Le fea est le plus proche de la lune : au-dessous de lui
jotyexit l'aîr , Teaii et la terre ; et diacnn de ces élémens en- Teloppe de toutes parts celui qui est au-dessous.
xa. Ces quatre élëmens n'ont ni Ame ni connaissance ; ce sont coanne des corps morts qui cependant conservent leur rang.
i3. Le mouvement du feu et de Taîr est de monter du centre de la terre vers le ciel ; celui de Teau et de la terre est d'aller vers le centre. \
14. La nature du feu qui est le plus léger de tous les élémens, eat cbaude et seciie; l'air est trfaaud etfanmide; l'eau froide et bomide ; la terre , qui eet le plus pesant de tous les élémens , est froide et sèche.
1 5. Comme tous les corps sont composés de ces quatre élé^ mens , il n'y en a point qui ne renferme en mime temps le froid et le chaud , le sec et l'humide; mais ily enadans lesquek unede ces qualités domine sur les autres.
JPrincipeê de morale de§ Juifi. i. Ne soyec point comme des
mercenaires qui ne servent leur maître qu'à condition d'en être
pajres ; mais serves votre maître sans aucune espérance d'en être
récompensés > et que ia crainte de Dieu soit toujours devant vos
yenm.
2. Faites toujours attention k ces trois choses , et voi^s ne péchères jamais. 11 y a au--dessus de vous un oeil qui voit tout , nne oreille qui entend tout y et toutes vos actions sont écrites dans le livre de vie.
3. Faites toujoui^s attention à ces trois choses , et vous ne pécherez jamais. D'oii venes-^vous ? 011 aHez vous ? k qui rendrezvoos compte de votre vie ? Vous venez de la terre, vous retour» nerex à la terre , et vous rendrez compte de vos actions au roi des rois.
4* La sagesse ne va jamais sans la crainte de Dieu , ni la pmdence sans la science.
5. Celui^à est coupable , qui , lorsqu'il s'éveille la nuit , oa qu'il se promené seul y s'occupe de pensées frivoles.
6. Celui-là est sage qui apprend quelque chose de tons les honunes.
7. Il y a cinq choses qui caractérisent le sage. i. Il ne parle point devant celai qni le surpasse en sagesse et en autorité. 2. Il ne répend point avec précipitation. 3. 11 interroge à propos , et il répond à propos. 4. Il ne contrarie point son ami. 5. Il dit tonjours la vérité.
8. Un lK>mme timide n'apprend jamais bien , et un homme colère enseigne toujours mal.
9. Faites-vous une loi de parler peu et d'agir beaucoup j o* soyez aiâble envers tout le monde.
lo. Ne parlez pas long-temps avec une femme , pas même avec la vôtre , beaucoup moins avec celle d'un autre ; cela irrite les passions , et nous détourne de l'étude de la loi.
I !• Défiez-vous des grands , et en général de ceux qui sont élevés en dignité ; ils ne se lient avec leurs inférieurs que pour leurs propres intérêts. Ils vous témoigneront de Tanûtié , tant que vous leur serez utile ; mais n'attendez d'eux ni secours ni compassion dans vos malheurs.
12. Avant de )uger quelqu'un ^ mettez-vous à sa place , et commencea toujours par le supposer innocent.
i3. Que la gloire de votre ami vous soit aussi chère que la vôtre.
x4- Celui qui augmente ses richesses , multiplie tes inquiétudes. Celui qui multiplie ses femmes , remplit sa maison de poison. Celui qui augmente le nombre de ses servantes , augmente le nombre des femmes débauchées. Enfin , celui qui augmente le nombre de ses domestiques , augmente le nombre des voleurs^.
