ d'oh l'on peut conclure très-probablement qu'ils enseignaient le même dogme. Pythagore reconnaissait que c'était dans les mystères d'Orphée qui se eélcl>raient en Thrace , qu'il avait appris l'unité de la cause ppemière universelle. Cicéron garde aussi peu de mesure. « Si j'entreprenais d'approfondir l'an* » tiquité , et d'examiner les relations des historiens grecs , on » trouverait que les dieux de la première classe ont habité la » terre avant que d'habiter les cieux. Informei-vons seulement » de qui sont ces sépulchres que l'on montre dans la Grèce ; » ressouvenez-vous, car vous êtes initié , de ce que l'on enseigne » dans les mystères ? Vous concevrez alors toute l'étendne que » l'on pourrait donnera cette discussion. >» On pourrait, s'il était

nécessaire , citer une nuëe ie témoins pour confirmer de plus en

plus cette vérité.

S'il restait encore quelques nuages, ils seraient bientôt dissipas par ce qui est dit de l'unité "de Dieu dans l'hymne chantée par l'hiérophante, qui paraissait sous la figure du créateur. Après, «voir ouvert les mystères , et chanté la théologie des idoles , il renversait alors lui-même tout ce qu'il avait dit , et introdui-» sait la vérité en débutant ainsi. « Je vais déclarer un secret aux » initiés ; que Ton ferme l'entrée de ces lieux aux profanes. » O toi , Musée , descendu de la brillante Sélène , sois at- » tentif à mes accens : ^e t'annoncerai des vérités importantes. » Ne souffire pas que des préjugés ni des affections antérieures , » t'enlèvent le bonheur que tu souhaites de puiser dans la » connaissance des vérités mystérieuses. Considère la nature » divine , contemple-la sans cesse, règle ton esprit et ton cœur, M et marchant dans une voie sûre , admire le maître unique de » l'univers. Il en est un , il existe par lui-même. C'est à lui seul »• que tous les autres êtres doivent leur existence. Il opère en tout » et partout ; invisible aux yeux des mortels , il voit lui-même » toutes choses. »

Avant de finir cet article, il est à propos de prévenir une objection que fait M. Bayle au sujet du polythéisme y qu'il prétend pour le moins être aussi pernicieux à la société que l'athéisme. Il se fonde sur ce que cette religion si 'peu liée dans toutes ses parties, n'exigeait point les bonnes mœurs. Et de quel front, disait - il , les aurait - elle exigées ? Tout était plein des crimes , des iniquités diverses qu'on reprochait à l'assemblée >cles dieux. Leur exemple accoutumait au mal , leur culte même applanissait le chemin qui y conduit. Qu'on remonte à la source 4u paganisme , on verra qu'il ne promettait aux hommes que des biens physiques , comme des cérémonies d'éclat , des sacrifices, des décorations propres à faire respecter les temples' et les autels, des jeux , des spectacles pour les passions si difficiles à corriger, ou plutôt à retem'r dans de justes bornes ( car ]ps passions ne se' corrigent jamais entièrement). Il leur laissait une libre étendue, sans les contraindre en aucune manière, sans aller jamais jusqu'au cœur. En un mot , la religion païenne était une espèce de banque, ou en échange des offrandes temporelles, les dieiix rendaient des plaisirs , des satisfactions voluptueuses.

Pour répondre à cette objection , il faut remarquer que dans le paganisme il y avait deux sortes de religion , la religion des particuliers, et la religion de la société. La religion des particuliers était inférieure à celle de l'état, et en était diflTérenle. A chacune de ces religions présidait une Providence particulière.