JUSTE , INJUSTE. ( HforaU, ) Ces termes se prennent communément dans un sens fort vague , pour ce qui se rapporte aux notions naturelles que nous avons de nos devoirs envers le pro-» chain. On les détermine davantage, en disant que }e Juste est ce qui est conforme aux lois civiles , par opposition à V^équUahle^ qui consiste dans la seule convenance avec les lois naturelles. Enfin, le dernier degré de précision va à n'appeler /im^i^ , que ce qui se fait en vertu du droit poi/bi/d 'autrui , réservant le nom à* équitable -pour ce qui se fait eu égard au droit imparfait. Or on appelle droit parfhit^ celui qui est accompagné du pouvoir de contraindre. lie contrat de louage donne au propriétaire le droit parfait d'exiger du locataire le paiement du loyer ; et si ce dernier élude le paiement , on dit qu'il commet une injustice. Au contraire , le pauvre n'a qu'un droit imparfait à l'aumône qu'il demande : le riche qui la lui refuse pèche "donc contre la seule équité, et ne saurait dans le sens propre être qualifié X injuste. Les noms àe/ustes et à* injustes , à* équitables et d'tniques , donnés aux actions , portent par conséquent sur leur rapport aux droits d'autrui ; au lieu qu'en les considérant relativement à l'obligation , ou à la loi dont l'obligation est l'âme , les actions sont dites dues ou illicites ; car une même action peut être appelée bonne , due , licite , honnête , suivant les différent points de vue sous lesquels on l'envisage.
Ces distinctions posées , il me parait assez aisé de résoudre la fameuse question , s'il j a quelque chose de juste ou AHnjusie avant la loi.
Faute de fixer le sens des termes , les plus fameux moralistes
ont échoué ici. Si Ton entencl par le jusU et Vinjustê , les qualités monks des actions qui lui servent de fondement, la convenance ies choses , les lois naturelles : sans contredit , toutes ces idées sont fort «ntérieures à la loi , puisque la loi bâtit sur elles , et ne saurait leur contredire ; mais si vous prenez le juste et Vin^ ju$i€ pour Tobllga^on parfaite et positive de régler votre conduite , et de déterminer vos action^ suivant ces principes , cette obligation est postérieure à la promulgation de la loi , et ne saurait exister qu'après la loi. Grotius , d'après les Scbolastiques , et la plupart des anciens philosophes , ayait affirmé qu'en faisant abstraction de toutes sortes de lois , il se trouve des principes tAn, des vérités qui servent à démêler le Juatê d'avec Yinjiuie. Gela est vrai , mais cela n'est pas exactement exprimé : s'il n'y afaît point de lois ^ il n'y aurait rajuste ni injuste , ces dénominations survenant aux actions par l'effet de la loi : mais il y aurait toujours dans la nature des principes d'équité et de con-* venance , sur lesquels il faudrait régler les lois , et qui munis une Cois de l'autorité des lois , deviendraient le juste et l* injuste. Les jaaxjmes gravées, pour ^inti dire , sur les tables de l'humanité , sont aussi anciennes que l'homme , et ont précédé les lois auxquelles elles doivent servir.de principes ; mais ce sont les lois qui^ en ratifiant ces maximes , et en leur imprimant la force de l'autorité et des sanctions, ont produit les droits parfaits, dont Tobsenration est appelée justice , la violation injustice. Puffendorf en voulant critiquer Grotius , qui n'a erré que dans l'expression, tombe dans un sentiment réellement insoutenable , et prétend qu'il faut absolument des lois pour fonder les qualités morales des actions. {Droit naturel^ liu. /. c. xj. n. 6. ) Il est pourtant constant que la première chose à quoi l'on fait attention dans ane loi , c'est si ce qu'elle porte est fondé en raison. On dit vulgairement qu'une loi est juste; mais c'est une suite de l'im** propriété qua j'ai déjà combattue. La loi fait le juste ; ainsi il faut demander si elle est raisonnable , équitable ; et si elle est telle , ses arrêts ajouteront aux caractères de raison et d'équité , celui de justice. Car si elle est en opposition avec ces notions prinûtÎTes , elle ne saurait tenirié juste ce qu'elle ordonne. Le fonds fourni par la nature est une base sans laquelle il n'y a point d'édifice, une toile sans laquelle les couleurs ne sauraient être appliquées. Ne résulte-t-^il donc pas évidemment de ce premier reqtùsitum de la loi , qu'aucune loi n'est par elle-même la soarce des qualités morales des actions , du boa , du droit , de l'honnête ; mais que ces qualités morales sont fondées sur quelfu'autre chose que le bon plaisir du législateur , ^et qu'on peut ks découvrir sans lui ? En efièt , le bon ou le mauvais en morale,
comme partoiit ailleurs , se fonde sur le rapport essentiel , oa la disconrenance essentielle d'une chose avec une autre. Car si Ton suppose des êtres crées , de façon qu'ils ne puissent subsister qu'en se soutenant les uns les autres ,* il est clair que leurs actions sont convenables ou ne le sont pas » à proportion qu'elles s'approchent ou qu'elles s'éloignent de ce but; et que ce rapport avec notre conservation , fonde les qualités de bon et de droit , de mauvais et de pervers , qui ne dépendent par conséquent d'aucune disposition arbitraire , et existent non-seulement avant la loi y mais même quand la loi n'existerait point. « La nature u universelle , dit l'empereur philosophe ( /iV. X. art. j. ) , » ayant créé les honunes les uns pour les autres , afin qu'ils se » donnent des secours mutuels , celui qui viole cette loi commet n une impiété envers la Divinité la plus ancienne : car la na- » ture universelle est la mère de tous les êtres , et par conséquent » tous les êtres ont une liaison naturelle entre eux. On l'appelle » aussi la vérité , parce qu'elle est la prenuëre cause de toutes » les vérités. » S'il arrivait donc qu'un législateur s^a visât de déclarer infusUs les actions qui servent naturellement à nous conserver , il ne ferait que d'impuissans efforts : s'il voulait au moyen de ces lois faire passer pour justes , celles qui tendent à nous détruire , on le regarderait lui-même avec raison comme un tyran , et ces actions étant condamnées par la nature , ne pourraient être justifiées par les lois ; ai quœ sint tyrannorum Uges , ss triginta illi Athenis Uges impontre uoluissenl , aut $i omneê Atheniensea deiedarerUur tyrannicis legihuê , num idcirco ^ ^^* justae kaberenturl Quod si principum decreiisy si sen^ teniiis Judicum Jura consHtuertrUur ^ jus esset UUrocinari , Jus ^ ipsum aduitermre, ( Cicero , lib. X. de Legibus. ) Grotius a donc été très-fondé k soutenir que la loi ne sert et ne tend en effet , qu'à faire connaître , qu'à marquer tes actions qui conviennent ou qui ne conviennent pas à la nature humaine ; "et rien n'est plus.aisé que de faire sentir le faible des raisons dont Puffendorf, et quelques autres jurisconsultes , se sont servis pour combattre ce sentiment.
On objecte , par exemple , que ceux qui admettent pour fondement de la moralité de nos actions , je ne sais quelle règle éternelle indépendante de l'institution divine , associent manifestement à Dieu un principe extérieur et co-élemel , qu'il a dà suivre nécessairement dans la détermination des qualités essentielles et distinctives de chaque chose. Ce raisonnement étant fondé sur un faux principe , croule avec lui : le principe dont je veux parler, c'est celui de la liberté d'indifférence de Dieu , et du prétendu pouvoir qu'on lui attribue de disposer à son gré
des essences. Cette soppôsîtion est contradictoire : la liberté da S^^and auteur de toutes choses consiste à pouvoir créer ou ne |MU créer ; mais dës-là qu'il se propose de créer certains êtres , il implique qu'il les crée autres que leur essence , et ses propres idées les lui représentent. S*il eût donc donné aux créatures qui portent le nom ^kohimes , une autre nature , un autre être , que celui qu'ils ont reçu , elles n'eussent pas été ce qu'elles sont actuellement ; et \e$ actions qui leur conviennent en tant qu'hommes, ne s*acc6nlerâîent plus avec leur nature.