Celle de la religion des particuliers ne punissait pas toujours le vice , ni ne récompensait pas toujours la vertu en ce bas monde» idée qui entraînait nécessairement après elle celle du dogme des peines et des récompenses d'une autre vie. La Providence , sous la direction de laquelle était la société , était au contraire égale ou uniforme dans sa conduite , dispensant les biens et les maux temporels , selon la manière dont la société se comportait envers les dieux. De là vient que la religion faisait partie du gouvernement civil- On ne délibérait sur rien , ni l'on n'exécutait rien sans consulter l'oracle. Les prodiges , les présages étaient aussi communs que les édits des magistrats; car on les regardait comme dispersés par la Providence pour le bien public; c'étaient ou des déclarations de la faveur des dieux , ou des dénonciations des chàtimens qu'ils étaient sur le pbint d'infliger. Tout cela ne regardait point les particuliers considérés comme tels. S'il s'agissait d'accepter un augure ^ ou d'en détourner le présage , de rendre grâces aux dieux , ou d'apaiser leur colère , la mé^ thode que l'on suivait constamment, était ou de rétablir quelque ancienne cérémonie , ou d'en instituer de nouvelles ; mais la réformation des mœurs ne faisait jamais partie de la propitiation de l'état* La singularité et l'évidence de ce fait ont frappé si fortement M. Bayle , que s'imaginant que cette partie publique de la religion des païens en faisait le tout , il en a conclu avec un peu trop de précipitation , que la religion païenne n'instruisait point à la vertu , mais seulement au culte externe des dieux; et de là il a tiré un argument pour soutenir son paradoxe favori en faveur de l'athéisn^e. La vaste et profonde connaissance qu'il avait de l'antiquité ae l'a point , en cette occasion , garanti de l'erreur j et Ton doit avouer qu'il y a été en partie entraîné par plusieurs passages des pères de l'Eglise dans leurs déclamations contre les vices du paganisme. Quoiqu'il soit évident que cette partie publique de la religion païenne n'eût aucun rapport à la pratique de la vertu , et à la pureté des mœurs; on ue saurait prétendre la même chose de l'autre partie de la religion , dont cbaque individu était le sujet. Le dogme des peines et des récompenses d'une autre vie* en était le fondement ; dogme inséparable du mérite des œuvres , qui consiste dans le vice et la Vertu. Je ne nierai cependant pas que la niiture de la partie publique de la religion n'ait souvent donné lieu à des erreurs dans la pratique de la religion privée , concernant l'efficacité des actes extérieurs en des cas particuliers. Mais les mystères sacrés auxquels bien des personnes se faisaient initier, corrigeaient les maux que le polythéisme n'avait pas la force de réprimer. POMPE, s. f, ( Grcmm, ), appareil somptuei^ix, employé pour

rendre quelque action publique pluf solennelle et plus recommandable. C'est l'art d'en imposer aux yeux. Une pompe fu* nëbre , c'est l'appareil de l'inhumation d'un grand ; sa Tanité » poui' ainsi dire , lui survit encore. Il descend au tombeau oii les vers l'attendent pour s'en repattre , et la cendre froide de ses aïeux pour se rejoindre à la sienne , au milieu des signes de sa grandeur. Il n'est plus rien lorsque tout annonce qu'il fut un grand. De pompé j on a fait l'adjectif />ojn/^iix.

POPLICAIN , POPULICAIN , POBUCAIN , PUBUCAIN , ( Hisioin eccUêiiutiquê. ) Manichéens : s'ils ont été appelés de ces noms différens , c'est en France ou du moins dans l'Occident. En Orient, on les nonmiait PaulicUns. En 1198, on découvrit en Nivemois quelques Poblicaina ; on tira leur chef ^ nommé TerrU , d'une grotte souterraine oîi il était caché à Corbigni , et il fut convaincu et briklé. Quelle indignité I brûlé ! Et pourquoi , malheureux , brûler celui qui ne pense pas comme vous? Est-ce par le fer et le feu que la vérité veut être défendue 7 Si vous craignes que des sentimens ne se répandent } si vous les crojrea dangereux , dites à ceux qui les professent : Prenez ce qui vous appartient^ eé allez^poue-'ên. Mais quel droit avez-vons sur leurs femmes , leun enfans , leurs biens , leur vie , leur liberté , leurs opinions ? En 1 160 , on tint un concile en Angleterre contre ks PopUcains : ils étaient sortis de Gascogne. II y en avait en France , en Espagne , en Italie et en Allemagne. Est-il donc si extraordinaire que des êtres raisonnables , frappés des vices physiques et moraux de ce monde , aient le malheur d'y méconnaître la sagesse d'un Dieu , ou la folie de recourir à deux principes, l'un du mal et l'autre du bien? Si on en avait usé dans les premiers temps avec les Manichéens, Cbmme vous avec fait avec les Poblicainê, vous eussiez privé l'Église d'une de ses plus grandes lumières , S. Augustin qui a professé long-temps le Manichéisme. Sept ou huit ans après le concile de 1160, l'archevêque de Reims découvrit des Poblicaine en France.