Cest donc proprement de cette nature , que résultent les pro- Tpriéik de nos actions , lesquelles en ce sens ne souffrent point de ya nation ; et c'est cette immutabilité des essences qui forme la raison et la yérité étemelle , dont Dieu, en qualité d'être souverainement parfait , ne saurait se départir. Mais la vérité , pour être invariable , pour être conforme à la nature et à l'essence des choses , ne forme pas tm principe extérieur par rapport à Dieu. Elle est fondée sur ses propres idées , dont on peut dire en tin sens , que découle l'essence et la nature des choses , puisqu'elles sont étemelles , et que hors d'elles nen n'est vrai ni possible. Concluons donc qu'une action qui convient ou qui ne convient pas à la nature de l'être qui la ^oènxt , est nroralement bonne ou mauvaise , non parce qu'elle est conforme ou contraire à la loi , mais psrrce qu'elle s'accorde avec l'essence de l'être qui la produit , ou qu'elle j répugne : ensuite de quoi , la loi sur- Tenant , et bâtissant sur les fondemens posés par la nature , rend juste ce qn'elle ordonne ou permet , et injuste ce qu'elle défend. LEIBNITZIANISME ou Pbilosophie de LEiBiirrz. ( Hiat. de la Philosoph, ) Les modernes ont quelques hommes , tels qne Bayle , Descartes , Leibnîtz et Newton , qu'ils peuvent opposer, et peut-être avec avantage , aux génies les plus étonnans de l'antiqnité. S'il ettslait Au-dessus de nos têtes une espèce d'êtres qui observât nos travaux, comme nous observons ceux des êtres qui rampent à nos pieds , avec quelle surprise n'auraitelle pas vu ces quatre merveilleux insectes? combien de pages n'auTmient-ils pas rempli dans leurs éphémérides naturelles? Mais l'existence d'esprits intermédiaires entre l'homme et Dieu n'est pas asseï constatée pour que nous n'osions pas supposer que l'immensité de l'intervalle est vide , et que dans la grande chaîne , après le Créateur universel, c'est l'homme qni se présente; et à Ta tête de l'espèce humaine ou Socraté , ou Titus , ou Marc^ Aurèle , on Pascal , ou Trafan , ou Confucius , ou Bayle , ou Descartes , ou Newton , ou Leibnitz.
Ce dernier tiaquit i Leipsick en Saxe le 23 juin 1646; il ftrt nommé Godefrov'Guiilaume. Frédéric son père était professeur
8o LE
en morale , et greffier ie TUniversitë, et Catherine Schmuck , sa inëre , troistëtne femme de Frédéric , fille d'un docteur et professeur en droit. Paul Leibnitz, son grand oncle 9 avait servi en Hongrie , et mérité en 1600 des titres de noblesse de l'empereur Rodolphe II.
Il perdit son père à l'âge de six ans , et le sort de son éducation retomba sur sa raëre , femme de mérite. Il se montra également propre à tous les genres d'études , et s'y porta avec la même ardeur et le même succès. Lorsqu'on revient sur soi et qu'on compare les petits talens qu'on a reçus , avec ceux d'un Leibnitz , on est tenté de jeter loin les livres, et d'aller mourir tranquille au fond de quelque recoin ignoré.
Son père lui avait laissé une assez ample collection de livres ; à peine le jeune Leibnitz sut-il un peu de grec et de latin , qu'il entreprit de les lire tous, poètes , orateurs , historiens, jurisconsultes , philosophes , théologiens, médecins. Bientôt il sentit le besoin de secours , et il en alla chercher. Il s'attacha particulièrement à Jacques Thomasius; personne n'avait des connaissances plus profondes de la littérature et de la philosophie ancienne que Thomasius , cependant Iç disciple ne tarda patf à devenir plus habile que son maître. Thomasius avoua la supériorité de Leibnitz; Leibnitz reconnut les obligations qu'il avait à Thomasius. Ce fut souvent entre eux un combat d'éloge , d'un côté , et de reconnaissance de l'autre.
Leibnitz apprit sous Thomasius à attacher un grand prix aux philosophes anciens , à la tête desquels il plaça Pjthagore et Platon ; il eut du goût et du talent pour la poésie : ses vers sont remplis de choses. Je conseille à nos jeunes auteurs de lire le poeçie qu'il composa en 1676 sur la mort de Jean Frédéric de Brunswick , son protecteur ; ils j verront combien la poésie , lorsqu'elle n'est pas un vain bruit , exige de connaissances préliminaires. ,
Il fut profond dans l'histoire ; 0 connut les intérêts des princes; Jean Casimir , roi de Pologne , ayant abdiqué la couronne en 1668, Philippe Guillaume de Neubourg , comte Palatin , fut un des prétendans, et Leibnitz , caché sous le nom de George Uli^ coriua , prouva que la république n^ pouvait faire un meilleur choix ; il avait alors vingt-deux ans , et son ouvrage fut attribué aux plus fameux jurisconsultes de son temps.
Quand on conmiença à traiter de la paix de Nimègue , il y eut des difficultés sur le cérémonial à l'égard ^es princes libres de l'empire qui n'étaient pas électeurs. On refîisait à leurs mî^ nistres des honneurs qu'on accordait à ceux des princes d'Italie. Il écrivit en faveur des premiers l'ouvrage intitulé , Cœsarini
J^untenerii , de jure auprematûs ac ItgcUiimis principum Ger'» maniœ. C'est un système oii Ton voit un luthérien placer le pape à côté de l'empereur , comme chef temporel de tous les états chrétiens , du moins en Occident. Le sujet est particulier, mais à chaque pas L'esprit de l'auteur prend son vol et s'élève aux vues générales.
Au milieu de ces occupations il se liait avec tous les savans de l'Allemagne et de l'Europe; il agitait soit dans des thèses, soit dans des lettres, des questions de logique , de métaphysique , de morale , de mathématique et de théologie , et son nom s'iilt^ cnvait dans la plupart des académies.
Les princes de Brunswick le destinèrent k écrire l'histoire de leur maison. Pour remplir dignement ce projet , il parcourut l'Allemagne et l'Italie , visitant les anciennes abbayes , fouillant dans les archives des villes , examinant les tombeaux et les autres antiquités , et recueillant tout ce qui pouvait répandre de l'agré^ ment et de la lumière sur une matière ingrate.
Ce fut en passant sur une petite barque seul , de Venise à Mesola> dans Je FerraraiSy qu'an chapelet dont il avait )ugé à propos de se pourvoir k tout événement dans un pays d'inquisition , lui sauva la vie. 11 s'éleva une tempête furieuse : le pilote qui ne croyait pas être entendu par un allemand , et qui le regardait comnie la cause du péril , proposa de le jeter en mer , en conservant néanmoins ses bardes et son argent , qui n'étaient pas hérétiques. Leibnitz sans se troubler tira son chapelet d'un air dëvot , et cet artifice fit changer d'avis au pilote. Un philosophé ancien , c'était ^ je crois , Anaxagoras l'athée , échappa au même danger ^ en montrant au loin , k ceux qui méditaient d'apaiser les dieux en le précipitant dans les flots , des vaisseaux battus par la tempête ^ et ou Anaxagoras n'était pas.