POPULAIRE. ( HiMt. Morale j Poiitique. ) On nomme populairôê , ceux qui cherchent à s'attirer la bienveillance du peuple. Dans tous les éta^^ libres on s'est toujours défié des hommes trop populairee \ nous voyons que dans les temps de la république romaine , plusieurs citoyens illustres ont été punis pour s'être rendus trop agréables au peuple. Ce traitement paraîtra sans doute injuste , ou trop rigoureux ; mais , si l'on y fait attention , on sentira que dans un état républicain , toute distinction doit faire ombrage ; qu'il est dangereux de montrer au peuple un chef à qui il puisse s'adresser dans %ei mécontentemens ;

enfia , que comme le peuple n'est point aknable, il faut supposer des vues secrètes à ceux qui le caressent. César n'asservit sa patrie y qu'après avoir épuise son patrimoine en largesses , et en apectaclet donnés aux Romains. Les tyrans les plus odieux qui ont opprimé Rome , ne manquaient pas de se rendre populaires, par les amusement qu'ils procuraient à un peuple qui leur pardonnait tous knrs e^ceê^ pourvu qu'il eût du pain et des spectacles « panem et drcenêea.

POSSIBLE et POSSIBILITÉ ( Métaphysique. ) , c'est ce qui n'implique point contradiction. Toutes les fois qu'en assemblant deux idées nous apercevons clairement que l'une ne répugne point k l'autre y et qu'elles ne se détruisent pas réciproquement , qous regardons cette combinaison , et la proposition qui l'exprime , conune poêsMes. Il faut au reste bien distinguer entre possible et €ictueL Tout ce qui n'implique pas contradiction est possible j mais il n'est pas actuel. Il est possible^ par exemple , qu'une table , qui est carrée , devienne ronde ; cependant cela n'arrivera peut-être jamais. Ainsi tout ce qui existe étant nécesaairement jDOMi^ , on peut cqnclure de l'existence à lapossibi" lité , mais non pas de la possibilité à l'existence.

Nous sommes en droit de regarder comme possible ^ i^, tout ce qui ne renferme rien de contradictoire à soi-même ; s"", tout ce qui ne répugne point à quelqu'autre proposition déjà reconnue pour vraie ; 3**. tout ce qui est supposé d'après Inexpérience , suivant ce principe , tout ce qui est peut être;i(^. toute combinaison d'attribvits , dans laquelle l'un d'eux , ou quelques uns déterminent tous les autres ; 5*". toute combinaison oii l'on comprend que les attributs , quoiqu'ils ne se déterminent pas réciproquement, peuvent être associés; 6p. tout ce qui suppose ce qui est déjà démontré; 7*". toftt ce dont on peut faire voir la manière dont il est produit , en donnant sa définition réelle , voyez Définition *f 8"*. toute proposition qui est une conséquence légitime d'une vérité connue par la démonstration ou .par Teipérience. Concluons donc que le possible est, à proprement parler, tout ce à quoi répond quelque idée. Les Cartésiens ont aperçu cette idée du possible quand ils l'ont défini, ce qui peut être aperçu clairement et distinctement par notre âme» Cependant , quand on >'en tient là, l'idée Au possible n'est pas suffisante et applicable à tous les cas. Car de ce que nous n'avons pas une idée d'une chose , et même de ce que nous ne pouvons pas l'acquérir , il ne s'ensuit pas qu'elle doive être exclue des possibles. Tout ce que nous concevons est possible. Fort bien; mais tout ce que nous ne concevons pas n^estf as possible. Point du tout. Nous ne pouvons décider de l'impossibilité d'une chose que lorsque nous

avons démonstration de la contradiction qa'eUe renferme. Voyez

Impossible.