De retour de ses voyages à Hanovre en 169g , il publia une portion de la récolte qu'il avait faite, car son avidité s^était îeiée sur tont , en un volume in<-fol. sous le tit^e de Code da droit des gens : c'est là qu'il démontre que les actes publiés de nation à nation sont les sources les plus certaines de l'histoire, et que, quels que soient les petits ressorts honteux qui ont mis en mouvement ces grandes masses , c^est dans les traités qui ont précédé leurs émotions et accompagné leur repos momentané, qu'il faut découvrir leurs véritables intérétSi La préface du Codex Juris geruium diplofntUicus est un morceau de génie. L'ouyrage est une mer d'éïiidition : il parut en 1693^
Le premier volume scriptorum Brunevicensia illustrantium , ou la base de son histoire fut élevée en 1707; c'est là qu'il juge , 3. 6
â*aii fagement dont on n'a point appelé , ie tous les matériaux qui devaient servir au reste de l'édifice.
On croyait que des gouverneurs de villes de l'empire de Charlemagne étaient devenus, avec le temps , princes héréditaires; Leibnitz prouve qu'ils l'avaient toujours été. On regardait le X"* et le XI* siècles comme les plus barbares du Christianisme; Leibnits rejette ce reproche sur le XIII* et le XIV* oh des hommes pauvres par institut, avides de l'aisance par faiblesse humaine, inventaient des fables par nécessité. On le voit suivre l'enchaînement des événemens , discerner les fils délicats qui les ont attirés lea uns à la suite des autres , et poser les règles d'une espèce de divination d'après laquelle l'état antérieur et l'état présent d'un peuple étant bien connus, on peut annoncer ce qu'il deviendra.
Deux autres volumes scriptorum Brunêpicen$ia iiluêirantittm parurent en 1710 et en 1711,1e reste n'a point suivi. M. de Fontenelle a exposé le plan général de l'ouvrage dans son éloge de Leibnits, Mém. de rjdcad. des Scienc, 1716.
Dans le cours de ses recherches il prétendit avoir découvert la véritable origine des Français , et il en publia une dissertation en 1716.
Leibnitz était grand jurisc<msulte; le droit était et sera .longtemps l'étude dominante de l'Allemagne ; il se présenta à l'âge de vingt ans aux examens du doctorat : sa jeunesse , qui aurait dû lui concilier la bienveillance de la femme du doyen de la Faculté, excita, je ne sais comment, sa mauvaise humeur, et Leibnits fut refusé ; mais l'applaudissement général et la même dignité qui lui fut offerte et conférée par les habitans de la ville d'Altorf , le vengèrent bien de cette injustice. S'il est permis de juger du mérite du candidat par le choix du sujet de sa thèse , quelle idée ne se formera«t-on pas de Leibnits? il disputa des cas perplexes en droii. Cette thèse fut imprimée dans la suite avec deux autres petits traités , l'un intitulé , Spécimen Encyclopedim in fwre , l'autre , Spécimen ceriitudinis seu demonétrationum in jure exhibiium in doctrine condiiionum.
Ce mot Encyclopédie avait été employé dans un sens plus général par Alstedins : celui-ci s'était proposé de rapprocher les difierentes sciences , et de marquer les lignes de communication qu'elles ont entre elles. Le projet en avait plu k Leibnits; il •'éuit proposé de perfectionner l'ouvrage d'Alstedias ; il avait appelé à son secours quelques sa vans : l'ouvrage allait commencer, lorsque le chef de l'entrepnse , distrait par les circonstances , fut entraîné k d'autres occupations , malheureusement pour nous
LE %l
qni lai avons snccédë , et pourqtii le même ti*ayat] n'a ^të qu'une source de persëcutions , d'insultes et de cbagrins qui se renou*vêlent de jour en jour , qui ont commencé il y a plus de quinse ans , et qui ne finiront peut-être qu'avec notre vie.