La possibilité des choses ne dépend point de la volonté de Dieu ; car si les choses n'étaient possibles que parce que Diea Ta voulu ainsi , elles deviendraient impassibles s*il le voulait autrement; c'est-à-dire , que tout serait possible et impossible en mcme tf^mps , ce qui est contradictoire. Voyez EIssbncb.

POSl ÉRITÉ > s. £. ( Gramm. ) C'est la collection des hommes qui viendront après nous. Les gens de bien ^ les grands hommes en tout genre , ont tous en vue la posUrité. Celui qui ne pèse que le moment oii il existe est un homme froid , incapable de Tenthousiasme , qui seul fait entreprendre de grandes choses aux dépens de la fortune , du repos , et de la vie* Régnier a dit ^ juste postérité , à témoin je t'appelle ; et en parlant ainsi , il a manifesté ce qui se passe au fond de l'âme de tons ceux qui comparant leurs travaux avec la récompense qu'ils obtiennent de leur siëclç , ploravere suis non respondere favorem speratcun meritis. Postérité a encore une autre acception ; ce sont les en-* fans des rois, des princes, des hommes libres. 11 est encore sans postérité,

POUVOIR, s. m. {Droit nat, et politiq. ) Le consentement des hommes réunis en société , est le fondement du pouvoir. Celui qui ne s'est établi que par la force , ne peut subsister que par la force ; jamais elle ne peut conférer de titre , et les peuples conservent toujours le droit de réclamer contre elle. En établissant les sociétés, les hommes n'ont renoncé à une portion de Tindépendance dans laquelle la nature les a fait naître , que pour s'assurer les avantages qui résultent de leur soumission à une autorité légitime et raisonnable; ils n'ont jamais prétendu se livrer sans réserve à des maîtres arbitraires, ni donner les mains à la tyrannie et à l'oppression , ni conférer à d'autres le droit de les rendre < malheureux.

Le bot de tout gouvernement , est le bien de la société gon^ vemée. Pour prévenir l'anarchie , pour faire exécuter les lois , pour protéger les peuples , pour soutenir les faibles contre les entreprises des plus forts , il a fallu que chaque société établit des souverains qui fussent revêtus d'un pou%H}ir suffisant pour remplir tous ces objets. L'impossibilité de prévoir toutes les cir^. constances oii la société se trouverait, a déterminé les pf^uples à donner plus ou moins d'étendue au pouvoir qu'ils accordaient k ceux qu'ils chargeaient du soin de les gouverner. Plusieurs nations jalouses de leur liberté et de leurs droits , ont m\B des bornes à ce pouvoir; cependant elles ont senti qu'il était souvent nécessaire de ne point lui donner des limites trop étroites. C'est

ainsi que les Romains, au temps de la république, nommaient un dictateur dont le pouvoir était aussi étendu que celui du mo«* narque le plus absolu. Dans quelques états monarchiques le pouvoir du souverain est limité par les lois de l'état, qui lui fixent' des bornes qu'il ne lui est pas permis d'enfreindre; c'est ainsi qu'en Angleterre le pouvoir législatif réside dans le roi et dans les deux chambres du parlement. Dans d'autres pays les monarques exercent , du consentement des peuples , un pouvoir absolu , mais il est toujours subordonné aux lois fondamentales de l'état, qui font la sûreté réciproque du souverain et des sujets.