A l'âge de vingt-deux ans il dédia à l'électeur de Majence Jean-Philippe de Scbombom , une nouvelle méthode cTenseigner et d^ apprendre la jurisprudence , avec un catalogue des choses à désirer dans la science du droit. Il donna dans la même année son prof et pour la réforme générale du corps du droit, La tête de cet homme était ennemie du désordre, et il fallait que les matières les plus embarrassées s'y arrangeassent en y entrant ; il réunissait deux grandes qualités presque incompatibles , l'esprit d'invention et celui de méthode ; et l'étude la plus opiniâtre et la plus variée , en accumulant en lui les connaissances les plus disparates , n'avait affaibli ni l'un ni l'autre : philosophe et mathématicien , tout ce que ces deux mots renferment , il l'était. Il alla d'Altorf k Nuremberg visiter des savans ; il s'insinua dans une société secrète d'alchimistes qui le prirent pour adepte sur une lettre farcie de termes obscurs qu'il leur adressa , qu'ils entendirent apparemment, mais qu'assurément Leibnits n'entendait pas. Ils le créèrent leur secrétaire , et iJ s'instruisit beaucoup avec eux pendant qu'ils croyaient s'instruire avec lui.
En 1670 , âgé de vingt-quatre ans , échappé du laboratoire* de Nuremberg , il fit réimprimer le traité de Marins Nizolius de Bersello , ile péris principiis et verà ratione philosopltandi contra pseudo^philosophos , avec une préface et des notes oh il cherche à concilier l'aristotélisme avec la philosophie moderne s c'est là qu'il montre quelle distance il y a entre les disputes de mots et la science des choses , qu'il étale l'étude profonde qu'il avait faite desan ciens, et qu'il montre qu'une erreur surannée est quelquefois le germe d'une vérité nouvelle. Tel homme en effet s'est illustré et s'illustrera en disant blanc après un autre qui a dit noir. Il y a plus de mérite à penser à une chose qui n'avait point encore été remuée , qu'à penser juste sur une chose dont on a déjà disputé : le dernier degré du mérite , la véritable marque du génie , c'est de trouver la vérité sur un sujet important et nouveau.
H publia une lettre de Aristotele recentioribus reconciUabiti ^ ou il ose parler avantageusement d'Aristote dans un temps oit les Cartésiens foulaient aux pieds ce philoso^e , qui devait être un jour vengé par les Newtoniens. Il prétendit qu'Aristote contenait plus de vérités que Descartes , et il àémonttè. que la philosophie de l'un et de l'autre était corpusculaire et mécanique.
En 171 1 il adressa à rAcadëmie des Sciences sa t/iéorie du mov vemeni abstrait, et à la société royale de Londres , sa théorie du mouvement concret. Le premier traité est un système du mouyement en général ; le second en est une application aux phéno-* mènes de la^ nature ; il admettait dans l'un et l'autre du vide ; il regardait la matière comme une simple étendue indifférente an mouvement et au repos , et il en était venu k croire que pour découvrir l'essence de la matière , il fallait j concevoir une force particulière qui ne peut guères se rendre que par ces mots, men-tem momentaneam , seu carentem recordatione , guia coneUum simul etium et aUenwn contrarium non retineat ultro momentum , adeàquê careat memorià, sensu actionum passionumque suarum , atqus cogitations.
Le voilà tout voisin de Pentéléchie d'Aristote , de son système des monades , de la sensibilité , propriété générale de la matière , et de )>eaucoup d'autres idées qui nous occupent k présent. Au lieu de mesurer le mouvement par le produit de la masse et de la vitesse , il substituait k l'un de ces élémens la force , ce qui donnait pour mesure du mouvement le produit de la masse par le carré de la vitesse. Ce fut là le principe sur lequel il établit une nouvelle dynamique ; il fut attaqué , il se défendit avec vi*» gueur ; et la question n'a été , sinon décidée , du moins bien édaircie depuis , que par des hommes qui ont réuni la métaphysique la plus subtile à la plus haute géométrie. Foyez l'article Force.