Quelque illimité que soit le jDoïK^irdont jouissent les souverains, il ne leur permet jamais de violer les lois, d'opprimer les peuples, de fouler aux pieds la raison et l'équité. Il y a un siècle que le Danemarck a fourni l'exemple inoui d'un peuple , qui par un acte authentique , a conféré un pouvoir sans bornes à son sou-* verain. Les Danois fatigués de la tyrannie des nobles, prirent le parti de se livrer sans réserve , et pour ainsi dire pieds et poings liés, à la merci de Frédéric IIIj un pareil acte ne peut être regardé que comme l'effet du désespoir. Les rois qui ont gouverné ce peuple n'ont point paru jusqu'ici s'en prévaloir; ils ont mieux aimé régner avec les lois que d'exercer le despotisme destructeur auquel la démarche de leurs sujets semblait les autoriser. Nun^ quant satia fida potentia ubi nimim.

Le cardinal de Retz , en parlant d'Hanri IV» dit quHl ne se défiait pas des lois , parce qu'il se Jlait en lui-même. Les bons princes savent qu'ils ne sont dépositaires du pouvoir que pour le bonheur de l'état. Loin de vouloir l'étendre , souvent ils ont euxmêmes cherché à y mettre des bornes , par la crainte de l'abus que pourraient en faire des successeurs moins vertueux : ea de'mum tuta est potentia quœ viribus suis modum imponit. Yah Max. Les Titus , les Trajan , les Antonin ont usé du pouvoir pour le bonheur des humains : les Tibère , les Néron en ont abusé pour le malheur de l'univers. Voyez Souverains.

PRÉADAMITE , s. m. ( Théolog, ) , est le nom que Ton donne aux habitans de la terre que quelques uns ont cru avoir existé avant Adam.

Isaac de La Pereyre fit imprimer en Hollande en i655 , un livre pour prouver l'existence des Préadamites y qui lui donna d'abord un grand nombre de sectateurs ; mais la réponse que Desmarais , professeur en théologie à Groningue , publia l'année suivante , éteignit cette secte dès sa naissance , quoique La Pereyre y eût fait une réplique.

Cet auteur doune le nom à'Adamiies aux jui6 , comme étant 3. a5

sortis d'Adam; et celui ie~ Préadamite9 aux Gentils, supposant qu'ils existaient long-temps avant Adam.

La Pereyre yoyant que l'Ecriture paraissait contraire à son système y eut recours à l'antîqnitë fabuleuse des Egyptiens et des Chaldéens , et à quelques rabbins mal sensés , qui ont feint qu'il 7 a?ait en un autre monde avant celui dont parle Moïse.

Il fat pris en Flandres par des inquisiteurs qui le traitèrent fort mal , mais il appela ^de leur sentence à Rome on il aMa , tt ou il fut trës-4>ien reçu du pape Alexandre VU ; il y imprima une rétractation de son livre des Préadcuniteê , et s'étant retire à Notre-Dame des Vertus , il y mourut converti.

Voici une idée générale du système de cet auteur; selon lui , les premiers bommes sont ceux d'oii sont sortis les Gentils , et Adam fut le père de la race choisie , de la nation juive. Moïse n'eut jamais l'intention de nous tracer l'histoire de tous les hommes, mais seulement du peuple hébreu et de ceux qui lui ont donné naissance , ne parlant des autres qu'autant qu'ils ont rapport aux affiiires des Hébreux. Il dit de plus , que le déluge de Noé ne fut pas universel , et qu'il ne s'étendit que sur les pays cil la race d'Adam se trouvait ; qu'Adam ayant désobéi à Dieu , introduisit le péché dans le monde et en infecta toute sa postérité , mais que les Gentils descendus des Préadamitea , n'ayant reçu ni la loi > ni aucun commandement de Dieu , ne tombèrent point dans la prévarication , quoique leur vie ne f6t point exempte de crime; mais ces crimes ne leur étaient point imputés. C'était pour ainsi dire des péchés matériels dçnt Dieu ne se tenait point offensé , à cause de l'ignorance de ceux qui les commettaient. Il fonde surtout cette dernière prétention sur ces paroles de l'épttre aux Romains , chap. v. jusqu'à la loi il y apcUt des péchés dans le monde : or on n^ imputait pas les péchés n*y ayant point de loi , d'oii il forme ce raisonnement. Il faut entendre ici la loi qui fut donnée à Moïse, ou celle qui fut donnée à Adam. Si on l'entend de la loi de Moïse , il s'ensuivra qu'il y a eu des péchés avant et jusqu'à Moïse, mais que Dieu ne les imputait point , ce qui est faux ^ témoin la punition de Caïn, des Sodomites, etc. Si on l'entend d'une loi donnée à Adam, il y avait donc avant lui des honunes à qui les péchés n'étaient* pas imputés.

On répond à cette difficulté , que la loi dont parle S. Paul est la loi donnée à Moïse , et la même dont il dit : Je rCtd connu le péché que par la loi ; car je ne saurais pas ce que c'est que la concupiscence , si la loi ne disait ^ tu ne convoiteras pas. II est certain que c'est la loi de Moïse qui fait cette défense; l'apotre

ne dit pas qu'avant la loi de Moïse , il y avait des péchés que Dieu n'imputait pas , mais qu'avant la loi de Moïse il y avait des péchés daus le monde , et que l'on n'impute point de péché , lorsqu'il n'y a point de loi. Ces deux choses sont très-différentes et très-bien distinguées 5 la première énonce un fait , et la seconde est un axiome ou un principe de droit. Si donc il y a eu avant Moïse des péchés imputés , il y a eu aussi une loi donnée à Adam. Ce qui justifie cette interprétation du passage de l'apôtre , c'est que le texte grec porte iXXùyilim , c'est-à-dire on im^ pute et non pas on imputait. Mais en lisant même comme la Vulgate, on imputait ^ on donne au même texte un sens qui n'est pas plus favorable à La Pereyre 5 en disant qu'avant la loi de Moïse , il y avait au monde des péchés que l'on n'imputait pas , parce que c'étaient des péchés de pensée et de concupiscence , qui n'étaient pas encore défendus par cette loi j car il est clair que dans S. Paul , il s'agit de la loi de Moïse.

Au reste , La Pereyre n'est pas le premier inventeur de ce système. S. Clément d'Alexandrie dans ses hypotyposes, croyait la matière éternelle , la métempsycose , et qu'il y avait eu plusieurs mondes avant Adam. Julien l'apostat était dans l'opinion qu'il y avait eu plusieurs hommes créés au commencement , et c'est aussi le sentiment de plusieurs orientaux , qui assurent qu'il y avait eu trois Adam créés avant celui que nous reconnaissons pour le premier homme. Les musulmans croient communément qne les pyramides d'Egypte ont été élevées avant Adam , par Gian-bien-Gian, monarque universel du monde avant la création du premier homme; et que quarante solimans ou monarques universels de la terre y ont régné successivement avant qu'Adam parût. D'Herbelot , Bibl. orient, page 3u et 8ao.

PRÉALABLE , s. m. ( Gramm. ) , la chose qui doit être exécutée avant une autre, est le préalable de celle-ci. Il est préa-^' lahle de juger le possessoire avant que de passer au pétitoire ; d'e^miner la forme avant que d'en venir au fond : dernière maxime en conséquence de laquelle il y a^ bien des injustices ^ de commises. Il faut au préalable donner connaissance de son titre.

PRÉCAUTION , s. f. ( Gramm.) y soins pris d'avance contre les inconvéoiens prévus d'une chose , quelle qu'elle soit. On ne peut prendre trop de précautions en traitant avec un inconnu. 11 y a des occasions oii leur exqbs insulte un homme de bien reconnu, un ami, un parent, etc. On prend des remèdes de précaution qui dérangent communément la santé. On ne peut user de trop de précautions quand on parle de la religion 'et,du gouvernement; surtout eh public; mais notre sort est aban-

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