Il avait encore sur la physique générale une idée particulière, c'est <pie Dieu a fait avec la plus grande économie possible, ce qu'il y avait de plus parfait et de meilleur : il est le fondateur de l'optimisme, ou de ce système qui semble faire de Dieu un automate dans ses décrets et dans ses actions , et ramener sous un autre nom et sous une forme spirituelle le fatum des anoîens , ou cette nécessité aux choses d'être ce qu'elles sont.
n est inutile de dire que Leibnitz était un mathématicien du premier ordre. Il a disputé à Newton l'invention du calcul différentiel. Vofe% Us articles de ce Diction. Calcul différentiel et Fluxion. M. de Fontenelle , qui parait toujours favorable à M. Leibnitz, prononce que Newton est certainement inventeur, et que sa gloire est en sûreté, mais qu'on ne peut être trop circonspect lorsqu'il s'agit d'intenter une accusation de vol et de plagiat contre un honnie tel que Leibnitz : et M. de Fontenelle a raison.
Leibnits était entièrement neuf dans la haute géométrie , en 1676 , lorsqu'il connut à Paris M. Huyghens , qui était , après Galilée et Descartes , celui à qui cette science devait le plus. Il
L El ' 85
lut le traité de îtorologio oscillatorio ; il médita les oayrages de PascaJ et de Grégoire de S. Yinceot, et il imagina une méthode dont il retrouva dans la suite des traces profondes dans Grégori , Barrow et d'autres. C'est ce calcul par lequel il se glorifie d'ityoir soumis à l'analyse des choses qui ne l'avaient jamais été.
Quoi qu'il en soit de cette histoire que Leihnitc a faite de 8e$ découvertes à la sollicitation de MM. Bemoulli , il est sûr que l'on aperçoit des infiniment petits de difiérens ordres dans son traité du mouvement abstrait, publié en 1671 : que le calcul diiTérentiel parut en 1684 ; qne les principes mathématiques de Newton ne furent publiés qu'en 1687 , et que celui-ci ne revend/gaa point cette découverte. Mais Newton , depuis que ses amis eurent élevé la querelle , n'en demeura pas moins tranquille , comme Dieu au milieu de sa gloire.
Leibnitz avait entrepris un grand ouvrage de la science de l'infini; mais il n'a pas été fini.
De ses hautes spéculations il descendit souvent à des choses d*usage. Il proposa des machines pour répuisement des eaux , qui font abandonner quelquefois et interrompent toujours les travaux des mines.
n employa une partie de son temps et de sa fortune à la construction cTune machine arithmétique y qui ne fut entièrement achevée que dans les dernières années de sa vie.
Nous avons montré jusqu'ici Leibnitz comme poète , jurisconsulte et mathématicien } nous Talions considérer comme mé-^ taphysicien , ou comme homme remontant des cas particuliers â des lois générales. Tout le monde connaît son principe de la, raison sufiSsante et de l'harmonie préétablie , son idée de la monade. Mais nous n'insisterons point ici là -dessus; nous renvoyons aux différens articles de ce Dictionnaire, et à l'exposition abrégée de la philosophie de Leibnitz y qui terminera celui-ci.
Il s'éleva en 1716 une dispute entre lut et le fameux M. Clarke sur l'espace , le temps, le vide , les atomes , le naturel , le surnaturel , la liberté et antres sujets non moins importans qu'épineux.
• n en avait en une autre avec un disciple de Socin, appelé IVissoratius y en 1671, sur la Trinité; car Leibnitz était encore théologien dans le sens strict de ce mot , et publia contre son adversaire un écrit intitulé Sacro-semcta Trinitas per nova in» venta logicœ defensa. C'est toujours le même esprit qui règne dans les ouvrages de Leibnitz. A l'occasion d'uqe question sur les mystères , il propose des moyens de perfectionner la logique, et il expose les défauts de celle qu'on suivait. Il fut appelé aux